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Attractivité minière : Le Gabon relégué en fin de tableau, la stratégie de ces deux dernières années en question

Attractivité minière : Le Gabon relégué en fin de tableau, la stratégie de ces deux dernières années en question
Attractivité minière : Le Gabon relégué en fin de tableau, la stratégie de ces deux dernières années en question © 2026 D.R./Info241

Le dernier palmarès de Jeune Afrique sur l’attractivité minière des pays africains relance une interrogation devenue centrale : quelle place occupe réellement Gabon dans la compétition continentale ? Le pays se classe 22e sur 25 États évalués, soit dans le dernier quart du tableau. Ce rang repose sur une grille d’analyse mêlant potentiel géologique, cadre réglementaire, fiscalité, gouvernance, risque pays, accès à l’énergie et qualité des infrastructures.

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Ce résultat interroge directement la séquence récente de pilotage du secteur, sur fond de volonté affichée de « reprendre la main » sur les ressources stratégiques. Dans le débat public, les regards se tournent notamment vers la période où le portefeuille des Mines était sous la responsabilité de Gilles Nembé. À l’échelle des investisseurs, ce type de classement pèse surtout par le signal envoyé : stabilité des règles, lisibilité des projets, capacité d’exécution. Et c’est précisément sur ces variables que le Gabon semble aujourd’hui pénalisé.

 Souveraineté affichée, incertitude installée

Nommé à la tête d’un secteur capitalistique, dépendant de cycles d’investissement longs et des marchés internationaux, le ministère a porté une ligne de souveraineté économique assumée. L’objectif annoncé — accroître la part de valeur captée par l’État — est, sur le principe, politiquement lisible. Mais, sur le terrain, plusieurs décisions ont été perçues comme abruptes, insuffisamment concertées et génératrices d’incertitude. Or, dans les mines, la « bancabilité » d’un projet repose autant sur la ressource que sur la prévisibilité des règles.

L’un des tournants cités par les acteurs concerne le régime des « substances souveraines » et, plus largement, l’alourdissement du risque réglementaire. Sur les marchés, l’incertitude agit comme une taxe invisible : elle renchérit le financement, rallonge les délais, et peut geler des décisions d’investissement. Le classement de Jeune Afrique, sans juger des intentions, sanctionne précisément la combinaison « cadre + exécution ».

 « Substances souveraines » : le choc du 35 %

Le texte créant le régime des « substances souveraines » introduit une participation systématique de l’État portée à 35 %, « libre de toute charge et non diluable », dans le capital de certaines entreprises minières à grande échelle. Sur le papier, la logique est celle d’un État-actionnaire plus présent. Dans les faits, cette hausse est venue s’additionner à une pression fiscale déjà jugée élevée par une partie des opérateurs, nourrissant le débat sur la rentabilité nette des projets et la capacité à lever des financements.

Ce point est d’autant plus sensible que les projets miniers sont structurés sur des horizons longs, avec des équilibres contractuels et financiers très encadrés. Lorsque les paramètres changent rapidement, les investisseurs réévaluent le risque pays, et les financeurs resserrent leurs conditions. Résultat : l’attractivité se dégrade, même si le potentiel géologique reste intact. Le classement ne « nie » pas les ressources ; il mesure surtout l’environnement pour les transformer en projets financés et exécutés.

 Projets vitrine attendus, exécution jugée insuffisante

Deux projets structurants reviennent régulièrement dans les critiques : Baniaka et Belinga. Présentés comme emblématiques du potentiel gabonais, ils cristallisent aussi les frustrations liées aux retards, aux arbitrages jugés fluctuants et au manque de visibilité pour les partenaires. Dans un secteur où la confiance se construit par la constance, l’instabilité de gouvernance peut suffire à dégrader la crédibilité d’un projet, même bien doté en ressources.

La comparaison souvent faite avec Gabon Oil Company illustre un autre angle du débat : là où le pétrole a bénéficié d’un portage étatique perçu comme structuré, le « bras minier » public, notamment Société Équatoriale des Mines, est jugé moins lisible dans sa stratégie et ses priorités. Cette asymétrie affaiblit l’image de l’État-actionnaire, à un moment où il revendique précisément davantage de contrôle. Et elle brouille le message envoyé aux industriels : qui pilote, avec quelle doctrine, et dans quel calendrier ?

 Manganèse brut : industrialiser, mais avec quel filet ?

L’annonce d’une interdiction des exportations de manganèse brut à partir de janvier 2029 s’inscrit, elle aussi, dans la logique de transformation locale. L’objectif est largement partagé sur le principe : capter plus de valeur, créer des emplois industriels, bâtir une chaîne locale. Mais la question de la méthode reste posée, notamment sur la concertation, la montée en puissance des capacités industrielles et, surtout, la contrainte énergétique, souvent citée comme un goulot d’étranglement. Sans infrastructure et énergie disponibles, l’industrialisation peut se heurter à la réalité des coûts et des délais.

Au final, le classement de Jeune Afrique agit comme un rappel : l’attractivité minière se construit moins par les annonces que par la stabilité des règles, la qualité de l’exécution et la crédibilité des trajectoires. Le nouveau ministre des Mines aura peu de marge d’erreur : restaurer la confiance, sécuriser les paramètres économiques et remettre des projets vitrine sur des rails lisibles. Dans un contexte continental très compétitif, le Gabon joue désormais sa crédibilité minière, au-delà de son seul potentiel.

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