National Foot

Joel-Anicet Birinda : les « retards nous ont fait perdre des potentiels partenaires »

Joel-Anicet Birinda : les « retards nous ont fait perdre des potentiels partenaires »
Joel-Anicet Birinda : les « retards nous ont fait perdre des potentiels partenaires » © 2014 D.R./Info241

Lors d’une émission spéciale à Gabon Télévision, le président de la Ligue Nationale de Football (LINAF), Joel-Anicet Birinda, a fait le point global de l’exercice 2013-14. L’occasion pour Joël-Anicet Birinda d’éclairer l’opinion sur les points saillants qui ont jalonné le National Foot après sa deuxième saison professionnelle.

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Gabon TV : Bonjour M. Birinda. Comment avez-vous vécu la 26e et dernière journée du championnat ?

Joël-Anicet Birinda : Bonjour et merci de me recevoir chez vous. La 26e et dernière journée du championnat a été l’occasion pour la LINAF de démontrer qu’elle était capable de faire de bonnes choses. Ce que je retiens c’est la bonne ambiance, le spectacle de qualité qui a été offert par les deux équipes. Je crois qu’au sortir de ce match tout le monde était satisfait et souhaiterait revivre ce genre de spectacle tout au long de la prochaine saison.

Et plus globalement, surtout en termes d’organisation sur l’ensemble de la saison ?

JAB : Globalement ça a été une saison difficile ; en raison notamment des difficultés liées aux décaissements. Malgré nous avons tout mis en œuvre pour que la compétition soit organisée dans de très bonnes conditions.

Sur le plan purement sportif, que peut-on retenir de la production des 14 clubs ?

JAB : Le suspense. On a dû attendre l’ultime journée pour connaître le champion du Gabon. Jusqu’à quatre journées de la fin, les quatre premières équipes avaient toutes la possibilité d’être championnes du Gabon. C’est un suspense intéressant pour ce type de compétition. Il y a par ailleurs le niveau de jeu qui s’est relevé au cours de la phase retour, notamment avec un spectacle beaucoup plus intéressant.

En parlant de spectacle il y a des équipes qui ont bénéficié de plus de retransmissions en direct que d’autres, avec dans le même temps quelques prestations de moyenne qualité et pas toujours de nature à rassembler le maximum de téléspectateurs. Quels sont les éléments qui concourent au choix des matches en direct ?

JAB : A l’ origine il y a une grille horaire qui prévoit un match en direct le vendredi à 19h30. Malheureusement, le seul stade qui réunit les conditions pour abriter un match en nocturne est celui de Nzeng-Ayong. Du coup, certaines équipes, notamment celles affectées dans ce stade, ont été les plus en vue tout au long de la saison. Mais au bout du compte il n’y a qu’une seule équipe qui n’a pas bénéficié du direct. Il s’agit donc pour nous d’augmenter la visibilité de chaque équipe et pour cela il nous faut des moyens pour éclairer le stade Monedan et deux ou trois autres stades dans l’arrière-pays pour permettre d’effectuer des directs là-bas également. Pour revenir sur la qualité du jeu jugée quelquefois très moyenne, il faut dire que tout est ramené aux retards dans les décaissements des fonds. Si l’argent était mis à la disposition des équipes un peu plus tôt, je crois qu’elles investiraient davantage dans un recrutement de qualité. Pour prendre l’exemple de la saison passée qui était prévue pour démarrer en septembre, elle n’a débuté que le 22 décembre. Résultat, les clubs hésitent, les meilleurs joueurs passent et vont s’engager dans d’autres clubs au Congo, au Maghreb …

Parlons de la gestion des clubs avec les acteurs qui sont souvent maltraités par certains dirigeants qui n’adhèrent pas à la vision édictée par les plus hautes autorités qui ont donné une vision à la carrière des footballeurs. La LINAF est souvent appelée comme arbitre dans ce rapport conflictuel. Quelle est la solution à ce jour vis-à-vis des clubs « voyous » ?

JAB : Il y a effectivement eu quelques difficultés dans l’exécution des contrats entre les joueurs et leurs clubs respectifs. Cela a souvent donné lieu à des litiges qui sont portés devant les commissions compétentes de la Ligue Nationale de Football. Ce que nous faisons c’est que lorsque les clubs sont condamnés, la LINAF s’engage à prélever sur les ressources du club et à payer directement les intéressés. Mais en comparaison avec l’année dernière il y a eu un recul : lors de la première saison il avait été fait obligation aux clubs d’ouvrir des comptes à leurs joueurs ; ainsi l’argent était viré directement sur le compte du joueur par le club. Et la LINAF, au moyen d’un système de reporting qui avait été mis en place, pouvait vérifier si le joueur avait effectivement perçu son argent. Cette année, ça a été un peu difficile en raison de l’irrégularité de paiement de la part de l’Etat. Pour information, le budget pour la saison 2013-2014 était arrêté à 11,5 milliards. Sur cette somme nous n’avons reçu que 2,4 milliards. Nous avons donc dû demander aux clubs de jouer ; c’est d’ailleurs ici l’occasion de féliciter les présidents de clubs et les joueurs qui ont fait preuve de patriotisme en acceptant de jouer jusqu’au bout malgré les difficultés.

Pour l’année prochaine il y a des mesures qui seront prises à chaque fois qu’il y aura un décaissement. Je vous invite d’ailleurs à faire le tour des clubs car plus il y aura de transparence, et moins il y aura des dysfonctionnements. Nous allons donc coopérer dans le sens de la mise à nue des égarements de certains clubs dans la mise en œuvre du modèle du championnat professionnel.

Vous les connaissez depuis la saison dernière déjà … les bons et les mauvais élèves ?

JAB : Ce sont les mêmes qui sont souvent cités. Mais il faut reconnaître qu’il y en a qui ont fait de gros efforts. Cela peut paraître surprenant mais le meilleur élève de la saison dernière est Océan Club Nyanga. Derrière on peut citer l’AS Pélican, CF Mounana, AS Mangasport, AO CMS, Missile FC. Du côté des mauvais élèves il y a l’Union Sportive d’Oyem, l’OM et d’autres comme Sogéa FC par exemple même si dans ce dernier cas les choses ont été très vite corrigées.

Peut-on penser que le modèle de gestion du championnat professionnel est mal assimilé par certains dirigeants ?

JAB : Je ne pense pas. Le fait est simplement que nous sommes passés d’un club qui était géré autour d’un président qui mettait son argent sans nécessairement avoir ensuite besoin de faire la comptabilité des moyens mis à disposition, à un nouveau mode de gestion qui demande qu’on fasse la comptabilité de toutes les ressources, y compris même les ressources propres. Vous avez à ce jour, par exemple, des clubs qui rechignent à justifier la partie du budget qui provient des sponsors. Or, le budget est un tout et il s’agit de le justifier sur sa totalité. Toute chose qui est d’ailleurs bénéfique pour nos clubs. C’est le cas de Mangasport qui justifie la totalité des moyens que le club reçoit de son sponsor qui est la COMILOG.

Cette année a également été marquée par la mise en place d’un conseil d’administration au sein de la LINAF. Quelles sont les missions et les objectifs de cette nouvelle entité ?

JAB : Nous avons amendé nos statuts en cours d’année pour introduire un organe supplémentaire qui s’intercale entre le Bureau et l’Assemblée générale. L’objectif est d’améliorer la gouvernance en associant à la prise des décisions quelques compétences extérieures. Ce Conseil d’Administration a vu l’arrivée du président de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), du Directeur technique national, un représentant des entraîneurs et un représentant des joueurs. Tout ce monde est associé à quelques représentants de clubs et à trois membres de la LINAF pour proposer des orientations qui nécessitent qu’elles soient discutées dans un cadre beaucoup plus larges. Par exemple, le règlement du championnat était jusqu’ici l’affaire du bureau directeur de la LINAF. Aujourd’hui, cela est devenu une prérogative du conseil. Il y a un débat sur le nombre d’étrangers par club. Plutôt que de limiter un tel débat au comité directeur de la LINAF, nous avons pensé qu’il était plus opportun au sein d’un organe beaucoup plus élargi en tenant compte des avis des personnes retenues. Il s’agit donc d’un organe supplémentaire qui vient renforcer la gouvernance de la LINAF sans alourdir la machine parce qu’un conseil d’administration ne se réunit qu’à peu près deux fois dans une saison.

Qu’en est-il du sponsoring, et précisément de la place du fournisseur italien Errea qu’on n’a pas trop vu la saison dernière ?

JAB : Le modèle économique du championnat prévoit un désengagement progressif de l’Etat et une montée en puissance des sponsors. La saison dernière, et c’est l’une des satisfactions, nous avons conclu un contrat de partenariat avec Airtel qui s’est engagé à mettre à la disposition de la LINAF la somme de 500.000.000. La même somme sera versée pour la saison à venir, avant de finir avec un montant de 1 milliard au cours de la troisième saison de contrat. L’objectif pour nous est de multiplier ce genre de sponsors. Notre plan marketing prévoit d’atteindre la barre de cinq sponsors officiels et un sponsor principal qui donnerait son nom à la compétition. Avec les difficultés de décaissement, nous avons du mal à consolider plus rapidement le modèle de championnat professionnel. En clair, un sponsor vient vers vous parce qu’en retour il a un intérêt : sa visibilité tout au long d’une compétition qui dure neuf mois. Lorsque vous êtes obligés de jouer la même compétition en cinq mois, le sponsor ne trouve pas le même intérêt. Ces retards nous ont fait perdre des potentiels partenaires avec lesquels il va falloir renégocier.

En ce qui concerne Errea, le contrat prévoit que les équipements soient mis à la disposition de la LINAF mais en Italie. Il fallait donc non seulement aller les chercher, mais aussi de les dédouaner. A ce jour, le contener est à Libreville depuis des mois et nous sommes en discussion avec les autorités douanières pour le retrait de ces équipements qui sont issus des commandes de la saison écoulée. Pour la saison à venir, les promus devraient bénéficier des équipements dont les commandes ont déjà été lancées.

Quelle est la situation finale d’AC Bongoville ?

JAB : Il est prévu dans notre règlement que lorsqu’une équipe enregistre un forfait au cours des trois dernières journées, elle descend automatiquement en division inférieure. Les choses pour ce club sont donc claires. Le même règlement prévoit que lorsqu’une équipe, pour quelque raison que ce soit, n’est plus autorisée à participer au championnat, son remplaçant est choisi en deuxième division et c’est l’équipe qui est classée 3e.

Après le décès tragique du gardien d’AC Bongoville la saison dernière, quelles sont les garanties et les assurances des acteurs du National Foot à partir de la saison prochaine ?

JAB : En tant qu’organisateurs, nous avons l’obligation de nous assurer. Nous ne nous contentons pas d’un contrat de responsabilité civile. En fin d’année dernière, nous avons proposé à une compagnie d’assurance quelques semaines avant ce dramatique accident de nous faire une proposition de couverture plus large qui intègre non seulement l’individuel accident, mais aussi les cas de décès et d’invalidité. A ce sujet nous avons un retour de cotation intéressant. Reste à identifier les bénéficiaires. C’est un contrat qui va se mettre au-dessus des contrats souscrits individuellement par les clubs ; une sorte de deuxième ligne.

Revenons sur la diffusion des matchs. Certains stades ont été absents toute la saison du choix des directs. Le spectacle produit dans les stades de l’arrière-pays ne méritait-il pas d’être vu à la télévision ?

JAB : Nous n’avons pas pu réaliser des directs sur l’ensemble des stades parce que simplement nous n’avions pas les moyens. Il vous souviendra que la saison précédente, nous avions fait beaucoup plus de directs à l’intérieur du pays que cette saison. Nous prévoyons pour la prochaine saison de renforcer la médiatisation.

Quel est le niveau des arriérés de la LINAF vis-à-vis des clubs ?

JAB : Les équipes n’ont pas reçu leurs subventions des mois de mars, avril, mai et juin. Soit quatre mois d’arriérés, conséquence directe des difficultés liées au non décaissement des fonds. A ces subventions il faut ajouter les primes de matches, et les primes de classement.

Annoncé comme la grande conclusion de la saison à l’image de ce qu’on avait vécu l’année d’avant, le Gala Ndambo d’Or n’a pas eu lieu. Quelles sont les raisons ?

JAB : Le Gala Ndambo d’Or a tout simplement été reporté, là aussi pour des raisons d’intendance. On avait effectivement envisagé de l’organiser pour le 27 juin dernier, mais à cette date les joueurs n’avaient pas encore perçu leurs salaires des mois de janvier et février. Il était donc indécent de faire la fête alors que les joueurs avaient des arriérés de salaires.

Que gagne le champion du Gabon ?

JAB : Le modèle économique du championnat prévoit que le vainqueur d’un match gagne la somme de 5.000.000 FCFA. C’est la prime de résultat. A la fin de la saison, il y a une prime de positionnement. Cette prime permet au champion du Gabon de bénéficier de la somme de 259.000.000 FCFA. Cette enveloppe décroit jusqu’au 14e qui, lui, perçoit 14.000.000 FCFA tout en descendant en 2e division.

Qu’en est-il des recettes des matches ? Ces recettes peuvent-elles aujourd’hui couvrir une partie des charges de la LINAF ?

JAB : Vous vous doutez bien que les 500.000.000 d’Airtel n’ont pas suffi. Aujourd’hui nous devons de l’argent à certains de nos fournisseurs qui attendent d’être payés. Pour des raisons de trésorerie nous avons payé pour certains entre 30 et 50%. Les recettes des matches, qui ont atteint la somme de 79.200.000 FCFA sur l’ensemble des matches, ont servi au fonctionnement de la LINAF. Cette somme serait certainement plus élevée si on n’avait pas été pénalisé par la programmation : on a joué deux journées par semaine, et quand vous jouez le mercredi il n’y a pas forcément grand monde au stade.

Où émargent les membres du comité exécutif de la LINAF ?

JAB : Ils reçoivent des per diem en fonction du travail qu’ils font. En revanche, il y en a parmi eux ceux qui ont la double qualité de salariés et de membres du comité directeur. En tant que tel, ils reçoivent donc un salaire qui est supporté par la LINAF.

A quand le début de la nouvelle saison ?

JAB : Si toutes les conditions sont réunies, la nouvelle saison devrait démarrer le 23 août prochain à Libreville avec une affiche alléchante mais que je ne dévoilerai pas ici. Mais rassurez-vous, c’est une affiche qui rappellera de très vieux souvenirs.

Source : Linaf

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