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XVIe Sommet de la Francophonie

La pique molle de la Francophonie aux dictateurs Africains comme Ali Bongo


L’édito de l’info
  • Image qui illustre bien ce bal d’hypocrite dénommé communauté internationale © 2016 D.R./Info241
Publié le 28 novembre 2016 à 08h53min

Alors que plusieurs crises post-électorales dues à des dictatures meurtrières secouent des pays de l’espace francophone dont le Gabon, le Congo Brazzaville, le Burundi et d’autres pays à l’instar des milliers de morts de la RD Congo, Ali Bongo Ondimba qui a réalisé un deuxième coup d’état électoral a été l’hôte de Michael Jean et de François Hollande lors du XVIe Sommet des chefs d’Etat de l’Organisation internationale de la Francophonie qui s’est déroulé à Madagascar du 21 au 27 novembre 2016. Quid des discours d’intentions démocratiques de la France dans l’espace francophone dirigé par des dictateurs qui ont le sang de leur peuple sur les mains.

Les intentions théoriques des démocraties constitutionnelles en Afrique francophone d’Hollande-Jean

Prenant la parole lors du XVIe Sommet des chefs d’Etats de la Francophonie à Antanarivo, le Président de la République française, François Hollande a lancé une piqure de rappel molle aux dictateurs africains qui ne respectent pas les valeurs démocratiques exprimées par les peuples d’Afrique centrale notamment. « Défendre le français, la culture, c’est aussi affirmer des valeurs, et la première d’entre elles, c’est la démocratie. La francophonie doit être au côté des peuples, qui se battent pour leurs aspirations à des élections libres et transparentes, avec des ordres constitutionnels qui soient respectés », a déclaré François Hollande.

Avant de marteler ce qui suit « Nous devons être de ce point de vue aussi incontestable que possible. Nous devons faire en sorte de soutenir tous les efforts menés par bien des pays ici présents, à une meilleure gouvernance à une plus grande transparence. Et chacun peut se sentir concerné. » Il faut rappeler que deux années auparavant, lors du sommet de Dakar, en 2014, quelques semaines après la chute de Blaise Compaoré, François Hollande avait mis en garde les chefs d’État tentés par la révision de leur Constitution pour rester au pouvoir et ceux qui ne souhaitaient pas faire respecter les aspirations démocratiques du peuple.

François Hollande accompagné du dictateur Ali Bongo Ondimba au sommet de la Francophonie à Antananarivo

Quant à la Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Michaëlle Jean, elle a présenté un « Rapport sur l’état des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés », édition 2016. Avec en sous-titre l’intitulé évocateur « Dynamiques constitutionnelles dans l’espace francophone ». Dans la préface de ce rapport, la SG de la Francophonie affirme que « Le présent rapport sur l’état des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés est la 7e édition du genre depuis 2004. Il est publié, à la veille de chacun de nos sommets des chefs d’État et de gouvernement, pour rendre compte et alerter des grandes tendances dans ces différents domaines au sein de l’espace francophone, en tirer des enseignements et formuler des recommandations. » Elle souligne en ces termes que « les mutations constitutionnelles doivent s’inscrire dans l’unité et la diversité des aspirations partagées, dans le respect des principes universels de la démocratie et des modalités de partage du pouvoir ; énoncer les droits fondamentaux et les devoirs qui en découlent ; consacrer la justice ; protéger les couches sociales vulnérables ; bref, traiter de tous les aspects de la vie des États, des collectivités, des citoyennes et des citoyens. »

Privilégier ainsi un thème a indiqué la patronne de la Francophonie, « permet de pousser plus loin l’examen et d’approfondir la réflexion sur un aspect particulier des dynamiques démocratiques, afin d’en tirer tous les enseignements. Si j’ai privilégié l’analyse constitutionnelle, parmi tant d’autres problématiques institutionnelles de nos États, c’est que l’adoption d’une nouvelle Constitution, est un choix dont la légitimité sollicite grandement les peuples et est soupesée par eux.  » Car selon l’ancienne première ministre canadienne, « les mutations constitutionnelles doivent au mieux traduire des victoires et des progrès pour l’ensemble de la nation. La vigilance des peuples, toujours soucieux d’en prévoir les conséquences, est de s’assurer de la sauvegarde du bien commun et de l’intérêt général. »

Mme Jean précise que « les mutations constitutionnelles doivent d’emblée contenir plus que du droit et servir aussi à consacrer des valeurs. Des valeurs de liberté, de démocratie et de pluralisme. Cela est pour nous du plus grand intérêt, car fondamental pour les valeurs qui structurent et qui définissent notre engagement dans la Francophonie. Ainsi, cette nouvelle édition du rapport met l’accent sur les Constitutions nationales, nos Constitutions, celles de nos États membres. » Il s’agit selon Michaëlle Jean « de mettre en lumière ces formidables outils que sont ces textes solennels, ces textes fondateurs, au service du vivre ensemble et, comme nous y invite avec ferveur la jeunesse, au service du vivre libres ensemble. La raison d’être des Constitutions est de fixer les grands équilibres, de tracer la voie à suivre par chacune des institutions de l’État de droit et de garantir, à chaque femme, chaque homme, le respect de ses droits et de son intégrité, la possibilité de réaliser ses aspirations et ses rêves, c’est-à-dire d’assumer pleinement sa citoyenneté. »

Si ce rapport tombe à point nommé, qu’en est-t-il dans les faits ? Si nous faisions un état des lieux du respect des valeurs démocratiques dans quelques pays de l’espace francophone et pas des moindres, un constat accablant semble être encouragé par la France et la Francophonie vu que ces dictateurs coupables des forfaitures sont accueillis royalement et majestueusement lors des divers Sommets de l’OIF. A l’exemple d’Ali Bongo Ondimba qui, sur d’autres cieux n’avait pas à être convié à cette rencontre dite d’une institution qui prône la démocratie et le respect des aspirations des peuples comme valeurs cardinales.

La démocratie et le respect des constituions des vœux pieux dans l’espace francophone de l’Afrique centrale

On peut le dire à haute voix, et sans trop se tromper que ce rappel à l’ordre de François Hollande prononcé lors de son discours solennel de Dakar lors du XVe Sommet de la Francophonie est resté lettre morte. Etait-ce une énième pique molle du président français ? D’ailleurs, il n’avait pas été du goût des chefs d’Etats africains, d’où il n’a pas été suivi dans les faits. Car, une année plus tard au mépris de la Constitution Burundaise, le dictateur Pierre Nkurunziza avait prêté serment, jeudi 20 août 2015, pour un troisième mandat à la tête du Burundi, après un mouvement de protestation qui avait provoqué des violences meurtrières marquées par des tueries barbares des civils contestataires.

Ainsi, l’une des figures de proue de la résistance au Burundi, l’activiste burundais Teddy Mazina, né à Bujumbura en 1972, avait été l’un des meneurs de la contestation contre une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza à la dernière présidentielle. Il avait alerté en son temps toute la communauté internationale sur le danger de voir instaurer durant cinq ans une dictature au Burundi.

Bis répétita au Congo Brazzaville, à la tête du pays depuis 1979, Denis Sassou Nguesso s’est fait réélire le 20 mars 2016, pas de hasard jour de la commémoration de la journée internationale de la francophonie. Après 32 ans au pouvoir sans partage, il avait été réélu à 67% dans un pays qui le désapprouve à 90%, en tuant les civils contestataires du Pool. En torturant et en arrêtant arbitrairement les opposants, dont son challenger qui avait gagné dans les urnes les élections présidentielles, le Général Jean Marie Michel Moukoko.

Tout en foulant aux pieds, les dispositions constitutionnelles qui l’empêchaient de rempiler à un énième mandat présidentiel, le dictateur Sassou Nguesso avait prétexté un référendum à la noix pour faire avaler son mépris constitutionnel. François Hollande à cette époque avait trouvé logique que le président congolais puisse consulter son peuple en outrepassant les règles démocratiques du respect de la Constitution et l’interdiction de sa révision avant une échéance électorale présidentielle. Une preuve patente et très éloquente de "la normalité du pouvoir présidentiel à vie en Afrique centrale", comme le décriait le Renaudot franco-congolais, Alain Mabanckou.

Ali Bongo Ondimba en apprenti sorcier, qui s’est assis, près de François Hollande à Antanarivo, était-ce un hasard d’ordre alphabétique des dispositions des réunions des chefs d’Etat au Sommet, n’est pas allé excaver loin pour instrumenter sa deuxième forfaiture lors de la dernière élection présidentielle du 27 août dernier. Les deux macabres dictatures francophones, machiavéliquement orchestrées, que sont le Congo Brazzaville et le Burundi lui ont servi d’exemples. Après une élection largement remporté par Jean Ping mené par une coalition des partis de l’opposition et d’anciens ‘’hommes du président’’ Omar Bongo, passés à la contestation, sur plus de 7 provinces du Gabon.

En bon génie dictateur Ali Bongo Ondimba a tripatouillé les chiffres de la province du Haut-Ogooué. Cette année, le bidouillage a donc été grossier, voire grotesque. Le chiffre officiel de 99,83 %, équivaut au taux de participation exorbitant publié par la Cénap a jeté le feu au poudre sur la supercherie agencée brutalement par Ali Bongo et ses sbires. Pour mieux comprendre, le ministère de l’Intérieur gabonais a informé au monde entier que seulement 50 électeurs sur les 71 786 inscrits sur la liste électorale du Haut-Ogooué publiée en avril ne sont pas allés accomplir le devoir citoyen.

« Anomalies évidentes et chiffres fantaisistes », avait déploré la mission d’observation de l’Union européenne, composé des députés du Parlement européen de Strasbourg. C’est d’ailleurs, grâce aux 95,46 % des voix qui ont été attribuées dans cette province, que le candidat malheureux et rejeté par le peuple gabonais, Ali Bongo s’est arrogé les suffrages qui lui manquaient pour finalement s’autoproclamer président en coiffant au rasoir, Jean Ping de quelque 6 000 voix au niveau national. Avec l’appui de la Tour de Pise, la tristement célèbre Cour Constitutionnelle dirigée par sa belle-mère colistière, Marie Madeleine Mbourantsouo. Du grand génie de la médiocratie et du non-respect des valeurs démocratiques du système Bongo-PDG au pouvoir depuis 1967.

Cette manière occurrente de phagocyter malicieusement les institutions dites républicaines et les Constitutions est plus que jamais l’exemple emblématique de cette Afrique centrale francophone qui, depuis les années 1960, tend a installé comme mode de gouvernance, la normalité du pouvoir présidentiel à vie dans la conscience des peuples, comme ce fût le cas au Gabon avec Omar Bongo. Rêve caressé foncièrement par le dictateur hors pair, Ali Bongo Ondimba qui a pour challenge d’étouffer les aspirations du peuple gabonais en noyant dans les crimes odieux son désir d’alternance démocratique pacifique. En complicité avec une caste d’hommes politiques antiques et déboussolés, assoiffés d’opulence impériale. En manque de repères et de constances politiques avec comme prétexte répondre au dialogue national du bal des corrompus.

Tel est l’état du respect des valeurs démocratiques et des dispositions constitutionnelles dans les pays de l’Afrique centrale, en terre francophone. Démocratie théorique, le respect des aspirations du peuple de la Francophonie laisse place aux dictatures sanguinaires, meurtrières. Personnifiées par des pseudos présidents aux gants de fer qui n’ont aucune légitimité et légalité si ce n’est que de s’imposer par les armes et par le sang ne pouvant s’accommoder au respect du suffrage universel, principe de toutes les constitutions démocratiques. Vive la Francophonie aux consonances dictatoriales au Gabon et partout ailleurs !


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