Portrait

Grégory Ngbwa Mintsa, un citoyen à l’engagement sans faille pour un meilleur Gabon

Grégory Ngbwa Mintsa, un citoyen à l’engagement sans faille pour un meilleur Gabon
Grégory Ngbwa Mintsa, un citoyen à l’engagement sans faille pour un meilleur Gabon © 2022 D.R./Info241

Si l’on pouvait dénombrer le nombre de vaillants patriotes qu’a connu la République gabonaise, le nom de Grégory Ngbwa Mintsa (1957-2014) y occuperait les premières places. Bien qu’étant le consanguin d’une famille assez aisée du pays, il ne rechigna pas à la tâche pour se mettre au service du bien-être du peuple et de la justice sociale emprunte d’égalités et d’équités sociales.

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Réfractaire dès son plus jeune âge à la gestion de sa mère patrie par le feu président Omar Bongo, Grégory Ngbwa Mintsa fut de toutes les batailles politiques. Son militantisme eut pour case de départ sa vie estudiantine en France et bien qu’il regagnât sa ville natale à la fin de ses études, il ne cessa de défendre les intérêts des gabonais en provenance de divers horizons territoriaux, lui qui vomissait avec amertume le tribalisme.

L’illustre disparu

Grégory Ngbwa Mintsa participa activement à la mise en place de la démocratisation de la vie politique au sein de tout puissant parti d’opposition gabonais de l’époque : le Mouvement de redressement national (MORENA). Ni les injures, ni les pressions et les agressions physiques ne lui firent reculer tout au long de sa lutte. Les arrestations encore moins.

Son combat contre l’enrichissement illicite au sommet de l’Etat et les détournements de deniers publics fut l’un de ses derniers terrains de bataille envers la puissante famille Bongo, principale figure contestataire de la retentissante affaire dite des « biens mal acquis ». Grégory Ngbwa Mintsa était aussi un amoureux de la culture à travers les sonorités musicales en tout genre qu’il estimait considérablement. Voici son histoire.

 Naissance

C’est au cours de l’année 1957 en Afrique équatoriale française (AEF) que naît Grégory Ngbwa Mintsa au sein du territoire français du nom de Gabon dans la ville de Libreville. Il est issu de parents localement très nantis faisant partie d’une des premières familles gabonaises de la haute classe. Son père était un ancien ministre de la République.

 Cursus

Grégory Ngbwa Mintsa fera ses études du premier et du second degré à Libreville où il obtint tour à tour son Certificat d’études primaires (CEP), son Brevet d’études du premier cycle (BEPC) ainsi que son baccalauréat série littéraire. Il s’envolera ensuite pour la France pour poursuivre ses études. Grégory Ngbwa Mintsa fut diplômé de Diplôme d’études approfondies (DEA) en Linguistique.

 Carrière professionnelle

A la fin de ses études universitaires, Grégory Ngbwa Mintsa regagne le Gabon. Il est engagé par la radio panafricaine Africa n°1 et anime vers la fin des années 1980 et au début des années 1990 l’émission « Hit-parade international », un programme radiophonique listant les chansons les plus en vue du moment sur l’ensemble de la planète.

Grégory Ngbwa Mintsa était aussi l’ingénieux maître d’orchestre de la célèbre émission « Sono sauvage », une émission de « world music » entendez par là « musiques du monde » qui regroupent des courants de musique ne faisant pas partie des principaux courants musicaux occidentaux notamment la pop, le rock, le rap, le jazz et bien d’autres. Il a également présenté une émission uniquement centrée sur le jazz diffusée à la télévision nationale. Rien d’étonnant car l’homme était un véritable amoureux de ce genre musical fortement mis en lumière par plusieurs artistes afro-américains signe du valeureux patrimoine transmis par l’afro descendance à travers le monde.

Grégory Ngbwa Mintsa était aussi un fonctionnaire de l’Etat gabonais travaillant au ministère de la Culture mais il s’y retire en 1996 suite à la coupure injustifiée de son traitement. Il a lieu de souligner que cette suspension de rémunération était liée à ses activités politiques contre le régime Bongo. Par ailleurs, Grégory Ngbwa Mintsa aussi engagé au sein des stations de radio Fréquence 3 et Radio soleil. Entre 2001 et 2002, il travailla au sein du projet Pro culture de l’Union européenne.

Peu après, Grégory Ngbwa Mintsa deviendra un correspondant de l’agence de presse américaine Associated Press bien que travaillant comme consultant freelance pour le compte de certaine Organisation non gouvernementales (ONG) internationales mais aussi locales. Grégory Ngbwa Mintsa a aussi offert ses services à l’ancien média panafricain de presse L’autre Afrique. Entre autres passionné de lecture et de littérature, il a co-écrit un ouvrage avec l’écrivaine et universitaire gabonaise Justine Mintsa.

 Engagements politiques

C’est en Hexagone que Grégory Ngbwa Mintsa débuta son engagement politique au sein de certains mouvements de défense des intérêts des gabonais spoliés par le régime piloté d’une main de fer par Omar Bongo à l’instar de l’Association générale des étudiants gabonais (AGEG). Une fois rentré au pays, le jeune Grégory Mintsa milite clandestinement pour la démocratie du pays plongé depuis les années du coup d’état de 1964 annihilé par la France.

Lorsque le Gabon voit souffler sur lui comme beaucoup d’autres pays d’Afrique centrale le vent de démocratisation politique, Grégory Ngbwa Mintsa rejoint logiquement l’opposition dont le principal bras armé est le très populaire parti politique MORENA du père Paul Mba Abessole encore appelé le MORENA des bûcherons. En 1992 aux côtés d’autres partisans de sa formation politique, Grégory Ngbwa Mintsa manifeste lors d’une marche pacifique contre les fraudes électorales que le régime Bongo compte mettre en place lors des prochaines législatives et de l’élection présidentielle prévues en 1993.

Grégory Ngbwa Mintsa en sortira blessé par des balles en caoutchouc tirées par les forces de l’ordre. Des années plus tard au moment de la scission du MORENA, Grégory Ngbwa Mintsa avait été agressé physiquement puis hospitalisé après que des membres de la branche du MORENA restés fidèles au Père Mba l’aient violenté car s’étant affilié à l’autre MORENA du Pr Pierre André Kombila. En effet, ces derniers le considéraient comme un traître car il avait rejoint le camp ennemi bien qu’étant de la même ethnie que Paul Mba Abessole.

Mais l’homme se battait pour l’intérêt supérieur de la nation et le tribalisme ne fut en aucun cas sa tasse de thé. C’est dans cet élan patriotique qu’il apporta soutien et réconfort à l’épouse du Général de la garde républicaine Jean-Philippe Ntumpa Lebani accusé de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat au moment où le Gabon était présidé par intérim par feue Rose-Francine Rogombé en 2009 après la disparition d’Omar Bongo. La même année, s’étant éloigné de Pierre André Kombila, Grégory Ngbwa Mintsa soutient la candidature de Bruno Ben Moubamba lors de l’élection présidentielle anticipée. Il sera interpellé puis mis aux arrêts.

 Activisme politique

En 2008, l’organisation de la société civile de lutte contre la corruption Transparency Internationale France dépose une plainte contre trois présidents africains soupçonnés de détournements massifs d’argent public notamment le président gabonais Omar Bongo. Grégory Ngbwa Mintsa s’érige en partie civile et porte aussi plainte au concerné. Etant le seul gabonais à s’opposer frontalement contre Omar Bongo suite à sa procédure judiciaire aux côtés de Transparency International suite à l’affaire dénommé des « biens mal acquis », il sera une nouvelle fois interpellé et jeté en prison.

Le président Bongo le fit convoquer pour l’inciter à retirer à retirer sa plainte. Grégory Ngbwa Mintsa répondit sans sourciller « Vendez ces fameux biens mal acquis et construisez des écoles ». Sous la pression internationale, il fut libéré après douze d’incarcération jours mais sa solde fut de nouveau suspendue. Son passeport lui fut aussi confisqué et il prit, le temps d’un instant, congé de la vie publique. Grégory Ngbwa Mintsa continua sa lutte en militant pour la fondation d’une nouvelle République ; il crée avec d’autres acteurs de la société civile le mouvement « ça suffit comme ça ».

En 2010, Transparency International remet à Grégory Ngbwa Mintsa le prix de l’intégrité, graal de son engagement contre la corruption et de sa droiture. Ladite organisation s’était exprimée en ces mots « Nous soulignons le courage de Monsieur Grégory Ngbwa Mintsa pour s’être joint à Transparency Internationa France dans la plainte contre les conditions d’acquisition d’un important patrimoine immobilier et mobilier en France par trois présidents africains  ».

Bras armé d’un autre mouvement de la société civile qu’il avait aussi participé à mettre en place du nom du Front des indignés du Gabon (FIG), Grégory Ngbwa Mintsa et ses frères d’armes de la société civile organise la même journée et ce chaque année que le New York Forum Africa de l’homme d’affaires franco-marocain Richard Attias, un contre-forum pour informer et éveiller les consciences sur les sommes astronomiques qui y sont dépenser en dépit de la précarité profonde des gabonais. Le 8 juin 2012, les Forces de police d’intervention (Fopi) arrêtent Grégory Ngbwa Mintsa et 41 autres de ses collaborateurs lors de leur contre-forum à celui du New York Forum Africa en raison de l’interdiction du Ministère de l’Intérieur de l’organiser. Grégory Ngbwa Mintsa était devenu le porte-parole du FIG dès 2013.

Sa dernière sortie fut celle organisée à la chambre de Commerce de Libreville par le Cercle de réflexion patriotique et d’action (Cerpa) qui organisait une cérémonie commémorative du cinquantenaire des évènements de février 1964 dont le but était d’honorer la mémoire de tous les martyrs gabonais ayant livrés bataille pour la justice sociale, la liberté et la véritable démocratisation du paysage politique gabonais.

 Dernier combat

Diagnostiqué d’un cancer de foie, Grégory Ngbwa Mintsa se battait aux forceps, comme à son habitude, contre cette affection médicale qui un jeudi 10 avril 2014 eu finalement raison de lui. C’est aux environs de 4h du matin de ladite journée que ce valeureux combattant mena la dernière bataille de sa vie au Centre hospitalier universitaire (CHU) d’Agondjé situé au nord de Libreville, capitale politique de son pays natal qui lui était si cher. Il avait 57 ans.

Intégrité et franc-parler sont les maîtres mots de l’existence de Grégory Ngbwa Mintsa avec sa célébrissime phrase « Personne ne fera le Gabon à notre place  ». Lorsqu’il s’éteint plusieurs activistes, membres de la société civile et défenseurs des droits humains gabonais et d’ailleurs saluèrent la mémoire et le combat du défunt à l’instar de l’activiste Marc Ona Essangui. Une œuvre du nom de « L’indigné » retrace la vie de cet illustre patriote gabonais.

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