Corruption des magistrats

La surpopulation carcérale du Gabon est l’œuvre de magistrats corrompus, clame un ancien détenu

La surpopulation carcérale du Gabon est l’œuvre de magistrats corrompus, clame un ancien détenu
La surpopulation carcérale du Gabon est l’œuvre de magistrats corrompus, clame un ancien détenu © 2021 D.R./Info241

Le passage ce mercredi de la ministre gabonaise de la Justice Erlyne Antonela Ndembet Damas à l’émission gouvernementale « Face à vous » n’a pas laissé de marbre les téléspectateurs. Parmi eux, l’activiste Landry Amiang qui a séjourné durant 3 ans dans les geôles gabonaises pour outrage à Ali Bongo. Pour lui, la surpopulation des prisons gabonaises est savamment entretenue par la cupidité des magistrats qui tenteraient de monnayer les jugements auprès des proches de détenus. Des accusations graves que l’activiste au franc-parler reconnu, évoque dans une vidéo postée hier sur Facebook devenue virale.

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Alors qu’Erlyne Antonela Ndembet Damas s’est évertuée mercredi soir à expliquer que la surpopulation carcérale trouvait son origine dans l’infrastructurel et le manque suffisant de magistrats croulant sur des piles de dossiers, il n’est rien pour Landry Amiang. Après avoir côtoyé plusieurs années des détenus de la prison centrale de Libreville, cet ancien détenu qui a recouvré la liberté en janvier 2020 est formel sur la véritable raison de cette situation déplorable.

Une vue du plateau de l’émission "Face à vous"

"Le tribunal de Libreville est devenu l’un des endroits les plus corrompus de la République gabonaise. Les magistrats sont corrompus. Ils touchent de l’argent. J’ai des noms des magistrats et des gens qui ont payé !", soutient-il sans ambages. Parmi ces noms figurent en bonne place celui de l’ancien procureur de la République de Libreville Stive Essame Ndong à l’origine de son arrestation à sa descente d’avion le 12 août 2016 en provenance de Miami aux Etats-Unis. Et de lancer : "Vous accumulez les dossiers parce que vous voulez marchander", clame cet ancien prisonnier politique.

La vidéo-réponse de Landry Amiang aux propos de la ministre gabonaise de la Justice

Au delà de cette corruption présumée des magistrats, l’ancien détenu de la maison d’arrêt de Gros-Bouquet affirme avoir 737 noms de prisonniers ayant plus de 5 ans de détention. Des durées illégales de détention préventive sans procès qu’a reconnu la ministre sur le plateau télévisé, avant d’objecter que des pistes de solutions étaient en cours d’élaboration. Landry Amiang cite notamment le cas d’Eric Mouelé (mandat de dépôt : 16 avril 2013) et de Daniel Achille Mombo (mandat de dépôt : 1er mars 2016). "Les gens ont commis des crimes ou des délits, mais jugez-les !", a-t-il lancé à l’endroit de la justice gabonaise.

"Même ceux qui passent en jugement, il faut monnayer pour passer en jugement. Je sais de quoi je parle", scande-t-il dans une vidéo de 7 minutes publiée sur sa page Facebook. "J’ai les noms, les mandats de dépôt. Et si je vais plus loin, j’ai les noms des magistrats qui prennent de l’argent. Je peux dire tel parent a donné tant à tel ou tel a été jugé parce qu’il a donné tant à tel. Tout ça, j’ai ça !", affirme-t-il. Des accusations envers la justice gabonaise et ses magistrats qui ne sont pas nouvelle.

La corruption notoire des magistrats avait déjà été notamment décriée par l’ancien ministre de la Justice, Francis Nkea Ndzigue, lors d’un point de presse en décembre 2017. « La corruption de magistrats est devenue de nos jours un fléau auquel sont quotidiennement confrontés les gabonais. Il n’est pas rare de voir des justiciables payer de fortes sommes à des juges pour obtenir des décisions de justice en leur faveur », avait relevé impuissant, l’ancien patron de la Justice.

L’ancien président du Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG), Germain Nguema Ella, l’avait déjà déclaré ouvertement dans un entretien à l’Union en octobre 2019. « Les magistrats sont obligés de se compromettre parce que l’Etat ne les aide pas à être indépendants (…), le magistrat qui va juger des gens et ne sait pas ce qu’il va manger demain, n’est pas un bon magistrat », avait fait savoir le responsable syndical des magistrats gabonais.

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