Portrait

Omar Bongo, d’agent de liaison des services secrets français à président à vie du Gabon

Omar Bongo, d’agent de liaison des services secrets français à président à vie du Gabon
Omar Bongo, d’agent de liaison des services secrets français à président à vie du Gabon © 2022 D.R./Info241

Quand on en vient à parler de dictature dans le monde, une pluralité de noms, entièrement ceux d’hommes ou presque, est évoquée et malheureusement ce mode de gouvernance est encore de mise dans plusieurs pays à travers la planète. Les régimes autocratiques dont ces despotes furent les bâtisseurs ont traumatisé la quasi-totalité des populations qu’ils administraient.

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D’Europe jusqu’en Afrique en passant par l’Asie, l’Amérique du Nord et celle du Sud, des tyrans comme Benito Mussolini, Ali Abdallah Saleh, Sani Abacha, Fidel Castro, Francisco Macías Nguéma, Ho Chi Minh, Josip Broz Tito, Kim Il-Sung, Idi Amin Dada, Nicolae Ceausescu, Augusto Pinochet, Mobutu Sésé Seko, Than Shwe ou encore Slobodan Milosevic furent les principales figures du pouvoir au sein de leurs pays respectifs dans lesquels ils régnèrent sans partage en instituant un système de terreur au sommet de l’Etat, réduisant au silence et ce peu importait la manière, les voix dissidentes qui osèrent leur tenir tête ou dénoncer leurs dérives.

L’illustre disparu

Dans un petit pays d’Afrique centrale autrefois colonie puis territoire africain de l’empire et ensuite de la République française, le totalitarisme marqua aussi de son empreinte ce petit émirat du « berceau de l’humanité » et ce par la volonté d’un seul homme dont le patronyme possède une résonnance internationale : El Hadj Omar Bongo Ondimba né Albert-Bernard Bongo (1935-2009). Ce natif d’Afrique équatoriale, né quatre ans avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, portait certainement dès sa naissance, les germes de celui d’un chef d’Etat friand d’autocratie.

La tyrannie dont il fit montre dès son accession à la tête du pays plongea plusieurs gabonais dans l’effroi et la psychose. Par ailleurs, les temps de paix et de bonne santé économique ont très souvent égayé la vie des populations qui se réfugiaient très régulièrement dans le travail et les loisirs en tout genre afin d’éviter toute répression, n’osant presque jamais s’immiscer dans les affaires du « président-souverain » et de sa gestion de la nation.

A l’occasion de son 13ème anniversaire de décès ce 8 juin 2022, la rédaction d’Info241 vous livre un portrait exclusif sans complaisance sur les contours de la vie d’Omar Bongo qui fut pendant longtemps, et ce grâce à sa longévité comme autorité suprême à la tête du Gabon, le « doyen » des chefs d’Etats africains suite au décès de Félix Houphouët-Boigny le 7 décembre 1993.

 Naissance et origines

Officiellement, El Hadj Omar Bongo né Albert-Bernard Bongo débute son existence dans le monde des vivants le 30 décembre 1935. Sa naissance survint au village Léwaï situé dans la circonscription administrative du Haut-Ogooué localisée au sein du Gabon, colonie du gouvernement général de l’Afrique équatoriale française (AEF) en ces temps. Omar Bongo avait pour père sieur Ondimba et pour mère dame Ebori. Il est originaire de deux communautés ethniques très proches : « Téké » et « Obamba ».

Son géniteur était un cultivateur habitant dans le Sud-est du pays. Ses parents eurent 12 enfants et Albert était le petit dernier. Mais la chance ne fut pas du côté de Bernard et de ses frères car ils perdirent tour à tour dans un laps de temps moindre, leur père puis leur génitrice quand l’intéressé avait respectivement 7 et 12 ans. Mais comme souvent en Afrique durant cette période, les origines de Bongo demeurèrent floues et diverses. D’autres dirent de lui qu’il n’était aucunement gabonais mais plutôt issu du Congo Français (actuelle République du Congo). D’autres affirmèrent qu’il était plutôt centrafricain de par son père.

Suite à ces interrogations légitimes, qu’en-est-il de la vérité ? En effet bien avant les années de colonisation, les terres africaines étaient érigées en royaumes qui le plus souvent formaient des empires. Pour ce qui est de l’actuelle Afrique centrale anciennement dénommée Afrique équatoriale française (AEF) durant l’occupation française, trois grands royaumes furent répertoriés : le Royaume du Kongo (Kongo dia Ntotila), le Royaume de Loango et celui de Tyo/Tio encore appelé Royaume Batéké, Royaume Anzico ou Royaume du Makoko.

Il est clairement établi par l’historien et chercheur congolais Didier Moe Loembé Tchikambou que le premier royaume cité était une monarchie mais aussi un empire qui s’étendait des territoires Nord de l’Angola dont le Cabinda jusqu’au Sud-ouest du Gabon en passant par l’ex Congo français et l’extrémité occidentale de l’ancien Congo Belge. Il comprenait aussi l’Ouest de la rivière Kwango, l’Est du fleuve Congo jusqu’au fleuve Loje au Sud, le tout en partant de l’Océan Atlantique.

La monarchie dite de Loango quant à elle s’étendait le long de la côte atlantique entre le cap Lopez et le fleuve Congo constituant le quart Sud-ouest de l’actuelle République du Congo ; elle était voisine au royaume du Kongo par le nord et regorgeait d’importantes ressources. Dans ses premières heures d’existence, cette région souveraine comprenait aussi l’enclave de Cabinda en Angola et qu’elle aurait comptabilisé la rive Nord du fleuve de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC) dans l’étendue de son domaine.

Concernant le Royaume Batéké, son territoire comprenait l’Est de l’actuel Gabon, l’Ouest de l’actuel République du Congo, la rive gauche du fleuve Congo notamment la ville de Kinshasha et l’Ouest de Mai-Ndombé en RDC. Après avoir contextualisé la réalité des propriétés historiques et officielles de chaque monarchie, on peut affirmer sans prendre le risque de se tromper qu’Albert Bongo serait évidemment issu du royaume Batéké donc de l’actuel Sud-Est du Gabon et de l’actuel République du Congo.

Cette approche signifie alors qu’Albert-Bernard Bongo serait originaire du Congo français donc du Gabon et de la République du Congo. En effet, le Congo français était un ancien protectorat français, comprenant l’actuel Gabon et l’actuelle République du Congo, qui fut établit de 1882 à 1906, date du détachement du Gabon en une colonie distincte. Le Congo fraçais, dont Libreville fut la capitale de 1882 à 1906, est né à la suite des traités et actes signés entre Savorgnan de Brazza et le suzerain des Batékés/Tékés, le roi Illoy Ier encore appelé roi Makoko de Mbé. Selon ses origines plus anciennes, Omar Bongo est un citoyen de l’empire « Téké » du moins jusqu’à la fin de 19ème siècle avant que les français ne placent le royaume sous son « protectorat » suite au partage du monde entre les grandes puissances occidentales lors de la Conférence de Berlin se tenant de 1884 jusqu’en 1885.

Officiellement, la République centrafricaine (RCA) a toujours été enclavé par le Cameroun dans sa partie occidentale, par le Tchad au Nord-ouest, au Nord-est par le Soudan, à l’Est par le Soudan du Sud, la RDC au Sud-Est et la République du Congo au Sud-ouest. Pour ce qui est des allégations attribuant la nationalité centrafricaine à Omar Bongo, les informations apportées plus haut ne peuvent étayer cette thèse car la RCA n’est délimitée à la République du Congo que par le Sud à contrario du Gabon qui l’est par le Sud-est. Ces affirmations pourraient être tenables si et seulement si, il y aurait eu des migrations d’une population centrafricaine vers le Royaume Batéké ou si des informations officieuses ne nous ont pas encore été révélées concernant les origines profondes d’Albert-Bernard Bongo.

L’encyclopédie universelle et multilingue nous apprend même qu’à partir du 3ème millénaire avant notre ère, les populations parlant les langues du groupe Adamoua-Oubangui, considéré comme les autochtones officiels de la RCA donc de l’ex Oubangui-Chari, s’opposèrent à l’expansion Bantou qui trouvèrent un exutoire vers le régions Sud et Est du continent. Les bantous n’ont donc finalement jamais pu s’installer dans la région même si des fouilles effectuées en RCA ont permis la découverte de pierres taillées datant au moins du 9ème millénaire avant notre ère sans permettre l’attribution de ces outils à une population pygmée, bantoue ou d’une autre origine.

 Conquêtes, mariages, postérité et penchant libidinal

Tout au long de sa vie, Omar Bongo Ondimba (OBO) aurait eu plus d’une centaine de conquêtes aussi bien gabonaises qu’étrangères telles que Louise Mouyabi Moukala, fille d’un ancien chauffeur du général Charles De Gaulle, avec laquelle il eut à 19 ans une fille du nom de Pascaline Bongo ; cette dernière était la directrice de cabinet de son père et la gestionnaire du patrimoine familial de celui-ci. En 1959 alors qu’il n’a que 24 ans, Albert-Bernard Bongo épouse à l’état-civil Marie-Joséphine Kama, 23 ans, communément appelée Patience Dabany. C’est en 1958 qu’ils s’étaient rencontrés.

De leur relation naîtront Alain Bongo et Amissa Bongo ; mais cette information est remise en cause car selon plusieurs révélations, Marie-Joséphine Kama n’aurait jamais eu d’enfant du fait de son infertilité. Aussi, OBO fut le géniteur d’Anicet Bongo conçu avec la sœur de Joséphine Kama, la nommée Cécilia Ndjavé-Ndjoy né Otouma Dabany. Christian Bongo fut aussi le fils du concerné, né d’une relation avec une antillaise. Il a cependant été longtemps chef du service de renseignements gabonais. Par ailleurs, Omar Bongo a entretenu une idylle avec Chantal Myboto, fille de Zacharie Myboto qui fut un ancien collaborateur du président et membre du gouvernement.

Onaïda Maïsha Bongo fut le fruit de cette relation. Ahmed et Yusuf Ali Bongo sont aussi les fils de sieur Bongo qu’il a eu avec une ressortissante mauricienne du nom de Zainab Peeroo au moment où cette dernière était âgée de 17 ans et qu’il a épousé religieusement en 1987 ; sa tante travaillait notamment au palais présidentiel. Marie-Madeleine Mbourantsouo, présidente de la Cour constitutionnelle, a aussi été la maîtresse d’OBO qui lui fit deux enfants dont Fabrice Andjoua. Après des tensions maritales avec Patience Dabany sans pourtant qu’ils ne soient officiellement divorcés, OBO convole en justes noces avec Edith Sassou Nguésso, fille du président de la République du Congo.

Les naissances de Yacine Queenie Bongo et de Omar Denis Junior Bongo, respectivement en 1991 et en 1994, seront issues de cette union. Naîtront aussi Flore Bongo et Hermine Diop Bongo, filles d’OBO et d’Antoinette Diop dont le frère, Mamadou Diop, travaillait au secrétariat de la présidence. Hermine Diop Bongo fut d’ailleurs directrice générale de la compagnie aérienne « Air Affaires Gabon ». OBO aurait adopté Nadine, Grâce, Jeff, Audrey et Betty Bongo.

OBO est aussi le géniteur de Annick Onkonkwo et d’Agathe Bongo né le 6 janvier 2009 dont la mère était secrétaire général adjoint du conseil des monistres pendant 16 ans répondant au nom de Chrystelle Limbourg. Bien avant elle, il eut des enfants avec Denise Massard, sœur de l’ex ministre Etienne Massard, mais aussi avec Gisèle Moubélet, sœur du ministre Pacôme Moubélet Boubéya. Alfred, Albert-Fabrice et Alex-Bernard D’Oliveira Bongo, ex secrétaire général de Gabon Télécom, furent constituèrent eux aussi la progéniture de Omar Bongo.

L’ancien pilote présidentiel, Landry Mandji Bongo, était aussi son fils. Albertine Amissa Bongo était quant à elle, un de ses enfants préférés, le « porte bonheur » du président. Quand elle décède en 1993, ce dernier est atterré. Pour préserver à jamais sa mémoire, son père décide de créer en 2006 une compétition cycliste internationale par étapes pour lui rendre à jamais hommage. Elle est aussi l’éponyme d’une fondation à savoir la Fondation Albertine Amissa Bongo (FAAB). En 2003, OBO offre un appartement d’une valeur de 400 millions de FCFA à l’ex miss France d’origine rwandaise, Sonia Rolland, dans le 15ème arrondissement de Paris.

Suite à cela, il se susurrait qu’elle aurait eu une liaison avec Omar Bongo. Mais d’autres faits rapportés ici et là mais non vérifiés stipulent que lors de ses voyages d’affaires ou de vacances, le président Bongo se serait adonné à des orgies minutieusement organisées dans les villes de Paris, de Nice mais également dans la principauté de Monaco. Ce qui lui aurait valu à l’époque le pseudonyme de « singe fou ». Pour beaucoup, ce n’étaient que des rumeurs infondées. Il se dit aussi que l’ex directeur de cabinet de Léon Mba, au moment de son règne à la tête du Gabon, aurait eu des faveurs sexuelles avec des femmes et des filles de ministres ou d’autres collaborateurs.

Aussi, il aurait eu des ébats avec certaines par chantage ou par obligation. Dans les rues de Libreville et dans les milieux huppés du pays, les gens connaissaient évidement le penchant du président pour les femmes. Il en raffolait tel un chef de village africain car confiait-il à un de ses proches « La femme est symbole de pouvoir et de richesse pour l’autorité traditionnelle mais aussi moderne comme celui des blancs avec leurs nouvelles fonctions de président ou ministre ». Omar Bongo a aussi pour maîtresses, une quantité importante des femmes issues du gouvernement, des corps constitués ou encore des entreprises et/ou sociétés publiques et parapubliques.

 Cursus

C’est au dans le Moyen-Congo (actuelle République du Congo) que le jeune Albert-Bernard fit ses études primaires. Il obtint son certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) et poursuivit ses études secondaires. Puis, Albert Bongo ira faire son service militaire au Tchad pour le compte de l’armée de l’air française entre 1958 et 1960. Il en ressort avec le grade de lieutenant

 Carrière professionnelle et politique

Albert-Bernard Bongo débute sa carrière professionnelle à Brazzaville en travaillant comme fonctionnaire dans les Postes, télégraphes et téléphones (PTT) auparavant appelés Postes et télégraphes (P&T) puis Postes et télécommunications (PT) à partir de 1959. Certains affirment que c’est durant cette période qu’il intégra la franc-maçonnerie par le biais d’un inspecteur des postes. Il effectue ensuite des missions entre le Gabon et le Congo-Brazzaville.

A la fin de son service militaire, Albert-Bernard s’engage dans l’armée française au sein de son armée de l’air et est copté par les services secrets français comme simple agent de liaison. Dans le même temps, il regagne Libreville et est embauché au PT de la capitale gabonaise. Après l’accession du Gabon à l’indépendance, Bernard Bongo s’installe définitivement au Gabon. En 1961, il s’investit activement lors des élections législatives anticipées du 12 février et séduit Jean-Hilaire Aubame, ancien député du Gabon à l’assemblée nationale française et président de l’Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG).

Lorsqu’il est nommé ministre des affaires étrangères par le président Léon Mba le 17 février 1961 en dépit du fait qu’il soit le chef de l’opposition, Aubame fait de Bongo un membre de son cabinet ministériel. A 26 ans, Albert-Bernard Bongo est un instruit non négligeable et sa conciliation est une aubaine pour celui dont il est le « subalterne ». Sa jeunesse et sa carrière de militaire plaisent à Léon Mba qui l’arrache des mains de Jean-Hilaire Aubame. De plus, il a reçu une bonne instruction et est connu des services secrets français qui travaillent étroitement avec le président Mba.

Celui-ci le nomme fait nommer Albert Bongo au sein de cabinet en octobre 1962 en qualité de directeur adjoint. Ensuite, il se voit confier la direction du cabinet du président. En septembre 1965, Albert-Bernard Bongo est promu au poste de ministre délégué à la Présidence, chargé de la Défense et des Affaires étrangères ; il est à ce moment considéré comme le chef du gouvernement suite aux prérogatives qui lui sont allouées. En 1966, il devient ministre de l’information. Le 12 novembre 1966, Bongo devient le vice-président du Gabon succédant à Paul-Marie Yembit.

 Sur la route de la présidence gabonaise

Déjà moralement et psychologiquement affaibli par le coup d’Etat de 1964 qui l’avait écarté du pouvoir quelques heures seulement, le président Léon Mba ne tarde pas à tomber malade. Pour pérenniser les Accords franco-gabonais ayant donnés lieu à l’indépendance, il faut préparer la succession à la tête du pays car les examens médicaux concernant la situation sanitaire du chef de l’Etat sont formels : cancéreux, il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre.

Aussi, Léon Mba veut s’assurer que sa postérité sera mise à l’abri du besoin et qu’elle constituera, même après sa disparition, un partenaire privilégié dans la gestion des affaires courantes du pays. A cette époque, Léon Mba ne fait entièrement confiance qu’à deux de ses collaborateurs les plus proches notamment Georges Rawiri et Albert-Bernard Bongo mais aussi son vice-président, Paul-Marie Yembit. Lorsque l’état du président s’aggrave, l’urgence est donnée de trouver le profil parfait pour prendre les rênes du pays. Dans un premier temps, l’Elysée pense à Yembit mais ce choix est vite abandonné.

Puis sans sourciller, le président De Gaulle ainsi que son secrétaire général de l’Elysée chargé des affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, Jacques Foccart, optent pour son excellence Georges Rawiri, alors ambassadeur du Gabon en France ; c’est d’ailleurs Rawiri qui joue le fidèle entremetteur entre son pays et la France et tout passe effectivement par lui car le Chef de l’Etat lui accorde tout son soutien. Mais ce dernier refuse la proposition et oriente son choix plutôt sur le jeune Bongo.

Consulté sur la question, Maurice Delauney qui est au moment des faits ambassadeur de France au Gabon, estime que le choix est très satisfaisant d’autant plus que le président Mba s’est encore plus intimement lié à Albert Bongo après le putsch de 1964 car les deux hommes ont été profondément marqué par cet épisode. Rappelons que Léon Mba avait été interpellé puis emmené au Camp de Baraka basé à Libreville avant d’être traîné à Lambaréné, Bongo avait lui aussi été arrêté et interné au camp militaire de Baraka.

En réalité, l’Elysée, l’ambassadeur Delauney et Georges Rawiri s’était plus facilement mis d’accord sur Albert-Bernard Bongo car celui-ci, à la vue de son jeune âge et sa propension d’allégeance, était plus malléable. Sa servilité n’était que du pain béni pour Foccart et De Gaulle quant à la sauvegarde des acquis et des intérêts français au Gabon ; en 1965, Bernard Bongo alors directeur de cabinet de Léon Mba avait été personnellement testé par le président-général français qui avait déjà décelé cette attitude courtisane.

En sus, mission avait été donnée à Rawiri de superviser la pratique du pouvoir du futur président et de s’assurer qu’il respecte bien tous les engagements pris par son pays à l’égard de l’Hexagone. Pour en faire l’héritier du pouvoir, Rawiri & Co veille à la modification de la loi fondamentale en s’assurant que les poste de vice-président et celui de président seraient interdépendants. Une seule et même élection sera de mise pour qu’ils soient confiés à deux individus simultanément car dorénavant, le vice-président prendra la succession du chef de l’Etat en cas de vacance du pouvoir.

Le 12 novembre 1966 alors que le président Mba est hospitalisé en France depuis le mois d’août de la même année, il nomme Albert-Bernard Bongo au poste de vice-président. En effet, c’est par le canal d’un message radiotélévisé enregistré dans la chambre ou il a été admis au sein de l’hôpital Saint-Bernard à Paris que le chef d’Etat gabonais, après une insistance farouche de Foccart, décida d’évincer Paul-Marie Yembit pour mettre en œuvre comme le voulait l’Elysée, le plan successoral de l’exercice du pouvoir. La réforme constitutionnelle rentre en vigueur en février 1967 pour finaliser la succession.

Le 19 mars 1967, des élections législatives et présidentielles sont organisées par anticipation et seul candidat à sa réélection, Léon Mba est reconduit président avec un pourcentage e 99,90% de suffrages exprimés ; son parti, le Bloc démocratique gabonais (BDG), remporte l’ensemble des sièges à l’Assemblée nationale en raison de la non présence de l’opposition qui avait été réduite au silence après la tentative de renversement du pouvoir de 1964.

Bien que très souffrant, le président Mba s’oblige à prêter serment sur la Constitution suite à sa reconduction au poste de président de la République gabonaise. Il accomplit cette obligation fondamentale au sein de la représentation diplomatique de son pays en France. Léon Mba décède quelques mois plus tard précisément le 27 novembre 1967. Le jour suivant, Albert-Bernard Bongo, comme le prévoit les nouvelles dispositions, est propulsé à la tête du Gabon. Il devient le second président de l’histoire de la République gabonaise à seulement 32 ans.

 L’exercice du pouvoir selon Bongo

Pour s’inscrire dans la continuité de son mentor Léon Mba qui avait déjà instauré une « monarchie » politique après le coup d’Etat de 1964, Albert Bongo décide lui aussi de mettre sur pied une puissante formation politique, un parti-Etat, officiellement pour fédérer tous ses concitoyens et taire toutes les divisions nées de la pluralité politique, une forme de creuset de l’unité nationale ; c’est le début de l’ère de la « Rénovation » comme il se plaisait à le définir. Il institue alors le Parti démocratique gabonais (PDG) à partir des cendres du BDG comme la seule organisation politique et acte ainsi l’instauration du monopartisme.

Officieusement, l’adhésion au PDG constituait l’allégeance démesurée des militants et sympathisant au « roi » Bongo qui devient un véritable dictateur connu et reconnu de tous mais qui avec le soutien inconditionnel de plusieurs capitales occidentales dont Paris, demeure intouchable. Les matières premières que son pays possède font du président Bongo, un puissant chef d’Etat et un acteur politique majeur sur le continent et même en dehors. Le pétrole, l’uranium, le manganèse et le bois sont des arguments de poids pour contraindre la communauté internationale à ne guère s’attarder les exactions commises en terre gabonaise et sur le difficile et répressif despotisme en vigueur. Pour légitimer son image, Albert Bongo se fait baptiser en 1968 afin d’obtenir une audience avec sa Sainteté, le pape Paul VI.

Ainsi, l’échiquier politique gabonais fut dominé par le PDG qui conforta sa position et ce même dans les endroits les plus reculés du pays. Présent sur l’ensemble du territoire, le parti-Etat connut un essor vertigineux et une importante hégémonie d’autant plus qu’il était le seul à être autorisé. Pour renforcer son pouvoir, Albert-Bernard Bongo n’hésitait pas à corrompre ses anciens opposants, membres d’associations ou de fédérations de lutte contre les modes de gouvernance françafricaine. Le néo chef de l’Etat attira dans son escarcelle des hommes d’anciens virulents adversaires tels que le Dr Marcel Eloi Rahandi Chambrier ou encore Léon Augé qui fut pendant plusieurs années l’idéologue de l’entité politique du président. La malice du natif de Léwaï a toujours été de s’entourer des meilleurs pour accroître sa domination et asseoir son régime.

Tous les postes stratégiques de l’administration furent confiés aux plus fervents soldats du président, la quasi-totalité d’entre eux furent même obligés d’intégrer des cercles ésotériques du pouvoir telle que la Grande loge du Gabon (GLG) fondée par Georges Rawiri et Albert-Bernard Bongo sous l’impulsion des puissants cercles maçonniques de France comme le Grand Orient de France (GOF ou GO) qui est la plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d’Europe continentale. Comme si cela ne suffisait pas, Albert-Bernard Bongo aurait contraints certains membres du gouvernement à lui donner femmes et enfants pour apaiser son appétit sexuel en guise de remerciement.

N’ayant que Georges Rawiri comme seul « père spirituel », il s’adonne à des injonctions horribles en humiliant à tout va ses collaborateurs. A cette époque, malheur à celui qui ose dire non au chef de l’Etat ou qui aurait une schizophrénie même passagère de lui tenir tête. C’est d’ailleurs pour cela qu’il affirmait fièrement que « Je peux faire d’un chien un ministre et d’un ministre un chien ». Les opposants politiques sont enfermés et condamnés lourdement ; d’autres à l’exemple de Jean-Marc Ekoh ou de Marc-Saturnin Nan Nguéma sont torturés voire empoisonnés.

Les assignations à résidence et aux travaux forcés, l’interdiction de séjour et la peine d’indignité nationale sont des moyens de pression pour décourager toute forme de désobéissance et d’affront. La peine de mort est en vigueur depuis 1963 légiférer par la loi n°21/63 du 31 mai 1963 portant Code pénal en République gabonaise. Plusieurs d’entre ses challengers sont traqués même en Europe et Bongo réussit même à faire expulser quelques-uns de certains pays occidentaux.

La terreur et l’effroi gagnent tous les gabonais et même les fidèles du pouvoir. Par ailleurs pour le chef de l’Etat, tous ceux qui commettent des crimes doivent être exécutés conformément à la loi 21/63 en son article 9 qui stipule « Tout condamné à mort sera fusillé ». Mais officieusement, c’est une pratique visant à installer un climat de peur et un profond respect à son égard.

C’est ainsi qu’en 21 juillet 1974, Dominique Mombo dont le surnom est « Le sadique de la Peyrie » est exécuté, à Libreville et loin des regards, au cimetière municipal de Lalala ; il aurait été assassiné de deux femmes. C’est le quotidien « L’Union » daté du 28 juin 1974 qui le révèle au grand public. En juillet 1979, les nommés Jean-Baptiste Medang Ovono, attardé mental souffrant de troubles graves de la parole et de l’audition, et Jean-Pierre Mouemba sont mis à mort à « Hollando » situé au musée national de la capitale. Pour restreindre les gabonais au silence et à l’obéissance envers son autorité, le président Bongo exige que dorénavant plusieurs de ses administrés assisteront aux différentes exécutions capitales.

Ce jour-là, pas moins de 50 milles témoins assistent impuissant à ladite mise à mort. Elle est retransmise en direct à la télévision nationale et à la radio. Le quotidien « L’Union » n° 1067 du jeudi 19 juillet 1979 relaie l’évènement en première page. Le 1er décembre de la même année, Souleymane Massala, Christophe Mikolo Mombo et Ferdinand Nzigou Boulingui sont eux aussi abattus au poteau de « Hollando ».

En 1978, le capitaine de l’armée de terre Alexandre Mandja/Mandza Ngokouta fomente un coup d’Etat contre Bongo, lui qui se fait dorénavant appeler El Hadj Omar Bongo en raison de sa conversion à l’islam en 1973. Le capitaine Mandja/Mandza est immédiatement condamné à mort pour « tentative de coup d’Etat » dans un procès express de la Cour spéciale militaire puis passé publiquement aux armes le 11 août 1985 aux aurores (5h15 précisément) ; la Radiotélévision gabonaise (RTG) assura la retransmission du macabre évènement en direct, « L’Union » en fit aussi un article. Cette exécution restera à jamais gravée dans la mémoire collective de nombreux gabonais.

Elle fut cependant la dernière commise au Gabon. Par ailleurs, le régime de la « Rénovation » du président Bongo a su perdurer car le fin stratège politique qu’il était, réussit à positionner dans tous les domaines de l’administration du pays, des parents et/ou des proches de grande confiance. De plus, Albert Bongo, à l’opposé de Léon Mba, compris que les corps de sécurité et de défense étaient la clé de la longévité et de la robustesse du régime. C’est pour cela qu’il réserva un traitement particulier aux officiers et aux sous-officiers. Il facilita leurs avancements en grade et les incorporèrent même dans la gestion du pays au sein d’entreprises parapubliques et du gouvernement.

L’accroissement des avantages en nature et en numéraire achetait leur allégeance et beaucoup furent pris dans le piège maçonnique tendu par l’homme fort du pays et son mentor de tous les instants, Georges Rawiri. Les soldes que ces cadres de l’armée et de la police percevaient faisaient dire à plusieurs observateurs nationaux et internationaux de la vie politique gabonaise que « jamais, il n’y aura un coup d’Etat au Gabon  » à la vue des faveurs et présents faramineux que versent l’Etat ses forces de défense. Hormis cela, Bernard Bongo structure la pensée collective gabonaise en l’obligeant à développer un culte de sa personnalité.

Des groupes socioculturels d’animation, sous la supervision de son épouse Joséphine Nkama, sont mis en place pour chanter les louanges du tyran Bongo ; ses groupes deviendront plus tard des associations socioculturelles et c’est d’ailleurs l’Union des femmes du parti démocratique gabonais (UFPDG) anciennement dénommée l’Union nationale des femmes du Gabon (UNFG), sous la direction de madame le chef de l’Etat, qui instaura cette pratique importée du Zaïre et très prisée par le général Mobutu.

A chacun de ses déplacements dans le pays ou a chaque retour de voyage à l’étranger, le président doit être accueillie telle une rockstar. Quand il est en déplacement dans une ville de l’intérieur du pays pour un séjour ou une visite de travail, injonction est donnée aux travailleurs et aux apprenants de se mobiliser aux abords des routes pour souhaiter chaleureusement la bienvenue à Monsieur le président.

 Collabo « obligé » des desseins sombres de l’Elysée

Le 6 juillet 1967 éclate la guerre du Biafra faisant suite à la sécession de la région orientale de la République fédérale du Nigéria qui s’autoproclame indépendante sous l’action du général Odumegwu Emeka Ojukwu. De manière officielle, Paris décide tout d’abord d’imposer un embargo aux deux parties qui réclament inauguralement l’assistance de la France. Mais au sein de l’Elysée, le président de Gaulle nourrit un tout autre projet : celui de sectionner à nouveau le pays afin d’y établir une zone d’influence française et britannique.

De façon tacite, le président français veut s’emparer du Biafra qui est très riche en or noir. Avec l’appui de Jacques Foccart et de Georges Rawiri, l’Elysée contraint Bernard Bongo, qui doit lui son incroyable ascension sociale, à se rallier à sa cause et donc à celle du général Ojukwu. La capitale gabonaise devient alors la plaque tournante d’entreposage d’armes de guerre à destination de la rébellion biafraise dont les premières livraisons ont lieu en juin 1967. Mais avec l’aide militaire des britanniques, les forces fédérales sortent vainqueures du conflit et Ojukwu s’exile en Côte-d’Ivoire après capitulé officiellement le 12 janvier 1970.

Après cet échec cuisant, un autre plan machiavélique de l’Hexagone vise à renverser le régime de Mathieu Kérékou alors président du Bénin. La sordide opération a lieu le 6 janvier 1977 et 6 morts seront à déplorer. Kérékou accuse alors avec véhémence plusieurs pays africains notamment le Gabon d’être à l’origine de ce putsch. En effet, la présence de plusieurs mercenaires français sur le sol béninois est constatée et en particulier celle de Bob Denard, principale cheville ouvrière des basses besognes de la France et de ses alliés africains.

En juillet 1977, le Gabon accueille le 14ème sommet de l’Organisation de l’union/unité africaine (OUA) mais Mathieu Kérékou n’y prend pas part accusant le président gabonais d’avoir voulu le liquider. L’année d’après, sieur Bongo prononce le discours d’ouverture du 15ème sommet de l’OUA à Khartoum en affirmant que « L’OUA doit demeurer l’arme privilégiée du continent africain contre les impérialistes de tout bord ». Cette assertion irrite le chef d’Etat béninois qui attaquera verbalement le président Bongo. Des joutes verbales de ce genre s’en suivront et la crise atteindra son paroxysme avec l’expulsion de tous les béninois présent sur le territoire sauf les exilés politiques. Ce n’est que le 30 octobre 1979 qu’une normalisation fut établie avec des interventions des pays tels que la Côte-d’Ivoire et le Libéria.

 Assassinats et crimes passionnels présumés

La même année de l’élection présidentielle de février 1973, Omar Bongo pense être le seul candidat à sa réélection mais un de ses plus teigneux adversaires politiques souhaite briguer la magistrature suprême et regagne le Gabon en 1971 pour y passer ses congés. Il s’agit de Germain Mba, le fondateur du Mouvement national de la résistance gabonaise (MNRG) longtemps exilé politique. Grâce au président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, il rejoint le Gabon en 1967 à l’appel du président Bongo visant à réunir ses adversaires politiques pour performer ensemble pour le développement du Gabon, au nom de l’intérêt supérieur du peuple souverain.

En août 1971, Germain Mba est assassiné devant l’entrée de chez lui devant sa femme et sa fille. Il a été arrosé de balles provenant d’armes automatiques puis son corps sans vie a été emmené par les assaillants. Plusieurs témoignages soulignent la présence de deux français qui seraient les responsables de l’assaut et d’autres impliquent directement le célébrissime mercenaire français Bob Denard. A noter toutefois que le corps du défunt n’a jamais été retrouvé. Tous les regards se tournent alors vers le président Bongo mais aucun élément n’a jusqu’à aujourd’hui permit de l’incriminer.

Le 19 juillet 1977 au soir, le poète, enseignant et écrivain gabonais Ndouna Dépénaud est froidement assassiné non loin de son domicile sis dans le 3ème arrondissement de Libreville. Mais cette fois encore, c’est le nom du président gabonais qui est cité comme étant le commanditaire de ce meurtre. En effet, sieur Dépénaud fut longtemps marié avec Joséphine Nkama mais dû se résoudre à laisser sa promise afin qu’elle épouse le chef de l’Etat. Etant tous les deux issus de la même coutume, Ndouna Dépénaud convola en justes noces avec Joséphine Nkama comme le voulait la tradition et Albert-Bernard Bongo était lui, épris de la sœur aînée de Patience. Cette dernière ne sachant ni lire ni écrire, c’est sa sœur cadette donc Joséphine, qui fut choisie par Bongo pour femme à l’époque.

Ne s’étant jamais oublié, les ex amoureux n’ont jamais vraiment cessé de se rencontrer clandestinement malgré les menaces, interdictions et intimidations de la famille et du chef de l’Etat. Lorsqu’il fut mis au courant, Omar Bongo n’aurait pas supporter la charge émotionnelle et aurait chargé trois agents de sa garde présidentielle d’éliminer l’indésirable. Pourtant, la justice gabonaise n’a jamais fait de lumière sur cet homicide. Seul le journaliste français d’investigation, Pierre Péan, a relaté une histoire similaire en 1983 dans son œuvre « Affaires africaines ».

L’affaire Robert Luong est de loin la plus rocambolesque. Dans les années 1970, un peintre en bâtiment de nationalité française répondant au nom de Robert Luong travaille comme décorateur à la présidence gabonaise. Très vite, il s’éprend de la première dame, Joséphine Bongo, né Nkama Dabany, qui est toute oui face au charme de l’intéressé. Ils vont entretenir une relation amoureuse clandestinement mais le président finira par découvrir le pot aux roses. Omar Bongo décide d’expulser Luong du territoire le 16 janvier 1979 et lui prévient sèchement de ne plus rentrer en contact avec son épouse. Après ce coup de gueule de la part du chef de l’Etat, le couple présidentiel se rendra en France notamment à Paris quelques mois plus tard pour une visite privée.

Mais au cours de celle-ci, dame Joséphine décide de rejoindre son amant dans un établissement hôtelier de la capitale française. Le contact n’a donc jamais été rompu entre les deux amoureux. Bongo est informé par les services de renseignements notamment la direction de la surveillance du territoire ainsi que par « Horus », la société de surveillance de Bob Denard, de l’infidélité de sa femme et se rend lui-même sur les lieux. Il est très remonté et fait un véritable scandale devant la porte de la chambre dans laquelle son épouse le cocufiait. L’Elysée intervient et intime à la police, présente sur place, de classer l’affaire sans suites.

Omar Bongo est couvert d’opprobre et la rage qui l’anime ne saurait être guérie que par la vengeance. Il charge des mercenaires d’ôter la vie à Robert Luong sur place en France. Sans toute autre forme de procès, Robert Luong, la trentaine révolue, est assassiné le 27 octobre 1979 à 22h50 par deux personnes non identifiées au parking de sa résidence de Villeneuve-sur-Lot sis au quartier « Marès ». La Section de recherches de la police judiciaire (SRPJ) de Toulouse finira par prouver, en diligentant une enquête fournie et minutieuse, que le meurtre de Robert Luong avait été commandité par des proches du président Bongo compte tenu de la liaison qu’il entretenait avec l’épouse du chef de l’Etat gabonais. Après un certain nombre de manifestations et de procédures judiciaires, le pouvoir de la « Rénovation » par le biais de L’association des amis du Gabon » verse une compensation financière d’une valeur de 1 million de francs français à la sœur ainsi qu’à la veuve du défunt.

 Bien-être économique et social

En 1973, Albert-Bernard Bongo se convertit à l’islam et prend pour nom El Hadj Omar Bongo. Il met de côté sa religion catholique et suit le conseil avisé de son ami, Mouammar Kadhafi président de la Lybie. Cette démarche visait à intégrer l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui était constituée majoritairement des pays à vocation musulmane pour profiter des avantages d’une telle entité en matière de rente pétrolière. En date du 20 octobre 1973, le Gabon devient membre.

Le boom pétrolier de 1973 issu du la hausse du prix du baril du pétrole, passant de 3 à 11,5 dollars, va considérablement accroître les revenus du Gabon et lui donner une envergure de haut rang ; Bongo réussit ainsi l’arrimage du Gabon à l’OPEP afin fructifier au maximum les rendements produits par l’industrie pétrolière de son pays. Pendant près de dix ans, le président Bongo se lance dans la construction de vastes infrastructures telles que le nouveau palais présidentiel, la cité du 12 mars ou encore des palais de conférences.

En février 1973, on assiste à la pose de la première pierre du siège de l’Office du chemin de fer transgabonais (OCTRA) à Owendo. Le 17 février de la même année, le pétrole extrait du site de « Grondin » arrive pour la première au terminal pétrolier du Cap-Lopez sous les yeux du chef de l’Etat présent pour l’occasion ; dans le même temps, la Société équatoriale de raffinage (SER) devient la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) et le développement du commerce de détail via des succursales de type « Gaboprix » est palpable avec plus de 173 magasins sur l’ensemble du territoire.

Le 12 juin 1973 marque le lancement des travaux des deux ponts de Lambaréné et sept jours plus tard a lieu l’inauguration des locaux du complexe hydro-électrique de Kinguélé qui fournit toute la province de l’Estuaire en électricité. En août, la route reliant Ayem à Lastourville est livrée. Le 30 décembre débute les travaux du Transgabonais. L’année d’après précisément en le 30 mars est acté la création de l’Office des ports et des rades (OPRAG) par ordonnance. La loi adoptée en décembre 1974 permet la mise en place du Programme pour investissements diversifiés (PID) permettant d’atteindre de façon inédite, une production pétrolière de 10 millions de tonnes.

Le 11 mars 1975, le premier hypermarché d’Afrique francophone voit le jour à Libreville. En juin 1975, Libreville accueille la 44èmeconférence de l’OPEP. En juillet, l’inauguration du barrage hydroélectrique de « Poubara » installée dans la province du Haut-Ogooué est faite par le chef de l’Etat. En 1977, l’hôpital pédiatrique d’Owendo ouvre ses portes aux premiers patients. Le président Bongo œuvre aussi à créer une compagnie aérienne nationale qui portera le nom de « Air Gabon » et dont le premier « Boeing 747 » sera livré le 13 octobre 1978 ; le 2 juin 1976, le premier vol d’une caravelle aux couleurs du « perroquet vert » eut lieu.

Des sociétés comme l’Omnium gabonais d’assurances et de réassurances (OGAR)ainsi que la Société sucrière du Haut-Ogooué (SOSUHO) voient également le jour. Le 11 mars 1979, la livraison du port grumier de Libreville est effective après trois ans de travaux. Après ces 10 ans de croissance économique, le président Bongo ne ménagea pas ses efforts pour poursuivre sur sa lancée. Le 10 mars 1986, inauguration des collèges d’Oloumi et de Nzeng-Ayong, établissements d’enseignement secondaire. Le 15 août, Omar Bongo inaugure « Equasat », le satellite de l’équateur. Le 2 décembre 1987, c’est l’inauguration de l’immeuble dit « du 2 décembre » encore appelé l’immeuble du pétrole.

En 1988 précisément le 9 mars, on assiste à l’inauguration du Centre de tri et du Delta postal ; le 19 octobre, la première promotion composée de 18 ingénieurs sort de l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM). Le 14 janvier 1990, le gouvernement gabonais procède à la révision générale de la grille salariale des agents de la fonction publique. En 1993, la société pétrolière « Elf Gabon » démarre les installations de production sur deux nouveaux sites : les champ pétroliers offshore de « Vanneau » et celui de « Hylia ». La procédure de nationalisation de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) est actée le 13 juin 1997. Le 31 juillet 2002, le câble à fibre optique « SAT3/WASC/SAFE » est officiellement mis en exploitation après des années de travaux et des dépenses de constructions évaluées à 15 milliards de FCFA.

A partir de cette période qu’on pourrait qualifier des « dix glorieuses », le gouvernement gabonais par l’entremise du président Bongo s’était longuement investi à sortir le pays d’une précarité profonde et d’un sous-développement significatif. Bien qu’un nombre important de deniers publics aient été détournés par les dirigeants, le lancement de grands travaux et la création de sociétés dans divers secteurs d’activité a décéléré le chômage et donc favoriser l’emploi. Le Gabon devint une destination privilégiée d’Afrique francophone, lui, « la cendrillon d’Afrique », qui fut longtemps moqué par ses voisins et par une bonne partie de la communauté internationale.

Le décollage économique accentua l’esthétisation du territoire et un certain bien-être social non sans oublier que le glaive de la dictature planait sur les têtes de ceux qui auraient eu le toupet de défier son excellence Omar Bongo. En ces temps et ce pendant de nombreuses années bien après, les allocations d’études au secondaires et universitaires, le transport scolaire, la gratuité de l’école, la cohésion sociale, l’offre conséquente de l’emploi ainsi que la stabilité de celui-ci, les activités extra-scolaires, la forte alphabétisation, l’excellence et le mérite, les bourses d’études à l’étranger, la non vulgarisation des cercles ésotériques, la presqu’inexistence de la phallocratie, le respect des anciens et des valeurs traditionnelles et bantoues ainsi que la non fermeture des débits de boissons (rires) sont là autant d’exemples du mieux-vivre qui régnait au Gabon durant la présidence d’Omar Bongo et ce même malgré les différentes dévaluations de la monnaie qu’utilise le pays : le Franc des colonies françaises d’Afrique (FCFA).

 Médiateur privilégié et collaboration internationale

Au début des années 1980, Omar Bongo est considéré comme un « grand sage » du continent africain. Il s’implique donc dans des conflits entre Etats pour apporter ses conseils et sa médiation pour les solutionner. En 1988, afin de régler le tumulte angolo-congolais qui donne naissance à une guerre intense qui gangrène la bonne entente entre ces deux nations depuis 1975, il organise un tour de table entre les dirigeants Denis Sassou Nguésso et José Eduardo Dos Santos. Ces pourparlers donnent lieu à un renversant accord de paix.

Dans l’Afrique du Sud de « l’apartheid », le président Bongo s’active fermement à la libération du leader sudafricain, Nelson Mandela, qui a déjà passé plus de vingt ans dans les geôles de son pays en raison de son combat contre la ségrégation raciale institutionnalisée. Cette fois encore, l’implication du président gabonais permettra la libération du chef de file du Conseil national africain (African National Congress). A sa sortie de président, celui qu’on surnommait affectueusement « Madiba » se rendra au Gabon pour sa première visite officielle dans un pays. C’était là une marque de reconnaissance de Mandela à l’endroit d’Omar Bongo. Le chef de l’Etat gabonais interviendra aussi en 2008 en Centrafrique suite à la signature d’un traité historique de réconciliation nationale entre insurgés et dirigeants.

Par ailleurs, toutes les tentatives de médiation d’Omar Bongo n’ont pas toujours été concluantes. En 1997, sa détermination à réconcilier le Zaïre en tentant une médiation entre le président Mobutu et le chef rebelle zaïrois, Laurent Kabila, se solde par un échec. Plus tard, il ne parviendra également pas à faire arrêter la guerre civile en République du Congo suite aux désaccords politiques entre deux de ses proches amis : le Dr Pascal Lisouba et Denis Sassou Nguésso. Le président gabonais fit plutôt le choix d’apporter son assistance dans le conflit pour ne pas s’attirer le désamour de l’un des deux acteurs, lui qui avait été auparavant contraint par Lisouba de choisir son camp.

Aussi, sieur Bongo a notamment œuvré pendant plusieurs années à pacifier le Soudan et le Tchad. Pour étendre son influence et fortifier son régime, le dirigeant du Gabon va significativement élargir son carnet d’adresse économique et politique en collaborant étroitement avec l’ex médiateur burkinabé de l’Organisation des nations Unies (ONU) au Darfour, Djibril Bassolé, l’ancien président malien Alpha Oumar Konaté, l’ex président centrafricain François Bozizé, les anciens présidents sénégalais Abdoulaye Wade et Abdou Diouf, le roi d’Espagne Juan Carlos, les défunts présidents lybiens et tchadiens que furent le « guide » Mouammar Kadhafi et Idriss Déby Itno.

Omar Bongo s’est aussi fortement lié d’amitié avec les anciens présidents Yahya Jammeh de Gambie, Blaise Compaoré du Burkina-Faso, John Kufuor du Ghana, Meles Zenawi d’Ethiopie, Joaquin Chissano du Moambique et aussi Faure Gnassinbgé du Togo. Il fut aussi proche du défunt roi d’Espagne Hassan II et du défunt président zimbabwéen Robert Mugabé. Fort de sa politique étrangère notamment en travaillant de concert avec son ex gendre et homme de confiance, clé de voûte de la diplomatie gabonaise, Jean Ping, Omar Bongo réussira signer des traités de coopérations diverses avec des pays comme la Chine et la Russie outre la France. En 2008, le dirigeant gabonais parvint à faire élire Jean Ping à la tête de la commission de l’Union africaine (UA) en 2008.

Dans les années 1980, Marie-Joséphine Kama commet « un hold-up » financier au sein de la banque du Luxembourg. Elle prend la poudre d’escampette et son mari, Omar Bongo, la protège afin qu’elle ne subisse pas les foudres de la colère de ses victimes. Elle s’exile aux Etats-Unis d’Amérique (USA) dans la ville de Beverly Hills en Californie. Bien après s’être installée, Patience Dabany eu des problèmes avec la justice américaine qui l’accusait d’usage et de trafique de drogue mais aussi d’être à la tête d’une filière de prostitution.

C’est en effet grâce aux contacts eu aux réseaux bien présents du président Bongo sur place aux Etats-Unis que cette dernière pu échapper à la prison. Des hauts responsables administratifs à Washington s’empressèrent d’’apporter leur assistance pour résoudre ce problème qui tourmentait le « vieux sage ».

 Bongo et la classe dirigeante française : une vieille histoire d’amour

Pendant tout son règne mais plus encore avant les années 1990, Omar Bongo était un partenaire privilégié de l’Elysée dans la mise en œuvre des opérations secrètes dont le but étaient de sauvegarder les acquis et d’augmenter les intérêts français en Afrique. Arrivé au pouvoir grâce à Georges Rawiri, Jacques Foccart et le soutien du président De Gaulle, le chef du pouvoir gabonais a bénéficié d’énormes largesses de plusieurs hommes politiques de Paris mais pas que, pour affirmer sa domination sur le continent africain et étendre son influence grandissante dans la prise de décisions de la classe dirigeante de Paris.

Il a notamment épaulé le général De Gaulle dans sa tentative de légitimer le belligérant sécessionniste du Biafra, le général Ojukwu et dont le succès ne fut pas au rendez-vous ; le président-général avait exprimé à Bongo toute sa gratitude et le recevait à l’Elysée quand celui-ci le souhaitait. En 1977, c’est le président français, Valérie Giscard d’Estaing, qui demande à son allié gabonais de l’aider à renverser le président Kérékou du Bénin. Cette fois encore l’échec est effectif mais la collaboration d’Omar Bongo est à féliciter, en tout cas pour les dirigeants français qui sont satisfaits de l’allégeance du patron du palais du bord de mer de Libreville.

Cependant, le natif de Léwaï avait plus d’un tour dans sa besace. Pour gagner le droit d’être un acteur de la vie politique française et celui d’être surprotéger, il estimait qu’il fallait acheter, à coup de quantités très importantes de billets de banque, le respect et la considération des principaux acteurs issus des décisionnels de la capitale française. Ainsi défilaient dans son bureau privé de la présidence gabonaise, des hommes d’affaires influents et des politiciens de l’Hexagone de tout bord, venus recevoir leurs faramineux présents, le plus souvent dans des mallettes d’argent. Tous les présidents de la 5ème République ont au moins une fois lors de leurs mandats, reçus le chef d’Etat gabonais sur le perron de l’Elysée pour des visites officielles ou d’amitié. Souvent, ces rencontres se sont même déroulées dans des hôtels particuliers des endroits les cossus de Paris, de Monaco ou encore de Nice. Pour illustrer cette protection et cette importance du président Bongo dans l’estime des lobbies et des réseaux politico-affairistes français, une affaire d’Etat qui a défrayé la chronique.

En 1979, le président Giscard pèse de tout son poids pour éviter que son homologue gabonais ne soit empêtré dans une affaire d’homicide. En effet, à la suite d’une jalousie incontrôlée d’Omar Bongo, ce dernier aurait mis fin aux jours de l’amant de son épouse, Joséphine Nkama ; l’indésirable reçoit deux balles de 7.65 mm tirées à bout portant par deux tueurs professionnels, un travail de véritables « orfèvres du crime ». Le malchanceux n’est autre que Robert Luong, un français ayant travaillé au palais présidentiel gabonais dans le passé. Les procédures judiciaires n’aboutiront jamais bien qu’une investigation du SRPJ de Toulouse permettra d’établir plus tard que des proches d’Omar Bongo, étaient à l’origine de l’assassinat de Luong.

La famille du défunt crie à l’injustice et souhaite que le rapport de l’enquête soit rendu publique. Mais il n’en sera rien. Une somme d’argent importante sera versée aux proches de Luong en guise de « dommage moral ». La tempête passée, une autre s’annonça. En effet, lors de la présidentielle française de 1981, Omar Bongo apporte en tapinois son soutien financier à Jacques Chirac. Cette situation va courroucer le président Giscard et crée une sorte de « guerre froide » entre Bongo et lui. Mais le dirigeant gabonais suivait l’évolution politique de Chirac depuis déjà un moment et était épris de sympathie pour ce dernier.

Le 17 janvier 1990, la grogne sociale des étudiants gabonais de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo (UOB) donnent naissance à des manifestations plurielles dénonçant la précarité et le chômage. Il faut dire que la dévaluation du Franc CFA du 21 mars 1983 en est aussi pour beaucoup mais la mauvaise gouvernance et les malversations financières de la classe dirigeante a plongé le pays dans le chaos. De plus, le bâillonnement de l’opposition par l’interdiction du multipartisme, gage de la démocratie, permet aussi l’éveil et la défiance à l’égard du pouvoir.

Des voix s’élèvent et Omar Bongo est dans l’obligation de trouver une voie de sortie de crise. Il convoque le 27 mars 1990 des assises avec toutes les forces vives du pays qui donnent naissance à une conférence nationale. C’est au sortir de cette concertation que sera instauré le multipartisme banni depuis 1968 en même temps que le pluralisme syndical ; on est bien loin des déclarations vigoureuses du président Bongo qui affirmait dans les années 1980 « Le multipartisme au Gabon, Jamais !  » ou encore « Tant que je serai président, il n’y aura jamais de multipartisme au Gabon  ». Mais Joseph Rendjambé, membre de la formation d’opposition ayant pour nom Parti gabonais du progrès (PGP), est retrouvé mort dans sa chambre à l’hôtel « Dowé ». Cette disparition entraîne de graves affrontements entre les forces de l’ordre et les civils en particulier à Port-Gentil et à Libreville.

Pour beaucoup de gabonais, de la société civile ou des partis d’opposition, ce crime odieux serait l’œuvre d’un proche du président et pas n’importe lequel : il s’agit de son fils Ali Ben Bongo né Alain Bongo. En effet au cours des débats houleux lors de la concertation nationale, sieur Rendjambé avait publiquement donné l’injonction à Bongo fils de se taire « quand les gabonais discutent de leurs problèmes  ». Cette phrase sous-entendait que ce dernier n’était donc pas gabonais et qu’il ne faisait par conséquent pas partie de la progéniture du chef de l’Etat.

C’est cette déclaration qui aurait frustré au plus haut point l’intéressé jusqu’à le faire éliminer habilement. En effet, plusieurs rumeurs stipulaient que le fils du « chef » avait été adopté, qu’il serait un enfant biafrais et que son père n’était autre que le général sécessionniste biafrais, Emeka Ojukwu. Mais comme d’habitude avec la famille présidentielle, aucun élément ne permit ni d’avérer cette version des faits et/ou d’incriminer Ali Bongo. Quoi qu’il en soit, le pays sombra dans une forme de « guérilla » urbaine précisément à Port-Gentil, la ville natale du défunt où le consul de France fut séquestré, la présidence brûlée et une boutique de vente d’armes pilée, au grand bonheur des émeutiers et autres manifestants.

Omar Bongo, soucieux de l’aggravation des choses, contacte l’Elysée et demande son assistance pour rétablir l’ordre notamment à Port-Gentil où la situation est hors de contrôle ; sans quoi, il négociera avec les américains. Le président Mitterrand, soucieux de préserver avec Bongo les colossaux intérêts français, vient alors à la rescousse de son vieil allié en envoyant les paramilitaires français rétablir la quiétude à Libreville et à Port-Gentil avec l’aide du 6ème Bataillon d’infanterie de marine (6ème BIMA), une unité de l’armée de terre française installée au Gabon depuis belle lurette.

Omar Bongo était aussi celui qui pesait de tout son poids dans la sphère décisionnelle du pouvoir politique français. Il ordonna par exemple à François Mitterrand de congédier son ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot, pour « entrave au bon fonctionnement de l’entente françafricaine ». De plus en 2009, le dirigeant gabonais, qui fit porter la nouvelle par Robert Bourgi auprès de Nicolas Sarkozy exigea de lui le remplacement de Jean-Marie Bockel lorsque celui-ci était secrétaire d’Etat à la coopération et à la Francophonie car il avait osé affirmer « vouloir signer l’acte de décès de la Françafrique » en la qualifiant de « despotique et de corrompue ».

Lorsqu’un journaliste français pose la question au président Bongo sur les relations franco-gabonaises, celui-ci répond « La France sans le Gabon, c’est une voiture sans carburant. Le Gabon sans la France, c’est… une voiture sans chauffeur ». Tout est dit et bien dit d’ailleurs. Entre 1995 et 2007, Omar Bongo se rapproche significativement de Jacques Chirac. On l’accuse plus tard d’avoir détourné 30 millions d’euros à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) avec pour objectif de financer les campagnes du Parti socialiste (PS) et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) de son politicien français préféré du moment, Jacques Chirac.

Même si le chef d’Etat gabonais est toujours resté évasif sur des financements présumés des campagnes électorales de certains partis et hommes politiques français, cette réponse à une interview d’un correspondant d’un média français en dit long sur son implication politique française « Monsieur le président, il paraît que la France veut vous lâcher ! ». Et Bongo de rétorquer « Si la France me lâche, je lâche la France ». Aussi, interrogé sur la question du supposé financement d’un candidat à un scrutin présidentiel, Omar Bongo répondra brièvement « Ah ! Donc vous le savez ? ».

Mais un témoignage inédit de Robert Bourgi, avocat et conseiller politique franco-libanais, nous en apprend un petit peu plus dans l’émission « Le clan Bongo : Une histoire française » diffusée sur la chaîne publique de télévision française France 2. Son papa, Mahmoud Bourgi, était un gaulliste convaincu ayant fait fortune dans le commerce. Il s’était appartenait à la classe politico-affairiste et était très proche de Jacques Foccart qui le présenta au président Bongo. Bourgi fut un maillon important de la Françafrique. Sa discrétion lui permit d’ailleurs d’être le transporteur selon ses dires le 11 septembre 2011, et ce à maintes reprises, « des millions d’euros » versés par certains présidents africains dont Omar Bongo à Jacques Chirac.

Robert Bourgi révèle aussi que Jean-Marie Le Pen avait lui aussi reçu de tels présents. Ce lobbyste et spécialiste des questions de politique africaine qu’est Robert Bourgi appelait Omar Bongo « papa Bongo » et a, à plusieurs reprises, convoyé du cash et des décisions politiques voulue par le patron du palais présidentiel de Libreville. Il a notamment fait plusieurs allers et venues entre Paris et Libreville. Robert Bourgi a lui-même avoué que « Le président Bongo a été généreux avec tous les hommes politiques français, tout bord confondu  ».

Lors de l’élection présidentielle de 2007, Omar Bongo est sollicité par Nicolas Sarkozy pour que ses réseaux ainsi que ses conseils font de lui, le nouvel homme fort de l’Elysée. Dans le même temps, Jean-Marie Le Pen tout comme François Bayrou ont chacun une entrevue avec le grand argentier de la Françafrique. Vainqueur du scrutin de 2007, Nicolas Sarkozy passe un coup de fil au président Bongo pour le remercier personnellement pour son engagement en sa faveur. Quelques jours après, il l’invite à l’Elysée et convoque tous les membres de son gouvernement pour venir adresser leurs civilités au doyen qui est perçu par beaucoup comme le plus vieil ami et collaborateur de la France.

Au mois de juillet 2007 précisément le 27, le président Sarkozy entame une tournée africaine et décide l’achever au Gabon, chez « papa Bongo » comme il l’avait souvent appelé. Bien avant cette rencontre, Nicolas Sarkozy favorisa l’octroi d’un abattement de 15%sur la dette du Gabon obtenu par le Club de Paris, un groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et pérennes suite aux problèmes de paiements de pays endettés.

Dans le document « Le clan Bongo : Une affaire française  » diffusé le 6 juillet 2017 sur France 2, on y apprend également que le fils d’Omar Bongo, Ali Bongo aurait obtenu son baccalauréat par le canal de réseaux françafricains de son père. Si l’on s’en tient à l’ouvrage de Pierre Péan intitulé « Le monde selon K. » publié en 2009, Omar Bongo aurait versé des émoluments conséquents à Bernard Kouchner pour falsifier des rapports sur le système sanitaire du Gabon. Ce dernier, médecin de formation et cofondateur de Médecins sans frontières (MSF) et Médecins du monde, fut secrétaire d’Etat chargé de la santé entre 1997 et 1999 mais aussi ministre délégué à la santé durant 1 an du 6 février 2001 au 6 mai 2002.

 L’affaire d’Elf et l’indécent enrichissement d’Omar Bongo

Le nom du président gabonais est cité pour la première fois dans l’affaire Elf en 1997. Il est notamment accusé d’avoir participé avec le président d’Elf Aquitaine, Loïk Le Floch-Prigent à des versements illégaux d’argent sur les comptes de la société Bidermann ; la magistrate franco-norvégienne, Eva Joly, est chargé de l’instruction de l’affaire et parvient même à faire bloquer un des comptes du président gabonais en Suisse. L’émission de complément d’enquête « Le clan Bongo : Une histoire française » diffusé sur France en 2017 a mis au grand jour, des scabreuses malversations financières entre la société ELF aquitaine et la présidence gabonaise.

En effet, en 1989, Loïk Le Floch-Prigent est nommé directeur du groupe pétrolier français « Elf » et découvre le pot aux roses qu’ont tenté de préserver ses prédécesseurs mais qui se montre quand même difficile à accepter et à perpétuer. Le président Bongo s’est érigé en véritable émir du pétrole en négociant de manière hallucinante, un alléchant pourcentage d’actions et de facto de dividendes pour lui et ses consanguins. Soulignons que la production pétrolière de Elf Gabon en Offshore dont la vente des millions de barils mensuels rapportant d’énormes revenus permit à l’Etat gabonais et à Elf elle-même, de bénéficier respectivement de 25 et de 57% des dividendes. Les 18%, rendez-vous bien compte, furent l’incroyable part du « trésor » allouée à sieur Omar. Plus grave en 1996, le président gabonais fixe lui-même le montant de ses commissions dans une correspondance, signée de sa main, qu’il adresse à Philippe Jaffré, successeur de Prigent : 10 millions de dollars US par trimestre au titre de « frais commerciaux ».

Par l’entremise de la filiale bancaire gabonaise de Elf, la Banque française intercontinentale (Fiba), des millions d’euros vont transiter entre le siège social d’Elf et Libreville. Chose surprenante, Omar Bongo possède la majorité des actions de la Fiba ; cette institution bancaire a été considérée comme la pierre angulaire de la corruption de « Elf », une véritable vache à lait pour le président Bongo. Créée en 1975, la Fiba était l’opérateur principal de redistribution des ressources financières provenant de l’activité pétrolière auprès du président Bongo non pas sans rendre les transactions hermétiques.

Il était actionnaire à 51% avec trois membres de sa famille. Par ailleurs, l’affaire « Elf » commence réellement en 1994 quand une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), anciennement dénommée Commission des opérations boursières (COB) est menée sur un financement suspect et illégal de l’entreprise Bidermann, un groupe de confection de vêtements masculins orchestré par Elf Aquitaine en 1989 et 1993. Comment est-ce possible ? A la lisère des années 1980, Maurie Bidermann, président du groupe, décide du rachat du groupe américain Cluett Peabody. Le montant de la transaction est de 2,5 milliards de francs français. N’ayant pas cette somme, il demande à son ami Loïk Le Floch-Prigent, président d’Elf Aquitaine, de le soutenir financièrement dans la réalisation de cet investissement. Le Floch-Prigent, via Elf, lui versera environ 1 milliard de francs français.

Mais Loïk Le Floch-Prigent déclara plus tard que l’assistance pécuniaire qu’il avait apporté à Maurice Bidermann ne relevait pas de leur amitié mais plutôt de la volonté d’hommes politiques. Sous sa présidence, l’équivalent de 300 millions d’euros furent détourné en complicité directe avec son directeur des affaires générales, Alfred Sirven, et André Tarallo, l’un des principaux bailleurs de fonds franco-africains. Il est important de rappeler que c’est André Tarallo qui était au cœur des rétro-commissions et des systèmes des abonnements (boni quant au nombre de barils négociés) ; il est le monsieur « Afrique de la compagnie » et est très proche du président Bongo et du président Sassou Nguésso. C’est bien Tarallo, considéré comme la troisième personnalité de Elf, qui sera au cœur de ce vaste réseau de corruption dans lequel politiciens français, cadres de Elf et chefs d’Etats africains furent au cœur d’un scandale politico-économique de plus de 504millions de dollars US, la plus grande affaire de détournements de biens sociaux depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Entre 1998 et 1999, le sénat américain diligente une investigation sur le patrimoine américain d’Omar Bongo placé à la Citibank de New York dont les avoirs s’élèveraient approximativement à 130 millions de dollars US, le tout sur une période de 12 ans soit de 1985 à 1997. Rappelons qu’en 1970, Omar bongo devient client à la Citibank et le temps faisant son chemin, le doyen des chefs d’Etats africains noua des liens très forts avec des responsables du département de gestion privée dudit établissement bancaire.

Dans cette relation de confiance et d’amitié, le président Bongo décidera d’ouvrir divers comptes auprès de cette institution financière en Suisse, au Bahreïn, au Luxembourg, à Jersey, à Londres mais aussi au Gabon sous forme de comptes d’investissement, de fonds de Placement, de dépôts à terme ou encore de comptes courants. L’année 1985 date le début de ces détournements de fonds publics gabonais à destination de la Citibank de New York par Omar Bongo. Il procède au transfert de près de 52 millions de dollar US de la Citibank Bahreïn à la Citibank New York sur des comptes portant le nom de « Tendin Investments », une société fictive ouvert aux Bahamas et rachetée par le chef de l’Etat gabonais en 1985 ; le but de celle-ci était néanmoins de dissimuler les transactions financières des différentes sociétés donnant ainsi lieu au blanchiment d’argent.

Dans la capitale française, plusieurs comptes supposés d’Omar Bongo à la Citibank y sont domiciliés. Mais là encore, c’est ils sont tous au nom d’une autre société écran « Leontine Ltd ». Cependant en 1995, un compte dénommé « OS » dont le propriétaire est bien identifié « Omar Bongo » est ouvert au sein de la Citibank New York. De 1985 à 1995, des variations pécuniaires de dépôts, comprises entre 28 et 72 millions de dollars US, ont été constatées sur la société écran « Tandin Investment » ainsi que des retraits avoisinant les 67 millions de dollars US ; le compte « OS » a augmenté de 1 à 5 millions de dollars US et celui de « Leontine Ltd » a été approvisionné d’au moins 7,5 millions de dollars US.

Malheureusement, la Citibank n’a jamais pu communiqué le montant des avoirs d’Omar Bongo en Suisse empêchée le secret bancaire suisse qui désigne l’interdiction qu’ont les établissement bancaires helvètes de fournir des informations sur leurs différents possessions bancaires à des tiers. De 1985-1997, le solde des comptes du « patron » du Gabon dans les différents bureaux de la Citibank s’élève à plus de 130 millions de dollar US. De surcroît, il a emprunté énormément d’argent pendant la même période, jusqu’à 50 millions de dollar US en 1994, et bénéficiait même d’importants découverts de la part de la Citibank du Gabon.

Il se rend alors coupable d’évasion fiscale entre ses comptes par le biais de ses comptes fantoches à la « Citi » de Paris et à celle de New York. Tous ces revenus auraient servi aux financements des campagnes présidentielles de 1993 et 1998 mais aussi des scrutins législatifs de 1991 et de 1996. Officiellement, les crédits qui ont été accordés à Bongo furent utilisés pour des « besoins de trésorerie sur place ».

Le 9 novembre 2005, le New York Times révèle qu’Omar Bongo aurait versé, en 2003, la coquette somme de 9 millions de dollars US à un lobbyste américain du nom de Jack Abramoff afin que le président George Bush puisse facilement accorder un entretien au chef d’Etat gabonais. Au fil des ans, Omar Bongo et sa famille ont amassé une fortune inestimable. Ils sont propriétaires de plus de 33 appartements et hôtels particuliers en France qui correspondent à environ 150 millions d’euros. Omar Bongo possède d’ailleurs plusieurs comptes en Hexagone, en Suisse, aux USA et dans d’autres pays, friands de paradis fiscaux, bien disséminés à travers le monde.

Il aurait escroqué 437 347 euros à la famille d’un chef d’entreprise français, René Cardona, travaillant au Gabon qui fut mis aux arrêts sans avoir commis le moindre délit. Le gouvernement gabonais avait demandé à Cardona fils de verser cette somme sur le compte personnel du Chef de l’Etat. Omar Bongo, fils d’un cultivateur, a bâti à travers les années, un empire financier familial nommé « Delta Synergie ». D’autant plus qu’au courant des années 2000, une nouvelle envolée du prix des cours du pétrole lui permettront d’engranger encore plus de profits, cette fois à des fins personnels. Omar Bongo se serait même permis de payer les traitements des agents de la fonction publique des pays de la sous-région tels que les Républiques de Centrafrique et du Congo.

Mais, durant plusieurs années, les proches du président ont réduit à néant le non-négligeable développement infrastructurel et structurel que le patriarche a essayé de mettre en place toute sa vie au-delà de la gabegie financière qui a caractérisé son règne. Malheureusement, c’est le peuple gabonais qui a été l’énorme perdant de cet accaparement des richesses par le clan Bongo ne représentation qu’une infime partie de la population (environ 15%). Tandis que des concitoyens croupissaient pour la plupart dans la misère, le chef de l’Etat s’enrichissait sur le dos de ses compatriotes en s’accordant unilatéralement, le droit sur l’exploitation et la rente provenant du sous-sol gabonais dont les ressources naturelles demeurent vastes.

 L’indéboulonnable président de la République gabonaise

Le 25 février 1973, Omar Bongo seul candidat au scrutin présidentiel, est officiellement réélu président de la République gabonaise pour un mandat de 6 ans. Il faut dire que son principal adversaire politique, Germain Mba, a été lâchement assassiné en 1971 dans des conditions restées mystérieuses jusqu’à ce jour. Tout est donc réuni pour permettre le triomphe du chef de l’Etat sortant. La présidentielle du 30 décembre 1979 voit à nouveau Omar Bongo valider sa réélection pour un autre mandat de 6 ans.

En 1986, le président Bongo, toujours unique gabonais à briguer la magistrature suprême sort une nouvelle fois vainqueur de la présidentielle de 1986 ; il a réussi néanmoins à faire avorter un coup d’Etat fomenté par le capitaine de l’armée de l’air gabonaise, Alexandre Mandja/Mandza Ngokouta. Ce dernier est condamné à la peine de mort et exécuté publiquement à « Hollando » en 1985. Il se dit que le putsch orchestré par le capitaine Mandja/Mandza avait pour but d’éteindre l’appétit monarchique d’Omar Bongo qui voulut comme Jean-Bedel Bokassa de la République centrafricaine, devenir empereur. Mais le chef de l’Etat français de l’époque, Valérie Giscard d’Estaing, calma les ardeurs de son homologue en lui expliquant les dangers d’une telle démarche.

La dévaluation du FCFA en 1983 et la dégradation du tissu social entraîne le Gabon dans une défiance de la population vis-à-vis du Chef de l’Etat, qui règne en maître absolu sur le pays depuis plus de 15 ans. Malgré l’interdiction illégalement légale de la pluralité politique, des partis jusque-là clandestins, font entendre leurs voix dès le début de l’année 1981. Une manifestation politique et pacifique appelée « manifestation de la gare routière » est organisée à Libreville et ses leaders dont Simon Oyono Aba’a ou encore l’abbé Noël Ngwa sont tous arrêtés. Cependant, Bongo sait que le vent d’un renouveau politique est imminent même s’il ne l’affirme pas.

L’arrivée de François Mitterrand, membre du PS, constitue aussi un espoir pour l’opposition gabonaise qui est représentée à cette époque par le Mouvement de redressement national (MORENA) basé en France dont père Paul Mba Abessole est le leader. Ladite formation politique s’active sur la scène internationale pour faire courber l’échine au patron du bord de mer de Libreville afin qu’il démocratise le pays. Après plusieurs contacts entre les membres du MORENA France et la classe dirigeante gabonaise entamés en 1986 suite à la relaxe de certains membres du MORENA national, des discussions semblent faire comprendre raison au président Bongo.

A l’international aussi, la pression sur les régimes dictatoriaux est présente notamment avec la chute du mur de Berlin en 1989 et l’essoufflement de la guerre froide qui font clairement prendre conscience au chef de l’Etat que l’autocratie qu’il a imposée au Gabon jouit de ses derniers jours d’existence ; ces évènements signent en effet l’acte de décès du monopartisme. En 1990 suite à de nouvelles tensions sociales, Omar Bongo organise une conférence nationale pour lancer le processus de démocratisation politique ; des réformes et des aménagements constitutionnels se mettront en place.

A la suite de ces assises nationales, la naissance du multipartisme fut actée et un opposant politique en la personne de Casimir Oyé Mba est choisi pour être le chef de la primature. Les premières élections multipartite législatives et présidentielle sont respectivement prévues pour septembre et décembre 1993. Le PDG n’obtiendra d’ailleurs qu’une courte majorité à l’Assemblée, lui qui sous le parti-Etat bénéficiait de tous les sièges. Le 5 décembre 1993, Omar Bongo est réélu récoltant 51,18 des suffrages exprimés.

L’opposition crie à la fraude et ne reconnaît pas sa défaite ; de violentes manifestations ont lieu avant et après l’officialisation des résultats. En effet, Bongo s’est arrangé à mettre une de ses proches à la tête de la Cour constitutionnelle en l’occurrence sa maîtresse, la tristement célèbre Marie-Madeleine Mbourantsouo dite « 3M ».

L’opposition qui est regroupée autour du Haut conseil de la résistance et dont le fer de lance est le père Paul Mba Abessole balaie d’un revers de la main, les propositions de dialogue d’Omar Bongo. En 1994, une nouvelle dévaluation du FCFA plonge le pays dans une profonde crise socio-politique et le catégorique refus de ce procédé financier par chef de l’Etat n’y changera rien. En effet, le 19 février 1994, la Confédération syndicale gabonaise décrète une grève générale de 72 heures ; en cause, les effets néfastes de la dévaluation du FCFA sur le panier de la ménagère.

La COSYGA exige donc de l’Etat, une augmentation des rémunérations salariales à hauteur de 8%. Trois jours après, la Confédération gabonaise des syndicats libres (CGSL) entre elle aussi en grève. Bénéficiant du soutien de l’opposition, elle appelle à un grand rassemblement le 26 à la mairie du 5ème arrondissement de Libreville. Des heurts éclateront et des morts, 9 au total, seront à dénombrer ainsi que de considérables dégâts matériels.

Pour ramener la paix dans le pays et conserver son pouvoir, Omar Bongo enclenche ses réseaux politico-économiques français et locaux tout en parvenant à réunir l’opposition pour négocier la normalisation de la situation politique et socio-économique. Le 1er septembre, des négociations entre l’opposition radicale autour du HCR et la majorité ont lieu à Paris. Le 7 novembre, la signature officielle des « Accords de Paris » est établie à la cité de la démocratie.

Omar Bongo arrive ainsi à apaiser les tensions et Mba Abessole ainsi que d’autres leaders du HCR décident comme Me Louis Agondjo Okawé, d’une cohabitation politique sous fond, pour beaucoup, de gros sous et d’arrangements politiques. Le président est ainsi parvenu à éviter sa chute après son premier test démocratique. Le 30 mai 1998, le HCR désigne Pierre Mamboundou, président du très populaire parti politique de l’opposition l’Union du peuple gabonais (UPG), comme son candidat au scrutin présidentiel du 6 décembre de la même année ; Mba Abessole a perdu de son influence au sein de l’opposition suite à son rapprochement significatif avec le pouvoir et est du Rassemblement national des bûcherons le 18 juillet 1998.

Le 8 décembre, Omar Bongo est une fois de plus réélu avec 66,88% des suffrages. Pierre Mamboundou fustige clairement les résultats et convoque une conférence de presse, en présence de médias nationaux et internationaux, dans laquelle il apporte des éléments de preuves qui auraient servi à la fraude électorale massive lors de la présidentielle. Le 15 décembre, il refuse l’appel à négocier du président. Mais, Omar Bongo prête serment le 21 janvier 1999 et la tension retombe. Le plus ancien chef d’Etat en exercice est ainsi reconduit et passe avec « accalmie », le périlleux concours de son deuxième test électoral depuis l’avènement du multipartisme. Notons que lors des élections de 1996, le PDG reste toujours majoritaire au sein de la chambre basse du parlement, le sénat ayant été créé en 1996.

Pour couvrir ses arrières et s’assurer de la longévité de son mode de gouvernance, Omar Bongo met tout en œuvre pour que sa succession soit faite à souhait. En 1996, son mentor et ami, Georges Rawiri, devient le premier président du sénat tout nouvellement instauré. Le parlement gabonais devient alors bicaméral et toutes les dispositions sont pensées pour qu’en cas d’empêchement du président ou de vacance du pouvoir, ce soit le président de la haute chambre qui assure l’intérim. En 2004, El Hadj Omar Bongo devient El Hadj Omar Bongo Ondimba (OBO) en conséquence de l’ajout du nom de son géniteur à son patronyme.

En 2005, le HCR investit à nouveau Pierre Mamboundou comme son candidat. Du côté de la majorité, c’est toujours sans surprise que l’inamovible Bongo se présente sous la bannière de son parti, le PDG. Le 27 novembre a lieu le scrutin marquant la course à la magistrature suprême et contre attente, Omar Bongo, toujours, récolte 79,18% des voix et est dont en passe d’être très prochainement investit président ; mais le score de Bongo est vomi par sieur Mamboundou et ses partisans qui était pourtant sûrs de remporter la victoire suite à la mobilisation et aux tactiques antifraudes mises en œuvre. Pierre Mamboundou rejette avec véhémence les résultats et de profonds incidents naissent en guise de contestations.

Mamboundou adresse une plainte le 17 mars 2006 à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Le 21 mars 2006, l’opposant est victime d’une tentative de meurtre prémédité, au sein du quartier général de sa formation politique, mais finit par être exfiltré par certains de ses collaborateurs présents sur place. Il se réfugie dans les locaux de la représentation diplomatique au Gabon d’Afrique du Sud. Il y vit durant approximativement un mois.

Suite à la pression internationale et notamment de l’Elysée, Omar Bongo et Pierre Mamboundou s’asseyent pour des pourparlers historiques, Le 19 avril 2006, qui donneront naissance à une nouvelle entente politique encadrée par les « Accords d’Arambo » ; il réussit à obtenir chef de l’Etat, une réforme profonde et importante du Code électoral. Toutefois, Omar Bongo et son parti furent toujours majoritaires au parlement lors des élections législatives de 2001, boycottées par une grande partie de l’opposition, et celles de 2006.

 Rattrapé par la justice

En mars 2007, une plainte est déposée à Paris par trois associations, Survie, Sherpa et la Fédération des congolais de la diaspora, contre Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Théodoro Obiang Nguéma concernant des détentions illégales de revenus publics : c’est le début de l’affaire dite « des biens mal acquis ». Classée sans suite, elle est réactivée sous une nouvelle forme en décembre 2008, Transparency International France et l’association Sherpa, créée par l’avocat français William Bourdon, ayant mis tout en œuvre pour qu’elle le soit.

L’activiste gabonais, Grégory Ngbwa Mintsa, se constitue partie civile et dépose aussi plainte contre Omar Bongo en France. La doyenne des juges du pôle financier de Paris confirme la recevabilité de ladite plainte. Elle est notamment réenclenchée à la suite d’une autre affaire impliquant le président gabonais qui aurait escroqué un chef d’entreprise français. En effet, à la suite d’une mésentente commerciale, Omar Bongo aurait fait enfermer puis libérer le concerné en contrepartie d’une forte somme d’argent, environ 440 milles euros ; la cour d’appel de Bordeaux condamnera sieur Ondimba à procéder au remboursement de la somme.

Bongo et son gouvernement crie à la déstabilisation et à l’acharnement médiatique. Le président gabonais accuse le président français, Nicolas Sarkozy, de mener une cabale à son encontre. Au début de l’année 2008, l’organe de presse « Le Monde » dresse un inventaire des biens d’Omar Bongo et de ses proches : des appartements et des hôtels particuliers correspondant à plus de 150 millions d’euros.

Déjà au courant de l’année de 1998 et ce jusqu’en 1999, le sénat étasunien mène une enquête sur les avoirs du chef de l’Etat gabonais. En près de 12 ans, le solde des comptes du dirigeant africain s’élève à près de 130 millions de Dollars US dans les différents placements qu’il a effectué en Suisse, au Bahreïn ou encore en France. L’origine de cet incroyable patrimoine financier est alors désignée comme les profits détournés par des montages économiques et pécuniaires découlant de la production pétrolière gabonaise.

Le New York Times rend publique, en novembre 2005, l’information selon laquelle Omar Bongo aurait contacté un proche du pouvoir politico-affairiste des USA pour une rencontre avec le président George Bush, moyennant des millions de dollars US. Par ailleurs en France, le 13 février 2009, plusieurs comptes du chef de l’Etat sont gelés par la justice suite à la décision de la cour d’appel de Bordeaux de saisir lesdits possessions financières. S’en suit une investigation, le 30 mars 2009, sur de nombreux comptes bancaires d’Edith Lucie Bongo née Sassou qui sont saisis. Cette dernière est accusée de couvrir des malversations financières de son père et de son époux, sous fond de détournements de deniers publics et de blanchiment d’argent ; ces oscillations de revenus auraient été clandestinement placés à Monaco.

C’est encore l’association « Sherpa » qui avait mis à nue la combine et adressé des correspondances au prince Albert II de Monaco et au procureur de la principauté. Dans son courrier, l’association avait souhaité qu’une enquête soit diligentée au plus vite pour activer un blocus des avoirs de la fille de Denis Sassou Nguesso et la femme d’Omar Bongo, Edith Lucie Bongo. En mai 2021, BNP Paribas, major des établissements bancaires en France et en Europe, est mise en examen, par une décision d’un juge d’instruction du pôle financier de Paris, pour « blanchiment d’argent et détournements de fonds publics » en corrélation avec la saga de l’affaire des « biens mal acquis ».

La justice française, dans le but d’établir une traçabilité de fond sur la fortune du clan Bongo et du clan Sassou Nguesso, met la main sur plusieurs dizaines de millions d’euros suspicieux qui appartiendraient auxdites familles et dont les transactions ont été régulièrement effectuées sur les comptes de la première des banques européennes. Concernant les Bongos, c’est par le biais d’une société de décoration d’intérieur, « Atelier 74 », et de sa filiale, qu’auraient transité entre 1997 et 2009, 52 millions d’euros au sein de BNP Paribas. Cette manne financière aurait permis au président Bongo et ses proches, d’acheter une douzaine de biens immobiliers à Paris et à Nice moyennant un montant compris entre 32 et 35 millions d’euros.

La ruse consistait à verses des fonds à la BGFI (Banque gabonaise) sur le compte de la société « Atelier 74 ». Les espèces étaient par la suite parachutées sur le compte de BNP Paribas France, à son siège social sis à Paris. Cette investigation a entraîné en avril 2002, la mise en examen de Betty, Hermine, Arthur et Grâce Bongo Ondimba, tous enfants du président Bongo, pour « acquisition d’un patrimoine immobilier frauduleusement obtenu ».

En définitive, Omar Bongo Ondimba a érigé, tout le long de sa vie, une gigantesque fortune mobilière, immobilière et financière en s’adonnant à des pratiques illégales et égoïstes. L’intérêt personnel et familial a été au centre de ses préoccupations, délaissant le peuple qu’il présidait et à qui il devait davantage de respect, d’attention et d’estime. Omar Bongo fit le choix de, suite à l’une de ses dernières volontés, de nommer Pascaline et Ali Ben Bongo Ondimba comme légataires universels de son patrimoine financier même si officiellement 55 de ses descendants ont été reconnu comme héritiers par le plus vieil ami de la Françafrique. Sa fortune est estimée entre 500 millions d’euros et 3 milliards d’euros. Au gabonais, ils n’eurent comme héritage que la paix et l’unité nationale. Bien qu’elles soient fondamentales dans une République qui se veut émergente, est-ce apaisant d’en manger à tout va ?

 Itinéraire de la fin d’un règne

Après la mort de Georges Rawiri le 9 avril 2006, Omar Bongo Ondimba devient fébrile et son entourage s’en aperçoit. Il essaye de s’en remettre et de se focaliser sur sa gestion des affaires de l’Etat. Le 7 décembre 2007, OBO prononce un discours, poignant et étonnant à la fois, qu’on pourrait qualifier de testamentaire dans lequel il affirme que « J’ai pour habitude de dire gabonais nous sommes, gabonais nous resterons, pensons à notre pays, pensons à notre jeunesse, nous croyons en Dieu, mais Dieu ne nous a pas donnés le droit de faire du Gabon ce que nous sommes en train de faire. Il nous observe, il dit amusez-vous mais le jour où il voudra aussi nous sanctionner, il le fera. Que Dieu protège le Gabon ».

Très tôt dans la matinée, il avait sillonné les rues de la capitale et s’était clairement aperçut de l’état de délabrement dans lequel se trouvait Libreville mais aussi de la détresse et de la misère de la société gabonaise. Une sorte de mea culpa après trop d’erreurs commises. Moins de deux ans après précisément ses aveux d’échecs à peine voilés, le président Bongo est une nouvelle fois frappé par le malheur. Son épouse Edith Lucie Bongo décède le 23 mars 2009 à Rabat au Maroc vraisemblablement dès suite d’un empoisonnement mais rien ne permettra de véritablement l’affirmer ; des allégations faisaient état de puissants troubles spirituels liés à des attaques mystico-sataniques après qu’elle ait vu, au sein de la présidence gabonaise, des mystérieuses et diaboliques choses.

Après l’inhumation de sa femme, le chef de l’Etat gabonais est anéanti et son état de santé s’aggrave. Depuis quelques années, il promène un cancer. Moins de 15 jours après la disparition de sa bien-aimée, OBO tombe gravement malade le 11 mai 2009, lui qui avait depuis le 6 mai, pris de brèves vacances pour se vider l’esprit et faire le deuil de sa muse au Maroc. Un avion médicalisé est affrété pour son transfert vers une structure européenne spécialisée.

Le président est admis à la clinique Quiron de Barcelone en Espagne. Aussi surprenant que cela puisse paraître, à la dernière minute la décision a été prise de transféré finalement Omar Bongo à Barcelone et non en France. En effet, l’année d’avant, des accusations de recel et de détournements de fonds publics sont imputés par la justice française au patron du palais du bord du mer de Libreville. Cette rocambolesque affaire dénommée l’affaire « des biens mal acquis » fait les choux gras de la presse française depuis 2008.

Le président Bongo est alors très remonté contre son cadet et pair, Nicolas Sarkozy. Il est convaincu que le locataire de l’Elysée veut faire vaciller son règne ; de plus, il faut éviter au Chef de l’Etat des ennuis judiciaires en raison de la saga des « biens mal acquis ». Cependant durant trente jours, la santé du « doyen » est en pleine dégradation même si dès l’entame de son séjour hospitalier, la présidence gabonaise parle d’un check-up banal de santé du « chef » sans évoquer son cancer.

Au sein de la capitale et sur l’ensemble du territoire, la rumeur du décès du président gonfle et le premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, décide de se rendre lui-même en Catalogne car n’ayant reçu d’appel ni d’un membre de la famille ni du médecin personnel de son « employeur ». Il se fait accompagner du vice-président de la République, Didjob Divungi di Ndinge, et du président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama. La présidente du Sénat quant à elle ne se présenta pas à l’aéroport malgré la convocation qui lui avait été adressée par ses collègues présents pour le voyage.

La chaîne d’informations en continue, France 24, crée la panique générale en annonçant le dimanche 7 juin la fin de vie d’Omar Bongo. L’information passe en boucle sur le bandeau déroulant imprégné de rouge pour annoncer la couleur. Aussi, le site internet du journal « Le point » pond un écrit affirmant la même chose que leur confrère précité. Le lendemain, la délégation gabonaise conduite par le premier ministre arrive sur les lieux et constate que le « prétendu mort » comme annoncé par France 24 la veille est toujours en vie, bien qu’il soit vraiment proche du trépas. Jean Eyéghé Ndong pond alors un communiqué à midi, heure du Gabon, dans lequel il dément l’information de la mort du chef de l’Etat et fustige les médias hexagonaux.

Mais quelques temps après son intervention, le personnel de santé fait savoir aux proches qu’il est temps de « débrancher » le patient. Il n’y a donc plus rien à faire. L’heure de la fin vient de sonner ; c’est finalement à 14h30 que les machines qui maintiennent encore le président en vie sont arrêtés. Sur place à Libreville, c’est le vice-premier ministre chargé de l’environnement, Georgette Koko, deuxième personnalité du gouvernement, qui a la lourde responsabilité d’annoncer le décès du président à la nation par le biais d’une adresse funeste. C’est finalement à 17h que la population gabonaise sera informée de la situation.

On apprendra plus tard que le chef de l’Etat serait bel et bien mort le 7 mai 2009 comme avancés par France 24 et « Le Point » mais que pour des motifs familiaux et politiques, l’annonce de son décès avait été retardé. Une hypothèse qui n’a tout de même jamais été confirmée par l’un des acteurs politiques ou l’un des consanguins présents au chevet du président Bongo à Barcelone.

 A la terre, tu retourneras…

El Hadj Omar Bongo Ondimba rejoint officiellement le monde des morts et disparaît à jamais de celui des vivants le 8 juin 2009 à la clinique « Quiron » de Barcelone en Espagne. Il aura été président de la République gabonaise pendant 41 ans, 6 mois et 6 jours. Et c’est à l’âge de 73 ans que son règne, que plusieurs pensaient sans discontinuité, prit à jamais fin. Sa dépouille arrive au Gabon le 11 juin et est accueillie par une foule indescriptible qui ne se prive pas de l’accompagner jusqu’à la présidence ; les portes du palais du bord de mer furent laissées ouvertes tout le long des obsèques du président pour permettre aux gabonais de tout bord, de venir se recueillir et d’honorer dans le deuil, la mémoire d’OBO.

Nombreux étaient les gabonais dévastés par la disparition du « baobab d’Afrique » au-delà des souvenirs sombres mais aussi des jours radieux que ce dernier leur rappelait. Nombreux aussi se satisfaisaient du « sommeil éternel » de celui qui a été à l’origine de tous leurs maux, de leurs traumatismes et de leurs situations et/ou positions sociales. Les obsèques nationales du défunt chef de l’Etat eurent lieu le 16 juin 2009. Etaient présents, les présidents du Tchad, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, du Sénégal, du Burkina Faso, de la République centrafricaine, de la République du Congo, son ex beau-père et ami, Denis Sassou Nguésso et bien d’autres.

Du côté des personnalités françaises présentes, on pouvait observer la présence du président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, de l’ancien locataire de l’Elysée, Jacques Chirac, le secrétaire d’Etat à la coopération Alain Javandet. Le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, vint aussi s’incliner une dernière fois devant le cercueil du défunt ainsi que les anciens ministres français Michel Roussin, Jean-Louis Debré et Jacques Godfrain. L’ancien président d’Elf Aquitaine ainsi, Loïk Le Floch-Prigent, ainsi que Robert Bourgi, Patrick Balkany et Bruno Joubert sans oublier Alain Bauer, grand maître de Grand Orient de France.

Deux jours plus tard, la dépouille du plus ancien des présidents, de par la durée de son règne, fut inhumée à Franceville en présence de François Bozizé et de Denis Sassou Nguesso, capitale de sa province natale du Haut-Ogooué. D’abord enterré au sein de sa résidence privée de Franceville dans une espèce de bungalow, la sépulture d’Omar Bongo connut cinq ans plus tard, une nouvelle demeure. Ali Ben Bongo, fils du disparu ainsi que son successeur à la tête du Gabon, fit construire au défunt chef de l’Etat, un luxueux mausolée en marbre. Située sur les hauteurs des plateaux « Batéké », il a été inauguré à la fin de l’année 2014. Deux gardes, issus des forces de sécurité, sont postés permanemment devant l’entrée de la dernière demeure de l’ancien patron du régime de la « Rénovation » pour prévenir toute forme de profanation ou d’actes de vol et destruction du site.

Cependant au cours de son règne, OBO s’était déjà rendu éponyme de plusieurs édifices publics comme le palais du Sénat dénommé « Palais Omar Bongo ». Aussi, il avait donné son patronyme à certains établissements de la capitale tels que le Lycée technique national Omar Bongo (LTNOB) mais aussi l’Université Omar Bongo (UOB).
Les œuvres « Confidences d’un africain : entretiens avec Christian Casteran  » et « Blanc comme nègre » ont été élaborées par Omar Bongo. L’écrivain gabonais, Grégoire Biyogo, a aussi écrit plusieurs ouvrages sur Omar Bongo tel que « Omar Bongo Ondimba, L’insoumis Tome 1, Le rêve d’un Nouvel Ordre International pacifique et consensuel.

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