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Portrait

Marie-Agnès Koumba, une femme de poigne au service de l’alternance politique au Gabon

Marie-Agnès Koumba, une femme de poigne au service de l’alternance politique au Gabon
Marie-Agnès Koumba, une femme de poigne au service de l’alternance politique au Gabon © 2021 D.R./Info241

Durant l’année 1958 qui est par excellence celle de la transformation profonde de l’administration fédérale franco-africaine établie par les autorités de Paris sous le nom d’Afrique-équatoriale française (AEF), des bouleversements politiques vont changer à jamais l’image de cette zone stratégique de l’Afrique. Bien avant l’année 1946, les pays réunis au sein de ce regroupement politico-administratif étaient considérés comme des colonies de l’empire français mais ce n’est qu’un an après la Seconde Grande Guerre que ces régions sont devenues des territoires français d’Outre-Mer.

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Une douzaine d’années plus tard, c’est un référendum constitutionnel qui est organisé par l’exécutif français. Celui-ci octroie une plus grande autonomie à ces territoires d’Afrique centrale avant l’avènement des indépendances au courant des années 1960. C’est aussi à la fin de ces années 1950 que vont naître en Afrique, une nouvelle classe d’instruits Africains représentant la modernité doctrinale en matière de d’organisation politique mais aussi en matière d’organisation socio-économiques.

Marie-Agnès Koumba (1958-2021) dont nous dressons le portrait aujourd’hui, épouse clairement ce renouveau politique car au moment où les républiques autocratiques d’Afrique devinrent des environnements de pluralité politique. Elle a su apporter son intellect au débat national pour favoriser le bien-être et le vivre-ensemble. Par ailleurs, comme dans toutes les batailles que nous menons durant notre existence, il y a celles dont nous ne sommes guère fiers car trop souvent poussés à faire le choix erroné de vouloir changer les mécanismes vétustes et désuets d’une nébuleuse en y étant à l’intérieur. On finit ainsi par trahir nos idéaux. Mais la raison n’étant pas qu’« Hélène », elle nous redirige vers les voies, longtemps abandonnées, de la vérité et du bon sens.

 Naissance

C’est le 24 mai 1958 que vient au monde Marie-Agnès Koumba. Sa mère lui donne naissance dans la ville de Brazzaville où ses parents résidaient et qui était en ces temps la capitale de la fédération politico-administrative du nom d’Afrique équatoriale française (AEF) avant que celle-ci ne soit dissoute après le référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 transformant les anciens territoires français d’Outre-Mer de cette région de l’Afrique en républiques autonomes.

 Formation

Rentrée au Gabon en 1962 après que des tensions extrêmes aient éclatées entre la République gabonaise et celle du Congo à la suite du match retour de football en terre congolaise comptant pour la coupe des Tropiques, Marie-Agnès Koumba commence son cursus dans la ville de Port-Gentil. Ses parents voulaient qu’elle reçoive une éducation catholique qui représentait pour plusieurs tuteurs de l’époque, un incubateur réel d’apprentissage des valeurs humaines.

C’est ainsi qu’elle fréquenta d’abord l’école Sainte-Thérèse puis elle rejoignit l’école primaire Saint-Louis dans laquelle elle obtint son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Elle intégra ensuite le collège Saint-louis (actuel Collège et Lycée Raponda-Walker). Après que la jeune Marie-Agnès ait obtenu son Brevet d’études du premier cycle (BEPC) au sein de cet établissement secondaire, elle fut transférée à Libreville en 1974 à l’institut Immaculée Conception. Elle optera pour un parcours littéraire et sortira nantie d’un baccalauréat en série B. Elle était alors âgée de 16 ans.

Son baccalauréat en poche, Marie-Agnès Koumba s’inscrit à l’Université nationale du Gabon (UNG) créée en 1970. Elle fréquente la faculté de Sociologie. Devenue Université Omar Bongo en 1978, les cours au sein des amphithéâtres de l’ex UNG sont suspendus suite aux pillages et violences contre les ressortissants béninois résidant à Port-Gentil ainsi qu’à Libreville. La raison : lors du sommet de l’Organisation de l’union africaine (OUA) le 19 juillet 1978, le président béninois, Mathieu Kérékou, accuse le président Bongo d’avoir orchestré son éviction du pouvoir avec la complicité du corrosif mercenaire français Bob Denard.

Des heurts éclatent au Gabon et le pays est quasiment à l’arrêt durant plusieurs jours. En dépit de ces perturbations à dénotation politique, la quiétude fit son retour dans tous les secteurs d’activité ainsi que dans établissements primaires, secondaires et universitaires. Deux ans après ce malheureux épisode, Marie-Agnès Koumba décrocha sa licence en sociologie. Elle poursuivit son cursus à l’Université des sciences humaines de Strasbourg en France et fut auréolé d’un Diplôme d’études approfondies en ethnosociologie en 1983 après trois ans de formation.

 Carrière administrative

Lorsqu’elle obtient son DEA en ethnosociologie en 1983, Marie-Agnès Koumba regagne peu après le Gabon. Elle intègre la même année la fonction publique et y est engagée comme Enseignant-Chercheur à l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH). Poste qu’elle n’occupera pas bien longtemps car en 1984, elle est nommée directrice de la condition féminine au Secrétariat d’Etat à la promotion féminine. Par la suite, elle occupera successivement les fonctions de directeur général de la culture, premier secrétaire général du Conseil économique et social (CES), secrétaire générale de la présidence de la république rattaché à la vice-présidence. Au sein de la haute administration gabonaise, Marie-Agnès Koumba se verra confier comme dernière fonction celle de directeur de cabinet du vice-président de la république.

Durant l’année 2000, Marie-Agnès Koumba travaille pour le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) en tant que consultante. En effet, elle s’était déjà faite remarquer par plusieurs organismes internationaux dans les années 1984-1985 à l’époque où elle était en poste au secrétariat d’Etat de la promotion féminine. Au cours de ces années-là, elle avait participé activement à plusieurs conférences internationales dont celles organisées par l’Organisation des nations unies (ONU).

De plus, elle joua un rôle majeur lors de la conférence nationale de 1990 et avait été chaleureusement saluée et félicitée par plusieurs acteurs majeurs de la vie politique gabonaise dont elle avait forcé le respect de par sa grande humilité et son insatiable envie de dialogue et de cohésion. Après son passage à l’Unicef, Marie-Agnès Koumba est approchée par l’Union africaine et y engagée en qualité d’observateur politique. C’est ainsi que de 2005 à 2009, elle vaquera à cette tâche au sein de plusieurs Etats africains.

 Carrière politique au sein de l’opposition modérée

Marie-Agnès Koumba s’immisce dans l’arène politique en 1990 précisément durant le déroulement de la conférence nationale (19 mars au 28 avril 1990) convoquée par le président Omar Bongo. L’objectif de cette consultation nationale inédite dans le pays était d’assainir l’environnement politique et de le moderniser avec notamment l’instauration du multipartisme et des groupements de défense d’intérêt général à l’instar des syndicats ou de toute autre organisation représentationnelle.

Elle occupera le poste de secrétaire général de l’Association pour la défense des droits de la femme et des enfants (ADDFE). Sérieuse, engagée et ayant une rhétorique affinée lors de ses interventions, elle gagne la confiance de plusieurs autres intervenants politiques et se voit confier le poste de présidente du Suivi des actes de la conférence nationale. Le fait qu’elle fut aussi une actrice prépondérante des intérêts et de la défense de la gent féminine et de l’enfant pesa significativement dans cette décision.

Durant son mandat, elle fut étroitement en relation avec le Premier ministre dit de « transition » de l’époque : un certain Casimir Oyé Mba. Le but de l’opposition en ces temps et par conséquent de Marie-Agnès Koumba était de renverser le régime Bongo afin de libérer le pays des griffes du sous-développement et de la précarité : apporter de la lumière dans cette sombre obscurité créée et entretenue par le tentaculaire « parti unique ».

En 1993, la première élection présidentielle multipartite est organisée au Gabon. Omar Bongo est candidat à sa propre succession mais cette fois-ci, il est challengé par plusieurs de ses opposants notamment Paul Mba Abessole ou encore Didjob Divungi Di Ndinge. Ce dernier était le secrétaire général du parti de l’Alliance démocratique et républicaine (ADERE) qui était un regroupement de 7 formations politiques et c’est au sein de ce parti que Marie-Agnès Koumba s’engagea.

Mais l’ADERE perdit la présidentielle de 1993 et se rapprocha du parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais (PDG). Du fait de sa proximité avec le président Bongo, l’ADERE rejoint le camp de l’opposition modérée et Didjob Divungi Di Ndinge est fait vice-président au mois de mai 1997. Marie-Agnès Koumba est alors appelée par ce dernier, à travailler à ses côtes. Jusqu’en 2009, l’ADERE était un parti proche de celui au pouvoir et d’ailleurs sieur Didjob préserva son fauteuil de vice-président jusqu’à la disparition du chef de l’Etat Omar Bongo précisément jusqu’en octobre 2009.

D’après plusieurs cadres de l’ADERE, le président Bongo avait su établir un lien fort basé sur la tolérance et le dialogue pour qu’il lui soit fidèle. Marie-Agnès Koumba, cadre dudit parti, fit le choix en ces temps de se ranger du côté de l’infâme PDG, jetant aux orties son combat inaugural tout comme ses pairs d’ailleurs.

 Carrière politique dans l’opposition radicale

Le décès du président Bongo en 2009 contraint les autorités gabonaises à organiser une élection présidentielle pour élire un nouveau chef de l’Etat. Le fils du président Bongo, Ali Bongo, veut impérativement succéder à son père sans respect aucun pour la hiérarchie du parti de son père dont il n’est même pas encore le président. Un cacique du régime PDG, sieur Casimir Oyé Mba, est presque assuré de remporter l’élection à la présidence du parti pour en être le candidat pour l’échéance à venir mais Ali Bongo ne l’entend pas de cette oreille et s’approprie. Casimir Oyé Mba perd l’investiture dans des conditions mystérieuses et claque alors la porte du PDG. Marie-Agnès Koumba claque elle aussi la porte de l’ADERE et décide d’apporter son soutien à Casimir Oyé Mba qui se présente à la présidentielle de 2009 en qualité d’indépendant. Ali Bongo remportera dans des conditions troubles l’élection et la sphère politique se fissure.

Casimir Oyé Mba, Zacharie Myboto, André Mba, Marie-Agnès Koumba et d’autres politiques du pays, anciennement proches ou ayant appartenus au PDG, décident de mettre sur pied une nouvelle formation politique pour contre-attaquer le parti au pouvoir. Marie-Agnès Koumba fit partie d’un comité d’experts chargé de réfléchir sur les aspects juridiques et organisationnels.

C’est ainsi que l’Union nationale (UN) fut fondée en février 2010. Marie-Agnès Koumba en devient un maillon important et accède à la présidence de Coordination nationale du mouvement des femmes de l’Union nationale en 2014, elle s’y fait appeler affectueusement « MAK ». De mars 2011 à janvier 2015, Marie-Agnès Koumba fut privée de son traitement de « chercheur » pour avoir acceptée de faire partie du gouvernement de transition nommé par André Mba Obame lorsqu’il s’autoproclama « président élu de la république gabonaise ».

 Décès

Marie-Agnès Koumba quitte à jamais l’affection des siens le mardi 14 septembre 2021. C’est finalement la Covid-19 qui aura eu raison d’elle, elle qui n’avait que 63 ans d’âge. Sa disparition laisse un grand vide sans sa famille biologique. Du côté de sa grande famille politique du nom de « Union nationale (UN) », c’est une perte colossale qu’a subi cette formation politique d’opposition pour laquelle elle avait pleinement participé à tous les travaux préparatoires l’ayant donnée naissance.

Elle était vice-présidente sur la liste présentée par Paulette Missambo lors de l’élection des futurs responsables nationaux du parti. Un vibrant hommage, chargé d’émotions et de chagrin, lui a naturellement été rendu par sa famille politique.

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