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Paul-Marie Yembit : premier vice-président de l’histoire du Gabon

Paul-Marie Yembit : premier vice-président de l’histoire du Gabon
Paul-Marie Yembit : premier vice-président de l’histoire du Gabon © 2021 D.R./Info241

Au cours des années 1900, nombreux sont les autochtones de pays africains qui n’ont pas un niveau d’instruction scolaire et religieux honorable aux yeux des missionnaires catholiques et/ou protestants. Alors que la France s’active à mettre en place une administration coloniale forte et mixte, la main-d’œuvre locale est peu ou quasiment pas formée. Il faut alors agir vite surtout dans la formation d’individus locaux pour la gestion des affaires courantes de la toute nouvelle administration fédérale d’Afrique centrale : l’Afrique équatoriale française (AEF).

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L’éducation est alors confiée aux religieux et c’est auprès de plusieurs missions catholiques, réparties dans différentes régions de diverses colonies françaises d’Afrique notamment le Gabon, qu’est formée la population locale surtout dans les localités se trouvant très loin de Libreville. Des pères catholiques fondent aussi des écoles pour prendre en charge, la formation des élites de demain.

Ces « instruits » de l’ère coloniale travaillèrent pour la plupart dans l’administration générale de l’AEF, les « blancs » ayant besoin d’eux pour grossir leurs effectifs administratifs car plusieurs autres colons ne souhaitaient pas regagner l’Afrique pour y travailler suite aux conditions climatiques extrêmement aux antipodes de l’Hexagone. Chemin faisant, certains autochtones au gré de leur faible niveau d’instruction réussirent à se frayer un chemin pendant l’avènement d’une organisation politique locale, permettant de prévenir une réelle autonomie du pays.

Redevables ou soumis par crainte de représailles, ils protégèrent leurs leaders le plus souvent avec la complicité des alliés blancs de ceux-ci avec force et fracas jusqu’à en oublier les aspirations réelles du peuple. Le gabonais Paul-Marie Yembit (1917-1978) en est la parfaite illustration. Premier vice-président de l’histoire du Gabon, sa servilité reconnue ne l’aura pas empêché d’être préféré à Albert Bongo par la France pour prendre la suite du président Léon Mba.

 Naissance

C’est durant l’année qui précède celle marquant la fin du premier conflit planétaire que vient au monde Paul-Marie Yembit précisément en 1917. Sa naissance eût lieu au village « Ngoudou » situé dans la localité de Ndendé qui est le chef-lieu du département de la Dola sis dans la quatrième province du Gabon par ordre alphabétique, c’est-à-dire la Ngounié ou Ngounié.

 Formation et début dans la vie active

D’une famille catholique mais aussi très enracinée à la culture ainsi qu’à la tradition « Punu », ethnie dont est originaire Paul-Marie Yembit, notre protagoniste est bien jeune mais il doit cependant suivre l’instruction des « blancs » pour trouver un emploi afin de subvenir aux besoins de la famille. La décision est donc prise de l’envoyer à l’école. C’est alors le jeune Paul-Marie débute logiquement ses études dans une mission catholique de sa région natale notamment la mission catholique de Sindara. Il est ensuite envoyé à Lambaréné pour poursuivre ses études secondaires.

Sans avoir fini son cursus, il abandonne ses études pour se consacrer au bien-être de sa famille, lui à qui ont prédestinait un avenir dans le sacerdoce catholique. Pour Paul-Marie Yembit, l’instruction du « blanc » visait à savoir bien s’exprimer et traduire cette expression sous forme écrite. Sachant désormais lire et écrire, il se lance dans la vie active et est employé au sein de la Société du Haut-Ogooué (SHO). Pour Paul-Marie, son idéal est de travailler à proximité des siens.

Il est engagé comme agent de commerce et exerce tour à tour dans les villes de Mouila, Lébamba et de Fougamou. Il est impossible pour lui de songer à une carrière administrative, lui qui ne possède pas un niveau d’instruction élevé pour faire partie des équipes de l’administration générale de l’AEF. Il se lance alors dans les affaires à Mouila à partir de l’année 1943. C’est dans l’activité agricole qu’il compte faire fortune conjuguée à son emploi de commerçant pour la SHO. Son activité devient très vite fructueuse, ce qui lui permet de faire travailler plusieurs autochtones de la région.

 Début en politique

En 1952, des élections locales sont organisées au Gabon afin de former un conseil « représentatif » devenu « conseil territorial » encore appelé « assemblée territoriale ». Cette réforme voulue par Paris avait pour but d’échelonner la rétrocession de l’autonomie du Gabon à ses acteurs politiques même si dans les textes qui régissaient la nouvelle institution rien n‘avait vraiment changé en matière de gestion et de prise de décision.

D’allure paysanne car extrêmement attaché à la culture de ses ancêtres, Paul-Marie Yembit surprend ses adversaires politiques par sa connaissance et son respect de l’Etat et de ses institutions. Les élites gabonaises de l’époque étaient abasourdies de l’aisance d’expression et du maniement des adages et autres proverbes par Paul-Marie, aussi bien en langue vernaculaire qu’en français. Il faut dire que les « instruits » gabonais en ces temps aimaient se complaire dans des diatribes ou des couplets de littérateurs occidentaux beaucoup trop complexes à comprendre pour les « non -éclairés ». Paul-Marie Yembit n’en avait cure, lui qui n’avait jamais connu d’universités ou de grandes écoles en Afrique ou ailleurs.

Alors qu’il n’est que gérant d’une maison de commerce pour le compte de la SHO, Paul-Marie Yembit remporte les élections territoriales de 1952. Il devient conseiller territorial de la région de la Ngounié. Il est alors courtisé par les deux principales formation politique de l’époque : le Bloc démocratique gabonais (BDG) et l’Union sociale démocratique gabonaise (USDG). En 1957, Paul-Marie Yembit est réélu comme conseiller territorial pour le compte de la Ngounié. Il rejoint le BDG, formation politique de Paul Gondjout et de Léon Mba, l’homme fort de Libreville en ces temps.

Tous les voyants sont au vert pour faire de Mba le premier président du Gabon car sa servilité et son amour pour la France finissent par convaincre les autorités de Paris et les hommes d’affaires français présents au Gabon. En 1956, la loi cadre Defferre est votée et vise à mettre en œuvre les réformes et les mesures propres à assurer l’évolution des territoires français d’Outre-Mer dont le Gabon fait partie. Cette manœuvre politique est surtout pensée pour octroyer aux territoires français d’Afrique une certaine souveraineté internationale pilotée depuis le palais de l’Elysée.

 Carrière politique et administrative

En 1957, les territoires africains de France se voient doter d’une nouvelle réforme, gage d’un processus par étape devant les conduire à une autonomie réelle. Un autochtone, chef de fil d’un parti local ayant le plus de conseiller territoriaux, est dorénavant chargé de constituer un conseil de gouvernement composé d’hommes politiques ou d’acteurs économiques locaux. Ce conseil de gouvernement fut la première institution représentant le pouvoir exécutif local et Léon Mba, bénéficiant du soutien inconditionnel des forestiers européens vivant au Gabon, usa de roublardise et de chantage pour faire rallier à son parti d’autres conseillers de l’assemblée territoriale.

Plusieurs tractations malsaines et inavouées furent négociées. Il faut dire que les forestiers européens avaient pesé de tout leur poids pour que celles-ci aient lieu de peur que l’USDG de Jean-Hilaire Aubame puisse prendre les rênes politiques du pays et nuire à leurs affaires. C’est ainsi que Léon Mba prit la fonction de vice-président du conseil. Il nomma aussitôt Paul-Marie Yembit ministre de la Production agricole attaché à la vice-présidence du conseil.

Au mois de juillet de l’année 1958, le conseil de gouvernement devient un gouvernement à part entière avec la proclamation du Gabon comme république. Léon Mba confie le portefeuille ministériel de la Fonction Publique et du Travail à Paul-Marie Yembit, lui qui cumule cette fonction à celle de « député » ou « conseiller territorial ». En 1960, Paul-Marie Yembit devient secrétaire général adjoint du BDG.

En 1961, Paul-Marie Yembit est nommé vice-président du gouvernement d’union nationale formé par le président Léon Mba. Deux ans plus tard, Paul-Marie Yembit se présente aux élections locales de Mouila pour y devenir l’édile de la ville. Il remporte le scrutin, lui qui est tant aimé des riverains Molvilois tant son attachement pour son terroir est salué et apprécié même de ses amis et collègues politiques qui eux ne vivent quasiment qu’à Libreville. En 1964, il se représente à la députation et devient à nouveau « député » toujours pour le compte la Ngounié.

Après le putsch manqué de 1964 et grâce à son importante collaboration dans la préservation du fauteuil de Léon Mba, Paul-Marie Yembit est reconduit en 1965 vice-président du gouvernement cette fois-ci chargé de la Justice. Le 13 novembre 1966, il est remplacé à la vice-présidence du Gabon par Albert Bernard Bongo mais il est tout de même membre du gouvernement. Après avoir quitté l’équipe gouvernementale lors de la prise de pouvoir d’Albert Bongo suite au décès du président Mba, Paul-Marie Yembit passe trois ans loin de l’administration. Il se consacre dès lors à la gestion de la ville de Mouila. La 30 septembre 1970, Omar Bongo s’attache ses services et le nomme à l’honorifique fonction de Grand Chancelier, président du conseil des ordres nationaux.

 Traîtrise ou sursaut républicain ?

Au moment du coup d’Etat de 1964 qui voit l’incarcération du président Mba et de plusieurs de ses collaborateurs, Paul-Marie Yembit se trouve dans la province de la Ngounié précisément à Mouila où il passe ses vacances. Il est mis au courant du renversement du président Mba. Pour lui, il est inadmissible qu’une telle chose puisse arriver : il décide alors d’agir contre ce mouvement nationaliste conduit par Jean-Hilaire Aubame accompagné du lieutenant parachutiste Valère Essone et voulu dans le fond par la majorité des gabonais.

Paul-Marie Yembit prend attache avec Paris et donne son aval pour une intervention militaire au Gabon. Paul-Marie Yembit participe même à un simulacre faisant état d’une falsification de sa signature qui devait être la preuve concrète auprès de la communauté internationale d’une non-ingérence française au Gabon mais plutôt d’une demande légitime d’un membre prépondérant du pouvoir de Libreville.

L’armée française sous l’égide des forces de la communauté rétablit le pouvoir de Léon Mba. Les putschistes sont arrêtés et tués et le Gabon se retrouve plongé dans une crise politique. La santé du président Mba se dégrade drastiquement, lui qui a été profondément marqué par le putsch. Paul-Marie Yembit devient alors beaucoup plus important aux yeux de Léon Mba qu’il ne l’était déjà.

Mais nombreux sont les gabonais qui avaient exprimé leur incompréhension face à l’intervention militaire française au Gabon lors du coup d’Etat de 1964 alors qu’une année plus tôt au Togo, le président Sylvanus Olympio avait subi un putsch identique sans que cette fois-ci la France ne décide d’agir. Pourquoi cette politique à deux vitesses de la part de Paris ? That is the question.

 Décès

Huit ans après avoir rejoint Albert Bongo qui le nomma Grand Chancelier, président du conseil des ordres nationaux, Paul-Marie Yembit meurt au soir de sa 61ème année d’existence précisément le 21 janvier 1978. Il est l’éponyme d’un établissement secondaire situé dans sa ville natale de Ndendé du nom de « Lycée Paul-Marie Yembit ». Un mausolée en sa mémoire y a aussi été érigé.

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