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Latrines bouchées, des élèves gabonais obligés de déféquer en pleine nature à Port-Gentil

Latrines bouchées, des élèves gabonais obligés de déféquer en pleine nature à Port-Gentil
Latrines bouchées, des élèves gabonais obligés de déféquer en pleine nature à Port-Gentil © 2022 D.R./Info241

C’est certainement l’une des scènes des plus terrifiantes que les instituteurs et institutrices de l’école publique primaire Roger Butin A et B vivent du lundi au vendredi. Des jeunes filles et des jeunes garçons qui défèquent en plein air du fait des toilettes bouchées. La joie de regagner leur salle de classe pour ces enseignants se heurte très vite chaque jour, à un spectacle ahurissant et fortement méprisant. Celui des pâtés de matières fécales soigneusement confectionnés.

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Il faut dire que les enfants s’absentent souvent pendant les heures de cours afin de trouver un endroit pour se soulager, et sont davantage absents parce que souffrant de maladies hydriques directement liées au manque d’installations sanitaires. Cette école n’offre pas de solution pour palier au problème de la défécation en plein air. Ce qui constitue un taux d’absentéisme et d’abandon scolaire élevés, surtout à la période pubertaire.

Un spectacle désolant

Ceci explique pourquoi l’installation des latrines est identifiée comme étant l’un des facteurs clés qui aide les écoliers, particulièrement les filles, à jouir pleinement de leurs droits à l’éducation. En dépit de l’existence de latrines séparées pour les filles et pour les garçons au sein de l’établissement, de nombreux élèves évitent de les utiliser et préfèrent plutôt se soulager dans les buissons situés à proximité.

Des élèves en plein air

Selon les dires des élèves eux-mêmes, les latrines disponibles sont en nombre insuffisant (une toilette) par rapport au nombre d’élèves inscrits. De plus, les trous de défécation des latrines sont si petits qu’ils urinent et défèquent souvent à côté. L’absence d’eau dans le périmètre de l’école, fait en sorte que les élèves ne peuvent rendre propre après usage les latrines. Ce qui conduit à des situations non seulement non hygiéniques, mais aussi embarrassantes pour les élèves que pour le corps enseignant. Face à cette question d’insalubrité des latrines et de leur puanteur, il est évidemment que l’heure est grave.

Depuis plusieurs mois

« Tout le monde pisse là. Les toilettes n’ont pas d’eau et là-bas ça sent mauvais. Donc on vient ici derrière l’école dans les herbes pour se soulager en faisant nos besoins », explique Jennifer Anaïs Moussodou, une élève en 5e année. Située dans le 4e arrondissement de la capitale économique gabonaise, plus précisément au quartier Cuvette centrale, l’école publique primaire Roger Butin A et B est depuis plusieurs mois dans l’agonie. Les latrines servant de lieu d’aisance sont depuis belle lurette obstruées par les matières fécales et des détritus.

Une situation dû au manque de pression d’eau mais pas que, mais surtout au compteur d’eau qui a été vandalisé. Résultats des courses, ces jeunes enfants dont l’âge varie de 5 à 14 ans, en situation pubertaire sont obligés de déverser leur urines et fesses à l’air. Au pire, ils sont contraints d’aller se soulager dans les hautes herbes de l’unique canal qui borde l’établissement.

La jungle à l’école

Chaque jour qui passe, ce sont des jeunes filles qui sans complexe exposent leur nudité, leurs parties génitales sans se poser de question. Une situation qui n’est pas sans danger quand on sait très bien que ces enfants fragiles pourraient contracter des infections, des maladies génitales et bien d’autres. Car les excréments humains propagent des maladies comme le choléra, la typhoïde et l’hépatite pour ne citer que celles-ci.

Face aux hautes herbes qui ornent les murs de l’école, ces apprenants ne sont pas du tout épargnés des morsures de serpent et celles de tout autre reptile. Quelques mois plus tôt, un serpent s’était déjà introduit dans cette même école. « Les toilettes sont bouchées et y’a pas d’eau dans les toilettes. C’est depuis que cette situation perdure. On a écrit à qui de droit mais rien jusqu’à ce jour. On vit comme ça », a déclaré à Info241 un enseignant qui a tenu à garder l’anonymat.

Par ailleurs, la Direction d’académie provinciale interpellée sur ce sujet depuis des semaines se terre dans un mutisme qui ne dit pas son nom. À ce jour, aucun signe qui témoigne de la volonté des responsables pédagogiques de l’Ogooué-Maritime à résorber cette situation. Coupés de toutes civilisations, ces écoliers sont livrés à eux-mêmes. Mais jusqu’à quand ?

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