Terrain juridique

Rupture de contrat : Pourquoi Thierry Mouyouma ne touchera pas le jackpot comme Patrice Neveu ?

Rupture de contrat : Pourquoi Thierry Mouyouma ne touchera pas le jackpot comme Patrice Neveu ?
Rupture de contrat : Pourquoi Thierry Mouyouma ne touchera pas le jackpot comme Patrice Neveu ? © 2026 D.R./Info241

Le limogeage brutal de Thierry Mouyouma et de son staff au lendemain de la débâcle de la CAN 2025 a réveillé le spectre de l’affaire Patrice Neveu. Si beaucoup imaginent déjà l’ex-sélectionneur gabonais empocher une indemnité record similaire à celle de son prédécesseur, la réalité juridique et institutionnelle risque d’être bien plus cruelle. Entre une porte fermée à la FIFA et une justice nationale souvent timorée face à la puissance publique, les chances de voir Mouyouma faire plier l’État sont minimes.

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En 2023, Patrice Neveu avait réussi un coup de maître judiciaire. Suite à son éviction, le technicien français avait saisi la FIFA et obtenu la condamnation du Gabon à lui verser plus de 300 millions de francs CFA pour rupture abusive de contrat. Ce précédent laissait penser que tout limogeage entraînait mécaniquement une lourde réparation financière. C’était sans compter sur les subtilités contractuelles qui différencient les deux cas.

Le verrou de la FIFA a sauté

Le premier obstacle, et non des moindres, est l’incompétence de la FIFA dans ce dossier. Comme l’explique Me Louis Denolle, avocat au Barreau de Versailles 5france) cite par nos confrères de L’union ce mardi, le contrat de Thierry Mouyouma a été signé « uniquement entre Mouyouma et le ministère des Sports sans la signature de la Fédération gabonaise de football ».

L’ancien coach gabonais

N’étant pas contresigné par la FEGAFOOT, ce bail sort du périmètre du droit sportif international pour devenir une simple « affaire entre un Gabonais et l’État gabonais  ». Adieu donc les instances de Zurich, réputées pour leur impartialité et leur capacité à contraindre les fédérations et les États à payer.

Le piège des juridictions nationales

L’ex-sélectionneur se retrouve donc contraint, s’il souhaite obtenir réparation, de saisir les « juridictions prud’homales gabonaises ». C’est là que le piège se referme. Si la FIFA a le pouvoir de tordre le bras aux États, l’histoire prouve que les juridictions nationales sont historiquement peu enclines à condamner lourdement l’État, qui est à la fois juge et partie dans l’administration de la justice.

Dans ce combat du pot de terre contre le pot de fer, il est rarissime de voir un tribunal local infliger une sanction financière de l’ordre de 300 millions de FCFA au Trésor public pour un litige de travail. Seules les instances supranationales ou arbitrales parviennent généralement à faire plier l’État dans ce type de dossier. En étant renvoyé vers le droit local, Mouyouma perd son levier de pression le plus puissant.

Osera-t-il seulement attaquer ?

Reste enfin une inconnue de taille : la volonté du technicien gabonais. Patrice Neveu, en tant qu’expatrié, n’avait aucun état d’âme à engager un bras de fer avec le Gabon. Pour un national, la donne est différente. Encore faut-il que Thierry Mouyouma ait l’idée, ou l’audace, de traîner son propre pays et ses anciens employeurs devant les tribunaux.

Entre la pression sociale, le patriotisme et la crainte de se fermer définitivement les portes de l’administration, il est fort probable que le dossier se règle bien loin des prétoires, et surtout bien loin des montants astronomiques perçus par son prédécesseur.

@info241.com
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