Prix Littéraire

Sacrement littéraire : à quand un Gabonais prix Nobel de littérature ?

Sacrement littéraire : à quand un Gabonais prix Nobel de littérature ?
Le précieux médaillon remis lors du sacrement Nobel © 2014 D.R./Info241

L’institution des Nobels d’Oslo a décerné hier jeudi, le Prix Nobel 2014 de littérature au Français Patrick Modiano. Ce dernier est un des écrivains les plus importants de la génération née juste après la Seconde Guerre mondiale, dont son œuvre – qui rencontre un public nombreux et fidèle – est directement issue. Depuis 1901, ce prix n’a honoré aucune œuvre d’Afrique francophone. Nous sommes à même de nous interroger sur le rôle des institutions littéraires en Afrique et quels sont les moyens mis à disposition pour valoriser les écrivains gabonais pourtant pétris des talents. Manqueraient-t-ils d’une verve littéraire d’engagement ?

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Inexistance d’institutions littéraires africaines de couronnement

Malgré une réelle dynamique d’écriture qui a vu le tournant de la création de plusieurs maisons d’éditions en tête desquelles, au Gabon les éditions Ntsame, Odette Maganga (Odem), et en France Doxa.., la littérature gabonaise reste toujours méconnue et manque d’aura international lorsqu’on jette un regard sur celle du Cameroun, Congo, Mali, Sénégal…

Même s’il faut noter que le Gabonais Augustin Emane, maître de conférences à la faculté de droit de l’Université de Nantes et membre correspondant de l’Institut, s’était vu couronner le 25 mars 2014 au siège de l’OIF à Paris du Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire pour son ouvrage Albert Schweitzer, une icône africaine. Avant lui, la suisso-gabonaise, Sandrine Nang Nguéma, connue sous le pseudonyme de Bessora, avait été déjà couronnée lors d’une cérémonie au Sénat français, du Grand Prix littéraire de l’Afrique noire 2007 pour son livre Cueillez-moi jolis messieurs. Et enfin, Jean Divassa Nyama, avec ses romans L’Oncle Ma, La vocation de Dignité (1997) Le bruit de l’héritage (2001), Le voyage de l’oncle Ma (2008)..., publiés à compte d’auteur puis aux éditions Nzé avait été sacré le 14 mars 2008 au siège de L’UNESCO toujours à Paris, du même « Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire ».

Au regard de l’absence d’institutions littéraires africaines de renom, les écrivains francophones sont toujours couronnés à Paris. Et donc pourquoi pas à Dakar ou à Yaoundé ? Ces prix littéraires sont toujours des lobbyings d’enfermement de la pensée intellectuelle africaine. Car, nous sommes curieux de constater que seuls les critiques littéraires occidentaux sont à mêmes de donner du crédit à une œuvre littéraire ou artistique africaine.

L’engagement littéraire gabonais en question

Rappelons à toutes fins utiles que le nouveau Nobel littéraire Patrick Modiano a forgé son style, par une grande clarté qui vise à l’épure et atteint parfois à cette « écriture blanche » caractéristique de la littérature de la seconde moitié du XXe siècle. Son crédo littéraire s’articule par la tension entre la mémoire et l’oubli, le silence et la nécessité de la parole pour rendre compte d’une réalité que l’Histoire a rendue confuse.

Patrick Modiano décrit ainsi – dans Livret de famille – l’obsession qu’il tente de résoudre par l’écriture depuis son premier roman, La Place de l’Étoile, publié en 1968, à l’âge de vingt-trois ans. Ce livre est apparu comme une sorte de météore : il allait à l’encontre de l’histoire officielle qui tendait à faire de tous les Français des héros de la dernière guerre. Patrick Modiano, lui, parlait – sous la forme du constat ironique – de juifs collaborateurs, d’écrivains antisémites, de marché noir et d’amours ambiguës, de ce que la France voulait recouvrir du voile de l’oubli.

Face à la mésinterprétation et à la méconnaissance criarde des véritables marqueurs historiques et mémorielles du Gabon, les écrivains gabonais n’osent pas souvent la réécriture de l’histoire officielle coloniale. Au rebours de rares publications littéraires, il manque un engagement littéraire affirmé. Et pourtant le pays donne à lire moult sujets comme la corruption politique, le devoir de mémoire historique, le manque de démocratie, les mentalités rétrogrades citoyennes. En l’occurrence, les derniers méfaits politiques suite à la crise post-électorale de 2009 n’ont été traités que par l’audace d’un journaliste polémiste, le truculent Jonas Moulenda, qui d’ailleurs s’est vu débarquer du journal pro-gouvernemental dans lequel il faisait ses armes.

Un engagement fébrile

Il faut noter que l’engagement des écrivains gabonais est cloisonné aussi parce que les tissus structurels et politiques sont des véritables censeurs et oppresseurs empêchant souvent la liberté d’expression. D’ailleurs, le système éducatif et universitaire gabonais n’accorde pas souvent du crédit à des œuvres gabonaises.

En terme de censure, le dernier exemple en date est l’interdiction confirmée par son éditrice jointe par téléphone, Nadia Origo, à Libreville de l’une des dernières publications poétiques La vérité, sinon je meurs, d’Issani Rendjambè publiée à Doxa Editions, retirée des rayons des librairies au Gabon. Parce qu’il est le fils de l’une de figure de proue des opposants martyrisés, héros national et brave combattant pour la liberté démocratique gabonaise, Joseph Issani Rendjambè, assassiné le 23 mai 1990, d’une cause qui reste toujours non élucidée.

Nous osons espérer que le même son de cloche retenti dans les pays anglophones, triplement primés par cet oscar de la littérature mondiale, fera des émules dans l’espace littéraire gabonais. Les écrivains gabonais suivront-t-ils l’exemple du Nigérian Wole Soyinka (1986), des Sud-africains Nadine Gordimer (1991) et John Maxwell Coetzee (2003) ?

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