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L’invité du week-end

Louis Keumayou : « Nous n’arrivons pas à donner à nos morts tout le respect auxquels ils ont droit »


L’invité d’Info241
  • Louis Keumayou : « Nous n’arrivons pas à donner à nos morts tout le respect auxquels ils ont droit » © 2015 D.R./Info241
Publié le 26 décembre 2015 à 07h18min

L’invité du week-end de la rédaction d’Info241 est cette semaine Louis Keumayou journaliste indépendant, ancien directeur de l’information de la chaîne de télévision panafricaine Télé Sud. Il est également président du Club de l’Information Africaine et ancien président de l’Association de la presse panafricaine (APPA). L’inclassable journaliste revient sur les questions brûlantes de l’actualité du continent.

Roch Marc Christian Kaboré a été élu président du Burkina Faso. Quels commentaires en faites-vous ?

Louis Keumayou : Le premier, c’est que le processus de transition est terminé et c’est une bonne nouvelle pour tout le monde et surtout pour les Burkinabè qui ont tenu avec succès à tourner la page des 27 ans de Blaise Compaoré. A côté de cela, M. Kaboré a quand même été président du parti de Compaoré pendant un certain nombre d’années. Il a été premier ministre et président de l’Assemblée nationale.

C’est une bonne nouvelle pour tout le monde et surtout pour les Burkinabè qui ont tenu avec succès à tourner la page des 27 ans de Blaise Compaoré".

Cela peut être perçu de deux manières, on peut considérer que c’est la continuité du système, comme on peut considérer que c’est un homme d’Etat rompu à l’exercice et que ça lui donne un a priori positif. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a conduit les Burkinabè à lui faire confiance dès le premier tour pour diriger leur pays. On verra dans les prochaines semaines et dans les prochains mois ce qu’il en sera notamment après la publication des résultats des législatives.

L’Afrique est confrontée au terrorisme notamment au Nigéria, Cameroun, Tchad et Mali. Pourquoi les victimes de Boko Haram passent-elles sous silence ?

Louis Keumayou : Elles passent sous silence d’abord parce que nous n’arrivons pas à organiser notre propre communication. Nous n’arrivons pas à donner à nos morts tout le respect auxquels ils ont droit. Imaginez par exemple, je ne veux faire offense à personne, un pays comme le Bénin dont le président envoie des messages, vient en France disant qu’il est Charlie, pleure les morts Français, décrète un jour de deuil national au Bénin tandis que son voisin le Nigéria a tous les jours des morts par centaines. Je n’ai même pas entendu parler d’une lettre de condoléances envoyée à son homologue nigérian.

Avant d’accuser les Occidentaux de manquer de solidarité vis-à-vis de l’Afrique, il est important que nous-mêmes nous montrions tout le respect que nous donnons à nos morts".

Donc il y a cette dimension qui fait qu’avant d’accuser les Français, les Européens, les Occidentaux de façon générale, de manquer de solidarité vis-à-vis de l’Afrique, il est important que nous-mêmes nous montrions tout le respect que nous donnons à nos morts et toute la dignité que nous avons en tant qu’Africains dans cette situation grave pour que les autres suivent l’exemple.

Les autres suivent la France parce qu’elle a organisé tout cela. Je ne dirais pas qu’il y a une théâtralisation mais il y a une compassion nationale qui monte et fait qu’à l’étranger on suit, on suit parce que c’est national. Ce n’est pas une guerre de tranchée entre pro et anti c’est national, c’est une question d’intérêt national.

Quel regard jetez sur les migrations d’Africains vers l’Europe ?

Louis Keumayou : Déjà, il faut dire que ce n’est pas la plus importante. Les migrants en provenance du continent Africain sont vraiment une goutte d’eau comparés à ce qui vient d’ailleurs, des zones de conflits importants comme le Moyen-Orient ou beaucoup plus loin des pays asiatiques. C’est déjà la première chose.

Par rapport à la pression migratoire, il faudrait qu’on arrive à exprimer que le problème est d’abord Africain avant d’être Européen."

La deuxième chose c’est que les pays européens se plaignent de la pression migratoire venant de la méditerranée et de l’Est, mais si on devait mesurer depuis combien d’années les pays africains subissent les méfaits de la présence de migrants venants de zones de conflits ou ayant subi des catastrophes naturelles, cette pression est beaucoup plus importante. Il ne s’agit pas de 500.000 personnes, ni d’un million de personnes, il s’agit de millions de personnes qui viennent.

Prenons juste les derniers pays en conflit que nous connaissons, le Tchad, la Centrafrique, l’Ouganda, la Somalie, la Cote d’ivoire il y a quelques années…Tous ces pays ont connu des conflits sanglants qui ont mis de nombreuses personnes sur la route de l’exil et ce sont leurs voisins immédiats qui ont subi ces pressions malgré les moyens limités dont ils disposent et ou des moyens dont ils ne disposent pas.

La première chose qu’il faut dire par rapport à la pression migratoire, c’est que c’est d’abord un problème d’Africains et encore une fois, il faut dire qu’en termes de communication nous sommes plus que mauvais. Il faudrait qu’on arrive à exprimer que le problème est d’abord Africain avant d’être Européen.

Frontex est une agence qui a été créée pour régler cela au niveau européen mais je ne vois pas encore de grande réunion africaine sur la question des migrations qui ferait que l’on considère que c’est d’abord une question sociale pour l’Afrique avant d’être un problème pour l’Europe. Je crois que c’est par cela qu’il faudrait commencer puisque c’est la base de la réflexion.

Propos recueillis par Jocksy Ondo Louemba


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