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Coronavirus : le ROLBG invite Ali Bongo à désengorger les prisons bondées du Gabon

Coronavirus : le ROLBG invite Ali Bongo à désengorger les prisons bondées du Gabon
Coronavirus : le ROLBG invite Ali Bongo à désengorger les prisons bondées du Gabon © 2020 D.R./Info241

A la suite de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a appelé les états du monde à libérer les prisons en raison de la pandémie du Covid-19 et des dégâts qu’elle pourrait engendrer en milieu carcéral, le Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG) a saisi cette perche pour saisir les autorités gabonaises. Dans une lettre ouverte adressée à Ali Bongo et parvenue à la rédaction d’Info241, le président du ROLBG embraye sur cette question épineuse pour appeler à la libération de détenus les plus fragiles ainsi que ceux incarcérés pour des motifs politiques.

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Pour le ROLBG, "il n’est pas souhaitable que le pic de l’épidémie à Covid-19 trouve nos prisons encore bondées de tous ces compatriotes âgés, ou malades, ou présentant un risque faible de récidive ou de danger pour la société, ou encore clairement victimes de détention illégale ou pour délit d’opinion". Avant de prévenir : "Nous ne vous souhaitons pas d’avoir sur la conscience la mort de dizaines ou de centaines de prisonniers que votre inaction aura finalement condamnés à mort alors qu’ils n’étaient pas un danger pour la société".

Ci-après l’intégralité de cette lettre ouverte :

Lettre ouverte à SEM Ali BONGO ONDIMBA, Président de la République,
Chef de l’Etat
****************

Monsieur le Président,

Le lundi 23 mars 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des recommandations sur la gestion de la maladie COVID-19 dans les prisons sous le titre « Preparedness, prevention and control of COVID-19 in prison and control of COVID-19 in prisons and other places of detention ».

Le mercredi 25 mars 2020, la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a appelé à la libération urgente de détenus à travers le monde, pour éviter que la pandémie de Covid-19 ne fasse des « ravages » dans les prisons souvent surpeuplées. Elle a exhorté les gouvernements et les autorités compétentes à travailler rapidement pour réduire le nombre de personnes en détention, en libérant notamment les détenus les plus âgés et ceux malades, ainsi que les prisonniers présentant un risque faible de récidive ou de danger pour la société.

Si en moins de 72 heures, aussi bien l’OMS que l’ONU communiquent sur la gestion des prisonniers dans le contexte de la pandémie à coronavirus qui secoue le monde actuellement, c’est qu’il y a péril en la demeure.

Comme nous le savons tous, et cela a encore été relevé dans notre dernier rapport sur la situation des droits de l’Homme au Gabon, les conditions carcérales dans nos prisons sont particulièrement critiques. La prison centrale de Libreville, construite par l’administration coloniale française en 1952 pour une capacité de 250 à 350 détenus, compte aujourd’hui plus de 4000 prisonniers dont 70% sont des prévenus. C’est un véritable camp de concentration dans lequel les détenus s’entassent et vivent dans une promiscuité inquiétante pour eux et pour leur famille. A cause de cette promiscuité, les maladies contagieuses, en particulier les diarrhées et les infections respiratoires, peuvent se propager à grande vitesse.

Dans ces conditions, la question de la libération des prisonniers pour désengorger le milieu carcéral est une question d’urgence qui ne saurait souffrir d’un quelconque retard dans sa prise en compte. Nous savons en effet que le pic de l’épidémie à coronavirus est encore à venir chez nous, car après la période d’incubation de 14 jours, tous les sujets contaminés connus ou inconnus vont commencer à manifester les signes de la maladie. C’est alors que nos services de santé seront mis à rude épreuve, avec un risque certain de débordement et de paralysie, comme cela est aujourd’hui le cas en France ou en Italie, pour ne citer que ces deux pays. Il est crucial que la question des prisonniers ait été réglée avant la survenue du pic épidémique dans notre pays. En effet, quelles que soient les mesures prises pour éviter l’introduction du Covid-19 dans les prisons, il n’est pas certain que la contamination d’un ou plusieurs gardiens et de certains prisonniers puisse être évitée. Et dans les conditions actuelles de surpeuplement, ce sera l’hécatombe dans les prisons, plongeant ainsi notre pays dans une autre crise sanitaire et sociale. C’est pourquoi il est crucial, en vue de prévenir ce scénario catastrophe, de désengorger dès à présent nos prisons.

Faisant donc écho aux recommandations de l’OMS et à l’appel pertinent de l’ONU, le ROLBG interpelle votre Gouvernement afin que des mesures d’exception soient prises pour un désengorgement rapide des prisons, comme c’est d’ailleurs déjà le cas en Iran, en Ethiopie, en France, où la garde des Sceaux Nicole BELLOUBET a présenté plusieurs mesures d’exception pour la justice, en vue de permettre la libération immédiate de 5000 à 6000 détenus des prisons françaises. Ces mesures visent à simplifier, pour une meilleure diligence, l’examen des demandes de réduction ou suspension de peine et les demandes de libération provisoire ou conditionnelle.

Monsieur le Président, à travers le monde, la lutte contre la pandémie de covid-19 prend l’allure d’une course contre la montre. Ce sont les pays qui réagissent le plus rapidement qui atténuent au mieux les effets dévastateurs de ce fléau. Nous réitérons la très forte probabilité d’une crise de contamination au Covid-19 dans les prisons. Et nous réaffirmons que quand cela arrivera, en absence de mesure de désengorgement dès maintenant, votre Gouvernement sera confronté à un terrible dilemme : soit maintenir les détenus contaminés ou non dans les prisons et par ce choix contribuer à l’hécatombe en milieu carcéral, soit désengorger les prisons contaminées dans la précipitation et alors augmenter les risques de propagation du virus dans la société.

Monsieur le Président, il n’est pas souhaitable que le pic de l’épidémie à Covid-19 trouve nos prisons encore bondées de tous ces compatriotes âgés, ou malades, ou présentant un risque faible de récidive ou de danger pour la société, ou encore clairement victimes de détention illégale ou pour délit d’opinion. Nous ne vous souhaitons pas d’avoir sur la conscience la mort de dizaines ou de centaines de prisonniers que votre inaction aura finalement condamnés à mort alors qu’ils n’étaient pas un danger pour la société.

Monsieur le Président, la pandémie actuelle, avec son important risque sanitaire et social, requiert des mesures courageuses et audacieuses. Le ROLBG forme le vœu que l’institution judiciaire qui est sous votre responsabilité, soit à la hauteur de ce formidable défi et assume pleinement sa responsabilité historique devant les détenus, leurs familles et la société gabonaise toute entière.

Et c’est la raison pour laquelle, au nom du droit et de la dignité humaine, et de l’appel à la solidarité et à l’unité nationale lancé par votre Gouvernement dans le cadre de la guerre contre le coronavirus au Gabon, nous demandons la mise en place de mesures d’exception pour la justice, en vue de permettre la libération immédiate de tous les prisonniers qui ne représentent aucun danger pour notre pays.

Fait à Libreville, le 30 mars 2020

Pour le ROLBG, Georges MPAGA

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