Gabon : Le site de la Présidence réduit à mendier son hébergement web en plein black-out numérique
Mauvais payeur, vous avez dit mauvais payeur ? C’est une situation aussi cocasse qu’embarrassante qui s’offre depuis peu et encore ce vendredi aux rares internautes parvenant encore à contourner la censure pour surfer. En tapant l’adresse presidence.ga, vitrine numérique censée incarner le prestige et la souveraineté de l’État, le visiteur est accueilli par une banderole d’un genre très particulier. Loin des annonces solennelles, c’est un appel à la générosité publique qui trône au sommet de la page d’accueil.
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« Le plan de ce site a expiré. Offrez une mise à niveau WordPress.com à l’auteur », peut-on lire distinctement, avec en prime une petite icône en forme de paquet cadeau. Une invitation surréaliste qui propose ni plus ni moins au premier bon Samaritain de passage de régler la facture d’hébergement du palais présidentiel. Juste en dessous de cette quête 2.0, l’allocution de S.E. Brice Clotaire Oligui Nguema à l’Assemblée générale des Nations unies tente, tant bien que mal, de sauver les apparences institutionnelles.
Une facture de 40 dollars et des lacunes criantes
Le détail le plus croustillant de cette affaire réside sans doute dans le montant de la douloureuse. En cliquant sur le fameux bouton, le généreux donateur est redirigé vers une page de paiement lui proposant d’acquérir le plan « WordPress.com Business » pour la modique somme de 40 dollars par mois. Une facture d’environ 24 000 francs CFA mensuels que les services de communication du Palais de bord de mer ont manifestement omis de régler, laissant leur plateforme à la merci d’un encart publicitaire des plus humiliants.
La donation à faire pour payer l’hébergement de la présidence
Mais le véritable comble de cette farce institutionnelle réside dans son timing. Cette avanie numérique intervient alors que le pays tout entier est sevré de réseaux sociaux depuis 107 interminables jours. Pendant que les citoyens gabonais sont contraints au silence et coupés du monde digital, la communication présidentielle démontre, avec un amateurisme déconcertant, ses propres lacunes à exister et à se maintenir sur la toile.
Le symptôme d’un désamour profond pour le web
Faut-il y voir la simple négligence d’un webmaster tête en l’air ou le reflet d’une incompétence systémique ? À moins que cet oubli fâcheux ne soit finalement la traduction clinique du désamour profond de Brice Clotaire Oligui Nguema pour cet internet qu’il s’évertue à maintenir sous cloche. Difficile, en effet, de briller sur un web qu’on a soi-même pris soin de bâillonner, au point d’en oublier de payer les factures de sa propre vitrine.
Qu’un site de ce niveau de criticité soit hébergé sur une offre commerciale standard, susceptible d’afficher des appels aux dons à la moindre défaillance de carte bancaire, laisse pantois sur la rigueur accordée à la souveraineté numérique de l’État. En attendant que le Trésor public ou la régie du Palais daigne sortir le carnet de chèques pour éponger ces 40 dollars de la honte, les citoyens compatissants peuvent toujours se cotiser pour éviter que la Présidence de la République ne disparaisse totalement des radars d’un réseau qu’elle a pourtant pris en otage.
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