Crise post-électorale

Arrivée de la CPI au Gabon : création d’un collectif de victimes des répressions post-électorales

Arrivée de la CPI au Gabon : création d’un collectif de victimes des répressions post-électorales
Arrivée de la CPI au Gabon : création d’un collectif de victimes des répressions post-électorales © 2017 D.R./Info241

Une mission de la Cour pénale internationale (CPI) séjournera la semaine prochaine au Gabon. Il en aura fallu peu pour qu’émerge un « Collectif des victimes de la crise post-électorale de 2016 » dirigé par Christophe Remande, ce jeune gabonais qui a perdu l’usage de sa main droite lors des répressions policières. Ce collectif souhaite être « associé » aux investigations préliminaires de la CPI attendue du 20 au 22 juin prochain.

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Dans un communiqué de presse parvenu à Info241, le Collectif de victimes rappelle que les victimes de cette répression policière et militaire étaient « essentiellement des jeunes qui réclamaient la restauration de la vérité des urnes sont descendus dans la rue. Des affrontements entre civils non armés et forces de défense et de sécurité notamment les éléments de la Garde Républicaine, de l’armée , de la gendarmerie , de la police et des milices cagoulées ont été signalés partout dans le pays ».

Avec l’arrivée de cette mission de la CPI qui rappelons-le évaluera s’il y a nécessité ou non d’ouvrir une enquête pour crimes contre l’humanité, devra tabler sur les bilans contrastés de ces violences essentiellement menées par les forces de sécurité et de défense aux ordres d’Ali Bongo dont la réélection continue d’être contestée.

Selon les autorités gabonaises qui avaient attaquées à l’arme lourde le QG de campagne de l’opposant Jean Ping dans la nuit du 31 août 2016, seuls 4 personnes seraient mortes parmi les civils désarmés dont l’assaut aurait été dirigé par la Garde républicaine, un bataillon militaire assurant la protection d’Ali Bongo. Cette attaque avait été soutenue « par les milices cagoulées, à l’arme lourde, à la Kalachnikov, au M16 américain, avec différents types de grenades soutenus par des bombardements aériens par hélicoptère », souligne le Collectif.

Face à cette arrivée imminente, le Collectif affirme «  nous les victimes et familles de victimes de la crise post-électorale du 27 août 2016 au Gabon, avons décidé compte tenu de la paralysie de la justice au Gabon et de la complicité entre magistrats et pouvoir en place, de nous constituer en collectif pour défense nos intérêts et pour que justice soit rendue en faveur de nos fils et nos filles lâchement assassinés par les soldats et milices répondant aux ordres du régime d’Ali Bongo ».

Voici l’intégralité de ce communiqué de presse :

Création du Collectif des Victimes de la crise post-électorale de 2016 au Gabon : Communiqué de presse.

Contexte :

Le 27 aout 2016, les gabonais se sont massivement rendus dans les urnes pour élire le président de la République. Au terme du scrutin présidentiel une grossière manipulation du résultat final du vote dans la province du Haut-Ogooué avec la complicité malveillante de la Commission Electorale Autonome et Permanente(CENAP), du Ministère de l’Intérieur et de la Cour Constitutionnelle.

Alors que 8 provinces sur 9 avaient publié leurs résultats définitifs donnant Jean Ping, candidat unique de l’opposition vainqueur avec environ 60 % des suffrages exprimés, le 31 aout 2016, la CENAP et le Ministère de l’intérieur sur la base de procès-verbaux frauduleux et de corruption d’agents électoraux de l’opposition, Ali a été proclamé vainqueur de la présidentielle avec un score de 98,63 % dans la province du Haut-Ogooué et un taux de participation de 95%.

Ce résultat à la soviétique, fabriqué de toutes pièces a jeté un discrédit sur le processus électoral dans son ensemble. Ce constat a été également établi par la Mission d’observation de l’Union Européenne qui a déployé 70 observateurs internationaux pour suivre le déroulement de ladite élection.

La proclamation des résultats frauduleux a été le détonateur d’une vaste contestation de la population gabonaise sur l’ensemble du territoire national, principalement à Libreville, Port-Gentil, Lambaréné, Oyem, Mouila etc.

Bilan de la répression

Essentiellement des jeunes qui réclamaient la restauration de la vérité des urnes sont descendus dans la rue. Des affrontements entre civils non armés et forces de défense et de sécurité notamment les éléments de la Garde Républicaine, de l’armée, de la gendarmerie, de la police et des milices cagoulées ont été signalés partout dans le pays.

Dans la nuit du 31 août au 01 septembre 2016, le quartier général de campagne de Jean Ping qui abritait plus de 1500 personnes a été attaqué par les éléments de la Garde Républicaine soutenus par les milices cagoulées, à l’arme lourde, à la Kalachnikov, au M16 américain, avec différents types de grenades soutenus par des bombardements aériens par hélicoptère. Des sources concordantes parlent de 10 à 50 morts durant cet assaut qui a durée plus 5 heures.

Outre le quartier général de Jean Ping, de nombreuses victimes ont été signalées à la prison centrale de Libreville qui fut le théâtre d’une mutinerie meurtrière le 31 août 2016. Le bilan de cette répression menée par les bérets rouges est inconnu à jour au regard de l’opacité qui a prévalu dans cette affaire. Cependant plusieurs sources évoquent des chiffres de 15 à 25 morts. On dénombre également plusieurs morts, des victimes des exécutions extrajudiciaires à travers les quartiers populaires des villes de provinces. De nombreux témoignages indiquent l’existence charniers à Libreville (Cité de la démocratie).

Le 15 janvier 2017, un charnier a été découvert au cimetière de MINDOUBE, à Libreville. Les maisons des pompes funèbres de Libreville sont accusées par la société civile d’avoir dissimulées les corps de victimes et d’être complices des activités opaques visant à faire disparaître les corps de personnes assassinées. Ces soupçons sont corroborés par le refus des pompes funèbres à autoriser la presse à mener ses investigations durant la période de septembre –octobre 2016. Globalement les estimations du nombre de victimes se situent selon diverses sources entre 100 et 300 morts. Physiquement, la société civile a dénombré et archivé 31 victimes nominatives.

Au regard de ce qui précède, nous les victimes et familles de victimes de la crise post-électorale du 27 août 2016 au Gabon, avons décidé compte tenu de la paralysie de la justice au Gabon et de la complicité entre magistrats et pouvoir en place, de nous constituer en collectif pour défense nos intérêts et pour que justice soit rendue en faveur de nos fils et nos filles lâchement assassinés par les soldats et milices répondant aux ordres du régime d’Ali.

Pour la réalisation de notre mission, nous comptons activement nous investir au Gabon et à l’international pour l’aboutissement des procédures en cours à la CPI , aux Nations- Unies et devant les tribunaux à compétence universelle.

Nous saluons l’arrivée de la mission de la CPI, le 20 juin 2017 et souhaitons vivement y être associés dans son déroulement car rien ne peut se faire sans notre collectif. A partit d’aujourd’hui, le Collectif au côté de la Société civile se considère comme un acteur majeur du dossier des crimes contre l’humanité commis au Gabon au nom des victimes.
Libreville, 11 juin 2017
Christophe REMANDE
Président du Collectif
Contact presse : + 241 05 98 75 78
Mail : christopheremande@gmail.com


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