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Hommage

Martine Oulabou, mémoire tragique d’un assassinat d’Etat resté impuni au Gabon


Analyse
  • Un portrait illustré de Martine Oulabou, martyr de l’Ecole gabonaise © 2018 D.R./Info241
Publié le 24 mars 2018 à 13h05min

Le 23 mars 1992 au cours d’une marche syndicale à Libreville, la police gabonaise n’aura pas rechigné à arracher la vie à Martine Oulabou Mbadinga. L’enseignante assassinée revendiquait avec ses camarades de meilleures conditions d’apprentissage et d’études pour l’Ecole gabonaise. Ce meurtre resté non-élucidé jusqu’à nos jours, marque depuis la commémoration de la journée nationale de l’enseignant gabonais, célébrée depuis 2007 chaque 23 mars. Retour cet assassinat commandité par le régime d’Omar Bongo qui tentait ce jour-là, de conjurer un soulèvement populaire.

Martine Oulabou Mbadinga tuée vraisemblablement d’une balle des forces de l’ordre lors d’une manifestation syndicale n’aura jamais eu justice. Sa famille qui s’était battu pour obtenir justice, aura bataillé en vain pour que les coupables de ce crime odieux soit punis. 26 ans après les faits qui ont marqué à jamais le monde syndical gabonais, aucune lueur de vérité ne semble poindre à l’horizon.

Un lundi meurtier

A l’époque des faits, Martine Oulabou avait 33 ans. Elle était enseignante à l’école publique de la Sorbonne de Libreville. Elle y tenait une classe de CE1. Le jour de son assassinat, le lundi 23 mars 1998 au petit matin, Martine Oulabou se rendait au centre-ville pour participer à une manifestation pacifique organisée par le puissant syndicat des enseignants de l’Education nationale (SEENA).

Le drame serait survenu à l’ancienne Pharmacie gabonaise au centre-ville, près de Mbolo. Martine Oulabou et ses camarades y aurait été pris en tenaille par deux cordons de sécurité de la police gabonaise. Ce serait sur ordre de leur supérieur, le capitaine Nziengui Migueli que les policiers auraient ouvert le feu. Blessant par balle à la clavicule Martine Oulabou.

Une des rares photos de l’enseignante assassinée par le pouvoir de Libreville

Le pouvoir de l’époque craignant d’être renversé par cette grogne sociale au lendemain de la Conférence nationale, voyait d’un mauvais œil cette grève des enseignants lancée depuis le 27 janvier 1992 et la marche qu’ils comptaient organiser. C’est ainsi que vers 9h du matin, le cortège syndical serait tombé dans une embuscade tendue par la police pour en finir avec ce mouvement qui faisait grand bruit dans le pays.

Des armes à feu pour des manifestants pacifiques

Selon plusieurs sources, c’est l’unité spéciale de la police nationale gabonaise qui aurait été envoyée sur le terrain, ce jour tragique. C’est sur ordre des autorités gabonaises de l’époque que les policiers se mirent à tirer avec des « balles en caoutchouc » sur les manifestants pourtant pacifiques. Des détonations assourdissantes et des cris apeurés résulteront de cet emploi disproportionné des armes des policiers.

La version gouvernementale, ici via un communiqué du ministère de la Communication du 24 mars 1992

Plusieurs enseignants furent touchés par le raid sanglant de la police gabonaise du capitaine Nziengui Migueli. La foule des manifestants dispersée, on pouvait voir désormais des corps gisant au sol. Les blessés se comptant par dizaines, le courage et la solidarité d’autres enseignants bravant la peur des armes à feu tentèrent de s’occuper de leurs collègues touchés. Officiellement, deux enseignants seront grièvement blessés : Claudine Agazano (blessée à la cuisse droite) et André Essonghé (il se serait foulé la jambe droite dans la confusion des détonantions).

Les deux enseignants blessés par balle seront rapidement conduits à la clinique privée Chambrier pour les premiers soins. Mais la jeune Martine Oulabou est si gravement atteinte, qu’elle sera transportée en toute urgence en ambulance à la Fondation Jeanne Ebory. Sur le lit d’hôpital à Jeanne Ebory, Martine Oulabou jettera un dernier regard vers les médecins qui tentent de lui sauver la vie et ses collègues venus lui rendre visite.

Un crime d’Etat resté impuni

L’enseignante et militante n’y survivra pas. Ce lundi tragique un peu après 10h, c’est la fin. La courageuse maîtresse d’école Martine Oulabou s’éteint, brusquement arrachée à l’affection des siens. Martine Oulabou n’avait que 33 ans et elle croyait dur comme fer au combat syndical. Elle s’était engagée pour une meilleure Ecole gabonaise et elle y perdit la vie. Laissant sa famille meurtrie et dans l’incompréhension.

Pour rappel au moment de ces faits tragiques, le gouvernement avait à sa tête comme Premier ministre : Casimir Oye Mba. Le ministre de la Défense nationale, de la Sécurité et de l’Immigration, à l’origine de l’assaut des policiers, était Martin-fidèle Magnaga. La ministre de l’Education nationale était Paulette Moussavou-Missambo. La ministre de la Communication, des Postes et Télécommunications, porte-parole du gouvernement était Angèle Ondo. Le secretaire général du SEENA était Samuel Ngoua Ngou.

Le lieu où repose la tombe Martine Oulabou à Ekouk

L’assassinat de Martine Oulabou Mbadinga est venu se greffer à la longue liste des meurtres d’Etat commis par le régime d’Omar Bongo. Des meurtres sur des civils, des syndicalistes qui ne demandaient qu’un mieux-être éducatif pour les milliers d’élèves gabonais dont les maux dénoncés de l’époque sont malheureusement toujours d’actualité. Un meurtre sans coupable, une vie décimée par des hommes dont l’appétit du pouvoir se défait à vitesse effrénée des considérations humanistes et des libertés syndicales pourtant garanties à tous par la Constitution gabonaise.

Pour commémorer ce passé douloureux, Omar Bongo avait décrété en 2007 une journée nationale de l’enseignant. Le 23 mars symbolise depuis cette année-là, la date des larmes du corps éduquant. Une journée du souvenir célébrée timidement par l’Etat. A quelques encablures du lieu où le sang de Martine Oulabou a coulé, se tient désormais une école qui porte son nom. La martyr de l’Education gabonaise repose depuis à Ekouk, à une vingtaine de kilomètres de la capitale.


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