Portrait

Jean-Claude Brouillet, l’un des pères de l’aviation civile gabonaise

Jean-Claude Brouillet, l’un des pères de l’aviation civile gabonaise
Jean-Claude Brouillet, l’un des pères de l’aviation civile gabonaise © 2022 D.R./Info241

Quand les explorations et les différentes missions de reconnaissance et de délimitation des territoires africains débutent véritablement au courant des années 1800, la topographie et la géographie des différentes régions présentent des reliefs et des environnements naturels complexes. D’année en année, les européens s’établissent au moyen des comptoirs commerciaux puis des stations destinées à l’édification d’administrations coloniales. Le site du Gabon, dont la côte est importante et la forêt encore plus, va constituer un casse-tête pour les navigateurs et explorateurs occidentaux en raison des différentes saisons mais aussi de l’inconnu informationnel lié à la non connaissance de la faune et de la flore équatoriale.

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Durant plusieurs années, la dense forêt équatoriale constituera un frein à l’avancée des missions. N’eût été la collaboration, voulue ou obligée, des populations indigènes présentes sur place, les coloniaux auraient certainement eu du mal à déchiffrer les arcanes de cette partie de l’Afrique équatoriale et ses environs. Les moyens de locomotion n’étaient pas légion. Les navires et pinasses étaient les plus prisés et dans quantité d’endroits, l’accès n’était possible qu’à pied.

L’illustre disparu au coté du premier président du Gabon

Il aura fallu attendre le début des années 1950, pour diversifier le transport et alléger les difficiles efforts de voyages qui pouvaient durer parfois des mois sauf le cas échéant, lors des conflits armés pour le ravitaillement et le transport des troupes. La voie des airs gabonais, dont le panorama nous dévoile l’immensité de sa forêt, fut défier par un jeune aventurier et résistant français qui s’établit au Gabon pour y faire fortune et réaliser un rêve qui a longtemps sommeillé en lui : celui de fondé une compagnie d’aviation.

Son nom, Jean-Claude Brouillet (1925-2016). Son influence et son importance firent de lui, l’un des bras armés des services secrets français en terre gabonaise. Son implication et sa mobilisation lors des élections territoriales de 1957 détermina l’issue du scrutin et inévitablement le destin politique du Gabon. Pilote de brousse à la base, Brouillet deviendra une légende incontournable de l’aviation gabonaise en particulier et de celle de l’Afrique en général. Allons-y à sa découverte.

 Présentation globale

C’est dans le département de Lot-et-Garonne dans la commune de Villeneuve-sur-Lot que vint au monde, le 21 mars 1925, Jean-Claude Brouillet. L’aviatrice et résistance française, Marguerite Brouillet, était sa génitrice. Son fils, Jean-Claude Brouillet, est le dernier de ses huit enfants. La dernière femme qui a partagé sa vie était son épouse, Joséphine Brouillet. Il a eu trois enfants avec une haïtienne prénommée Tokahi : une fille du nom de Havaïki Brouillet et un fils, Tokiri Brouillet.

Jean-Claude a aussi eu un fils, Vladimir Brouillet, conçu avec l’ancienne célèbre actrice franco-russe, Marina Vlady née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, qu’il épousa en 1963 et dont le divorce fut prononcé en 1966. Jean-Claude Brouillet était aussi un passionné de plongée sous-marine. C’est sans doute pour cela qu’il s’éprit langoureusement de régions constituées d’îles exotiques comme Haïti et la Polynésie où il acheta d’ailleurs une île coralienne et y bâtira une ferme perlière « Polynésie Perles » et deux superbes hôtels « le Kia Ora de Moorea » et le « Kia Ora de Rangiroa ».

Plus tard, Brouillet les revendit au « Sofitel Hotels & Resorts », un groupe d’hôtellerie de luxe basé à Paris. Il a acquis plusieurs propriétés notamment dans le Sud-est de la France sur la côte d’Azur dans la ville de Saint-Tropez par exemple, dans son département natal, le Lot-et-Garonne et bien sûr au Gabon. Il était aussi un fana de bateaux et en a possédé plusieurs tels que ses bateaux à voile « l’Ashanti » et « African Queen », un Yacht du nom de « Erna », « African Queen », un modeste bateau de plaisance qu’il détenait à l’époque où il vivait au Gabon, du même nom que l’un de ses voiliers. En 1980, Brouillet s’offre entre autres un ranch au Paraguay dans lequel il avait mis sur pied une exploitation d’élevage de bétail. La même année, il détenait une compagnie d’huile de jojoba, la « Jojoba Oil Co. » qu’il avait créée dans l’Etat américain d’Arizona. Jean Claude Brouillet possédait la nationalité gabonaise depuis le 17 août 1960, date officielle de l’indépendance du Gabon.

 Formation

Jean-Claude Brouillet est détenteur d’un Brevet militaire de pilote obtenu aux Etats-Unis à la « Tuscaloosa flying school », école militaire de la ville de Tuscaloosa située dans l’Etat de l’Alabama. Il le décrocha en 1944 au cours de sa formation débuté en 1943 à la « Maxwell-Gunter Air Force Base » communément appelée « base aérienne de Montgomery ». Mais au préalable, l’homme n’avait pas fait de grandes études et avait arrêter de fréquenter l’école en 1937 soit à l’âge de 12 ans.

 Direction le Gabon français

En 1944, Jean-Claude Brouillet regagne la France mais malheureusement pour lui, la guerre arrive à son terme. Il a été endeuillé par la mort de sa maman, exécutée en septembre 1944, et aurait souhaité continuer la résistance comme dès son plus jeune âge où il officiait déjà en tant qu’agent de liaison au réseau de renseignement pour le compte de la « France Libre ». Il nourrissait le rêve d’être un pilote dans l’aviation civile. Pour le jeune Brouillet, 19 ans à peine, il n’avait plus sa place au Centre de rassemblement administratif du personnel de l’armée de l’air française en abrégé CRAP 204.

Bien heureusement pour lui, il est renvoyé à la vie civile donc démobilisé. A 20 ans, il décide alors de tenter sa chance dans la compagnie aérienne nationale française pour y être pilote de ligne. Il n’y sera pas retenu. Quelques jours après cette désillusion, le minot Brouillet décide de se rendre en Afrique équatoriale française (AEF) pour y fonder une compagnie d’aviation civile. Il a bien connaissance que l’activité n’y est pas développée. Il se rend ainsi au Gabon en 1945, la moins attrayantes des colonies tout en ayant la conviction de parvenir à ses fins.
On en viendrait à se demander pourquoi le Gabon ? la réponse à cette question est toute simple : il connaissait bien le pays et l’opportunité d’y faire fortune dans l’activité aéronautique car l’aviation était quasi-inexistante sur place.

En effet, durant la Deuxième Guerre Mondiale, un long périple l’a conduit en Afrique notamment au Gabon. Frontalement opposé à l’occupation allemande, il va s’engager dans les « Forces françaises libres (FFL) » comme volontaire en 1941 tout comme sa mère avant lui. Dans un premier temps, Jean-Claude Brouillet fut arrêté en France et s’évada de prison. Il sera à nouveau mis aux arrêts en Espagne et c’est bien dans ce pays ibérique, qu’il sera pour la première fois au contact d’un avion en tant qu’assistant du général d’aviation, Gabriel Cochet.

Une fois de plus, il parvint à s’enfuir. Par la suite, son engagement pour la France le conduisit à Gibraltar, en Algérie, en Tunisie, au Liban. C’est depuis Rayak au Liban qu’il sera envoyé au sein de la base aérienne des FFL à Libreville au Gabon français en 1943. Il ira après au Moyen-Congo (actuelle République du Congo) sans y mettre assez de temps et reviendra à Libreville. Puis viendront le Maroc et les Etats-Unis où il intègrera l’école de l’armée de l’air américaine d’Alabama.

C’est en effet lors de son affectation au Gabon, pendant près d’un an, qu’il créera des affinités avec plusieurs autochtones engagés eux aussi dans le conflit aux côtés de la France libre mais pas que. Chaleureux et sympathique, Jean-Claude Brouillet se lia d’amitié avec quelques indigènes et profita aussi de son « escale » militaire au Gabon français pour y connaître les réalités quotidiennes de la vie. Ce sont les raisons qui poussèrent sieur Brouillet à s’y aventurer après que son rêve fut avorté à Air France.

 Des débuts difficiles

Quand il revient au Gabon en 1945, Jean-Claude Brouillet est fauché comme les blés. Par ailleurs, il rencontre sur place d’anciens copains de lutte au sein des FFL. Il revoit aussi Elie Ndong, un de ses bons amis gabonais. Jean-Claude lui explique son projet mais ne manque pas de lui dire qu’il est sans le sou et qu’il cherche une activité rentable pour engranger assez d’argent afin de s’acheter un avion pour lancer sa compagnie. Une activité de transport terrestre au moyen de camions est très prisée à cette époque. Elie Ndong suggère donc à son ami de s’y mettre et lui emprunte de quoi se procurer un camion.

Pendant quelques années, Brouillet arpente les difficiles routes et chemins tortueux de l’hinterland et de l’immense forêt gabonaise. Il en évalue les difficultés. Mais son abnégation ne faiblit point. Il n’hésite pas à convoyer marchandises et hommes dans le but de grossir ses profits. Vers la fin des années 1940 précisément en 1948, Jean-Claude Brouillet, pécunes en poche, s’envole pour l’Angleterre et s’offre un avion qu’il trouva dans une espèce de « cimetière d’avions militaires », un appareil biplan britannique de marque « De Havilland DH.82 Tiger Moth » datant de la Guerre de 14-18.

Il mettra plus de vingt jours pour atteindre Libreville avec son aéronef. Lors de son escale en France, Jean-Claude Brouillet fera la connaissance d’un français prénommé Louis et âgé de 58 ans. Mécanicien d’avion, il deviendra son premier collaborateur. Louis proposera ses services à Brouillet qui s’empressa d’accepter du fait de sa parfaite connaissance de l’itinéraire donc des différentes escales et du personnel technique présent de Toulouse à Agadir en passant par Casablanca et Dakar ; en fait, Brouillet tenait à réaliser le rêve de Louis le faisant découvrir de visu les voies des airs du continent africain que ses amis de la « Compagnie générale aéropostale » communément appelé « l’Aéropostale » l’avaient tant relaté.

L’Aéropostale était une compagnie aérienne française transatlantique dont le nom originel était « Société des lignes Latecoere ». Par ailleurs, à leur arrivée à Libreville, l’avion était complètement abîmé suite à la rudesse de la tempête qu’ils avaient traversée pour atteindre le Gabon. Fauché, Brouillet était complètement atterré mais sa pugnacité lui valut le respect du colonat privé notamment des forestiers. Ces derniers l’aidèrent à s’offrir un nouvel aéronef en lui empruntant de l’argent et en plaidant sa cause auprès des établissements bancaires pour lui octroyer un prêt dont il s’acquittera plus tard.

 Genèse d’un empire aéronautique

Après l’acquisition de son nouveau biplan « Tiger Moth » que Brouillet appelait affectueusement « le tigre », il se rapprocha du colonat public afin de s’occuper de l’expédition de son courrier postal. Voilà qu’ils commencèrent, Louis et lui, à distribuer les correspondances postales pour le compte de l’administration coloniale. En effet, Brouillet et Louis larguaient le courrier postal depuis les airs sur les toitures des gouverneurs de région, toutes faites en tôles ondulées et donc facilement reconnaissables à vue d’œil. Puis, certains particuliers lui confiaient aussi des paquets et des colis à livrer.

Dans l’antre de la complexe et dangereuse forêt gabonaise, Claude Brouillet qui se faisait plus souvent accompagné par d’autres collaborateurs gabonais autre que Louis, compte tenu de son âge avancé, a connu des vertes et des pas mures au cours de ses nombreux vols, lui le pilote de brousse qui s’accrochait à son rêve de devenir commandant de bord d’avion de ligne et propriétaire d’une société d’aviation. Souvent le bas de son aéronef était en feu, souvent c’est l’appareil qui fumait de l’intérieur, etc. Autant de problèmes techniques récurrents qui n’eut jamais raison de lui.

Jean-Claude affirmait lui-même « La brousse a quelque chose d’humain. On ne sait jamais si elle va nous bouffer ou si elle va nous aider ». Cependant l’avion du « blanc », comme le nommait les populations autochtones attirait à chacun de ses passages, une grande stupéfaction et un fabuleux émerveillement même au sein de la communauté occidentale vivant au Gabon. Au courant de l’année 1950, il fonde « Transports aériens du Gabon (TAG) » encore appelé « Compagnie aérienne gabonaise « CAG » et décide de se lancer dans le transport des forestiers tout en assurant leurs ravitaillements sur les différents chantiers.

Pour cela, il faut évidemment ériger des pistes d’atterrissage un peu partout sur l’ensemble du territoire. Il en parle alors au colonat privé qui se montre d’abord retissant mais Jean-Claude Brouillet les rassure et obtient gain de cause. Plusieurs voies d’atterrissage sont alors créées, ce qui lui permet aussi de mettre en place le transport de passagers à Libreville et dans l’intérieur du pays. L’année d’après, Jean-Claude Brouillet élargit sa flotte et achète un véritable appareil de transport, un « de Havilland DH.89 Dragon rapide » mais aussi un second « tigre » construit avec des épaves de deux vieux aéronefs.

Il faut dire que l’avènement de l’aviation au Gabon a réellement impacté l’économie gabonaise et la situation socio-sanitaire des habitants du Gabon. En 1922 par exemple, les forestiers devaient faire 10 jours de pirogue pour rallier Lambaréné depuis Port-Gentil. Et il ne fallait pas moins de 5 jours pour rejoindre Mouila. Ces conditions de voyage étaient très pénibles pour ses exploitants et ralentissaient l’avancée de leurs chantiers. Lorsque Brouillet leur a offert ce nouveau moyen de locomotion qu’était l’avion, ça leur a véritablement permis de prospecter plus efficacement pour de nouveaux sites forestiers et d’acheminer plus rapidement marchandises et matériels.

Le trajet en avion ne faisait que 1h20 minutes. De plus, le développement de l’aéronautique au Gabon a facilité l’évacuation sanitaire. Le transport de nombreux malades et blessés vers l’hôpital de Libreville fut aussi une activité beaucoup pratiquée par TAG et ce depuis la fin des années 1940. Pour les gabonais nécessiteux, l’opération se faisait presque toujours sans contrepartie financière. Ne pouvant pas payer les frais d’évacuation, il se voyait quelques fois offrir de la nourriture, des talismans et d’autres présents.

En septembre 1948, Jean-Claude Brouillet réalise hâtivement l’évacuation d’une jeune fille de huit ans de Brazzaville vers Libreville. Malheureusement, la petite fille perdra la vie mais l’énergie qu’il mit à piloter diligemment son biplan permit aux médecins de la prendre en charge rapidement mais l’aggravation de son état de santé l’emporta. Aussi, durant l’année 1954, Jean-Claude Brouillet se démena sur l’ensemble du pays pour effectuer le transport de plusieurs patients atteints de coqueluche. Par la suite, le transport civil devint très effectif, les gens se déplaçaient plus vite d’une ville à une autre par la voie des airs.

En 1953 d’abord, Brouillet fonde une autre compagnie d’aviation dotée d’une école de pilotage du nom de « Air Service », la pionnière en Afrique noire. Jean-Claude Brouillet s’est clairement distingué dans le pilotage de brousse à un moment de l’histoire où les sites d’atterrissage était très exigües, ce qui demandait une remarquable dextérité pour poser les appareils en toute sécurité. Les régions de Makokou, Ndjolé, Boué, Lambaréné, Mouanda ou encore Okondja furent les plus difficiles à appréhender.

Vers la fin des années 1950, la flotte aérienne de Brouillet comptait entre 7 et 11 aéronefs bimoteurs, en toile et en bois. Ceux en bois pouvaient accueillir 7 passagers au maximum. Le Gabon enregistrait près de 150 terrains d’aviation. Hormis la dizaine de pilotes gabonais et européens qui étaient en formation au Gabon, au Canada et en France pour le compte d’Air Service, l’aviateur Brouillet pouvait aussi compter sur son ami Franck surnommé « Francky la tornade », ancien pilote de l’armée de l’air française arrivé au Gabon en 1954. Les aviateurs qui obtenaient leur licence devaient toujours dans un premier temps, apprivoiser les terrains de brousse pour s’acclimater à toutes les réalités météorologiques et géographiques de la forêt équatoriale. Brouillet et lui effectuaient des vols tous les jours de Libreville vers l’hinterland gabonais défiant très souvent les caprices célestes qu’étaient les averses, les tornades mais pas que.

 Concurrence et ascension

En 1960, TAG et Air services deviennent représentent la compagnie nationale d’aviation gabonaise. Le 18 janvier 1962, seuls 20 terrains d’aviation sont homologués en terre gabonaise par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) après la ratification du pays de la Convention de Chicago. Dès l’année de l’indépendance du Gabon, Air France s’installe au Gabon et devient un très gros concurrent de TAG/CAG. Une incroyable « rixe » commerciale se met en place.

Malgré l’immensité de leurs porteurs tels que le « Douglas DC-3 » et le « Douglas DC-4 », les pilotes d’Air France arrivent tant bien que mal à se poser sur les minuscules terrains d’atterrissage de Port-Gentil, Lambaréné ou encore Ndjolé pour ravir les habituels clients de Brouillet ; un DC-3 atteignait les 300km/h tandis que les appareils de Brouillet ne volaient qu’à 180km/h à plein gaz. Ce dernier était souvent obligé à dérober des clients trouvés çà et là au moment de certaines escales de la compagnie française. Ces moments furent très compliqués pour notre protagoniste mais celui-ci pesa de tout son poids pour faire changer la donne.

Quelque temps plus tard, Air France quitta le Gabon. Jean-Claude Brouillet profita alors de ce retrait pour marquer l’expansion de sa compagnie. Il entama des discussions avec le Board d’Air France pour qu’il puisse lui vendre quelques-uns des appareils de leur flotte. Il fit alors l’acquisition d’un DC-3, d’un DC-4, d’un Beechcraft model 18, un bimoteur américain de transport léger et d’un Bristol freighter, avion britannique bimoteur servant pour le transport des passagers et du fret. Brouillet s’attacha aussi les services de certains membres du personnel technique de la compagnie française. C’est clairement à ce moment que TAG/MAG devint une importante société d’aviation desservant même régulièrement les pays voisins du Gabon comme le Gabon ou encore la République du Congo.

A cette époque, la compagnie gabonaise d’aviation dont Brouillet était le patron comptait déjà quantité de chefs d’escale dont des gabonais. Un an après l’arrivée d’Albert Bernard Bongo au pouvoir, TAG/CAG est racheté par l’Etat gabonais et devient TransGabon. Jean-Claude Brouillet vendit ses deux compagnies pour s’aventurer sous d’autres cieux.

Rappelons que vers le milieu des années 1960, la flotte de TAG/CAG était constituée de 50 aéronefs qui étaient utilisés par un peu plus de 20% de la population vivant au Gabon. Jean-Claude Brouillet avait fini par réaliser son rêve : créer une compagnie aérienne. En sus, sans être quadragénaire, l’homme détenait une immense fortune. Il ira alors à la découverte du monde à bord de de 35 mètres, l’African Queen.

 Brouillet et la politique gabonaise

Jean-Claude avait toujours été très proche des forestiers européens et s’était toujours tenu loin des affaires internes du Gabon français, du moins jusque vers le milieu des années 1950. Cependant, Léon Mba se lia d’amitié avec Brouillet dont il savait qu’il pouvait tirer profit de sa flotte aérienne pour ses compagnes politiques. Mba et Brouillet vivaient tous les deux au village « Mont-Bouët » et se connaissaient bien.

En 1957 à l’approche des élections territoriales du 31 mars et du 5 mai correspondant au premier et au second tour, Léon Mba compte faire du parti dont il est le secrétaire général adjoint, le Bloc démocratique gabonais (BDG), la première force politique du pays après ses échec personnels depuis 1946. Il sollicite alors l’appui de Brouillet et du colonat privé pour triompher lors de l’échéance à venir. Soucieux de préserver ses intérêts, l’aviateur français accepte de se ranger du côté du BDG et en devient même membre. Il met alors ses avions à disposition pour Léon Mba et ses collaborateurs.

C’est bel et bien Jean-Claude qui joua le négociateur entre les forestiers et Léon Mba. Bien qu’ils se méfiassent de lui car longtemps accusé d’être un antieuropéen et un cannibale ayant orchestré le meurtre d’au moins un français, ils se laissèrent convaincre de le suivre prenant peur de l’argumentaire de Mba qui avait peint le visage de son challenger comme étant celui qui devait les évincer avec le soutien de l’administration coloniale, du clergé et de la population qui souhaitait les voir partir. De plus, plusieurs forestiers avaient été aidés par Brouillet lorsqu’ils traversèrent une crise financière.

Il leur offrait des vols à crédit et leur emprunter aussi de l’argent. Pour sauvegarder leurs acquis et rendre la pareille à Jean-Claude, le colonat privé apporta son indéfectible soutien à Léon Mba. Jean-Claude Brouillet et d’autres européens comme Paul Flandre, forestier et administrateur de sociétés, se présentèrent au scrutin sous la bannière du BDG. Le pilote de brousse réussit même à récolter plus de 2000 voix. Paul Flandre lui devint même conseiller territorial de l’Estuaire. La même année, Léon Mba gagnera les municipales et accèdera à la mairie de Libreville, la première fois pour un autochtone.

Ensuite, sieur Mba sera vice-président du Conseil de gouvernement puis président en février 1961. Les deux amis étaient quasiment inséparables du moins quand Brouillet n’était pas en train de dompter les cieux équatoriaux ou dans d’autres occupations personnelles et professionnelles. Le jour de l’indépendance, la nationalité gabonaise fut donnée à Jean-Claude Brouillet et il fut plus tard, l’un des premiers récipiendaires de l’Ordre de l’étoile équatoriale. En effet, cette fulgurance politique de Léon Mba est étroitement liée à Brouillet, tout comme aux colons du secteur privé gabonais et à la confrérie des francs-maçons bien installés dans le pays et dont Mba était lui-même membre. Après le règne de Léon Mba à la tête du Gabon, Albert Bongo lui succéda. Les deux hommes entretenaient également une excellente relation, s’étant connus dans les couloirs et fréquentant les bureaux de la présidence gabonaise sous le magistère de Mba.

Bongo rappela même Brouillet au Gabon pour donner naissance à une nouvelle compagnie nationale de navigation aérienne après le retrait du pays au sein du consortium d’Air Afrique en décembre 1976. En mai 1977, Jean-Claude Brouillet conçoit une nouvelle société d’aviation pour le pays, son nom « Air Gabon ». Près de trois ans depuis son retour à Libreville, Brouillet s’en ira à nouveau du Gabon pour se lancer dans s’autres activités génératrices de revenus à l’instar de l’hôtellerie ; il sera aussi le penseur de la compagnie aérienne « Corsair » mais dû s’y retirer en raison d’un désintéressement des administrateurs français.

Cependant’ l’étroitesse des rapports cordiaux que ce dernier entretenait avec les dirigeants gabonais sus cités trouvaient aussi leur solide origine du fait de l’appartenance aux services secrets de Jean-Claude Brouillet. Ce dernier était même directement intervenu auprès des autorités de Paris pour la réhabilitation de Léon Mba après le putsch de 1964.

Et de surcroît, selon David Warnery, professeur agrégé de philosophie dans son roman « Les rois sauvages », Jean-Claude Brouillet était au Gabon dans les années 1960, le chef du Service de documentation extérieure et du contre-espionnage (SDECE), actuelle Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Warnery fit aussi des études politiques à l’Institut d’études politiques de Paris et celles de Droit à la Faculté de Droit de l’université publique de Canterbury en Nouvelle-Zélande. Il a notamment passé une partie de son enfance au Gabon. On peut, au risque de se tromper, dire qu’il connaît bien le Gabon car il y a aussi travaillé notamment au sein d’une société pétrolière.

 Œuvres

Jean-Claude Brouillet est l’auteur de deux œuvres que sont « L’oiseau du blanc », roman autobiographique paru en 1972 et réédité en 2011 (Editions Le voyageur) dans lequel il retrace l’histoire fabuleuse de sa vie, de son engagement dans la résistance française à son aventure épique au Gabon et ses différents coups de folie qui le conduiront à flirter à nouveau des paysages somptueux. Sa deuxième œuvre, « L’île aux perles noires » sortit en 1984, parle de sa vie en Polynésie où il découvrit « l’éden » sur terre à ciel ouvert bien aux antipodes de la brousse gabonaise et de ses cieux souvent ombrageux. Les deux œuvres ont été édités aux « Editions Robert Lafont ».

 Récompenses honorifiques

Jean-Claude Brouillet a été récompensé de plusieurs distinctions pour l’ensemble de l’œuvre qu’il a accomplie tout au long de son existence. Il a reçu entre autres la Médaille de la Résistance française, de la Médaille commémorative des services volontaires de la France libre et la Médaille de l’aéronautique. Il a aussi été élevé au rang de chevalier de l’Ordre souverain de Malte ainsi et fut récipiendaire de l’Ordre du Mérite français. Au Gabon, Jean-Claude Brouillet a été décoré de la Croix de l’Ordre de l’Etoile équatoriale.

 Disparition

C’est au Etats-Unis dans la ville de Santa Barbara localisée dans l’Etat de Californie que Jean-Claude Brouillet s’est envolé le 28 mars 2016 pour s’éterniser à jamais dans le ciel. Il était âgé de 91 ans. Pour éterniser son mythe, une avenue du premier arrondissement de la capitale gabonaise porte son nom, il s’agit de l’avenue « Jean-Claude Brouillet ».

La rue portant son nom à Libreville

Jean-Claude Brouillet, véritable précurseur du pilotage de brousse, bravant la rude et âpre forêt équatoriale, compte plus de 15 milles heures de vol et 120 évacuations en Afrique, opérées de jour comme de nuit. Tout au long de sa vie, il a toujours témoigné sa reconnaissance et son amour pour le Gabon et les gabonais qui lui ont tout donné. Un pays qui était son plus grand pourvoyeur de fond et le principal pilier de sa notoriété.

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