Promesse de campagne

« 20 000 emplois par an », la énième annonce utopique d’Ali Bongo

« 20 000 emplois par an », la énième annonce utopique d’Ali Bongo
« 20 000 emplois par an », la énième annonce utopique d’Ali Bongo © 2016 D.R./Info241

Le 11 février 2016, à l’occasion d’une visite organisée à la zone économique spéciale de Nkok dans la banlieue Est de Libreville, Ali Bongo a fait une série d’annonces soporifiques, déclarant notamment qu’il s’est engagé à créer 20 000 emplois par an pour répondre aux besoins des populations dont le chômage atteint plus de 60% de la jeunesse. Cette annonce qui sonne comme une promesse de campagne est irréalisable selon Mays Mouissi économiste Gabonais, spécialiste de sécurité financière qui pointe la conjoncture économique patente.

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Cette énième promesse d’Ali Bongo a été annoncée le 11 février dernier, à l’occasion d’une visite des entreprises en activité dans la Zone économie à régime privilégié (Zerp) de Nkok. Après l’engagement non tenu pris en 2009, celui des constructions de 5 000 logements par an durant 7 ans. L’objectif étant de juguler la crise du logement dans les principales villes du pays. Car en 2009, les statistiques du ministère de l’habitat révélaient que le Gabon accuse un déficit de 250 000 logements pour un pays peuplé d’à peine 1,5 millions d’habitants.

Le président gabonais accentue son goût effréné pour des déclarations médiatiques aux consonances d’enfumage politique. Dont il a l’unique secret et se révle d’une fulgurance brillante. Oubliant que l’heure du bilan de son septennat a sonné. Et qu’aujourd’hui, vu sa mandature chaotique, au regard de l’aggravation de la fracture sociale et l’explosion des inégalités et de la pauvreté, Ali Bongo doit plutôt s’expliquer. Éclairer le peuple gabonais sur ce qu’il a fait des milliards de FCFA des dépenses publiques budgétisées annuellement. Grassement dépensées pour des investissements colossaux de plusieurs chantiers inachevés (le port en eau profonde de la Maringa). Qui pour lui mettraient sur pieds les grands projets d’infrastructures et d’industrialisation qui tardent à voir le jour.

Tous les observateurs scrutent les retombées économiques escomptées en termes de création d’emplois concrets, depuis le lancement en 2011, de la Zone économique spéciale à régime privilégié de Nkok. Toutes ces entreprises sont sensées investir dans les secteurs suivant une droite ligne directrice d’une supposée stratégie nationale d’industrialisation (SNI). Qui est surtout perceptible pour l’heure, selon Ali Bongo dans le bois, la chimie, la sidérurgie et les matériaux de construction. Mais où sont-donc ces emplois promis depuis 2009 qui manquent tangiblement à l’appel ?

Selon les autorités politiques gouvernementales Nkok poursuit progressivement son développement. En étant toujours en chantier jusqu’à nos jours, comme bon nombre d’autres projets pourtant financés. Contrairement aux annonces en fanfare jadis, seules 24 sociétés en phase de production et de constructions dont 11 usines y sont opérationnelles depuis sa création. Ali Bongo martèle à chaque sortie publique un fallacieux argument justifiant que son échec cuisant est dû à la seule chute du prix du pétrole. Et pas seulement.

Signalons à toutes fins utiles, qu’à l’instar de nombreux pays pétroliers du monde entier, le Gabon subit les contrecoups de la chute brutale du prix du baril de pétrole, qui est passé de 117 dollars à moins de 37 dollars aujourd’hui, soit une baisse de 70% de sa valeur. Mais pourquoi s’avance-t-il dans de telles déclarations teintées de saupoudrage ? Est-ce l’unique raison de son échec ? Où sont passées les mesures concrètes et les projets de diversification de l’économie gabonaise avec les fameux « Gabon Vert », « Gabon des Services » et « Gabon industriel » ?

L’enrichissement illicite des hommes du pouvoir, le train de vie de la famille présidentielle, les pillages grossiers, les dépenses publiques abusives, le financement des projets festifs à tout va, les détournements des fonds publics par les hommes du président et la pieuvre familiale des Bongo Ondimba, ’’Delta Synergie’’ ne constituent pas aussi les raisons véritables de ces lancinantes promesses chimériques et non réalisées ? Et donc la véritable conséquence du sous-développement et du retard économique depuis 1967, d’un pays qui regorge des richesses enviées avec un sous-sol garni de pétrole, de bois, d’uranium, de fer, d’or et de diamants..

Mays Mouissi économiste Gabonais, spécialiste de sécurité financière dans sa chronique économique démontre chiffre et preuves documentés à l’appui, l’impossibilité de la réalisation de cette annonce utopique d’Ali Bongo. Visant, selon celui qui veut urbi orbi briguer 7 ans de plus le fauteuil présidentiel en 2016, à créer 20.000 emplois par an. Nous vous livrons dans les lignes qui suivent l’intégralité de l’analyse économique dont les conseillers politiques du locataire du Bord de mer gagneraient à intérioriser.

Quel fut le rythme de création d’emplois entre 2009 et 2014 ?

La création d’emplois dans une économie est corrélée à la croissance continue de son PIB, donc de sa richesse nationale. Plus la croissance enregistrée est inclusive, plus les effets sur l’emploi sont bénéfiques. Au Gabon, la dépendance vis-à-vis du secteur pétrolier fait que la croissance est souvent tirée par les cours du brut quand ils grimpent et ralentit dès lors qu’ils baissent. Le secteur hors pétrole n’est pas encore suffisamment robuste pour assurer la résilience de l’économie gabonaise aux fluctuations des cours du pétrole.

Entre 2009 et 2014, le contexte favorable sur les marchés pétroliers dont dépend l’économie gabonaise a favorisé la croissance économique. Sur cette période, la Banque mondiale estime que le Gabon a enregistrée une croissance moyenne de 4.24% par an.

Si l’on en croit les données de la Direction Générale de l’Économie *, le Gabon a créé en moyenne 6 313 emplois par an sur cette même période. L’année 2012 est celle où le Gabon créa le plus d’emplois dans le secteur privé formel, 19 997 emplois nets furent créés, liés notamment à l’organisation de la CAN 2012 et à de nombreux travaux dans le BTP.

Pour résumer, sur une période de 5 ans, avec un taux de croissance moyen de 4.24%, le Gabon n’a pu créer chaque année que 6 313 emplois privés formels. La création d’emplois publics est exclue du champ de l’analyse, puisque le Président gabonais a estimé à raison, que la fonction publique n’était plus en capacité d’absorber de nouveaux personnels.

Partant de ce constat, on peut estimer que pour que le Gabon parvienne à créer 20 000 emplois par an sur une période longue, il faut que le rythme de croissance annuelle soit bien supérieur aux 4.24% enregistrés en moyenne entre 2009 et 2014.

Des prévisions économiques défavorables pour l’emploi

Avec la chute des prix du pétrole que le Gabon doit affronter, le Banque mondiale anticipe un ralentissement économique pour la période 2015 – 2017. Pendant cette période la croissance du Gabon ne devrait pas dépasser 2.49% par an en moyenne. Le taux de croissance annuel du Gabon est en recul continue depuis 2010. Il était de 7.44% et ne devrait plus s’établir qu’à 1.66% en 2017.

Ce ralentissement économique amplifiera la baisse des ressources publiques, la baisse de la demande publique qui fait vivre de nombreuses entreprises, de nécessaires arbitrages dans les effectifs des compagnies pétrolières et leurs sous-traitants, etc.

Si le Gabon n’est pas parvenu à créer 20 000 emplois privés formels par an avec une croissance annuelle moyenne de 4.24%, comment parviendrait-il à en créer avec seulement 2.49% de croissance ? De quels leviers dispose l’Etat gabonais, hors emplois publics, pour créer un tel volume d’emplois dans une période de ralentissement économique ? Dans quels secteurs seront créés les emplois visés ? Autant de questions, auxquels il aurait été utile que le gouvernement du Gabon apporte des réponses.

En tous les cas, ni la conjoncture économique actuelle, ni les prévisions économiques de grandes institutions n’accréditent la création de 20 000 emplois privés formels à court terme. Peut-être le Président gabonais s’est-il trop avancé en promettant un nombre de création d’emplois qu’il lui sera impossible de tenir, d’autant que cette annonce intervient à quelques mois d’une élection présidentielle au Gabon.

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