Portrait

Luc Marc Ivanga, d’ancien tirailleur de l’armée française à élogieux patriote gabonais

Luc Marc Ivanga, d’ancien tirailleur de l’armée française à élogieux patriote gabonais
Luc Marc Ivanga, d’ancien tirailleur de l’armée française à élogieux patriote gabonais © 2022 D.R./Info241

Plusieurs républiques africaines furent autrefois des chasses gardées d’empires occidentaux et plus particulièrement européens. Ces peuples furent obligés de s’arrimer aux directives de l’administration coloniale qui les dirigeait. D’autres décidèrent même de s’engager de manière volontaire ou au forceps dans les armées et/ou troupes coloniales pour protéger les intérêts de ceux qui s’étaient emparés de leurs terres.

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Mais l’amour de la patrie étant souvent plus forte que tout. Certains regagnèrent leurs « maisons » après les Guerres en se forgeant une ténacité à toute épreuve et une envie de réussir inextricable. Nous vous faisons découvrir aujourd’hui l’aventure extraordinaire de Luc Marc Ivanga (1919-2003), un gabonais natif de l’Estuaire et dont le destin fut surprenant.

 Présentation générale

C’est en Afrique équatoriale française (AEF) au sein de la colonie du « Gabon » que vient au monde Luc Marc Ivanga le 19 octobre 1919 précisément dans la région de Libreville au village qui porte aujourd’hui le nom de Montagne-Sainte. Ogula Y Ogwenkero était son père ainsi que le frère aîné de Mathurin Anghiley y Ogwenkero, premier sénateur gabonais.

L’illustre personnage

Sa mère avait pour nom Marie-Louise Maïné Vané et était la sœur cadette de François-de-Paule Vané, chef supérieur du peuple Benga, premier délégué territorial de l’AEF ainsi que le premier autochtone gabonais à représenter ladite colonie au Conseil supérieur de l’AEF. Luc Marc Ivanga fut le père de 15 enfants. Mais il eu cependant 12 enfants issus de son union avec Henriette Ngouandji Ndama. Il en fît d’ailleurs son épouse jusqu’à ses dernières heures d’existence.

 Engagement militaire et formation

Alors qu’il n’a que vingt ans et au moment où la Seconde Grande Guerre éclate en 1939, Luc Marc Ivanga s’engage le 9 septembre 1939 comme volontaire dans l’armée coloniale. Pensant que le conflit sera de courte durée, il nourrit le rêve de faire des études de droit ou de journalisme. Après avoir été incorporé, il rejoint la France précisément le camp de Souge situé dans la ville de Bordeaux. On lui attribue le grade de tirailleur 2ème classe.

Avec d’autres gabonais se joignant à la guerre de manière volontaire et/ou obligatoire à la demande du général Charles De Gaulle, il fut reçu par le capitaine Charles N’Tchoréré qui était lui aussi originaire du Gabon et déjà sur place. Moins d’un an après son intégration dans les rangs des troupes coloniales, Luc Marc Ivanga fut nommé le 27 mars 1940 Caporal. Il sera par la suite affecté au détachement S/317 puis envoyé 15ème régiment des Tirailleurs Sénégalais en date du 4 janvier 1941. Mais durant le même mois de janvier 1941 notamment le 16, il est de nouveau envoyé dans un autre détachement militaire en l’occurrence à la Compagnie mixte.

Par ailleurs, pendant près de trois ans, Luc Marc Ivanga poursuit dans le même temps une formation en Algérie dans la ville de Skikda (dénommé Philippeville aux temps de la colonisation française) située à 471 kilomètres à l’Est d’Alger. Il y obtiendra un diplôme équivalent à celui d’un brevet élémentaire. Peu après, Luc Marc Ivanga prendra part aux batailles livrées pendant la Seconde Guerre Mondiale au Nord de l’Afrique du nom de Campagne d’Afrique du Nord. Ces hostilités se dérouleront principalement au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

Membre actif des opérations du pond du Fash, Luc Marc Ivanga finira gravement blessé à l’œil gauche lors d’un bombardement orchestré par les forces de l’Axe. Perdant près de 65% de son acuité visuelle, il lui sera proposé un arrêt d’opérations sur le terrain en lieu et place d’une formation d’officier. Luc Marc Ivanga fît le choix de regagner sa patrie et balaya d’un revers de la main, l’offre de son commandement. Il foula à nouveau le sol du Gabon le 31 mai 1944, près de cinq ans après l’y avoir quitté. Il finira sa carrière militaire avec le grade de lieutenant-colonel et le statut de réserviste dans l’armée du Gabon.

 Activités professionnelles

Un an après son retour au pays, Luc Marc Ivanga est embauché comme chef de section de manutention et du matériel roulant au sein de l’ancienne société dénommée « Compagnie des chargeurs réunis ». Pendant près de douze ans soit de 1945 à 1957, il fait montre de son professionnalisme et de son sérieux à remplir les tâches qui incombent à son poste. Mais à 26 ans, le jeune Marc Ivanga songe à se lancer dans les affaires et à les fructifier indéniablement. Tel un gestionnaire d’organisations de petite et de moyenne taille, notre jeune protagoniste se lance dans l’exploitation de latérite en s’octroyant une carrière de ladite roche dans une artère de Libreville notamment dans la zone actuelle de l’Ecole normale supérieure et de l’Université Omar Bongo.

Il fut d’ailleurs le principal instigateur de l’ouverture de cette voie. Une offre lui permit d’étendre son activité entrepreneuriale : l’un des chefs de la société pour laquelle il travaillait lui passa une importante commande de latérite à livrer dans la ville de Port-Gentil en 1955. Cette latérite était notamment destinée à construire un ponton de la Compagnie des chargeurs réunis. Deux ans après ce contrat faramineux, Luc Marc Ivanga fonde son exploitation forestière. Son premier champ forestier, localisé au village « Ndouanian » à 80 kilomètres de Libreville, couvre une superficie de 500 hectares. Luc Marc Ivanga se consacrera davantage à son activité forestière plus précisément au développement de celle dite de « coupes familiales ».

 Engagement syndical et politique

L’engagement syndical de Luc Marc Ivanga remonte à l’année 1945. Après son retour au pays, Luc Marc Ivanga milite pour la création d’une association d’anciens soldats ayant fait la Seconde Grande Guerre. Il se concerte avec ses frères d’armes en tête des desquels André Afoughe ou encore Louis-Gaston Ndong Mebaley. Le 3 juin 1945, ces derniers créent l’Association des anciens combattants indigènes du Gabon. La naissance de cette entité morale avait pour objectif principal d’immortaliser la bravoure et la mémoire des hommes qui se sont battus pour le compte du Gabon, aux côtés de l’armée française, en lui apportant assistance au moment où elle en avait le plus besoin suite à l’invasion allemande qu’elle eut à subir. Lorsqu’il fut un exploitant forestier d’envergure, il mit sur pied l’Association des forestiers de l’Ikoï (AFI) en partenariat avec un autre exploitant forestier lui aussi autochtone répondant au nom de Edouard Ekomie. Luc Marc Ivanga fut aussi un adhérent et un dynamique syndicaliste du premier syndicat du Gabon, le Syndicat des employés de Libreville (SEL) qui lui fut né de la pensée de Félix Adandé.

Fort de son engagement syndical et de l’énergie qu’il déploie pour défendre les droits et les intérêts des employés et des ouvriers gabonais, Luc Marc Ivanga est approché par Paul Gondjout Indjendjet qui s’évertue à le faire rejoindre la formation politique dont il est l’une des figures de proue. Il s’agit du Bloc démocratique gabonais (BDG). Le Conseil territorial qui s’est mué en Assemblée législative après l’entrée en vigueur de la loi-cadre Deferre promulguée en 1956, des élections législatives sont organisées au Gabon en 1957 et Luc Marc Ivanga devient député pour le compte du BDG.

Au sein de l’Assemblée législative, il sera tour à tour chef du groupe parlementaire BDG, questeur et deviendra même le 1er vice-président de la première législature gabonaise. Il fut le président de la commission chargée de la modification du drapeau gabonais en lieu et place de celui dit de « La Communauté ». Il présidera également la commission portant sur le transfert à la République Gabonaise des attributs de la communauté ainsi que l’article 50/60 relatif à la ratification des accords particuliers ayant trait à l’indépendance de la République Gabonaise.

Mais un épisode malheureux surviendra en 1962. Luc Marc Ivanga fut interpellé et placé en détention surveillée pendant près d’un an dans la ville de Boué près qu’une motion de censure fut déposée à l’Assemblée nationale sous la pression du président Léon Mba qui voulut contrôler autocratiquement toutes les institutions du pays. Après le décès du président Léon Mba en 1967, l’un de ses plus proches collaborateurs accède au pouvoir : il s’agit de Albert Bernard Bongo.

Celui-ci devient le président fondateur d’une nouvelle formation politique dénommée Parti démocratique gabonais. En 1980, le président Bongo fait appel à Luc Marc Ivanga pour qu’il puisse occuper le poste de Chef de mission du PDG. Par ailleurs en 1990, la démocratisation de la vie politique gabonaise pousse plusieurs cadres du PDG à s’engager au sein des formations politiques d’opposition en tête desquelles le Rassemblement national des bûcherons (RNB) dirigé par Paul Mba Abessole. Il y sera conseiller.

Cependant en 1998, le parti se divise en deux : on a alors le Rassemblement national des bûcherons-démocratique (RNB-D) présidé par le Dr Pierre-André Kombila et le Rassemblement national des bûcherons-Rassemblement pour le Gabon (RNB-RPG) placé lui sous la direction de Paul-Mba Abessole. En octobre 2000, le RNB-RPG devient officiellement le Rassemblement pour le Gabon (RPG). Au moment de sa disparition, Luc Marc Ivanga y occupait toujours son poste de conseiller du parti.

 Distinctions

Au sortir de son engagement dans l’armée coloniale pour défendre la France et ses alliés contre le nazisme et ses méfaits, Luc Marc Ivanga reçut plusieurs décorations en signe de reconnaissance pour sa participation active. Il lui fut remis la Médaille commémorative de la guerre de 1939-1945, la Médaille de la Croix de guerre avec étoile en bronze à l’ordre du 15ème Régiment des Tirailleurs Sénégalais et la médaille Coloniale avec agrafe Tunisie. Il fut aussi élevé plus tard au rang d’Officier du Mérite Congolais ainsi qu’à celui de Commandeur de l’Etoile Equatoriale.

 Disparition

C’est le 11 août 2003 que décède Luc Marc Ivanga. Il avait 84 ans.

*Portrait issu des notes d’Imunga Ivanga, un des fils de Luc Marc Ivanga

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