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Pourquoi Alain-Claude Bilie-By-Nzé a-t-il été exclu de l’université Omar Bongo ?

Pourquoi Alain-Claude Bilie-By-Nzé a-t-il été exclu de l’université Omar Bongo ?
Le jeune Alain-Claude Bilie-By-Nzé alors en quête de réhabilitation en mai 2000 © 2023 D.R./Info241

Depuis ce 9 janvier 2023, le Gabon a un nouveau Premier ministre : Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Un ancien leader estudiantin connu pour avoir été exclu de toutes les universités et grandes écoles du pays le 16 juin 1994 par le gouvernement gabonais dirigé par Casimir Oyé Mba. Retour sur cette manifestation violente menée par l’étudiant d’alors Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Celle-ci s’était soldée par le caillassage de l’Université Omar Bongo, de son recteur et vice-recteur dénudés par les étudiants en furie. Ainsi que d’autres victimes parmi les enseignants, personnels administratifs et journalistes venus pour couvrir un referendum étudiant qui finalement n’aura jamais eu lieu.

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Le nouveau Premier ministre du Gabon Alain-Claude Bilie-By-Nzé traine derrière lui de nombreuses casseroles. Parmi elles, la casse le 14 juin 1994 de l’Université Omar Bongo où l’étudiant en lettres modernes, alors leader du Syndicat des étudiants du Gabon (SEG), avait interrompu avec d’autres, une consultation électorale des autorités rectorales auprès des étudiants sur l’avenir de cet établissement après plusieurs semaines de blocage dues à la grève des mêmes étudiants.

Une grève pour réclamer l’augmentation de la bourse

Selon le communiqué du gouvernement gabonais lu par le ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque René Ndemezo’o Obiang que s’est procuré Info241, la responsabilité de notre étudiant casseur qualifié de « fasciste » par le syndicat des enseignants, était plus qu’établie dans cette casse de l’UOB qui restera à jamais dans les annales. En effet, les étudiants étaient en grève depuis le 26 mai 1994. Ils réclamaient principalement une augmentation de 19% de leur bourse d’études versée par l’Etat. Une demande à laquelle, le gouvernement n’avait finalement que concédé que 3 000 aux 63 000 FCFA jusque-là versés mensuellement.

Le portail de l’UOB après la descente de la police

Mais des étudiants jugés « radicaux » continuaient de réclamer la totalité des 19% d’augmentation à l’origine de leur débraillement. Face à cette situation de blocage, le gouvernement avait réuni le 10 juin, soit 4 jours avant les faits, les autorités rectorales et syndicales. Tous seront unanimes quant à l’organisation d’un referendum le 14 juin sur la reprise ou non des cours. Les modalités de ce vote des étudiants sur leur avenir et les quelques mesures consenties par le gouvernement face à cette crise ont été adoptées par le rectorat et les représentants estudiantins de l’UOB.

Des violences « barbares » inédites dans le pays

Contre toute attente, « Le 14 juin 1994, alors que les opérations électorales étaient sur le point de commencer, une foule d’étudiants surexcités armés de gourdins, de barres de fer, portant des cagoules et conduits par les dirigeants du Front des étudiants radicaux (FER) et du Syndicat des étudiants du Gabon (SEG) a pris d’assaut le rectorat où se trouvait les responsables de l’Université chargés de superviser le scrutin », martèle le communiqué du gouvernement gabonais du 16 juin 1994 lu par René Ndemezo’o Obiang.

Une vue de la casse des étudiants

« Avec une violente et une barbarie inouïes, il ont saccagé le rectorat et plus grave encore, agressé sauvagement et sans vergogne le recteur, le vice-recteur, le doyen de la faculté de Droit et des Sciences économiques, ainsi que de nombreux enseignants, personnels administratifs et des journalistes », regrettait pour le déplorer le gouvernement. « L’intolérable atteinte à la dignité humaine commise sur la personne du recteur et du vice-recteur est un acte qui qui ne s’est jamais produit nulle part ailleurs », rappelait alors René Ndemezo’o Obiang pour dépeindre la gravité de la situation.

La colère des enseignants

Même son de cloche pour le Syndicat autonome de l’éducation pour le supérieur (SAEN-SUP) exposée dans une déclaration signée du conseiller-rapporteur Anges Athos Ratanga le 15 juin, le lendemain des faits. Le syndicat des enseignants a dénoncé la destruction du rectorat, les coups et blessures volontaires sur le recteur et le vice-recteur ainsi que d’un enseignant hospitalisé d’urgence. En représailles, le SAEN-SUP est allé jusqu’à réclamer l’exclusion « définitive de l’Université des principaux meneurs étudiants et la non possibilité pour ces apprentis fascistes de s’inscrire dans toute université de langue française ».

Une demande reçue comme une lettre à la poste par les autorités gouvernementales puisque René Ndemezo’o Obiang annonçait le 16 juin que « Le gouvernement, garant des libertés fondamentales et de la sécurité des biens et des personnes ne saurait tolérer plus longtemps de tels agissements irresponsables et rétrogrades, surtout, lorsqu’ils se produisent dans un milieu censé être celui de l’éducation et du savoir ». D’où la quadruple exclusion d’office prononcée à l’endroit des 4 étudiants meneurs dont Alain-Claude Bilie-By-Nzé et son porte-parole au sein du SEG.

Sanctions gouvernementales contre les 4 casseurs en chef

« En conséquence, le gouvernement décide : 1) la fermeture immédiate de l’Université Omar Bongo et le renvoi à compter du jeudi 16 juin 1994 de tous les étudiants dans leurs familles ; 2) l’exclusion définitive de l’Université Omar Bongo, l’interdiction de s’inscrire dans tout établissement d’enseignement supérieur ou professionnel au Gabon et l’impossibilité de bénéficier d’une aide de l’État pour effectuer des études à l’extérieur, des étudiants responsables des actes précités », martelait au nom du gouvernement René Ndemezo’o Obiang.

Le ministre de l’Enseignement supérieur René Ndemezo’o Obiang

Ces 4 étudiants-casseurs étaient Alain Nzigou (président du FER), Alain-Claude Bilie By Nzé (président du SEG), Aimé Mapangou (porte-parole du SEG) et Nicaise Ngoua, étudiant en 3e année à la faculté des Lettres et des Science humaines. « Ainsi que tous les autres étudiants dont la responsabilité sera établie après enquête dans la destruction des biens publics et agression contre le recteur, le vice recteur, le doyen de la faculté de Droit et des Sciences économiques, les enseignants, personnels administratifs et les journalistes », prévenait le gouvernement gabonais.

Le début du commencement

A l’issue du conseil de discipline convoqué à l’UOB, il avait été reconnu une responsabilité collective des étudiants dans les évènements du 14 juin 1994. La commission de discipline n’avait reconnu contre Alain Nzigou et Alain-Claude Bilie-By-Nzé qu’une année d’exclusion. Une décision qui semble n’avoir pas été suivie des faits puisque les deux anciens leaders tentaient de se réinscrire mais en vain. D’où l’interpellation du président de l’époque Omar Bongo, pour que meneur étudiant retrouve le chemin des études universitaires.

Ce qui contraint à Alain-Claude Bilie-By-Nzé de dénoncer tout de même un règlement de compte. L’étudiant-casseur qui faisait depuis son mea culpa implorera sa réhabilitation à Omar Bongo. Celui-ci finira par la lui accorder après un courrier qui avait fuité dans le presse à la mi-mai 2020. Ce qui a eu le chic d’être le point de départ de la nouvelle carrière politique d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé. Des classes en politique démarrées auprès de l’opposant-vedette de l’époque Paul Mba Abessolo, père de la convivialité politique entre l’opposition et le pouvoir gabonais.

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