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Censure

Le Gabon d’Oligui Nguema et le doux rêve autocratique de tout contrôler jusqu’aux réseaux sociaux

Le Gabon d’Oligui Nguema et le doux rêve autocratique de tout contrôler jusqu’aux réseaux sociaux
Le Gabon d’Oligui Nguema et le doux rêve autocratique de tout contrôler jusqu’aux réseaux sociaux © 2026 D.R./Info241

La Ve République vendue par Brice Clotaire Oligui Nguema comme un renouveau, un retour de la dignité du peuple, se heurte à une dérive classique des pouvoirs qui se veulent « refondateurs » : la volonté de tenir, de cadrer, de verrouiller. Le rêve de toute autocratie n’est pas seulement de gouverner l’État, mais de gouverner l’espace public — donc l’information, l’émotion collective, la contestation, la mobilisation. Or, en 2026, cet espace public s’appelle d’abord les réseaux sociaux.

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C’est là que la rupture se voit : au lieu de consacrer la liberté comme socle, le régime donne le sentiment de vouloir la gérer comme un débit d’eau de la SEEG. On ouvre, on ferme, on restreint. Et, lorsque la colère monte ou que les récits échappent au contrôle, on invoque l’ordre public pour reprendre la main.

Censure assumée : un choix politique, pas un incident technique

Le fait le plus lourd n’est pas la mesure en elle-même, mais l’affirmation de sa légitimité. Les porte-paroles de Brice Clotaire Oligui Nguema ont indiqué assumer la censure. Cette phrase suffit à dessiner une doctrine : la parole publique est tolérée tant qu’elle reste compatible avec l’agenda du pouvoir.

Dans une démocratie robuste, l’État combat les infractions numériques par des réponses ciblées, traçables et contrôlées. Dans une logique de contrôle, il choisit l’outil le plus simple : la sanction collective, le bouton « off ». Le citoyen, lui, devient l’otage d’un arbitrage politique présenté comme une nécessité sécuritaire.

La HAC de Germain Ngoyo Moussavou : la régulation comme couverture

Au premier rang, la Haute Autorité de la Communication (HAC), dirigée par Germain Ngoyo Moussavou, met en avant les « dérives » : discours de haine, diffamation, incitation à la violence, atteintes à la vie privée. Le diagnostic n’est pas contestable. Mais le remède, lui, révèle une autre intention : contrôler l’écosystème plutôt que sanctionner les auteurs.

Une régulation de droit vise des comportements, pas une population. Elle accélère l’enquête, renforce la chaîne pénale, protège les victimes, impose des obligations aux plateformes, et punit individuellement. La restriction générale, elle, installe une logique de discipline : on neutralise le terrain, on réduit la voix, on coupe la circulation.

Double discours : « dérives » publiques, bras de fer privé contre Meta

Le cœur du problème tient au double discours. Officiellement, la HAC parle de dérives et de protection de l’ordre public. En parallèle, la présidence laisse apparaître une autre bataille : un bras de fer contre Meta, accusé de refuser au pouvoir la jouissance d’un levier stratégique.

Ce décalage n’est pas anodin. Il suggère que l’enjeu dépasse la lutte contre l’illégal : il touche à la souveraineté narrative. Autrement dit, qui décide de ce que le pays voit, de ce qui devient viral, de ce qui indigne, de ce qui mobilise ? Pour un pouvoir qui veut tout maîtriser, laisser cet aiguillage à une plateforme, c’est accepter une zone de liberté incontrôlable. D’où la tentation de reprendre la main par la contrainte… et de faire payer l’usager.

Le contrôle total : la pente naturelle des régimes qui se durcissent

L’histoire des régimes autoritaires est constante : ils commencent par promettre l’ordre et la dignité, puis ils s’attaquent aux canaux de contestation. Ils parlent d’« assainissement », de « responsabilité », de « régulation ». Et, progressivement, l’exception devient un réflexe. Les réseaux sociaux deviennent alors l’ennemi commode : bruyants, incontrôlables, accusés de tous les maux, donc faciles à « discipliner ».

Mais un pouvoir qui rêve de tout contrôler finit par confondre autorité et domination. Il ne cherche plus seulement à prévenir la violence : il veut réduire l’imprévu. Or, l’imprévu, en démocratie, s’appelle débat. Et le débat, dans un pays connecté, passe par les réseaux.

Ve République : refondation démocratique ou République de la commande ?

Si la Ve République doit être autre chose qu’un slogan, elle doit se reconnaître à ses garde-fous : décisions motivées, durée strictement limitée, contrôle indépendant, voies de recours, transparence sur les critères, et primauté du droit commun sur l’exception. Sans ces digues, la « régulation » devient un habillage, et la censure un instrument de gouvernement.

À force de vouloir tout contrôler — y compris la conversation nationale — la Ve République de Brice Clotaire Oligui Nguema risque de reproduire ce qu’elle prétend dépasser : un peuple à qui l’on promet la dignité, mais à qui l’on retire l’air dès que la parole s’emballe. Dans ce schéma, l’otage n’est pas seulement l’usager des réseaux sociaux : c’est l’idée même de renouveau.

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