Liberté de la presse au Gabon : un combat quotidien pour la survie de l’information
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque 3 mai, sous le thème de cette année « Le journalisme façonne la paix », le Gabon décalera sa commémoration au 8 mai en raison d’un agenda gouvernemental chargé. Un report qui contraste avec l’urgence des défis locaux, sur lesquels la journaliste Denise Rachelle Billogue pose un regard critique, entre contraintes professionnelles et réalités du terrain. Lecture.
-
Informer, un combat quotidien face à une presse à deux vitesses
Au Gabon, informer est un combat quotidien. Un combat contre l’opacité. Un combat contre les pressions. Un combat contre l’indifférence : accéder à l’information relève du parcours du combattant. Un sujet qui devrait être traité en quelques heures peut traîner des semaines, parfois des mois. Non pas parce que les journalistes sont incompétents, mais parce que tout est fait pour ralentir, décourager, épuiser.
Pendant ce temps, les médias publics avancent avec des privilèges que d’autres n’oseraient même pas imaginer. Les médias privés, eux, survivent comme ils peuvent : sans moyens, sans soutien, sans sécurité. La publicité ? Confisquée. Les annonceurs ? Sélectifs. Les opportunités ? Rares. Et comme si cela ne suffisait pas, la presse internationale est parfois mieux traitée que celle qui vit, respire et raconte le pays de l’intérieur.
Influenceurs, confusion de l’information et profession sous pression
Le plus inquiétant, c’est la confusion qui s’installe. Aujourd’hui, les influenceurs et activistes occupent l’espace, dictent les tendances et captent l’attention. L’information devient un spectacle, l’opinion se fait passer pour du journalisme, et la rigueur disparaît peu à peu du débat public. Non, un influenceur n’est pas un journaliste. Non, faire du buzz n’est pas informer. Le journalisme, le vrai, celui qui vérifie, qui recoupe, qui prend des risques, ne peut pas être remplacé.
Et pourtant, ceux qui le pratiquent paient le prix fort. Dans un pays qui se revendique démocratique, des journalistes sont encore inquiétés, intimidés, parfois emprisonnés pour avoir simplement fait leur travail : informer. Le signal est clair. Et il est dangereux. Même les chiffres le confirment : le Gabon recule dans le classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Deux places perdues. Un symbole de plus. Un avertissement de trop.
Des conditions de travail difficiles pour survivre avant tout
Salaires dérisoires. Conditions de travail dégradées. Précarité permanente. Certains journalistes vivent à la limite de la dignité. D’autres abandonnent, non pas par manque de passion, mais par fatigue. Après plus de dix ans dans ce métier, le constat est amer : le rêve s’effrite. Ce qui était une vocation devient un sacrifice. Ce qui était une passion devient une lutte. Aujourd’hui, diriger un média en ligne, c’est accepter une réalité crue : il faut payer chaque année pour simplement exister. Pas pour prospérer, mais juste pour tenir.
Instituée par feu Omar Bongo, à la suite d’un plaidoyer des professionnels du secteur, la subvention d’aide de l’État à la presse privée, initialement fixée à 500 millions de francs CFA, s’est progressivement dépréciée jusqu’à 127 millions en 2023. Elle a ensuite été revalorisée à 500 millions de francs CFA par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais son accès reste un véritable combat pour les journalistes, notamment en raison des critères d’attribution. Parmi ces critères figurent des exigences peu inclusives : la présentation de la carte de presse, les obligations fiscales et sociales (impôts, CNAMGS, CNSS), ainsi que la régularité vis-à-vis de la Haute autorité de la communication (HAC).
Continuer malgré tout : une question qui dérange
Parce qu’informer est une responsabilité. Parce que se taire serait pire. Parce qu’abandonner, ce serait laisser place au vide, à la manipulation, au chaos. Les Gabonais exigent une information de qualité. Le Gabon n’est plus en transition.
Alors oui, en cette Journée mondiale de la liberté de la presse, il faut poser la vraie question : combien de temps encore le journalisme gabonais devra-t-il survivre au lieu de vivre ? Et surtout… jusqu’à quand allons-nous accepter cela ?
Denise Rachelle Billogue, journaliste
@info241.com
Newsletter d'Info241
Abonnez-vous maintenant à notre newsletter pour recevoir chaque matin une analyse de l'actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs !
-


