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Suspension des réseaux sociaux
au Gabon

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Depuis la décision
de la HAC

Entretien

Réseaux sociaux coupés au Gabon : la HAC maintient sa censure jusqu’à l’adoption des 3 ordonnances Oligui

Réseaux sociaux coupés au Gabon : la HAC maintient sa censure jusqu’à l’adoption des 3 ordonnances Oligui
Réseaux sociaux coupés au Gabon : la HAC maintient sa censure jusqu’à l’adoption des 3 ordonnances Oligui © 2026 D.R./Info241

L’affaire de la suspension des réseaux sociaux, effective depuis le 17 février, continue de défrayer la chronique au Gabon. Ce jeudi 28 mai, le président de la Haute autorité de la communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou, a accordé une longue interview au quotidien L’Union. Près de cent jours après l’entrée en vigueur de cette mesure restrictive, le patron de l’organe de régulation est revenu sur les soubassements juridiques de son action et sur les perspectives de résolution de cette crise numérique qui passe par l’adoption du nouveau cadre légal élaboré autour des 3 ordonnances prises par le gouvernement Oligui Nguema depuis ce 26 mai sur la table des parlementaires.

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Cette sortie médiatique intervient au lendemain d’une victoire judiciaire décisive pour l’institution de régulation. La Cour d’appel de Libreville a en effet statué en faveur de la HAC, déboutant ainsi la plainte formulée par le parti politique Ensemble pour le Gabon (EPG). Les magistrats ont retenu que l’autorité n’a commis aucune « voie de fait » ni « irrégularité grossière », affirmant que seul le juge administratif s’avère compétent pour contrôler la légalité d’une telle décision. S’appuyant sur l’article 49 de la loi n°014/2023, la juridiction a validé le pouvoir propre de la HAC de restreindre l’accès aux plateformes diffusant des contenus illicites au nom de la préservation de l’ordre public.

 Une procédure qualifiée d’escroquerie intellectuelle

Interrogé sur la condamnation de ses adversaires politiques aux dépens, Germain Ngoyo Moussavou n’a pas caché son agacement face à ce qu’il perçoit comme une manœuvre de déstabilisation. Le président de la HAC accuse les instigateurs de cette plainte d’avoir sciemment fait perdre du temps à son institution devant les tribunaux, tout en s’adonnant à la propagation de « fausses informations dans le seul but de décrédibiliser la HAC et de nous jeter en pâture à la vindicte populaire ». Jugeant cette démarche indigne, il a sèchement recadré les plaignants : « C’était leur droit d’ester en justice. Mais j’ai horreur de tout ce qui est escroquerie intellectuelle ».

Les arguments du président de la Haute autorité de la communication (HAC) :

Thématiques abordées Citations de Germain Ngoyo Moussavou Contexte et implications
Bataille juridique et légalité

« Je n’ai pas trouvé ça à la hauteur. C’était leur droit d’ester en justice. Mais j’ai horreur de tout ce qui est escroquerie intellectuelle. »

Victoire judiciaire : La Cour d’appel a validé la compétence de la HAC (via l’article 49) à suspendre les réseaux, balayant la plainte de l’EPG perçue comme une manœuvre de déstabilisation de l’institution.

Ordre public et vivre-ensemble

« L’objectif immédiat de la mesure conservatoire était de réduire l’exposition du public aux contenus illicites [...] agir contre une "bordélisation" du cyberespace gabonais qui prenait une tournure toxique. »

Justification sécuritaire : La censure est assumée comme un mal nécessaire pour protéger l’espace numérique national contre les « dangers ambulants » et préserver la cohésion sociale.

Impact économique

« Il faut éviter de s’enivrer avec les mots. La mesure de la HAC n’a pas mis exsangue l’économie gabonaise. Loin s’en faut, sinon cela se saurait. »

Minimisation assumée : Face aux critiques sur les pertes des PME et influenceurs, le président relativise, tout en précisant qu’une évaluation conjointe avec les ministères est en cours.

Rapport de force avec les plateformes

Il s’agissait aussi de « créer un effet levier pour engager le dialogue avec les plateformes numériques globales. »

Co-régulation : La coupure a forcé les géants de la Tech à coopérer. TikTok a notamment formé les agents de la HAC à l’outil de signalement TSET et dépêchera bientôt une délégation au Gabon.

Indépendance de l’institution

« La Haute autorité de la communication est une autorité administrative indépendante. À ce titre, ses décisions sont souveraines [...] autonome, responsable, sans pression aucune. »

Rejet des injonctions de l’exécutif : La HAC réfute avoir agi sur ordre du gouvernement, affirmant avoir elle-même interpellé l’exécutif pour initier de nouvelles lois dans le respect de la séparation des pouvoirs.

Conditions de levée de la mesure

« Ce qu’il faut retenir, c’est que la levée dépend désormais de l’entrée en vigueur du nouveau cadre légal. [...] Cela ne saurait tarder. »

Échéance législative : La fin de la suspension n’est pas immédiate ; elle reste conditionnée à l’adoption par le Parlement de trois ordonnances visant à mieux encadrer l’usage des réseaux sociaux.

Loin de faire machine arrière, le régulateur a fermement assumé cette mesure, prenant le soin de préciser qu’il s’agissait d’une suspension ciblée de certains réseaux et que l’accès global à internet n’a jamais été coupé. L’objectif immédiat de cette décision conservatoire était de stopper la prolifération inquiétante de contenus illicites et d’endiguer la « "bordélisation" du cyberespace gabonais qui prenait une tournure toxique pour notre vivre-ensemble ». Conscient des critiques concernant le coût économique pour les petites et moyennes entreprises ainsi que les médias, il a appelé à « éviter de s’enivrer avec les mots », niant que la mesure ait mis le pays exsangue, tout en confirmant qu’une évaluation des contrecoups est actuellement menée en collaboration avec plusieurs ministères.

 Co-régulation avec les géants de la Tech et indépendance

Cette période de censure a également servi de levier stratégique pour contraindre les multinationales du numérique à coopérer avec les autorités locales. Germain Ngoyo Moussavou s’est réjoui d’avancées notables dans le dialogue instauré avec Google, Meta et TikTok. Un cap concret a d’ailleurs été franchi avec cette dernière plateforme : des agents de la HAC ont bénéficié d’une formation dispensée par TikTok sur l’outil TSET, un dispositif de renom permettant de signaler et de retirer promptement les contenus inappropriés. Pour consolider cette logique de co-régulation constructive, une délégation de l’entreprise est par ailleurs attendue au Gabon.

Face aux soupçons d’une commande politique émanant du sommet de l’État, le patron de la HAC a catégoriquement rejeté toute ingérence de l’exécutif dans ce dossier. Il a rappelé avec force que la Haute autorité de la communication demeure une entité administrative indépendante, dont les décisions sont « souveraines, conformément à ses attributions légales et réglementaires ». Assurant avoir agi de manière « autonome, responsable, sans pression aucune », il a souligné que c’est au contraire son institution qui a interpellé le gouvernement dans l’urgence afin qu’il propose un meilleur encadrement juridique des flux informationnels, illustrant selon lui la pleine application du principe de la séparation des pouvoirs.

 Trois ordonnances pour conditionner le retour à la normale

Concernant l’épineuse question de la fin du blocage, les internautes devront encore patienter pour retrouver leurs habitudes. Si une réflexion est bien en cours au niveau du collège des conseillers de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou a clairement conditionné la levée de la suspension à l’entrée en vigueur effective du nouveau cadre légal. Cette crise aura au moins eu le mérite d’accélérer le processus législatif, puisque le gouvernement a d’ores et déjà élaboré trois ordonnances qui sont actuellement soumises à l’examen attentif des parlementaires des deux Chambres.

Ce n’est qu’une fois ces textes définitivement adoptés que l’organe de régulation procèdera à la réouverture officielle des plateformes sociales. « L’objectif reste de lever la suspension dès que les conditions de sécurité et de conformité seront réunies », a promis le régulateur, assurant que cette échéance très attendue « ne saurait tarder ». En attendant, la Haute autorité estime avoir pris toutes ses responsabilités face à un espace numérique devenu un repaire de « dangers ambulants », en tentant de préserver le délicat équilibre imposé à l’État entre liberté d’expression, cohésion sociale et vitalité de l’activité économique.

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