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Campagne en ligne

Surfant sur les déboires de son président incarcéré, EPG lance une campagne d’adhésion pour sa survie

Surfant sur les déboires de son président incarcéré, EPG lance une campagne d’adhésion pour sa survie
Surfant sur les déboires de son président incarcéré, EPG lance une campagne d’adhésion pour sa survie © 2026 D.R./Info241

Privé de son président Alain-Claude Bilie-By-Nze, incarcéré depuis avril dans une affaire d’escroquerie présumée et d’abus de confiance, Ensemble pour le Gabon tente de transformer l’épreuve judiciaire en levier politique. Le parti a lancé ce mardi une campagne d’adhésion en ligne, dans un double contexte explosif : la bataille d’opinion autour de la détention controversée de son leader et l’échéance du 27 juin, date limite imposée aux formations politiques pour se conformer à la nouvelle loi sur les partis. Une manière habile de capitaliser sur les déboires de son président pour élargir sa base militante, mais aussi de tenter de rester dans la course légale au-delà du mois prochain.

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L’appel publié en ligne par Ensemble pour le Gabon se veut solennel. « Le Gabon traverse une période décisive de son histoire. Face aux dérives actuelles, au recul de l’État de droit et aux inquiétudes grandissantes pour les libertés, chacun doit désormais choisir entre le silence et l’engagement », écrit le parti. EPG annonce ainsi la réouverture officielle de ses adhésions en ligne, en invitant les Gabonais du pays comme de la diaspora à rejoindre une plateforme présentée comme une alternative politique crédible.

Une campagne lancée dans l’ombre de la prison

Cette offensive numérique intervient alors qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et président d’Ensemble pour le Gabon, reste détenu à la prison centrale de Libreville. Il avait été placé sous mandat de dépôt le 17 avril, après avoir été inculpé dans une affaire d’escroquerie présumée et d’abus de confiance, à la suite de son interpellation par la Direction générale des recherches. 

L’appel à adhésion du parti

Le dossier a pris une tournure encore plus politique après la décision du 15 mai de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Libreville, qui a confirmé son maintien en détention provisoire. Pour EPG et ses soutiens, cette procédure nourrit le récit d’un pouvoir qui chercherait à neutraliser une voix critique ; pour la justice, il s’agit d’un dossier pénal ordinaire, lié à des accusations que la défense conteste. 

L’adhésion comme réponse politique

Dans son message, EPG transforme clairement l’incarcération de son président en argument de mobilisation. Le parti appelle les citoyens à « refuser la fatalité et l’arbitraire », à « défendre la justice, les libertés et la dignité des Gabonais », mais aussi à « participer à la construction d’une alternative politique crédible ». Le vocabulaire choisi n’est pas neutre : il installe la campagne d’adhésion dans une logique de résistance politique.

La formule la plus directe vise à élargir le champ militant au-delà des cadres traditionnels du parti. « Que vous soyez au Gabon ou dans la diaspora, votre voix compte. Le changement ne viendra pas des autres. Il viendra des Gabonais eux-mêmes », insiste EPG. En quelques lignes, le parti cherche à faire de l’adhésion en ligne un acte d’engagement contre ce qu’il décrit comme le recul des libertés et de l’État de droit.

Le couperet de la nouvelle loi sur les partis

Mais derrière cette mobilisation politique se cache aussi un enjeu administratif vital. La loi n°016/2025 du 27 juin 2025 relative aux partis politiques impose aux formations reconnues de se mettre en conformité avec de nouvelles exigences de création, d’organisation et de fonctionnement. Le ministère de l’Intérieur rappelle que cette loi fait partie des textes officiels adoptés et promulgués le 27 juin 2025, aux côtés de la loi sur la répartition des sièges parlementaires. 

L’échéance du 27 juin 2026 est désormais présentée comme la date butoir de mise en conformité pour les partis politiques. Plusieurs médias ont rappelé que les 104 formations légalement reconnues sont engagées dans une course contre la montre, sous peine de disparition ou de dissolution si elles ne s’arriment pas aux nouvelles exigences. 

Une course à la survie politique

Pour EPG, la campagne d’adhésion en ligne peut donc répondre à une nécessité stratégique : grossir les rangs, structurer les fichiers, afficher une base militante et démontrer une implantation réelle à l’approche du contrôle administratif. Dans un contexte où le parti reste jeune et où son président est empêché par la détention, l’adhésion numérique devient un outil de survie autant qu’un instrument de communication.

Cette manœuvre est politiquement habile. En appelant à rejoindre le parti au moment où Bilie-By-Nze est incarcéré, EPG transforme une faiblesse en ressort militant. L’image du président emprisonné devient un symbole de ralliement, tandis que la plateforme d’adhésion permet au parti de se présenter comme une organisation active, mobilisée et encore capable de s’étendre malgré la pression judiciaire.

Une légalité encore à prouver

Reste une question centrale : EPG parviendra-t-il à cocher toutes les cases de la nouvelle loi dans les délais ? L’appel en ligne montre une volonté de structuration, mais il ne suffit pas à lui seul à garantir la conformité légale. La nouvelle législation exige davantage qu’une mobilisation sur internet : elle suppose des organes, des procédures, une implantation, des documents et une organisation répondant aux critères retenus par l’administration.

C’est là que l’opération prend tout son sens. EPG ne cherche pas seulement à recruter des sympathisants ; il tente aussi de donner des signes de vitalité politique avant l’échéance de juin. Le parti joue ainsi sur deux tableaux : dénoncer l’incarcération de son président comme un symbole d’arbitraire et prouver, en même temps, qu’il dispose d’une base suffisante pour continuer d’exister dans le nouveau paysage partisan.

Le pari risqué de la victimisation utile

Cette stratégie comporte cependant un risque. À trop adosser sa campagne à la détention de Bilie-By-Nze, EPG peut apparaître comme un parti davantage structuré autour du sort judiciaire de son chef que d’un projet politique complet. Mais l’urgence semble ailleurs : maintenir l’attention, rallier des militants, occuper l’espace numérique et éviter l’effacement administratif.

Dans une scène politique dominée par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) et par la recomposition imposée par la nouvelle loi, Ensemble pour le Gabon tente donc d’exister par le conflit, la mobilisation et le numérique. Son appel aux adhésions est une opération de ralliement, mais aussi un signal de survie. À un mois du couperet légal, le parti de Bilie-By-Nze joue une partie serrée : transformer la prison de son président en carburant politique, avant que l’administration ne dise qui aura encore le droit d’occuper officiellement le terrain partisan.

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