Portrait

Casimir Oyé Mba, le parcours ombragé d’un brillant économiste gabonais devenu politicien

Casimir Oyé Mba, le parcours ombragé d’un brillant économiste gabonais devenu politicien
Casimir Oyé Mba, le parcours ombragé d’un brillant économiste gabonais devenu politicien © 2022 D.R./Info241

Quand on en vient à parler d’élégance et de technocratie en terre gabonaise, on ne peut évidemment ne guère citer Casimir Anges Marie Oyé Mba (1942-2021). Bien que n’étant pas originaire d’une famille composant l’aristocratie du pays, ce natif de la province de l’Estuaire dans sa partie nord-ouest fut l’une des figures emblématiques du microcosme politique gabonais et ce, dès le lancement de la longue et tortueuse phase de démocratisation politique du Gabon en 1990.

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Depuis sa plus tendre enfance, celui qui se faisait affectueusement appeler « Cam la classe », rêvait de faire carrière dans le droit mais un jour d’été, ce dernier jeta son dévolu sur la finance quand il découvrit à Libreville, le décor et l’harmonie qui caractérisaient la représentation de la Banque centrale de la sous-région à laquelle sa nation appartenait. A la suite de cela, notre protagoniste élargira ses capacités cognitives sur les plans financiers, bancaires et économiques. C’est d’ailleurs lui qui marqua de son empreinte le centre de gestion névralgique de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) car il fut le premier gouverneur originaire d’un des pays membres de ladite institution.

Mais hélas, sa complaisance à l’égard des régimes du président Léon Mba Minko et surtout celui de feu Omar Bongo né Albert Bernard déplut fortement aux Gabonais. De l’orée des années 1990 jusqu’à la lisière de la présence du natif de Léwaï sur terre, Cam la classe avait toujours eu à collaborer avec le président de l’époque qui n’était pas vraiment voire pas du tout estimé par la plèbe du fait de sa violente tyrannie puis de sa gestion calamiteuse et négligente du pays au profit de ses intérêts personnels et de ceux de ses proches collaborateurs, en toute impunité.

Comme beaucoup d’âmes « égarées » du Parti démocratique gabonais (PDG) après le décès de son principal artisan, Anges Casimir Marie Oyé Mba abandonna son navire politique pour cette fois-ci porter au plus haut et ce de manière vigoureuse au sein de l’opposition, les revendications du peuple à l’endroit des dirigeants gabonais. Cette démarche signifiait alors renverser la dynastie Bongo qu’il avait servie dans un passé récent. Il tenta en vain à y parvenir tantôt en se défilant et ce de manière énigmatique à la veille d’un scrutin décisif tantôt à se ranger au sein d’une coalition unie de l’opposition, une première dans l’histoire politique du pays.

 Naissance et vie de famille

Anges Casimir Marie Oyé Mba découvrit le monde des vivants le 20 avril 1942 en Afrique équatoriale française (AEF) au sein d’une de ses nombreuses colonies précisément au Gabon. C’est dans la circonscription territoriale de Ntoum notamment au village Nzamaligué, située à quelques kilomètres de Libreville, qu’intervint cette naissance. Son père était un catholique confirmé ayant reçu son instruction au sein d’une mission catholique de l’Estuaire puis étant passé par un séminaire.

Il s’établit à Libreville dans les années 1946-1947 pour permettre au jeune Casimir de bénéficier de la meilleure éducation du pays ; pour veiller au bien-être de sa nombreuse famille car logeant aussi plusieurs des enfants de ses consanguins, Monsieur Mba était tenancier d’une petite épicerie. La maman de Anges Marie était quant à elle femme au foyer, cultivant de façon ordonnée des plantes domestiquées ou sélectionnées telles que la banane plantain. De l’union de ses parents, une fille y naîtra aussi.

 Cursus

Quand le petit Casimir fut en âge d’aller à l’école, son géniteur prit la décision de l’envoyer à l’école non pas à la mission catholique Saint-Paul de Donguila localisé dans sa région natale mais plutôt à Libreville pour y recevoir la meilleure éducation républicaine. Après l’obtention de son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), Oyé Mba rejoignit le collège Bessieux de Libreville et y obtint son Brevet d’études ainsi que son baccalauréat.

Un an après l’accession du Gabon à la souveraineté internationale, Casimir Oyé Mba est envoyé en Hexagone notamment dans la commune de Rennes dans le nord-ouest de la France pour y poursuivre ses études au sein de l’université de ladite ville. Il y sort nanti d’une licence en droit et sciences Politiques en 1965 et décroche un an plus tard, un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de droit obtenu à la faculté de droit de Paris. En 1969, Anges Marie Oyé Mba devient titulaire d’un doctorat de droit à l’Université de Paris.

Anges Casimir Marie Oyé Mba a toujours été un passionné et un féru d’exigence et de rigueur en matière de travail. Son abnégation et son franc-parler constituaient l’essence même de sa réussite. Le feu président Léon Mba en fit l’amère expérience lors d’une entrevue qu’il lui accorda en 1965 au moment où le jeune Casimir, 23 ans à peine, se trouvait à Libreville pour un stage d’école au ministère du Travail. Pour le « patron » du pays, ce futur commis d’Etat devait travailler pour le Gabon au sein d’un établissement bancaire nationale mais celui n’avait d’yeux que pour la Banque centrale même si elle était dans son entièreté aux mains des Européens. Ce fut d’ailleurs étrange pour le chef de l’Etat qui pensait initialement que ce jouvenceau à l’avenir très radieux, diplômé en droit de surcroît, ne puisse pas embrasser une carrière dans sa discipline de prédilection.

Mais c’était sans compter sur l’ambition d’Oyé Mba qui par la suite, malgré les directives de Léon Mba, qui entama une formation diplômante en finances au Centre d’études financières, économiques et bancaires (CEFEB) de la Caisse centrale de coopération économique (CCCE) anciennement dénommée la Caisse centrale de la France libre (CCFL) puis Caisse centrale de la France d’Outre-mer. Elles sont toutes les ancêtres de l’Agence française de développement (AFD).

 Carrière professionnelle et principale réforme

Sa formation à la CCCE terminée, il l’y intègre comme stagiaire et décide comme il l’avait confié au feu président Léon Mba, de faire carrière dans la finance. Il regagne son pays et commence à travailler à la représentation de la BEAC au Gabon en 1969. Au fil des années, il est promu à des postes de plus en plus importants au sein l’institution financière précitée et est aussi dans le même temps, le gouverneur suppléant du Fonds monétaire international (FMI) pour le Gabon de 1969 à 1976. En 1978, Anges Casimir Marie Oyé Mba est propulsé à la tête du gouvernorat de la BEAC après que des réformes aient entraînés des bouleversements profonds dans la chaîne de management de l’institution sus citée.

Piloté pendant de nombreuses années par les occidentaux, la direction du gouvernorat de la BEAC revenait désormais aux africains issus d’un des pays s’y étant affiliés car en janvier 1977, son siège quitte Paris pour Yaoundé au Cameroun. Elle avait été créée le 22 novembre 1972 et remplaça la Banque centrale des Etats de l’Afrique équatoriale et du Cameroun. Ahmadou Ahidjo et Omar Bongo, plus vieux chefs d’Etat de par l’âge pour le premier et la durée d’exercice du pouvoir pour le second, se partagèrent le siège et le gouvernorat. Cependant, un an après sa prise de fonction, celui qui appose désormais sa signature sur tous les billets de banque en circulation dans les principaux pays rattachés à la BEAC, se voit confronter à un problème d’une envergure importante. Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979, l’empire du président-empereur Jean-Bedel Bokassa est renversé par le concours des services secrets français au cours d’une opération spéciale.

Après la destitution de celui qui s’était autoproclamé premier empereur de la République centrafricaine (RCA) en s’appropriant le nom de Bokassa 1er, des nouveaux dirigeants arrivent au pouvoir en Centrafrique. Ces derniers donnent injonction à Oyé Mba d’éradiquer l’ensemble des billets de banque utilisés en RCA car ceux-ci sont tous à l’effigie de l’empereur déchu. En effet, après les indépendances en Afrique, il était devenu monnaie courante pour la quasi-totalité des chefs d’Etats africains surtout dans la partie francophone du continent, de constater que les billets de banque qui étaient en circulations dans leurs pays respectifs avaient une corrélation : tous étaient balisés par les portraits de ces dirigeants.

Les nouvelles autorités de Bangui voulurent donc ne plus utiliser cette monnaie imprégnée à l’image de l’indésirable Bokassa malgré le fait qu’elle bénéficiait toujours de sa propriété libératoire, ne pouvant donc être refusée par un créancier quelconque. Mais la tâche n’était pour autant simple car il fallait pour cela aussi retirer ces billets de banque des différents marchés financiers et monétaires dans l’espace économique des différents membres de la BEAC comme l’était la RCA.
Bien que les nouveaux hommes forts de la Centrafrique exigeassent l’acquisition d’une nouvelle monnaie, Casimir Oyé Mba dû leur expliquer la complexité d’en produire diligemment et leur proposa une solution parallèle, le temps de trouver la véritable voie de sortie de crise au problème telle que voulut par le nouveau président centrafricain, David Dacko.

Après plusieurs discussions houleuses, c’est finalement les billets de banque gabonais qui furent choisis par les autorités de la RCA pour y être utilisés, le temps de la période de transition pour en concevoir des nouveaux. Le 4 novembre 1982, le président camerounais Ahmadou Ahidjo démissionne pour raison de santé et c’est Paul Biya, son premier ministre, qui lui succède. Bis repetita. Les billets de banque à l’effigie de l’ex doyen des présidents africains sont vomis par les nouveaux arrivants au pouvoir. Cette situation devint intenable et il fallut dès lors trouver une solution efficiente à ce fâcheux désagrément ; une réforme s’imposait. Celle-ci avait déjà été pensée par sieur Oyé Mba en 1981 quand il en parla à Ahidjo lorsque celui était encore aux affaires. Pour le gouverneur de la mère des banques d’Afrique centrale, il fallait « revenir à la formule antérieure » concernant l’établissement des billets de banque, c’est-à-dire supprimer ce système de portrait sur la monnaie fiduciaire principalement les bank-notes.

Par ailleurs, pour que cette initiative soit réalisable, il fallait convaincre les deux caciques de la sous-région à savoir les présidents Ahidjo et Bongo. Le premier se montra conciliant et le second frileux quant à l’idée de voir son image disparaître des billets de banque. Quand Bongo sut que son aîné n’avait point d’anicroche avec l’idée, il donna aussi son feu vert pour acter la suppression des représentations imagées des présidents sur les billets de banque. Le reste des chef d’Etat et l’ensemble du conseil d’administration, constitué des ministres des finances des différents Etats membres, avalisèrent la décision des doyens.

Cependant, quelques semaines après avoir donné son accord, Omar Bongo eut la « brillante » idée de vouloir conserver son portrait sur la plus grosse coupure des billets en circulation dans son pays, celle de 10 milles francs ; ses homologues avaient, eux, déjà entérinés la décision prise précédemment. Casimir Oyé le convint de n’apparaître que sur les billets de 1000 francs car ils rimaient assez facilement avec le quotidien des gabonais. Le président accepta l’offre mais bien à contre-cœur.

Après qu’Ahidjo soit parti du pouvoir, le gouverneur Oyé Mba finit de raisonner Bongo en le priant de retirer son image sur les bank-notes de 1000 francs car il était maintenant le doyen des chefs d’Etat et parce que ses pairs avaient depuis arrêtés avec cette pratique. L’autorité que lui conférait son ancienneté exigeait aussi qu’il soit un bel exemple pour ses « jeunes » homologues. Peu enthousiaste mais raisonnable, Omar Bongo appliqua le conseil du gouverneur de la BEAC. C’est ainsi que disparut peu à peu au Gabon, les billets de banque à l’effigie de Bongo. Après ces péripéties constructives, Casimir Oyé Mba présida l’Association des banques centrales africaines deux ans durant de 1986 à 1988. Arrivé en 1978 à la tête de la BEAC pour un mandat de 5 ans, il le renouvela en 1983 et est par la suite reconduit à cette même fonction en 1988.

 Eveil nationaliste et vie politique au sein du régime Bongo

Alors qu’il n’est encore qu’un apprenant du collège Bessieux de Libreville dans les années 1950, Casimir Oyé Mba avec plusieurs de ses condisciples s’intéressent aux mouvements nationalistes en particulier celui orchestré en Algérie par le Front de libération national (FLN). Informés par « El Moujahid », le journal officiel du FLN, Anges Marie & Co sont littéralement obnubilés par les aspirations d’autonomie et de souveraineté des maquisards algériens. C’est d’ailleurs l’un de ses compagnons qui y étaient abonnés et la réception dudit magazine se faisait en toute opacité car prohibée à l’époque par l’administration coloniale sur injonction de la Métropole.

Un autre mouvement de libération nationale va tout aussi captiver l’attention du Jeune Casimir, il s’agit de la lutte au Cameroun voisin de l’Union des populations camerounaises (UPC) qui se lança dans la lutte armée en 1955 donnant naissance à la guerre d’indépendance du Cameroun avec à sa tête le militant anticolonialiste et indépendantiste camerounais, Ruben Um Nyobe. Opposés à la continuité des alliances de domination et au simulacre d’indépendance du Cameroun léguée par l’Hexagone, Ruben Um Nyobe et ses collaborateurs ont toujours prônés les intérêts supérieurs du peuple camerounais au profit d’une classe dirigeante autochtone corrompue et servile envers « Marianne ».

Ce sentiment de liberté et cette prise de conscience citoyenne remonte en 1947 dans la mémoire de Casimir Oyé Mba. En effet, le 29 mars 1947, une puissante révolte des populations malgaches éclate sur l’île de Madagascar et fut appelée l’insurrection malgache. Elle prit officiellement fin en novembre 1948. Cette partie de l’histoire fut contée à Anges Marie par son père et la répression de ce soulèvement fut extrêmement effroyable pour les habitants des DOM-TOM de l’époque surtout ceux vivant dans les possessions africaines de France.

Quand il arrive dans la ville de Rennes après l’obtention de son baccalauréat faisant suite à son envoi en France, Casimir Oyé Mba, comme beaucoup d’autres jeunes étudiants originaires d’Afrique noire, milite au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Il compte lui aussi lutter contre les nouveaux systèmes d’asservissement, d’autoritarisme et de colonialisme que subissent les Etats africains en général et son pays le Gabon en particulier. Durant deux ans, il est le secrétaire général de la section rennaise de la FEANF et cette position lui permit de rencontrer un certain Alpha Condé qui deviendra le président même de ladite fédération et celui de son pays des années plus tard.

Par ailleurs, Casimir Oyé Mba vint passer son stage école au Gabon dans les locaux du ministère du Travail. Au bout de quelques jours, il est illico presto convoqué par feu le président Léon Mba. L’entrevue consistait pour le chef de l’Etat, à tirer le meilleur de ce jeune « éclairé » qui se trouvait devant lui et à sûrement, freiner ses ardeurs insurrectionnelles. Le jeune Casimir ne voulut s’attirer point d’ennuis et coopéra avec Léon Mba du moins en ce qui concerne son opposition par rapport au régime et aux autorités de Paris. Lorsque le président Bongo arrive au pouvoir, il veut évidemment s’entourer des gabonais les plus brillants mais Casimir Oyé Mba ne rêve que de la Banque centrale. Il l’y intègre en tant que stagiaire puis en devient le gouverneur. En 1980, le président Omar Bongo approche Oyé Mba pour qu’il fasse partie du gouvernement.

Ce dernier refuse intelligemment la proposition mais est de nouveau solliciter par le chef de l’Etat pour travailler au sein du gouvernement. Requête poliment rejetée à nouveau ; il faut tout de même souligner que les deux hommes étaient très proches et que le président consultant de temps à autres Oyé Mba pour des questions d’ordre économiques et/ou financières. Seulement en 1990, des bouleversements politiques en raison de la redéfinition de la géopolitique mondiale précipiteront ce dernier à la plus haute fonction de la Primature. En effet, pendant qu’il profite de son congé en territoire helvétique, il est contacté en urgence par Léon Mébiame, premier ministre gabonais de l’époque.

Sieur Mébiame presse Oyé Mba de regagner le Gabon. Après son arrivée à Libreville en mars 1990, les deux hommes déjeunent ensemble mais rien de bien urgent ne semble se profiler à l’horizon, du moins le premier ministre ne laisse rien présager. La discussion est plutôt plate presque gênante tant les vocables sont comme prisonniers dans la cavité buccale des deux hommes. Ne songeant pas rencontrer le président durant son court séjour au pays, Oyé Mba fut tout de même convoqué par Omar Bongo qui découvrit qu’il était de passage à Libreville. Le président lui confia au cours de cette rencontre que le Gabon se tournait dorénavant vers la démocratisation de sa vie politique et qu’une conférence nationale allait se tenir d’ici le 23 mars de la même année.

C’est ce jour-là que Omar Bongo proposa à Anges Casimir Marie Oyé Mba de succéder Léon Mébiame à la tête de la primature. Ce dernier accepta mais ne rendit point l’information ni la décision publiques, il ne la divulgua même pas à son épouse. Son intellect le fit donc comprendre la raison pour laquelle le premier ministre l’avait hâtivement convoqué. En effet, Léon Mébiame avait eu vent de l’information selon laquelle Casimir Oyé Mba était ardemment pressenti par le président pour le remplacer comme chef du gouvernement à la fin des assises et des états-généraux de la concertation nationale. Il voulut donc s’assurer que Casimir n’était pas l’instigateur de sa radiation.

Le 26 avril 1990, Casimir Oyé Mba est demandé en audience à la présidence de la République. Le président lui informe de sa nomination imminente au poste de premier ministre. Le 3 mai 1990, il devient le pionnier des premiers ministres de l’ère multipartite. Il occupera cette fonction durant quatre ans et presque 6 mois ; il a notamment œuvré à harmoniser la dette publique pour qu’elle soit à un taux raisonnable, améliorer le climat économique du pays malgré les dévaluations du FCFA, calmer les conflits politiques nés de la pluralité politique mais aussi mettre sur pied plusieurs établissements scolaires telle que l’école primaire du poste d’Akébé devenue de nos jours le Collège d’enseignement supérieur (CES) Mabignath.

Le 2 février 1994, il avait appelé les gabonais à consommer davantage des produits locaux pour amortir le choc économique lié à la dévaluation du Franc CFA du 21 mars 1983, une idée ingénieuse à l’époque et bénéfique pour l’activité territoriale. Le 3 novembre 1994, un nouveau chef de gouvernement est nommé en la personne du Dr Paulin Obame Nguéma. Casimir Oyé Mba reste tout de même au sein de l’équipe gouvernementale et bénéficie du portefeuille ministériel des Affaires étrangères et de la Coopération gabonaise. Il restera à ce poste jusqu’au 25 janvier 1999. Du 25 janvier 1999 au 28 décembre 2007, Anges Casimir Marie Oyé Mba fut le ministre de la Planification, de la Programmation du développement et de l’Aménagement du territoire gabonais. Du 28 décembre 2007 au 17 juillet 2009, Oyé Mba avait été nommé au sein du gouvernement pour occuper les fonctions de ministre d’Etat, ministre des Mines, de l’Energie, des Ressources hydrauliques et de la Promotion des énergies nouvelles gabonaises.

Casimir Oyé Mba a aussi été élu parlementaire de la chambre basse du parlement, le 21 octobre 1990, dans son département natal du Komo-Mondah situé dans la province de l’Estuaire. Il s’était présenté sous la bannière du Parti démocratique gabonais (PDG) pour lequel il était membre depuis 1973. Sa rencontre avec le président Bongo remonte à ses années universitaires à Paris. C’est en effet Gaston Bouka-Bu-Nziengui, ex président de l’ancien Conseil économique et social (CES) gabonais devenu actuellement le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui fit la proposition à Oyé Mba de se joindre à lui pour honorer de leur présence, l’invitation qu’il avait reçu du nouveau dirigeant gabonais de passage dans la capitale française. Durant leurs années de collaboration, Omar Bongo se rapproche significativement de l’ex gouverneur de la BEAC qui déclarait avoir développé une relation de « grand frère à petit frère » avec le fils d’Ondimba ajoutant tout de même qu’il était « extrêmement attentif, ferme et jaloux de son pouvoir de président ».

 Vie d’opposant

Après la mort d’Omar Bongo le 8 juin 2009, la classe politique gabonaise est en alerte totale. Il se susurre que le fils du défunt, Ali Bongo Ondimba, actuel ministre de la Défense nationale gabonaise revendique être l’héritier légitime de son père pour le succéder. Au sein du PDG dont son père fut l’un des membres fondateurs et le patron du fait de sa fonction de président, les principales têtes d’affiche du parti donc Casimir Oyé Mba tiennent un discours contraire. L’ancien gouverneur de la BEAC est même idéalement placé pour représenter le puissant parti lors de l’élection anticipée du 30 août 2009. Mais par un coup de force avec l’appui de certains cadres du PDG, Ali Bongo est finalement choisi pour briguer la magistrature suprême sous la bannière de la formation politique de son père.

Plusieurs barons du parti ne cautionnent pas cette mascarade et décide de claquer la porte. Oyé Mba en fait autant et est destitué de son poste de ministre d’Etat, ministre des Mines, de l’Energie, des ressources hydrauliques et de la Promotion des énergies nouvelles gabonaises après 19 ans passés au sein du gouvernement. Il décide donc de concourir à la présidentielle en qualité de candidat indépendant affirmant être le candidat du « consensus ». Il s’oppose contre une succession dynastique à la tête du pays. Mais à la surprise générale, il se retire de la course à la présidence la veille et ce à quelques heures même du scrutin sans donner consigne de vote aucune.

Cette décision irrita les gabonais qui crièrent à la trahison de Casimir Oyé Mba. Mais plus tard dans un entretien accordé à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique le 15 juin 2016, le concerné expliqua que ce désengagement à la dernière minute était dû au fait que plusieurs hommes politiques gabonais et étrangers de haut rang l’avaient contacté pour retirer sa candidature et soutenir Ali Bongo afin d’éviter que le pays ne plonge dans la violence.

Il renchérira « Toutes ces pressions ont fini par avoir raison sur ma détermination. Par ailleurs, ce même 29 août, j’ai eu un entretien téléphonique avec une très haute personnalité africaine qui m’a tenu le même langage mais avec un peu plus d’arguments. C’est la raison pour laquelle j’ai dû rapidement prendre ma décision sans même pouvoir consulter mon état-major de campagne ».

Après l’élection présidentielle de 2009, Cam la classe se joint à d’autres anciens barons du régime Bongo tels que Zacharie Myboto, Paulette Missambo ou encore André Mba Obame et participe à la création, en février 2010, d’un nouveau parti politique d’opposition, l’Union nationale (UN). Au fil des années, l’UN devient la principale force politique d’opposition du pays et constitue avec d’autres formations politiques anti-pouvoir, le Front uni de l’opposition pour l’alternance (FUOPA).

Soulignons tout de même que l’UN fut dissout le 26 février 2011 par le ministre gabonais de l’Intérieur à la suite de l’auto-proclamation d’André Mba Obame comme président suivi de la formation d’un gouvernement par celui-ci. Un acte traduit comme une « violation flagrante de la Constitution » et un « crime de haute trahison » selon la loi gabonaise. En 2015, ladite formation politique voit son interdiction être levée par les autorités et peut à nouveau fonctionner normalement. André Mba Obame, chef de file du parti, décède la même année à Yaoundé.

Lors de l’élection présidentielle prévue le 30 août 2016, Casimir Oyé Mba sort vainqueur de la primaire de l’UN et devient par la même occasion le candidat dudit parti au scrutin présidentiel à venir. Par ailleurs, la population et la classe politique de l’opposition dans son ensemble appelle à une candidature unique pour évincer les Bongos du pouvoir. Il propose comme principales réformes, des réaménagements politiques permettant de panser les nombreuses plaies béantes du pays à la fois économiques et sociales notamment la limitation de mandat présidentiel à 2 avec un scrutin à deux tours également, la mise en place d’une nouvelle Constitution ainsi que le dépoussiérage de la Cour constitutionnelle.

Aussi, Cam la classe milita pour la non-participation du candidat Ali à la présidentielle de 2016 car selon lui et plusieurs autres acteurs majeurs de la sphère politique gabonaise, le fils « prodigue » du défunt chef de l’Etat ne serait pas d’origine gabonaise. Ce qui constituait une violation de l’article 10 de la loi fondamentale gabonaise. En effet, le fils Ondimba eu bien du mal à fournir un acte d’état civil en bonne et due forme pour faire taire les rumeurs. Après plusieurs jours de discussions entre les ténors de l’opposition autrefois chevilles ouvrières du PDG que furent Guy Nzouba Ndama, Jean Ping Okoka et Anges Casimir Marie Oyé Mba, c’est finalement l’ancien président de la commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, qui fut l’heureux élu pour affronter Ali Bongo. C’est ainsi que par la force des choses, notre protagoniste ne réussit jamais à être éprouvé à un vote au suffrage universel direct d’une présidentielle.

 Son rapport à l’autonomie financière africaine

Pour Casimir Oyé Mba, ancien gouverneur de la banque centrale de la communauté économique et monétaire à laquelle son pays le Gabon appartient, cette question valait bien son pesant d’or. Longtemps décrié par une pléthore de panafricanistes, économistes et hommes politiques africains et ce durant de nombreuses années, l’utilisation du Franc des colonies françaises d’Afrique (FCFA) a souvent été perçue comme le lien primordial qui asservit et continue à assujettir l’économie africaine dans sa zone francophone envers celle de son ancien colonisateur, la France. Mais en tant que technocrate de la Finance, la question a été posée à Cam la classe pour recueillir son avis sur la question.

Pour l’ancien homme fort de la BEAC, il était important de fructifier les échanges et les expériences entre Etats africains afin de mettre en place une véritable entente panafricaine e non de façade. Il partageait également l’idée d’une communauté africaine à l’unisson en matière de finances car la monnaie détermine conséquemment l’autonomie pécuniaire d’un pays voire d’un regroupement de pays. Lors de l’entretien qu’il avait accordé à Jeune Afrique, Oyé Mba affirmait « Le plus important n’est pas notre relation avec la France mais les relations qui nous unissent nous, pays africains membres de la BEAC (...) Ce qui est important, c’est que nos pays soient dans un seul ensemble et, en Afrique centrale, nous avons intérêt d’organiser un vrai espace économique commun. ».

Pour autant, sieur Oyé Mba connaissait en effet les dangers d’une création incontrôlée et d’une circulation excessive de monnaie sans prendre en compte les réalités macroéconomiques d’un marché donné pouvant encourager des effets pervers comme une hausse généralisée des prix. Il était donc judicieux de penser intelligemment et avec minutie l’étude et l’adoption de mécanismes efficaces pour mettre sur pied une monnaie commune. Monsieur Oyé Mba déclara d’ailleurs à Jeune Afrique que « Lorsque j’étais encore gouverneur, j’avais assisté à des réunions convoquées par l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba pour essayer de réfléchir à la création d’une monnaie unique africaine  ».

Mais prévenait cependant : « Lorsqu’on prend des libertés avec la création de la monnaie, des illusions de facilités se créent mais on se rend compte que la monnaie ne doit être émise qu’en contrepartie de biens et de services et que lorsqu’il y a un grand décalage, on finit toujours par le payer notamment par une inflation ». Selon notre protagoniste, l’Afrique avait pour l’heure des difficultés plus grandes à résoudre et cette question d’indépendance monétaire ne faisait pas partie des « priorités de l’heure » en ne négligeant pas pour cela la thématique « Je note que, ces derniers temps, ce sujet revient dans les discussions. Je ne dis pas qu’il ne faut pas y réfléchir. ».

 Disparition et hommages

Au début du mois de septembre 2021, Casimir Oyé Mba contracte la Covid-19 et est ipso facto transporté à la polyclinique chambrier de Libreville. Son état s’aggrave et il est urgemment évacué en France, le 11 septembre 2021, dans une structure sanitaire généraliste privé de Paris du nom d’hôpital Saint-Joseph. Bien que n’étant pas un antivax par principe, il ne voulut pas se faire injecter le vaccin chinois ou russe autorisé par les autorités gabonaises de santé sur le territoire national mais non homologué par l’Union européenne (UE). Dans la nuit du 15 au 16 septembre de la même année, Anges Casimir Marie Oyé Mba s’en va retrouver ses ancêtres dans le monde de l’au-delà à l’âge de 79 ans.

Il avait notamment développé une forme sévère du mal qui le rongeait. Cam la classe était vice-président de l’UN au moment de sa disparition. A l’annonce de son décès, plusieurs personnalités gabonaises ont tenu à s’incliner devant la stature de l’emblématique technocrate qu’il était à l’instar du président de la République gabonaise qui demeurait son adversaire politique, Ali Bongo, via son compte Twitter « C’est avec tristesse que j’ai appris le décès ce matin à Paris de M. Casimir Oyé Mba. Cet homme d’Etat aura consacré sa vie à la chose publique au Gabon où il a été premier ministre comme en Afrique centrale en tant que gouverneur de la BEAC. Mes sincères condoléances à la famille ».

Sa famille politique a elle aussi tenu à réagir à cette douloureuse nouvelle notamment par la voix de Jean-Gaspard Ntountoume Ayi, commissaire national en charge du Budget au sein de l’UN « Notre pays a loupé quelque chose avec cet homme, pour l’avoir côtoyé pendant ces douze dernières années ». Jean Ping, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016 et ancien ministre gabonais de la diplomatie et de la Coopération avait lui salué la mémoire du disparu sur sa page Facebook « C’est avec une vive consternation que j’apprends le décès du Premier ministre Casimir Oyé Mba, qui restera une grande figure continentale de la Banque.
Je salue la mémoire d’un ami, une amitié fidèle qui remonte aux années du collège. Mes condoléances émues et mon affection renouvelée à ses enfants et à toute sa famille »
.

Les leaders syndicaux et de la société civile tels que Geoffroy Foumboula Libéka ou encore Marcel Libama ont eux aussi rendus hommage au défunt. Même Bertrand Zibi Abéghé, prisonnier politique et opposant gabonais de renom, du fond de sa cellule à la prison centrale de Libreville, s’est lui senti « meurtri » par la fin de vie de celui qu’il considérait comme son « parrain politique ». Même son ancienne formation politique, le PDG, avait exprimé sa sincère reconnaissance à l’endroit de feu Casimir Oyé Mba.

Quelques mois avant qu’il ne soit emporté par la faucheuse, Casimir Oyé Mba était en tournée provinciale dans le Gabon dans le cadre de l’élection à la présidence de l’UN où il joua un rôle d’arbitre. Il ne cessait d’informer les populations sur l’impérieuse nécessité d’alternance au Gabon afin de stopper au plus vite, la gestion cataclysmique du gouvernement et d’Ali Bongo empreint d’amateurisme et de légèreté. Beaucoup de gabonais garderont de cet homme, le passionné de football et de cigares cubain qu’il était.

Il était intimement convaincu que pour réussir dans la vie, nul n’avait besoin de rejoindre des milieux ésotériques ni de s’adonner à du fétichisme ou autres pratiques mystico-sataniques. Oyé Mba confia d’ailleurs à Jeune Afrique qu’il n’était pas et n’avait jamais été franc-maçon. Homme d’une considérable instruction et d’un charisme avéré, sa classe n’avait d’égal que son élégance aussi soignée que concise. D’après plusieurs observateurs de la vie politique du Gabon, l’ancien gouverneur de la BEAC demeure le premier ministre le plus compétent qu’ait connu le Gabon.

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