Portrait

Léon Mebiame Mba, d’officier de police à indéboulonnable Premier ministre gabonais

Léon Mebiame Mba, d’officier de police à indéboulonnable Premier ministre gabonais
Léon Mebiame Mba, d’officier de police à indéboulonnable Premier ministre gabonais © 2021 D.R./Info241

Au moment où le Gabon devint un pays autonome, des guerres de pouvoir au sein de l’administration locale oppose deux clans antagonistes : celui de Léon Mba Minko confronté à celui de Jean-Hilaire Aubame. Mais très vite, le premier cité prend le dessus avec l’aide de puissants hommes d’affaires français installés au Gabon en dépit de quelques tractations politiques qui encourageront la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, une entente fragilisée par la vision diamétralement opposée des partisans du Bloc démocratique gabonais (BDG) et de l’Union sociale démocratique gabonais (USDG).

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In fine, c’est bien sieur Léon Mba qui deviendra le premier homme fort gabonais intronisé par les plus hautes autorités françaises. Léon Mebiame Mba (1934-2015) dont nous dévoilons le portrait aujourd’hui, fut comme beaucoup d’hommes instruits de cette époque, un indéniable fidèle des régimes au pouvoir. D’abord celui de Léon Mba et par la suite celui d’Albert-Bernard Bongo.

L’illustre disparu

Mais il est important de signifier que ce dernier fut d’abord une personnalité policière, le pionnier au sein du commandement des forces de police nationale. Mais en dépit de son grade d’officier et du respect que cela lui conférait, les partitions qu’il a jouées auprès des présidents Léon Mba et Bernard Bongo ont clairement été critiquées et désavouées par les populations et par les maigres poches de résistance antisystème présentes dans le pays.

 Naissance

Léon Mebiame est né le 1er septembre 1934 au sein de la ville de Libreville qui à ce moment de l’histoire était déjà la capitale du Gabon, ancienne colonie française d’Afrique et membre du gouvernement général du nom d’Afrique équatoriale française (AEF). Il était d’ethnie « Fang ».

 Cursus

Au début des années 1940, Léon Mebiame est envoyé à l’école. Il fera toutes ses études primaires à l’école « Montfort » de Libreville. Par la suite, il rejoint le Lycée national de sa ville natale. Mais durant ces années où plusieurs indigènes sachant lire et écrire songeaient à travailler très tôt pour subvenir aux besoins familiaux, Léon Mebiame rejoint Brazzaville pour y suivre des cours de préparation aux carrières administratives dans le centre de ladite ville qui était spécialisée dans la formation précitée. Il fait le choix d’intégrer les forces de police de l’Afrique équatoriale française (AEF) en qualité d’inspecteur fédéral de police. Pour ce faire, il passe un concours pour accéder à cette fonction et sort « major » dudit concours.

En 1959, Léon Mebiame atterrit en France pour y suivre une formation d’officier à l’Ecole nationale supérieure de police (ENSP) localisée dans la ville de Lyon précisément dans la commune de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. C’était en tout cas le souhait du défunt président gabonais, Léon Mba, qui avait sûrement à cœur, le désir de voir un autochtone diriger les forces de police nationale qui étaient alors regroupées au sein de la Direction générale de la sûreté nationale. Après plusieurs stages de perfectionnement à la direction générale de la police nationale de Paris, Léon Mebiame obtient son diplôme d’officier de police en 1960. Il devient alors « commissaire de police ».

 Carrière policière

En 1957, Léon Mebiame sort nanti d’un diplôme d’inspecteur fédéral de police après avoir gagné des mois plus tôt, le concours de recrutement d’inspecteurs fédéraux de police à Brazzaville, capitale de l’AEF en ce temps. C’est ainsi que Léon Mebiame est envoyé en mission dans la ville de Fort-Lamy (aujourd’hui N’Djaména) au Tchad la même année. Il y passe deux ans et regagne le Gabon en 1959. Jusque-là dirigée par des officiers français, Léon Mba désire alors que la direction de la sûreté nationale soit administrée par un citoyen gabonais.

Il jette alors son dévolu sur sieur Mebiame et décide de l’envoyer en Hexagone pour qu’il y suive une formation d’officier de police. Le concerné réussit aisément sa formation et rentre au Gabon avec le grade d’officier. Devenu commissaire de police après sa formation au sein de l’Ecole nationale supérieure de la police (ENSP) sise en France précisément dans la métropole lyonnaise de Lyon et fort des stages passés à Paris au sein de la Direction générale de la police nationale, Léon Mebiame est nommé directeur-adjoint de la sûreté nationale gabonaise.

Le 7 novembre 1963, Léon Mebiame alors commissaire principal de police est nommé directeur de la police gabonaise par l’arrêté n°370/MFP. Mais c’est bien Le président Léon Mba qui est derrière cette nomination car Léon Mebiame est un de ses proches confidents et un collaborateur d’une fidélité avérée. Léon Mebiame succède alors au sulfureux commissaire de police français, Georges Conan, qui occupait ce poste depuis le 18 mars 1961. C’est ainsi que Léon Mebiame devient le premier gabonais à occuper cette fonction au sein de la police gabonaise, lui qui fut aussi le premier gabonais à être nommé commissaire principal bien après le premier chef de service local de la police gabonaise, le commissaire de police Cabane.

 Carrière politique et administrative

Quelques mois avant qu’il ne tombe gravement malade notamment le 25 janvier 1967, le président Léon Mba intègre Léon Mebiame dans son équipe gouvernementale, il y occupera plusieurs postes. Léon Mebiame bénéficie des largesses présidentielles car il est un membre actif du Bloc démocratique gabonais (BDG) et sa proximité avec Léon Mba est significative ; il devient sous-secrétaire d’Etat à l’intérieur puis ministre. En 1968 quand le président Léon Mba décède à Paris, Albert Bernard Bongo le succède à la tête du pays et décide de faire à nouveau confiance à Mebiame.

Léon Mebiame est nommé vice-président du gouvernement le 25 janvier 1968, une sorte de premier ministre bis car objectivement, le président Bongo cumulait de manière tacite les fonctions de président et de premier ministre. Mebiame occupera cette fonction durant sept ans. En 1975, le président Omar Bongo, converti à l’islam en 1973, met en place une série de réformes politiques et administratives. La fonction de vice-président de gouvernement est abolie et celle de premier ministre voit le jour. Léon Mebiame est alors nommé à cette fonction le 16avril 1975.

Après la réélection d’Omar Bongo en 1979, seul candidat à sa succession après avoir fait taire Germain Mba qui était son unique challenger à la présidentielle de cette année-là, Léon Mebiame est reconduit à son poste. Craint, discret et respecté d’entre plusieurs, Léon Mebiame provoquait souvent les rires de nombreux gabonais qui regardaient ses allocutions télévisées dans lesquelles il se plaisait à présenter les membres de ses différents gouvernements avec sa célèbre et hilarante phrase « Premier ministre : moi-même ».

Le 9 novembre 1986, Omar Bongo gagne à nouveau la présidentielle et confirme Léon Mebiame à sa fonction de chef de gouvernement le 6 janvier 1987. Mais le vent du multipartisme qui touchera aussi le Gabon contraindra Omar Bongo à unifier la classe politique en appelant à l’unité et à l’union nationale au sein même de l’administration et de tout autre poste de gestion publique. C’est ainsi qu’après 15 ans et 7 jours à la tête de la primature gabonaise, Léon Mebiame sera remercié le 3 mai 1990 succédé par Casimir Oyé Mba.

Après avoir été un cadre administratif et un cacique du Parti démocratique gabonais (PDG), Léon Mebiame quitte le PDG et rentre dans l’opposition au courant des années 1990. Ses révélations chocs au cours d’une interview accordée au journal historique d’opposition « Le bûcheron » feront grand bruit. Il avait clairement affirmé n’avoir jamais gouverné car selon Léon Mebiame, l’ensemble des décisions étaient prises par Omar Bongo qui concentrait sur lui tous les pouvoirs.

Pis en 1998, Léon Mebiame va jusqu’à défier son parrain politique dans les urnes pendant l’élection présidentielle de 1998. Après son échec à cette présidentielle, Léon Mebiame se retire de l’arène politique, gêné par un état de santé de plus en plus instable. En 2009, Léon Mebiame devient président de la chambre de commerce, de l’industrie et des mines de Libreville en remplacement de Joachim Boussamba.

Une dernière nomination émanant d’Omar Bongo lui-même en signe de reconnaissance du travail accompli des années avant. Il y restera jusqu’en 2010, évincé certainement par la disparition de son « mentor » de toujours, l’indéboulonnable président Omar Bongo ayant ajouté en 2004, le nom de son défunt père « Ondimba » à son acte d’état civil.

 Disparition

Durant les dernières années qui ont précédé sa mort, Léon Mebiame était accablé par des soucis de santé, lui qui se rendait souvent en France pour des raisons médicales. Il avait pour thérapie l’agriculture et l’élevage, activités vivrières ancestrales dont il n’avait jamais d’en faire la pratique. Interné dans une structure sanitaire de Libreville suite à la dégradation de son état de santé, Léon Mebiame Mba tire sa révérence dans la nuit du 17 au 18 décembre 2015 au soir de sa 81ème année d’existence.

Il est l’éponyme d’une cité résidentielle de la capitale gabonaise sise dans le 2ème arrondissement du nom de « Cité Mebiame » dans laquelle une école publique du nom de « Ecole publique cité Mebiame » y est basée.

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