Portrait

Rachel Avomo Mbélé, la pionnière de l’industrie hôtelière de la ville de Bitam

Rachel Avomo Mbélé, la pionnière de l’industrie hôtelière de la ville de Bitam
Rachel Avomo Mbélé, la pionnière de l’industrie hôtelière de la ville de Bitam © 2022 D.R./Info241

En plein milieu des années 1930 au Gabon, l’ensemble du territoire de cette petite colonie du gouvernement général de l’Afrique équatoriale française n’est quasiment pas développé. C’est en cette année-là que Rachel Avomo Mbélé Hauger (1930-2015) sortira des entrailles de sa génitrice dans la partie nord de cette zone géographique de l’actuelle Afrique centrale. La forêt y est gigantesquement dense et seule la principale ville de cette dépendance de l’empire colonial français du nom de Libreville.

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Domicilié dans la ville de Bitam, mademoiselle Mbélé y deviendra la première femme à se lancer dans l’industrie hôtelière au sein de cette partie du Gabon au-delà de diverses épreuves et de ses nombreuses expériences. Cette femme téméraire et intransigeante en affaires était aussi d’un amour indéchiffrable et d’une bravoure herculéenne.

 Naissance et vie de famille

C’est en Afrique équatoriale française (AEF), dans la partie nord de l’une de ses colonies du Gabon, que vint au monde, dans une famille protestante, Rachel Avomo Mbélé le 24 juillet 1935 au village Adzap-Effack, situé à 12 kilomètres de la localité de Bitam. Son père avait pour patronyme Mbélé Asseko et sa mère portait le nom d’Aboungône Ndong, une native d’un village situé entre Bitam et la bourgade de Minvoul dénommé Mbiyop-Eba’a. Malheureusement, l’affection de ses parents lui fut arrachée durant sa 3ème année d’existence.

L’illustre disparue

Mais ces derniers eurent plusieurs enfants qui lui donna toute l’affection dont elle avait besoin. Par ailleurs, comme il est de coutume dans la tradition « Fang » dont elle est issue, elle finança, grâce à ses importants revenus, les mariages de ses frères ainsi que de ses fils. Avomo Mbélé convola elle-même en justes noces en 1970 avec Georges Yvon André Hauger ; ils se marièrent religieusement en 1990, quelques temps après que Rachel ne soit devenue catholique.

Elle fut l’heureuse maman et grand-mère d’une multitude d’âmes. George Yvon André Hauger était de nationalité française et travaillait dans le génie civil. Il était employé à l’Union d’entreprise de Construction (Udec) qui le chargeait du développement infrastructurel des villes dans lesquelles il avait été affecté. On lui doit les réalisations de la construction du château d’eau d’Oyem, de la première tribune en béton concernant sa place de l’indépendance tout comme l’édification du stade Akoakam toujours dans la même ville.

Sa femme, Rachel, était également très attachée à l’estime de l’une de ses nièces, Oyé Ekomo Micheline mais encore plus de celle sa défunte cousine, Ntsame Abessolo Evelyne qui mourut écrasée sous un arbre le 4 février 1984 dans sa plantation basée au village Nkok-Loé dans le septentrion. Avomo Mbélé Rachel était une fervente fidèle de l’église catholique Sacré cœur de Mimbang se trouvant au Sud de Nkolayop et à l’Est de Mbang-Elé dans l’actuelle province du Woleu-Ntem. Elle y apportait assistance à chaque fois que le besoin se faisait ressentir.

 Formation

Dans les années 1940, le petite Rache est envoyée à Libreville pour y débuter son cursus scolaire. On l’inscrit à l’internat des métisses. Là-bas, elle n’est quasiment entourée que des apprenants d’ethnie Myènè car Libreville regorge de plusieurs familles originaires de cette communauté et dont les femmes vivaient ou avaient eu des enfants avec des européens, dans la majorité des cas des français. La jeune Mbélé décide alors de maîtriser les contours du patois Myènè. Après une expérience difficile loin du cocon familial et des relations assez compliquées avec ses condisciples, Rachel Avomo Mbélé décide de regagner sa région natale et de continuer à fréquenter l’école sur place à Bitam.

Elle intègre l’école primaire d’Ayananga dans laquelle l’enseignement est dispensé en Fang. Cependant, Avomo Mbélé réalise que les études ne sont pas faites pour elle car elle a des ambitions plein la tête dans le but de devenir une femme d’affaires. Elle commence à suivre une formation en art culinaire et dans la couture. Concernant la cuisine, elle s’en sort très bien vu qu’elle s’y prêtait régulièrement au moment de son passage à l’internat des métisses à Libreville. Dans les années 1950, Rachel Avomo Mbélé accroît ses connaissances : elle décroche ses permis de conduire B et D.

 Le commencement d’une longue et passionnante aventure

A l’âge de 21 ans, Rachel Avomo Mbélé décida se lancer dans la vie active. Elle opta pour le transport des personnes et des biens. En effet, Avomo Mbélé faisait le voyage jusqu’en Guinée équatoriale (ex Guinée espagnole) pour se fournir en boissons et autres marchandises qu’elle revendait dans contrées reculées du pays à l’instar de ses zones géographiques du Nord-est et du Sud-est. Elle est la plupart du temps accompagne de sa nièce Micheline et de sa cousine Evelyne qui lui apporte assistance dans ses emplettes en Guinée voisine.

Rachel, tout juste la vingtaine, prend elle-même le volant des bus dans lesquels voyagent des passagers en partance pour Oyem, le chef-lieu de la région du Woleu-Ntem. Ces mêmes autocars lui permettent aussi de convoyer des denrées pour les revendre. Après des années d’économies, Rachel Avomo Mbélé met sur pied une autre activité mais cette fois-ci dans le secteur de l’hôtellerie à Bitam. Elle ouvre une modeste auberge composée de 5 lits dont la raison sociale était « Bijoux hôtel ». Dans le même temps, dame Mbélé devient aussi propriétaire d’un bar dansant qu’elle donnera le nom de « Le bon Accueil ».

Ces deux endroits, l’un de détente et l’autre de loisirs, deviennent des endroits très prisés des Bitamois et Bitamoises ainsi qu’une destination de choix pour les différents touristes et autres curieux. Les bons vivants de la région aimaient s’y retrouvés et y passer leurs soirées. A la suite d’une notoriété de plus en plus grandissante, « Le bon accueil bar » devint un lieu très fréquenté par des personnalités de haut-rang originaire de la province.

On pouvait y rencontrer l’emblématique député-maire de la commune de Bitam, Jonas Assoumou Ovono dit « vieux Joe » ou « king Joe », Jean-François Ondo Ndong, ministre des Affaires étrangères pendant la présidence de Léon Gabriel Mba Minko ou encore Jean-Marc Ekoh Ngyéma, l’ex président du Conseil gabonais de la jeunesse et ancien ministre des sports chargé de la jeunesse, des affaires culturelles et du tourisme sous Omar Bongo. Le très talentueux et célèbre musicien gabonais, Hilarion Nguéma Etem, s’y produisait aussi. Mais la quiétude se rompit quand André Piguet, fondateur du Collège Piguet s’en alla porter plainte à Rachel Avomo Mbélé pour nuisance sonore car son établissement était situé juste en face du collège et empêchait, selon les propos du plaignant, les enfants de tranquillement faire cours.

Madame Hauger ne se laissa pas intimider et alla plaider sa cause auprès des autorités de la province. Ce fut même une affaire d’Etat car le président Léon Mba s’en mêla et donna raison à sa compatriote suite aux explications qu’elle donna. Rachel Avomo Mbélé expliqua l’histoire dans les moindres détails en soutenant qu’elle avait permis d’occuper suite à sa considérable ancienneté sur les lieux à contrario de monsieur Piguet.

En effet, la propriété d’André Piguet était un garage de renom de véhicules poids lourd à l’époque avec pour propriétaire, un français dénommé Bompa dans les années 1950. Il le rétrocéda plus tard à un spiritain helvète appelé André Piguet. C’est ce même André Piguet qui fonda le collège Piguet. Mais à son arrivée, l’hôtel Bijoux était déjà en activité. Le missionnaire dû donc se résoudre à partir. C’est précisément sur la propriété abritant le Collège Piguet que seront construits tour à tour le Collège d’enseignement de Bitam (CEB) puis l’actuel Collège Edang Nkoulou.

 Escale à Oyem

Par la force des choses, Rachel Avomo Mbélé s’établira à Oyem où elle vécut quelques temps avec son époux. En effet, sieur Hauger avait dû déménager dans la capitale woleuntemoise pour raison professionnelle. La grande femme d’affaires qu’elle était ne put donc rester dans son ménage à ne rien faire. Elle décida alors de monter un business fructueux avec son époux. C’est ainsi que naîtra « Le café des sports », un établissement relevant à la fois du restaurant, du bar et d’un modeste hôtel combinant l’offre de repas, la vente des boissons et un service d’hébergement payant.

On y comptait six chambres au total et tout comme « Le bon accueil bar », cette nouvelle structure de dame Avomo suscita la curiosité et finit par attirer grand monde. Il faut dire que sa position géographique était idéale car depuis l’extérieur où était dressées tables et chaises pour les adeptes d’air frais, la terrasse nous gratifiait d’un panorama édénique. « Le café des sports » était d’autant plus attractif car il se trouvait non loin du cinéma « Le Woleu » et à proximité d’un lac désigné « La piscine » par les riverains ainsi que les amoureux des baignades.

 Retour à Bitam et prospérité

S’étant absentée des années durant, Rachel Avomo Mbélé manquait à son Bitam natal qui avait perdu son ambiance bon enfant et mondaine retrouvée à l’époque du bar « Le bon accueil ». Le maire de la commune de Bitam, sieur Ovono Assoumou, pèse de tout son poids pour que la pionnière Fang de l’hôtellerie de sa ville puisse rentrer chez elle afin d’éveiller à nouveau, l’âme folklorique de la localité. Rachel Avomo Mbélé regagna alors Bitam avec son époux dans les années 1970. Ils voulurent se domicilier dans les quartiers administratifs mais la démarche fut ardue.

Ils repartirent donc s’installer dans leur ancien quartier qui abritait leur bien-aimée ancienne structure d’hébergement, le « Bijoux hôtel ». Dame Rachel et son époux réhabilitèrent les lieux et y emménagèrent un bar dans les locaux du « Bijoux hôtel ». Ils lancèrent dans le même temps, les travaux d’un nouvel établissement hôtelier digne de ce nom comprenant un hôtel composé d’une dizaine de chambre. Un restaurant-bar et une discothèque furent également en construction. Peu à peu, les clients furent à nouveau au rendez-vous au « Bijoux hôtel-bar » et la ville de Bitam retrouva alors son âme nocturne en attendant l’arrivée d’un plus grand espace commercial dont tout le monde parlait et mourait d’impatience de fréquenter.

Près de quatre ans après les débuts de travaux, la nouvelle structure de Rachel Avomo Mbélé fut enfin terminée. L’hôtel, au charme ultra moderne, porta le nom de « L’hôtel des voyageurs ». Le restaurant-bar attisait l’appétit et stimuler la soif rien qu’en le contemplant. La boîte de nuit était magnétisante. Sa raison sociale fut « La canne à sucre », que bitamois, bitamoises et touristes consommèrent sans modération. Ces « merveilles » infrastructurelles de l’époque demeurent des endroits emblématiques dont les bons comme les mauvais souvenirs sont inscrits dans la mémoire une multitude d’ascendants et descendants de familles.

Dans les années 1988-1989, dame Hauger monte d’autres affaires afin de diversifier ses sources de revenus et accroître davantage son patrimoine. Elle se relance dans le transport et fonde la société « Armand cars » dans laquelle elle fait souvent office de chauffeur. Elle apprend dans le même temps à l’un de ses fils, l’art de la conduite. Ensuite, elle ouvre une salle de jeu à Bitam, la seule à l’époque, ainsi qu’une auberge touristique dénommée Ayembe. Rachel Avomo Mbélé crée aussi une boucherie-poissonnerie du nom de « Mebové Den » ainsi qu’un débit de boisson assez en vogue à l’époque, le bar « Le bidule ».

 Vie politique et associative

Suite à l’avènement du multipartisme en 1990, Rachel Avomo Mbélé se range du côté d’un homme politique du septentrion en la personne de Simon Oyono Aba’a, un farouche opposant à Bongo qu’il a plusieurs fois mis aux arrêts. En effet, elle partage avec ce dernier le même clan paternel, celui des « Effack ». Rachel Avomo Mbélé lui apporta son total soutien notamment avec l’engagement des femmes de l’association « Be Gône Be Effack » signifiant en français l’association des femmes du clan Effack.

Elle en était l’un des principales figures au milieu de 200 de ses semblables. Dame Hauger a été conseil municipal pendant au moins cinq mandats à la mairie centrale de Bitam. Par ailleurs, au cours des années 2000, Rachel Avomo Mbélé fonde avec d’autres acteurs du commerce bitamois, l’Association des commerçants de Bitam (l’ACAB) dans laquelle elle sera longtemps la patronne.

 Fin de service

La date du 9 juin 2015 restera un jour sombre pour sa grande famille, la pluralité d’amis et les indénombrables connaissances de Rachel Avomo Mbélé. En effet, c’est précisément à ce moment que dame Rachel Avomo Mbélé « rangea son tablier » afin de prendre un congé pour l’éternité.

Elle rendit l’âme au Centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angondjé situé dans la commune d’Akanda, au nord de Libreville. Elle fut un exemple de réussite pour bon nombre de femmes du Gabon et son sens des affaires a fait d’elle, une personnalité incontournable de la ville de Bitam et dans bien des chefs-lieux de provinces gabonaises.

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