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Assassinat de Doukakas Nziengui : 26 ans après, la vérité manque toujours à l’appel

Assassinat de Doukakas Nziengui : 26 ans après, la vérité manque toujours à l’appel
Doukakas Nziengui © 2015 D.R./Info241

La famille de l’opposant gabonais Doukakas Nziengui Mukwaty, proche de feu Pierre Mamboundou avec qui ils créèrent l’Union du Peuple Gabonais (UPG, opposition), cherche toujours la vérité sur les circonstances entourant sa mort le 12 décembre 1989 à Libreville.

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26 ans après, à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition survenue un 12 décembre 1989 au sein de la prison centrale de Libreville, ses fils exigent toujours la lumière sur cet assassinat commis par le pouvoir politique gabonais qui l’accusait à tord de fomenter un coup d’Etat contre le président gabonais de l’époque : Omar Bongo.

Un décès aux contours non élucidés

Selon plusieurs sources, Doukakas Nziengui était un farouche opposant d’Omar Bongo, mort au pouvoir en juin 2009 après 42 ans de règne sans discontinuité. L’opposant était connu pour son radicalisme et son intransigeance face au régime Bongo dans les années 80, à l’orée de l’avènement de la démocratie en 1990 dans le pays. Après plusieurs tractations politiques funestes, l’opposant aurait été trahi par son neveu Pierre Mamboundou, dans un jeu de façade fomenté par le palais de Libreville.

Pour rappel, Doukakas Nziengui a été arrêté le 25 septembre 1989 pour tentative de coup d’Etat. Sans mandat de perquisition, son domicile fut mis à sac par la police d’Etat de l’époque. Plusieurs effets personnels seront emportés et ne seront jamais restitués à la famille du défunt. De même, plusieurs membres de sa famille et des proches vont également être arrêtés arbitrairement, forcés ainsi à l’exil.

Ayant séjourné et torturé en prison après son arrestation arbitraire, il aurait été enterré nu et vivant au cimetière de Mindoubé de Libreville. Il aurait été conduit à sa dernière demeure dans un sac logé dans la malle arrière d’un véhicule, après avoir été tabassé par ses bourreaux. Cherchant des aveux de son présumé coup d’Etat, les policiers du régime n’obtiendront de sa part que les propos suivants : « Je reconnais avoir rencontré des sujets Français, sur recommandation de mon neveu Pierre Mamboundou pour affaires. Il n’a jamais été question d’un coup d’Etat. »

Il trouva ainsi la mort dans des conditions mystérieuses. Les autorités ayant catégoriquement refusé de pratiquer toute autopsie en présence de la famille pour déterminer les causes réelles du décès. Que cachait donc cette attitude ? Alors que toutes les personnes incarcérées dans le cadre de cette affaire d’Etat ont été acquittées, pourquoi vingt-six ans après la mémoire du défunt n’a toujours pas été réhabilitée ? S’interroge la famille du défunt. Pourquoi Pierre Mamboundou, maîtrisant parfaitement le droit, n’a t-il pas saisi de la justice pour que lumière soit faite ?

La colère de ses enfants pour le devoir de vérité des autorités gabonaises

Sur sa page Facebook, Gyldas Doukakas, fils du regretté opposant s’exprime en ces termes : « s’’il est vrai que le Gabon reste encore un pays de droit, alors le droit sera dit un jour, la vérité sera établie dans son intégralité et la justice sera rendue. C’est un fait. Jusqu’à ce jour prochain, nous avons l’obligation morale de ne JAMAIS oublier l’homme et le souvenir du juste combat qu’il a souhaité mener pour un Gabon plus juste et plus honorable. »

Dans le même son de cloche, un autre fils plus prolixe Parfait Doukakas, a exprimé la veille de cette commémoration : « demain cela fera, jour pour jour, 26 ans que disparaissait à la prison centrale, le détenu politique Doukakas Nziengui. Arrêté le 25 septembre 1989 par les agents du CEDOC quelques semaines après la déclaration officielle faite par Pierre Mamboudou sur les antennes de France 5 à Paris qui annonçait la création de l’Union du Peuple Gabonais (UPG). »

Avant de renchérir, «  le gouvernement de l’époque pour justifier cette arrestation brandissait l’argument selon lequel Pierre Mamboudou et Doukakas Nziengui voulaient déstabiliser les institutions de la République. Mais, faute des preuves, toutes les personnes arrêtées, à cause de cette affaire à dessous, seront acquittées sauf bien sûr Doukakas Nziengui qui succomba à la suite des violentes tortures le 12 décembre 1989, c’est-à-dire quelques mois avant le procès. »

Le fils de Doukakas dénonce une injustice et une pratique flagrante de l’abus du pouvoir d’Omar Bongo : « pour déterminer les causes de son décès, le gouvernement de l’époque ordonna au médecin de pratiquer une autopsie sur son cadavre sans l’avis des parents et sans accepter la moindre contre-expertise que réclamait la famille. »

Une présomption d’innocence bafouée allègrement au nom de la raison d’Etat

Evoquant la présomption d’innocence foulée au pied par le pouvoir d’Omar Bongo, Parfait Doukakas rappelle l’esprit de la loi en vigueur au Gabon, contenu au sein des droits de l’homme universels que « toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. C’est un principe du droit positif gabonais. Doukakas Nziengui détenu politique tué avant procès, n’a pas pu bénéficier de la présomption d’innocence. La vérité n’a pas de tombe ».

La disparition de Doukakas Nziengui restera à jamais une énigme douloureuse pour sa famille qui n’a pas réussi à faire son deuil. Il restera parmi les victimes d’un régime politique gabonais qui brilla par la torture et l’irrespect de la présomption d’innocence pourtant reconnu par le pays comme un droit fondamental de tout accusé que fut-il. Doukakas Nziengui comme Joseph Issani Rendjambe et bien d’autres, est mort au fort de la contestation du monopartisme hérité de la colonisation française du Gabon. Franceafrique quand tu nous tiens !

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