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Mathurin Anguiley y Ongwenkoro, premier gabonais au sénat de la France coloniale

Mathurin Anguiley y Ongwenkoro, premier gabonais au sénat de la France coloniale
Mathurin Anguiley y Ongwenkoro, premier gabonais au sénat de la France coloniale © 2021 D.R./Info241

Entre le milieu et la fin du 19ème siècle, l’Europe poursuit son occupation des territoires africains via les explorations maritimes qu’elle mène incessamment. La conférence de Berlin qui se déroula du 15 novembre 1984 jusqu’au 26 février 1985 fut un sommet des principaux « empires occidentaux » dont le but était d’organiser et de collaborer entre « Puissants » pour décider du partage et du découpage des différents régions africaines : in fine, ce fut une conférence diplomatique pour élaborer les règles officielles de colonisation.

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Après l’implantation des administrations coloniales, nombreux furent les autochtones africains à se lever pour exprimer leur mécontentement et leur désarroi face à l’envahissement du colon sur leurs terres. Pour ce qui est de l’administration coloniale française, elle fut vomie par nombreux chefs de guerre qui furent malheureusement réduits au silence au moyen de fusils à canon bien plus léthaux que des armes de guerre traditionnelles.

Ce fut notamment le cas au Gabon avec des guerriers et chefs de tribu ou de village tels que Mavurulu Nyonda Makita ou encore Emane Ntole. Mais, il fallu s’adapter au sempiternel combat contre l’homme blanc car ne dit-on pas que « qui connaît l’autre et se connaît lui-même peut livrer 100 batailles sans jamais être en péril  ». Pour parfaire l’adage selon lequel « il faut combattre l’ennemi dans ses plans », d’autres se servirent de l’éducation instaurée par le colon pour mieux le combattre : Mathurin Anguiley y Ongwenkoro (1886-1949) fut l’un d’entre eux et alla même plaider la cause des peuples africains et du Gabon en tant que membre de la chambre haute du parlement français.

 Naissance

Originaire du clan Mpongwè « Agwenkowa » dont provenait son père, c’est dans la ville de Libreville que vient au monde Mathurin Anguiley y Ongwenkoro le 3 juin 1886. Il est précisément né au village « Glass » devenu aujourd’hui un quartier à part entière.

 Cursus

C’est au sein de la célèbre école « Montfort », tenue par des missionnaires catholiques, que Mathurin Anguiley y Ongwenkoro recevra son éducation coloniale. C’est au début de l’année 1900 qu’il y décrochera son Certificat d’études primaires indigènes (CEPI), l’ancêtre de l’actuel Certificat d’études primaires (CEP).

 Vie professionnelle

Comme moult jeunes africains de l’époque, le jeune Anguiley se lance dans la vie active après l’obtention de son CEPI, précieux sésame durant cette époque car les rares détenteurs de ce parchemin était considérés comme des « africains évolués » sachant lire, écrire et parler couramment français. Vers les années 1906, Mathurin Anguiley se met à travailler pour l’administration coloniale. Il y rentre en tant que comptable puis enchaîne çà et là différents postes au sein de celle-ci. Après y avoir passé environ quinze ans, Mathurin Anguiley décide de regagner le privé. Il est alors employé en tant que comptable à l’Office national des bois d’Afrique équatoriale. C’est de là qu’il décide de rentrer dans la vie politique pour défendre ses idéaux en tant que gabonais et en tant que panafricain.

 Combat politique

Pendant son enfance, Mathurin Anguiley y Ongwenkoro a longtemps écouté des histoires sur l’implantation coloniale. Plusieurs membres de sa communauté ethnique critiquaient cette présence illégale et improductive car l’homme blanc était un véritable amoureux de richesses du sous-sol des pays africains dans lesquels il avait élu domicile sans y être invité. Bien qu’ayant reçu une formation scolaire occidentale, le jeune Mathurin se disait qu’en connaissant parler la langue du blanc, celui-ci le percevra différemment et aura plus facilement tendance à échanger voire à collaborer avec les « lettrés indigènes ».

Par ailleurs, les inégalités sociales entre l’occupant et l’occupé sont immenses. Il y avait en ces temps un monde entre les conditions de vie et de travail des employés autochtones et les travailleurs européens. Il fallait alors faire comprendre au colonisateur, dans un langage qu’il assimile aisément et plus encore qui est le sien, que des changements étaient désormais nécessaires. C’est dans les années 1920 que Mathurin Anguiley y Ongwenkoro décide de porter le message de ses compatriotes par le bais d’une lutte non violente mais incisive.

Mathurin Anguiley y Ongwenkoro s’engage en politique pour défendre la situation exécrable que vit les travailleurs autochtones et l’ensemble de la population gabonaise. Il sait qu’en tant qu’évolué, sa voix a un écho bien supérieur à celui d’un indigène lambda. C’est ainsi qu’il grossit les rangs de la Ligue gabonaise des droits de l’homme (LDH) et retrouve d’autres compatriotes engagés bien avant lui dans cette lutte indécise contre « le visage pâle » notamment Ndendé Dibantsa, leader charismatique et dynamique issu des régions côtières du sud du Gabon.

Plusieurs réformes « impérialistes » créent la polémique et attisent la colère du plus grand nombre comme les mesures de résidence discriminatoires ou encore des privilèges indécents accordés aux gabonais ayant du sang européen communément appelés « les métisses ». Mais un évènement planétaire viendra changer la donne dans cette haletante bataille : il s’agit de la Deuxième Guerre Mondiale. Débutée en 1939, celle-ci ne s’achèvera qu’en 1945 grâce notamment au volontariat de plusieurs africains qui furent engagés dans l’armée coloniale pour servir et protéger la France lorsqu’elle fut occupée par les nazis.

Au lendemain de la libération de la France, une quatrième République est envisagée et va très vite être instaurée, ce qui entraînera de profonds changements dans la vie politique des colonies françaises d’Afrique. Le Gabon qui était jusque-là une colonie française d’Afrique devient officiellement un territoire français d’outre-mer. Politiquement au sein des territoires d’Afrique équatoriale française (AEF), des formations politiques naissent et des élections territoriales sont désormais organisées. Les gagnants de celles-ci représentent leurs régions dans les différentes institutions législatives de la métropole française (Paris).

En 1946, des élections législatives sont organisées. Jean-Hilaire Aubame, homme politique d’influence à l’époque, crée l’Union démocratique sociale gabonaise (UDSG). C’est sous la bannière de celui-ci que Mathurin Anguiley devint le premier gabonais à siéger dans un sénat. En effet, durant les législatives de 1946, Jean-Hilaire Aubame sort vainqueur du scrutin. Il pèse alors de tout son poids pour que Mathurin Anguiley puisse être élu conseiller. L’USDG est en ces temps affiliée au Parti progressiste africain avec lequel il présente une liste commune appelée l’Union républicaine et résistance.

C’est précisément le 3 janvier 1947 que Mathurin Anguiley y Ongwenkoro intègre le sénat français et y plaide pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des siens. Près d’un an plus tard, il remporte à nouveau le scrutin et est réélu sénateur le 14 novembre 1948.

 Disparition

A 63 ans, l’homme qui s’est longtemps battu pour la considération sociale et sociétale des siens est éreinté. Sa santé reste fragile. Mathurin Anguiley y Ongwenkoro finit par s’éteindre le premier jour du mois de juin 1949 alors qu’il se trouvait au Gabon.

Cependant, un flou demeure sur les circonstances réelles de son décès mais il se susurre qu’il aurait été empoisonné à Brazzaville par un inconnu délégué par un administrateur français qu’il avait fait rapatrier pour racisme et maltraitance envers des employés indigènes. Mathurin Anguiley y Ongwenkoro a été inhumé à l’ex cimetière de « Kerellé ». Mais le cimetière fut détruit en 1960, ses ossements furent récoltés et enterrés au cimetière de « Nédia » sis au quartier Plein Niger de Libreville.

Il reçut de la part du sénat français et de ses collègues, un vibrant hommage qui fut lu lors de la 2ème session ordinaire en date du 10 juin 1949. Des salles des chambres basse et haute du parlement gabonais portent son nom pour éterniser le parcours de cet icône du pouvoir législatif.

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