politique routière

La tragédie de Kango et la nécessité de repenser la politique gabonaise de sécurité routière

La tragédie de Kango et la nécessité de repenser la politique gabonaise de sécurité routière
la maquette des deux fois deux voies près de Bikelé © 2016 D.R./Info241

L’accident qui s’est produit le week-end dernier à Messe près de Kango, a enregistré 20 morts. Pour rappel des faits, un mini-bus de marque Toyota Hiace qui transportait à son bord des passagers en direction du nord du Gabon, a fait une collision frontale avec un camion chargé de bananes en provenance de l’arrière-pays. Ceci sur une route nationale construite sur une fois deux voies, sans électrification, ni panneau de signalisation.

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Les "bonnes intentions" des autorités

Riche de ses ressources naturelles, le Gabon a développé une économie extravertie reposant prioritairement sur l’exploitation et l’exportation de ses matières premières minérales : le pétrole, le bois et le manganèse. Lors de son accession à l’Indépendance, ce pays présentait un réseau routier insuffisant. Mais, plusieurs facteurs expliquaient cette longue carence au premier rang desquels l’extrême faiblesse de sa population et du parc automobile enfin, la densité d’un arrière-pays pratiquement abandonné à lui-même.

En accédant à la souveraineté internationale, les autorités gabonaises, conscientes des nécessités d’un développement moderne et global, se sont très vite intéressées au désenclavement de l’arrière-pays afin de parvenir à une valorisation plus complète du territoire national.

Dans ce contexte, l’Etat a lancé un nombre important de chantiers routiers ouvrant pour les uns des itinéraires bitumés utilisables en toute saison mais aussi, le plus souvent, de simples pistes de terre compactée. Dès lors, quel type de route a-t-on construit au Gabon, pays qui se veut émergent et dont les richesses ne sont plus à démontrer ?

Le manque d’autoroutes au Gabon

Pour défendre le bilan d’Ali Bongo, certains membres du pouvoir n’hésitent pas à clamer l’idée de construction de routes. Mais de quelle route s’agit-il exactement ? S’agit-il de la création d’autoroutes, d’élargissement d’une route existante à 2 ou 3 voies pour en faire une route à 2x2 voies ou plus encore à chaussées séparées ?

Comment comprendre que certains pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal ou encore plus proche de nous, la Guinée-Equatoriale (pour ne prendre que ces trois exemples) aient pu construire des autoroutes, de routes express ou des routes à 2x2 voies à chaussées séparées alors qu’ils n’ont pas eu les richesses et le budget que possède le Gabon.

Nos lecteurs qui n’ont jamais été au Gabon seront certainement surpris d’apprendre que depuis un demi-siècle, le gouvernement gabonais n’a pu construire que des routes à 2 fois une voie aussi bien à Libreville qu’à l’intérieur du pays. Exception faite au boulevard triomphal de Libreville, voie express qui n’est que la poutre aux yeux pour tromper le regard des touristes et les personnalités diplomatiques.

Un autre constat est de rigueur quand on arrive à la frontière entre le Gabon et la Guinée Equatoriale. C’est une honte de constater que les routes de la Guinée sont semblables à celles de New York tandis qu’au Gabon, nos routes ressembleraient a des pistes d’éléphants qu’on a juste bitumées.

Or, nous savons que le Gabon a bénéficié des recettes de l’or noir. Mais cette richesse est inégalement répartie entre les populations. Comment comprendre qu’un pays aussi riche n’ait pas eu une seule autoroute ? La nationale 1, principal réseau routier reliant Libreville, capitale du Gabon, à l’intérieur du pays s’est construite en une seule fois. Aucune rocade n’est construite dans les périphéries pour désengorger cette fameuse Nationale 1.

Pourquoi doit-on continuer à faire confiance à une famille qui été incapable de construire une seule autoroute en un demi-siècle de règne sans partage au Gabon ? Aujourd’hui plusieurs familles sont endeuillées au Gabon à cause de la négligence de nos autorités. Cet accident aurait pu être évité, si on avait pu construire ne serait qu’une route en deux fois deux voies. Ces voitures n’auraient jamais fait collision.

La sécurité de la route, impossible d’en connaitre les données statistiques

Le parc automobile de même que le nombre d’accidents mortels et corporels se sont considérablement accrus ces dernières années au Gabon. Nous nous souvenons encore de l’accident de Nkoltang qui a vu une femme endeuillée perdant son mari et ses quatre enfants. Un accident qui aurait pu être évité si le pouvoir d’Ali Bongo avait mis en place des panneaux de signalisation.

Les accidents de la route ne cessent de croître au Gabon - surtout à la veille des échéances électorales -, et le nombre de décès et de blessés prend des proportions alarmantes. Certains nous dirons que les accidents de route on en trouve partout, même dans les pays développés. Certes, mais les pays de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord ont non seulement réussi à y mettre un frein mais à inverser la tendance.

Par ailleurs, les données statistiques sur les tués et les blessés classés par famille d’usagers ne sont pas disponibles. Encore moins les passagers et les piétons car ils sont les principales victimes d’accidents mortels, et les blessés plus nombreux parmi les passagers. Les données sur les accidents de la route indiquant l’heure, le jour, l’année et le lieu n’étant pas disponibles, il ne nous a pas été possible d’analyser les variations.

Les taux et le risque d’accidents de la circulation sont calculés à partir du nombre de tués ou de victimes rapporté au nombre de véhicules, alors que la méthode classique consiste à calculer ce risque en comparant le nombre d’accidentés au volume de trafic (nombre de km parcourus). Toutefois, ces données ne sont pas disponibles.

La question de la sécurité routière touche de nombreux domaines : l’ingénierie, l’éducation, la réglementation et son application, l’urgence médicale, et les finances. Autant d’aspects qui ne sont pas pris en compte au Gabon. En effet, la coordination entre les divers ministères et instances concernés semble être un problème crucial et la question de savoir à qui revient la première responsabilité en matière de sécurité routière, fait généralement l’objet de certaines dissensions parmi ces ministères.

Le manque de coordination entre ces entités pour la prise en charge des accidentés

La question de coordination dans la prise en charge des usagers reste cruciale. Entre l’heure où l’accident a lieu et l’arrivée des premiers secours (pompiers, ambulances etc.), il peut se dérouler des heures. Le pays ne disposant pas d’un hélicoptère à la disposition des usagers surtout pour les accidentés graves, certains usagers meurent sur le chemin de l’hôpital, alors que ces décès auraient pu être évités.

Comment concevoir que la Présidence possède des hélicoptères pour les déplacements du président de la République mais pas l’unité de pompiers, un service de santé. Alors même que lorsqu’il y a une urgence médicale ou un incendie dans les quartiers plus proches de la présidence, ces services ne peuvent secourir la population avoisinant cette présidence ?

Pourquoi seul Ali Bongo et ses amis ont-ils le droit de bénéficier de tous les privilèges de la Nation et laissent-ils pour compte la population ? Où se trouve alors l’égalité de chances tant clamée ou encore l’avenir en confiance chère à Ali Bongo ?

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