Portrait

André Mba Obame, de fils spirituel d’Omar Bongo à « Moïse » de l’opposition gabonaise

André Mba Obame, de fils spirituel d’Omar Bongo à « Moïse » de l’opposition gabonaise
André Mba Obame, de fils spirituel d’Omar Bongo à « Moïse » de l’opposition gabonaise © 2022 D.R./Info241

Tandis que le Gabon se dirige vers son accession à la souveraineté nationale, nul ne s’imagine que trois ans avant l’autonomisation complète du pays par la France, l’un des nombreux nouveau-nés dont regorgent le territoire deviendrait un acteur important de l’histoire politique gabonaise. Dans la région septentrionale, quantité d’enfants aussi doués les uns que les autres reçoivent une éducation et une instruction française.

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Pour continuer leur parcours scolaire, ils devront néanmoins comme leurs copains de l’intérieur du pays, arpenter les rues de la capitale mais plus important encore, fréquenter ses différentes écoles qui forment les élites du pays. En ces temps, les meilleurs établissements se trouvent au sein de la capitale et l’enseignement de qualité n’est pas significativement décentralisé. A la fin du secondaire, une bonne partie d’entre eux quittent le pays et vont parachever leur formation en Occident avec comme destination de préférence l’Hexagone.

L’illustre disparu

Devenus étudiants, ces futurs cadres militent tout d’abord pour la liberté et la démocratie, conscient de l’autocratie sous laquelle vivent leurs proches restés au Gabon. A l’époque, les partis politiques sont interdits à l’exception du Parti-Etat institué par le président Bongo, le Parti démocratique gabonais (PDG). Mais des militants politiques s’opposent à cette mesure à l’étranger et mettent sur pied des mouvements et des associations politiques antisystème.

Ayant longtemps milité dans ces organisations, un jeune gabonais nouvellement titulaire d’un doctorat en sciences politiques est courtisé par Albert Bongo. Il accepte finalement les avances du président et se rapproche de sa famille. Il combat dès lors le camp auquel il appartenait précédemment et se mue en idéologue du régime qu’il rabrouait avec verve et fracas. A la mort de son « employeur », André Mba Obame (1957-2015) décide de reprendre les armes contre ces ennemis d’antan non sans faire son mea culpa au peuple qu’il a longtemps méprisé.

 Naissance

C’est au village Médouneu que André Mba Obame découvrit la vie terrestre le 15 juin 1957. A ce moment de l’histoire, le Gabon est devenu un territoire français d’Outre-Mer depuis 1946 à la suite de l’adoption en France d’une nouvelle constitution donnant naissance à l’Union française. Medouneu n’est alors qu’une très modeste localité se trouvant dans la région du Woleu-Ntem. Devenu aujourd’hui une ville, Medouneu est le chef-lieu du département du « Haut-Komo ». André Mba Obame est un descendant de la communauté « Fang ».

 Cursus

L’intéressé débute ses études primaires à l’école catholique de Medouneu. André Mba Obame y décroche son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Ses parents, très attachés à la foi chrétienne, décide de l’envoyer faire son secondaire au petit séminaire Saint-Kizito basé dans la ville d’Oyem. Comme il songe à faire une carrière presbytérale, André Mba Obame se rend à Libreville et est admis au séminaire Saint-Jean ; séminariste accompli, le jeune André fait volte-face et abandonne son idée d’être religieux. Il termine alors son secondaire au lycée national Léon Mba en y obtenant son baccalauréat.

Par ailleurs, la réussite scolaire du jeune Obame n’étonne pas grand monde. Depuis le primaire, c’est un élève brillant avec un cerveau parfaitement disposé. Son bac en poche, André Mba Obame est envoyé en occident notamment au Canada et en France afin d’enfouir dans sa besace cognitive, un enseignement universitaire. Il fréquentera l’Université Laval en terre canadienne puis il se rendra en France dans la ville de Paris au sein de la prestigieuse Université de la Sorbonne (actuelle Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). A la fin de celle-ci, André Mba Obame décrocha un diplôme en sciences politiques.

 Retournement de veste et carrière politique

Alors qu’il est étudiant en France, André Mba Obame s’insurge, comme ses pairs à l’époque, contre la politique tyrannique du président Bongo au Gabon et devient un membre actif du MORENA du père Paul Mba Abessole exilé à Paris. En effet, le pays est dirigé d’une main de fer par le chef de l’Etat qui a mis en place une monocratie, s’érigeant en « tsar » à la tête du pays et exigeant à tous les cadres présents sur le territoire et même ceux se trouvant à l’extérieur d’être marqués par le sceau de son entité politique, le sulfureux Parti démocratique gabonais (PDG).

Des pratiques antidémocratiques sont légion et l’accaparement des richesses est organisé par une minorité d’individus dictant les règles sociales et sociétales. Les féaux qui minent l’administration sont la clientélisme politique, le familialisme, l’évergétisme mais aussi la corruption endémique et la « budgetivorisation ». Toutes ces dérives favorisent la précarisation de la population et le jeune Obame les condamne fermement. Mais contre toute attente en 1984, il est contacté par Omar Bongo du Gabon qui le suit depuis un moment.

A 27 ans, le chef de l’Etat veut faire d’André Mba Obame un collaborateur de haut rang à la vue de ses connaissances en politiques ; l’homme a tout de même un doctorat dans le domaine, ce qui était un profil plutôt rare à l’époque. Il décide de se ranger du côté de l’oppresseur et une fois rentré au Gabon, Mba Obame est reçu en audience par Omar Bongo. Sans passé par la case « fonction publique », l’intéressé est « recruté » par le président lui-même au sein de son cabinet. En 1990, André Mba Obame est promu tour à tour aux postes de ministre de l’Agriculture puis des Droits de l’Homme et des Relations avec les Assemblées.

Après des modifications de la loi organique en 1990, il est évincé du gouvernement en raison de son âge qui est en dessous de celui fixé par la Constitution pour occuper une fonction gouvernementale ; l’amendement constitutionnel fixait la moyenne d’âge à 35 ans mais lui n’en avait que 34. André Mba Obame est affecté de nouveau à la présidence et occupe le poste de secrétaire général adjoint de la présidence de la République. En 1996, André Mba Obame se présente aux législatives sous la bannière du PDG et remporte le scrutin dans son département natal du Haut-Komo.

AMO revient au sein du gouvernement l’année d’après et se voit confier le portefeuille ministériel des Relations avec les Institutions constitutionnelles, porte-parole du gouvernement. A la suite de remaniement du gouvernement de février 1999, conséquence directe de la réélection du chef de l’Etat lors de la présidentielle du 6 décembre 1998, André Mba Obame est promu ministre de l’Education nationale, porte-parole du gouvernement. Il occupera ces fonctions pendant approximativement trois ans. Au début de l’année 2002, AMO sera nommé ministre de la Solidarité nationale, des Affaires sociales et du Bien-être.

En 2005, André Mba Obame prend les rênes de l’importantissime ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’Immigration. Cette nomination fait suite aux résultats probants de ses stratégies de fraudes lors des scrutins de 1998 et de 2005, lui qui maîtrise à la perfection la communication et la supercherie politique. Après la disparition du président Bongo en 2009, André Mba Obame est reconduit dans le nouveau gouvernement mis en place le 19 juin 2009 et bénéficie du ministère de la Coordination et du suivi de l’action gouvernementale. Il y sera éconduit le 23 juillet 2003. Entre autres, André Mba Obame est réélu député du Haut-Komo aux scrutins législatifs de 2001 et de 2007.

 Le « fils spirituel » du père et ses dérives

Alors qu’il n’est encore qu’un étudiant en Sciences Politiques au sein de la très renommée Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Omar Bongo à un véritable coup de cœur pour André Mba Obame, natif du sud du Gabon. Ce dernier se fait remarquer par ses prises de position fortes envers le régime qu’il accuse d’opprimer le peuple et de bâillonner la démocratie. Mais l’intéressé dégage une aura particulière, il a le verbe facile et est un « sachant » de haut vol dans sa discipline qui est la politique. A peine il rentre en possession de son doctorat que Bongo le séduit et l’attire dans son escarcelle politique.

Mba Obame cède à la tentation et regagne le Gabon pour collaborer avec son ancien adversaire. Sur place, le président le gave de présents, veille à son omniprésence dans l’équipe dirigeante du pays. Il le présente à sa famille et le met en relation avec son fils, Ali Bongo. Comme geste d’affection profonde, Omar Bongo offre à AMO des voitures de luxe et des approvisionnements importants d’argent dans ses différents comptes bancaires. De plus, André Mba Obame bénéficie d’une totale impunité et gère à sa guise les alléchants budgets alloués aux différents ministères dont il a la charge.

André Mba Obame devient dès lors le « petit protégé » du président, le « fils » qu’il aurait aimé avoir. Le président est à chaque fois en admiration devant ce trentenaire à qui la nature a fait don d’une incroyable richesse cognitive. Pour rendre la pareille à son bienfaiteur, AMO apporte sa massive assistance au chef de l’Etat dans l’élaboration de montages frauduleux devant lui permettre d’être victorieux à chaque fois. Il est récompensé en 2005 quand Bongo fait de lui, le « gardien » de l’intérieur et de la sécurité du pays.

Cette promotion ministérielle, André Mba Obame va la prendre à bras-le-corps et instauré une certaine sécurocratie dans le pays notamment à Libreville. Pour sauvegarder ses privilèges et protéger son mentor, AMO s’oppose avec virulence à ses challengers. Après la présidentielle de 2005, Omar Bongo Ondimba est officiellement déclaré vainqueur mais son principal challenger, Pierre Mamboundou, conteste ardemment les élections. Il appelle ses partisans à manifester et une violente répression est menée à l’endroit des manifestants et des émeutiers.

Mba Obame fomente alors une opération « coup de poing » contre le principal adversaire de son parrain ; rappelons qu’Omar Bongo est le paternel maçonnique de AMO au sein de la Grande loge du Gabon (GLG), ce dernier l’a intégrée peu de temps après son retour au Gabon. Une unité spéciale de l’armée attaque le quartier général (QG) du l’Union du peuple gabonais (UPG), parti politique de sieur Mamboundou dont l’objectif aurait été de neutraliser le concerné. Par chance, l’opposant sera exfiltré des membres de sa formation politique.

Questionné sur les raisons de cette mystérieuse opération, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’Immigration avancera la thèse d’une recherche d’armes de guerre. Pour les gabonais, la couleuvre fut bien sûr impossible à avaler. André Mba Obame continuera de faire montre de son animosité envers les contradicteurs d’Omar Bongo en tentant de réduire au silence les manifestations syndicales et en arrêtant plusieurs personnalités de la société civile tels que George Mpaga, Grégory Ngbwa Mintsa ou encore Marc Ona Essangui.

Aussi, les journalistes ne sont pas à l’abri de ces interpellations. C’est le cas par exemple de Léon Dieudonné Koungou ou de Gaston Asseko. Son appréhension pour la presse s’explique aussi par des accusations lourdes qui pèsent sur lui. Il aurait, selon plusieurs organes de presse écrite, fait une proposition de vente de l’île Mbanié à la Guinée-Equatoriale qui la revendique à nouveau depuis un certain temps malgré la convention signée en 1974 entre les présidents Francisco Macias Nguéma et Albert Bernard Bongo accordant la paternité de cet îlot au Gabon.

Ladite île regorge en effet d’un important gisement de pétrole. Par ailleurs, nombreux sont les opposants politiques qui voient leurs passeports confisqués. Puis, André Mba Obame s’emploie énergiquement dans des négociations de retrait de plaintes contre le président Bongo suite à des accusations de détournements et de blanchiment de deniers publics révélées dans l’affaire dit des « bien mal acquis ».

 Le « frère jumeau » du fils

A son arrivée au Gabon, André Mba Obame est très vite couvé par le président Bongo. Il le présente à son fils Ali Bongo en vue de rajeunir les forces politiques du PDG. Les deux hommes se lient alors d’amitié et créent comme préconisé par le président, un courant de jouvence au sein du Parti-Etat du nom de « Rénovateurs ». Ali et André militent ensemble sans jamais être bien loin l’un de l’autre. André Mba Obame sera d’ailleurs le témoin de mariage de de son « frère » Ali lorsqu’il convola en justes noces avec Sylvia Bongo née Valentin.

Même si ce dernier joue à l’équilibriste car ayant déjà bien sympathisé avec une autre femme de nationalité américaine que son acolyte a rencontré et épousé aux Etats-Unis d’Amérique. Après la conférence nationale de 1990, des nouveaux amendements sont introduits dans la Constitution et les « frères jumeaux » vont tous les deux être écartés des affaires. Une fois en âge d’occuper des fonctions ministérielles, ils reviendront au gouvernement presqu’au même moment.

Mais les deux hommes partagent aussi la même passion ésotérique. Ali Bongo et André Mba Obame sont en effet membres de la Grande loge du Gabon (GLG). Le premier fait partager sa passion pour la musique au second qui donnent de précieux conseils politiques au premier. Pour les détracteurs du pouvoir et des « fils » du président, la paire est qualifiée de « princes des ténèbres ». En effet, Ali Bongo est depuis qualifié comme un monstre froid. Considéré par beaucoup comme le commanditaire de l’assassinat de Joseph Rendjambé, un farouche opposant du régime originaire de Port-Gentil, il est craint par ses détracteurs qui décèlent chez lui, le profond désir de succéder à son père au pouvoir.

André Mba Obame lui est plus considéré comme le « Che Guevara » d’Omar Bongo, celui qui exécute les basses besognes. De plus, des cancans font état de crimes de sang qu’auraient commandités les deux hommes pour des pratiques mystico-fétichistes ; lorsque l’un de ses fils décède dans un accident de moto au courant de l’année 2000, il est accusé de l’avoir sacrifié dans des pratiques mystico-sataniques. André Mba Obame et Ali Bongo furent donc quasiment inséparables, tant le nom de l’autre fut presque toujours associé à celui de l’autre dans des affaires aussi heureuses que sordides.

 Divorce consommé et guerre fratricide

Après le décès de Georges Rawiri, alter égo du président Omar Bongo, et celui de son épouse Edith Lucie Bongo née Sassou Nguesso, le chef de l’Etat est affaibli par le chagrin et par la maladie. Son entourage se rend bien compte que les jours du « patron » sont désormais comptés. André Mba Obame et Ali Bongo s’éloignent en songeant tous les deux à prendre le trône qui sera bientôt vacant. L’un se réclame « héritier légitime » et l’autre « fils spirituel ». Omar Bongo décède le 8 juin 2009. A cet instant, AMO affirme que « La succession présidentielle suivra strictement la voie constitutionnelle contrairement aux plans machiavéliques de certains ».

Cette assertion vise directement Ali Bongo qui est d’ailleurs ministre de la Défense ; suite à cela, les deux hommes ne se parlèrent plus. Mba Obame est en effet au courant des envies de pouvoir de son « frère » d’antan. A partir de ce moment, la séparation est alors actée. De plus, AMO prononce le 17 juillet 2009, un discours dans lequel il annonce sa candidature à la future élection présidentielle anticipée prévue le 30 août de la même année ayant pour intitulé « L’appel de Barcelone ». Cette initiative est d’ailleurs plus symbolique car elle a lieu à l’hôpital Quiron de Barcelone en Espagne, celui-là même où était interné Omar Bongo et dans lequel il rendit l’âme.

Le concerné déclare « Qu’après 25 ans d’apprentissage aux côtés d’Omar Bongo Ondimba, j’ai été préparé à la tâche ». Dans des conditions rocambolesques et peu de temps avant cette annonce, Ali Bongo est investi candidat par le PDG pour le scrutin présidentiel. André Mba Obame est débouté du gouvernement six jours après cette sortie médiatique, lui qui avait pourtant été reconduit ministre le 19 juin. AMO entame dès lors sa campagne électorale et soucieux de se réconcilier avec ses compatriotes, il demande pardon aux gabonais lors d’une rencontre pour les méfaits commis lorsqu’il était aux affaires adoptant une position de génuflexion ; il est d’ailleurs à ce jour le seul ancien baron du régime PDG à avoir demandé officiellement pardon, de surcroît à genoux, au peuple à l’occasion d’un meeting retransmis à la télévision notamment sur sa chaîne « TV+ ».

La réconciliation est effective. Lors de ses différents meetings, le candidat indépendant prononcera des déclarations chocs tels que « Pendant 25 ans, j’étais à côté du président, de jour comme de nuit. Pendant ce temps-là, certains étaient dans les grands avions pour aller dans les grands pays jouer aux princes, aux fils du président. Mais moi, j’étais là. ». Il fait aussi part de sa détermination à devenir président car il n’avait pas pu être prêtre dans le passé. Aussi selon AMO, le père Bongo n’a jamais souhaité une « succession dynastique » à la tête du Gabon.

Ses partisans disent de lui qu’il est le « Moïse » du pays car ayant été élevé dans la maison de pharaon et ayant grandi aux côtés de son fils. Comme dans l’histoire d’origine contée dans les « Saintes Ecritures », André Mba Obame est aujourd’hui opposé au fils du « Roi » et veut délivrer les gabonais de « l’esclavage » politique afin de les conduire vers la « terre promise », un « Gabon » sans impunité dans lequel le peuple sera souverain, satisfait et heureux. Durant toute sa campagne, André Mba Obame invective son challenger et déballe ses tares.

Il loue un avion en Afrique du Sud peint aux couleurs de « AMO président » et son véhicule de campagne est le plus souvent suivi d’un important convoi. Un entrepreneur français est chargé à Libreville de confectionner divers accessoires à son effigie (Tee-shirts, casquettes…). Se définissant comme l’idéologue d’un important système de fraudes électorales quand il était au PDG, André Mba Obame tient à rassurer ses supporteurs que lui seul a les armes pour faire tomber l’adversaire connaissant toutes les tactiques d’en face car étant l’initiateur. Cependant, il sera la cible de nombreuses pressions et intimidations : avion et équipage immobilisés, chaîne de télévision fermée, comptes bancaires plafonnés dérisoirement…

 Défaite et défiance

Le 30 août 2009, le scrutin présidentiel se passe comme convenu mais les résultats officiels des élections donnent Ali Bongo Ondimba vainqueur avec 41,73% des suffrages exprimés contre 25,88% pour Mba Obame, deuxième de l’élection. AMO rejette les résultats, crie à la fraude et au hold-up électoral tout en réclamant la victoire. Même son de cloche du côté de Pierre Mamboundou, opposant historique du pays, qui se déclare lui aussi vainqueur avec un suffrage de 39,15% bien que les résultats officiels lui attribuent un pourcentage de 25,22%. Mba Obame appelle ses partisans à rejeter les résultats et à manifester. Pierre Mamboundou fait de même.

Des heurts éclatent dans quelques villes stratégiques du pays notamment à Libreville et Port-Gentil. Les tensions sont plus vives dans la capitale économique, véritable bastion de l’opposition. Les différents marchés sont en lambeaux, celui dit du « Grand village » est méconnaissable. Les émeutiers n’y sont pas allés de mainmorte. Des voitures et des pneus sont brûlés aux abords de plusieurs artères de la ville. Les affrontements avec les forces de l’ordre sont très violents. Malheureusement, des victimes seront à déplorées. Les chiffres annoncés par les autorités ne traduiront pas cette réalité. D’après plusieurs Port-Gentillais, plusieurs corps auraient été enterré dans des fosses communes ou jetés dans des sacs de farine contenant de lourdes pierres, leur empêchant de remonter à la surface.

Pour pérenniser sa lutte, André Mba Obame crée sa formation politique le 20 avril 2010 dénommée « L’Union National (UN) » en s’unissant à trois autres partis que sont le Mouvement africain de développement (MAD) de Pierre Claver Nzeng Ebome et Jean Eyéghé Ndong, le Rassemblement national des républicains (RNR) de Jean Ntoutoume Ngoua et l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD) composée de Bruno Ben Moubamba, de Paulette Missambo, de Casimir Oyé Mba et de Zacharie Myboto. Au sein de cette nouvelle force politique, la présidence revient à Zacharie Myboto. Le secrétariat exécutif et le secrétariat exécutif adjoint reviennent respectivement à André Mba Obame et à Gérard Ella-Nguéma. Les autres poids lors de cette fusion se voient confier les postes de vice-président. C’est le cas de Jean Eyéghé Ndong, Casimir Oyé Mba ou encore Bruno Ben Moubamba.

Cependant, Les 9 et 16 décembre 2010, la chaîne de télévision du service public français « France 2 » diffuse un documentaire du nom de « Françafrique » réalisé par Patrick Benquet. Une enquête minutieusement menée par les équipes de tournage révèle que André Mba Obame aurait gagné les élections de 2009 avec 42% des voix contre 37% pour Ali Bongo. A Libreville, une information persistante fait état qu’un émissaire du président Sarkozy serait venu à Libreville et aurait rencontré Mba Obame pour lui délivrer en personne la volonté du chef de l’état français qui était qu’il fallait apaiser la situation et accepter la décision des urnes même si, elle avait été truquée. Aussi, en 2010, Les services secrets français auraient confirmé la victoire d’AMO.

A la vue des évènements électoraux similaires en Côte-d’Ivoire et de la révolution tunisienne de 2010-2011, AMO prononce, le 25 janvier 2011, un discours diffusé sur « TV+ » dans lequel il se proclame président non pas sans avoir pris la peine de rappeler qu’il est le véritable gagnant de la présidentielle d’août 2009. Il prête serment sur la Constitution et forme son gouvernement. Ali Bongo via son équipe gouvernementale s’offusque et l’accuse d’avoir « violé gravement » la Constitution. Des poursuites pour « crime de haute trahison » sont engagées contre Mba Obame et les membres de son « gouvernement ».

Ces derniers se réfugient dans les locaux abritant le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). AMO demande au Secrétaire des Nations unies de l’adouber et de légitimer son action. Il n’en sera rien. Son parti, l’UN, est dissoute par Jean-François Ndongou, son successeur au ministère de l’Intérieur. Une procédure à l’Assemblée nationale est aussi introduite pour la levée de l’immunité parlementaire de André Mba Obame. Après plusieurs jours de négociations, AMO et ses collaborateurs regagnent leurs domiciles le 27 février 2011.

 Dégradation sanitaire

Après cet épisode, André Mba Obame affirme être toujours à la quête de la reconnaissance de sa victoire. Mais l’homme se sent physiquement de plus en plus faible. Un mal étrange le ronge. En 2013, il quitte le Gabon et se rend en Afrique du Sud. Sur place, les examens révèlent qu’il serait atteint d’une « hernie discale postéro-latérale ayant entraînée une sciatique paralysante et hyperalgique ». Il se fait opérer mais aucune amélioration sérieuse n’est à relever. Il se rend tour à tour dans les capitales de la Tunisie et du Niger avant d’élire domicile à Yaoundé au Cameroun. André Mba Obame sait qu’il est souffrant mais est convaincu que sa maladie a sûrement une origine mystique. Lors d’une interview accordée à l’Agence France presse (AFP) en janvier 2013, AMO expliquait « J’ai été à plusieurs reprises dans un état de coma avec une paralysie presque totale et des difficultés d’élocution. Ça ressemble à un Accident vasculaire cérébral (AVC) mais il n’y a pas de traces d’AVC au niveau du cerveau » avant d’affirmer « J’ai été l’objet d’attaques mystiques répétées  ».

Au pays, plusieurs de ses proches épousent sa pensée mais désignent un autre coupable au mal qui le ronge : un poison que lui aurait administré avec minutie Francis Sala Ngouah Beaud, un de ses plus proches collaborateurs. En effet, ce dernier travaillait depuis belle lurette à TV+, la télévision privée de AMO et était considéré par ses confères comme étant le meilleur journaliste gabonais, lui qui était un ancien de la radio panafricaine Africa n°1.

Tout au long de la campagne présidentielle, Sala Ngouah Beaud est au plus près de Mba Obame. Il est chargé de chauffer l’auditoire et de préparer à chaque fois le micro qui permet à AMO d’animer ses meetings. Pour les partisans et les proches de l’ancien ministre de l’Intérieur, c’est précisément à ces moments qu’il aurait avec malice, étalé le poison sur le dispositif vocal. Un autre homme est accusé cette fois-ci d’avoir lancer des sorts maléfiques au concerné ; c’est aussi de lui dont parle AMO dans ses déclarations, sans le citer. Il s’agit de Maixent Accrombessi, le directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba et dont le père est un grand prêtre vaudou.

Pour mieux comprendre cette accusation, il faut remonter à quelques années en arrière. Maixent Accrombessi, d’origine béninoise et naturalisé gabonais depuis peu, travaillait pour André Mba Obame qui l’avait fait venir de France où il aurait été videur dans une discothèque. Les deux hommes sont bons amis et au risque de se tromper, c’est une femme qui est au cœur de leur rapprochement. Après plusieurs mois, sieur Accrombessi se lie d’amitié à Ali Bongo et devient son homme de confiance. Il quitte donc son premier samaritain et devient superpuissant aux côtés d’Ali Bongo qui lui donne les pleins pouvoir de décision et lui fait aveuglément confiance. Ce dernier lui aurait demandé alors d’attaquer mystiquement son ancien patron, chose qu’il aurait accepté aisément.

 Disparition et heurts

A chaque fois qu’il recevait de la visite, AMO pouvait compter sur la vigilance de son garde de corps et de son chauffeur. Bien que le peuple eût toujours espoir de revoir le natif du Haut-Komo reprendre la lutte, l’horizon semblait s’obscurcir. Rongé par le mal dont il souffrait et ce malgré les nombreux soins et traitements traditionnels, André Mba Obame s’endort pour l’éternité le dimanche 12 avril 2015 à 12 heures au Cameroun dans la ville de Yaoundé alors qu’il n’est âgé que de 57 ans.

Sa dernière apparition remontait à la fin du mois d’avril 2014 à Rome. C’est par le canal d’une photo prise par un évêque gabonais qu’on reconnut à peine AMO. Il avait énormément perdu du poids et son visage était marqué par la maladie. Mba Obame avait effectué le déplacement pour assister à la canonisation des papes Jean XXIII et Jean Paul à la basilique Saint-Pierre, lui le catholique qui au séminaire Saint-Jean voulut un jour devenir prêtre.

A l’annonce de sa disparition, plusieurs manifestants descendent dans les rues de Libreville le dimanche au soir et accusent le pouvoir d’avoir « jeté des sorts » à André Mba Obame jusqu’à ce que mort s’en suive. Les forces de l’ordre sont immédiatement mobilisés pour atténuer l’ardeur de la colère des partisans du défunt. Nombreux d’entre se rendent au siège de l’UN et y érigent des barricades. Ailleurs, des voitures sont enflammées ainsi que des pneus. Il faut dire qu’à cette période, aucun opposant charismatique n’est en vie.

Pierre Mamboundou est décédé 4 ans plus tôt. Les manifestants vont jusqu’à brûler la représentation diplomatique du Bénin en terre gabonaise. Pour eux, le directeur de cabinet d’Ali Bongo, béninois d’origine et dont le nom est Maixent Accrombessi, est directement lié à la disparition de André Mba Obame. Marie-Roger Biloa, éditorialise, présidente du groupe « Africa International » et du « Thinh tank Club Millenium » avait aussi affirmé que André Mba Obame serait mort des suites d’un empoisonnement au polonium. Mais ces allégations n’ont pour l’heure jamais été prouvées.

 Hommages et derniers embarras

Lorsque la dépouille d’André Mba Obame est transférée au Gabon, une foule immense se rassemble à l’aéroport international Léon Mba. Au moment où l’avion transportant le corps de AMO se pose, hommes, jeunes, femmes, tous vêtus de blanc, ne peuvent retenir leurs larmes. Le cercueil du défunt est couvert du drapeau national. Après un hommage au siège du parti qu’il mit sur pied, une messe à la cathédrale de Libreville fut organisée pour le repos de son âme.

Puis, une veillée d’hommages fut mise en place au stade de Nzeng-Ayong à Libreville. Certains membres du gouvernement voulurent se rendre sur les liens mais ils furent empêchés. Des membres de la société civile et de l’opposition comme George Maga, Marc Ona Essangui, Jean Eyéghé Ndong, Ntoutoume Ngoua, Richard Moulomba Mombo, Augustin Moussavou King, Zacharie Myboto entres autres vinrent s’incliner devant l’illustre disparu.

Le lendemain, le corps de AMO devait regagner sa terre natale mais des blocages et des interférences eurent lieu. En effet, Ali Bongo souhaitait s’incliner une dernière fois devant la dépouille de son ami d’hier mais les plus avertis dénoncèrent une tentative mystique pour récupérer la puissance spirituelle du disparu ; des rumeurs laissaient aussi entendre que le disparu avait pu se procurer l’esprit du président Bongo lorsque celui se rendit dans sa chambre d’hôpital de Barcelone et que Ali Bongo, au courant de cette affaire, voulut récupérer par la même occasion l’énergie mystico-spirituel de son père.

Avec l’appui de Jean Ping, ancien président de la commission de l’Union africaine, le corps de Mba Obame pu être acheminé vers sa terre natale pour s’y reposer éternellement. Les tentatives d’Ali Bongo pour récupérer le pouvoir maçonnique de AMO échouèrent. Le peuple gabonais, comme jamais dans l’histoire, se mobilisa pour empêcher que cela arrive. Il se mua en véritable forteresse pour sauvegarder les acquis mystico-spirituels du défunt.

Jonathan Ndoutoume Ngome, professeur gabonais en géopolitique et en géostratégie, a écrit une œuvre intitulée « Vous entendrez parler de moi : « Je n’ai ni arme, ni armée, j’ai le peuple gabonais et sa détermination. J’irai jusqu’au bout » qui retrace le combat d’André Mba Obame pour l’alternance jusqu’aux derniers épisodes de sa mort.

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