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Democratie

François Hollande donne une leçon de démocratie à Ali Bongo et ses pairs francophones d’Afrique


Analyse
  • François Hollande donne une leçon de démocratie à Ali Bongo et ses pairs francophones d’Afrique © 2016 D.R./Info241
Publié le 3 décembre 2016 à 15h10min

A un mois de la fin de l’année 2016 qui a été marquée par des bouleversements politiques importants inattendus sur la scène mondiale, François Hollande, le président le plus impopulaire de la 5ème République française, vient de marquer à jamais l’histoire de son pays en renonçant à la course pour un deuxième mandat à la tête de son pays.

Cette décision qui surprend plusieurs personnes le fait sortir par la grande porte tout en imposant un certain respect de la part de ses nombreux détracteurs malgré son bilan calamiteux en tant que chef de l’Etat. C’est dire qu’il a accepté de voir les choses en face contrairement aux nombreux chefs d’Etats de colonies françaises d’Afrique qui s’accrochent au pouvoir ad vitam aeternam malgré le rejet massif et manifeste de leur population, à l’instar de Pierre Kunruziza du Burundi, Faure Ngnassingbe du Togo, Sassou Nguessou du Congo, Idriss Deby du Tchad, Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouattara de Cote d’Ivoire, Paul Biya du Cameroun et Ali Bongo du Gabon. Décision difficile, Hollande a pris la mesure des enjeux qui sont son bilan négatif et le vent du changement qui souffle dans le monde entier. C’est un vent qui a déraciné les assises de ses nombreux pairs politiciens occidentaux dont les sondages donnaient pourtant vainqueurs mais en fin de compte déboulonnés à la surprise générale ; David Cameron, Hillary Clinton, Nicholas Sarkozy, Alain Juppé.

Un bilan très peu positif pour la postérité

François Hollande a réussi à ramener une paix précaire sur le terrain au Mali en stabilisant le pays à la suite du coup d’Etat de 2012 qui avait renversé Amadou Toumani Touré. L’opération Serval a permis de combattre les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et le mouvement salafiste Ansar Dine, dans le nord du pays. Ce fut une instabilité rendue possible par son prédécesseur Nicholas Sarkozy, un grand ami de Ali Bongo, parce qu’il avait fait assassiner Kadhafi par l’intervention de l’Otan en 2011 en Libye.

L’autre réalisation reste la Cop21 qui a eu lieu à Paris en décembre dernier permettant à 177 pays du monde à prendre l’engagement de réduire leurs émissions de gaz à effet de serres dans l’atmosphère à moins de 1.5%. Cette conférence fut la plus réussie en matière de protection de notre planète. La planète lui sera entièrement reconnaissante.

Par ailleurs, la promesse sur la réduction du taux du chômage faite, et qui conditionnait sa candidature pour un deuxième quinquennat, a été tenue. Cependant, cette baisse de la courbe du chômage est arrivée un peu trop tard mais tout en étant volatile.

Avant de conclure cette partie, ce qui reste aussi pour les français seulement un autre succès, ce fut le « mariage pour tous » rendu légal en France.

Enfin, Hollande a compris que pour arriver au bout de sa décision qui était celle de ne plus se représenter à l’élection présidentielle, il n’a pas dit à plusieurs de ses proches. Il s’avait contrairement à Ali Bongo que beaucoup seraient prêts à le pousser à se maintenir au pouvoir pour leurs seuls intérêts personnels. Ce sont les faucons du pouvoir ou les courtisans. Il n’a donc pas eu besoin des Bilie By Nzé, Issoze Ngondet, Jean Pierre Oyiba, Biyoghé Mba, Ossouka pour lui demander de rester. Il a compris le long de son mandat que certaines décisions se prennent seul car en fin de compte on sera le seul jugé devant le tribunal de l’histoire.

Toutefois, avec ses petites réalisations saluées par les français et une partie du monde entier, Ali Bongo à la place de François Hollande se serait réjoui ou ragaillardi d’avoir fait des exploits. Or, pour le président français sortant les échecs et la position des français lui avaient déjà montré la voie de sortie par la grande porte.

Les échecs ont plus pesé sur la balance

L’un des premiers échecs d’Hollande a été la division au sein du courant de gauche. Il s’est aliéné un certain nombre de soutiens comme le parti Europe Ecologie Les Verts, Emmanuel Macron son poulain qui s’est publiquement déclaré candidat à la prochaine élection, Arnaud Montebourg et bien d’autres membres de son parti. C’est le cas d’Ali Bongo dans l’espace Gabon qui a fait voler en éclat le Parti démocratique gabonais(PDG).

De nombreux cadres importants de son parti l’ont abandonné, en plus des membres influents et des partis politiques de l’opposition, ils ont tous fait bloc autour de Jean Ping, c’est le cas notamment de Guy Nzouba Ndama, Alexandre Barro Chambrier, Michel Menga, Jean Francois, Ntoutoum Emane, Jean Eyeghé Ndong, le 7MP, l’UPNR, l’Union nationale, l’UPG, les Souverainistes, le PGP, DN etc.

Par ailleurs, il a eu un revers qui a terni son image de leader en échouant sur le projet de loi sur la déchéance de la double nationalité. L’opposition s’est clairement créé au sein de son propre camp d’où le rejet du projet par les parlementaires. La comparaison avec le parlement d’Ali Bongo n’est pas de mise car c’est un parlement archaïque et monocolore aux seules couleurs du PDG dans une démocratie libérale du XXIème siècle. Dans notre contexte, s’opposer à un projet de loi du prince équivaudrait à une très haute trahison qui conduirait à l’exclusion pure et simple du parti et des postes nominatifs. Pour des gens qui comprennent comme Hollande, un tel parlement aurait pu être dissout depuis belle lurette mais hélas c’est comme dire à un morceau de bois de devenir poisson à force de trop résider sous l’eau !

L’autre gros revers fut la question du terrorisme, Hollande contrairement à ses prédécesseurs de la 5ème République a vu la France durement éprouvée de 2012 à 2016. Cela dénotait d’un certain manque de sécurité pour les français. Les grands épisodes sombres sont notamment ceux de Charlie Hebdo où il a réussi à réunir à ce deuil national bon nombre de présidents francophones vomis par leur peuple, y compris Ali Bongo ; l’attaque du Bataclan, la conduite d’un camion sur des kilomètres tuant au moins 84 personnes tout le long de la Promenade des Anglais ; en janvier 2015 l’Hyper Casher situé au porte de Vincennes, Amedy Coulibaly prenait en otage des personnes en tuant 4.

Pour tous ces morts, Hollande s’est senti limité à apporter une réponse sécuritaire aux Français. Or, ce type de revers chez nous n’est pas de nature à pousser à un aveu d’échec puisque que les crimes rituels sont devenus le sport national sans que les commanditaires comme les auteurs de ces tueries ne s’en inquiètent, ils circulent librement dans le pays. On n’a même l’impression que ce sont ces crimes qui « rassurent la pérennité » de ce pouvoir qui a montré ses limites.

L’échec du coté des « anciennes colonies » étaient plus cuisant que d’autres car le règne d’Hollande a permis aux dictateurs de mieux asseoir leurs oppressions sur leur peuple. On croirait que pour lui, la démocratie et la transparence électorale sont un luxe pour les africains. Les cas sont légion ; la pérennité au pouvoir de Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat malgré le refus du peuple de cautionner ce énième hold up électoral, Hollande n’a pas empêché les nombreux massacres orchestrés par ce monsieur ; ce fut le même son de cloche au Congo Brazzaville où Sassou a volé la victoire de son adversaire ; au Niger Mamadou Issoufou a emprisonné le véritable vainqueur avec la bénédiction du gouvernement d’Hollande ; au Tchad, on ne pouvait pas attendre mieux de lui vis-à-vis d’Idriss Deby qui devient un partenaire fiable dans la croisade contre Bokho Aram ; enfin au Gabon, il n’y avait pas meilleur partenaire qu’Ali Bongo puisque il n’est pas Gabonais et son brillant échec face à Jean Ping est un moyen de pression en cas de désir d’indépendance. Ce qu’Hollande et ses amis oublient est qu’Ali Bongo n’est pas un homme de parole.

L’Afrique francophone et particulièrement le Gabon retiendra de François Hollande que son passage à la tête de l’exécutif français a été un non événement et s’en félicite quant à son départ. Son départ est le plus grand acte de tout son quinquennat selon les africains et les Gabonais. Toutefois l’Afrique n’a pas des attentes irréalistes de la part de son successeur qui de François Fillon ou de Marine Le Pen parce qu’elle sait que la France n’a pas d’amis mais des intérêts. Ses peuples doivent se battre eux-mêmes pour leur véritable indépendance. Au revoir président sans charisme, l’Afrique s’en réjouit ! Rideau, fermez !

Par Roland OLOUBA OYABI

Membre du parti pour les 7 Merveilles du Peuple gabonais (7MP, opposition)


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