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Médias d’Etat

Redevance audiovisuelle : Bilie By Nze taxe les Gabonais pour la propagande d’Ali Bongo sur les chaines publiques


L’édito de l’info
  • Redevance audiovisuelle : Bilie By Nze taxe les Gabonais pour la propagande d’Ali Bongo sur les chaines publiques © 2017 D.R./Info241
Publié le 2 septembre 2017 à 16h33min

Les Gabonais asséchés par la crise économique, n’arrivant plus à joindre les deux bouts, se verront une fois de plus taxés pour une redevance audiovisuelle. L’annonce a été faite par le ministre de la Communication d’Ali Bongo, Alain-Claude Bilie By Nze au terme d’une rencontre mardi dernier avec les câblo-distributeurs. Or, dans le pays, les chaines publiques gabonaises, Gabon Télévision, Gabon 24, Kanal 7 brillent par une pauvreté de programmes télévisuels et leurs louanges maladives au régime de Libreville. Toutes ces chaînes publiques sont depuis leurs créations des caisses de résonance de la propagande médiatique de l’oligarchie dictatoriale Bongo-PDG.

Les Gabonais sont depuis 50 ans les pigeons de la baronnie du système Bongo-PDG au pouvoir depuis 1967. Ali Bongo et son régime ne devaient déroger à cette règle d’or de gouvernance avec pour credo les pillages abusifs des deniers publics et l’enrichissement illicite au détriment de la population gabonaise. Face à une crise accrue de trésorerie, à la crise post-électorale et à une mauvaise gouvernance des deniers publics, dilapidés par ses hommes lors du dernier septennat, le régime de Libreville est à la quête de ressources financières. Bingo ! La redevance télé ponctionnée au contribuable gabonais s’avère une piste de sortie. Une énième vraie fausse bonne idée sous l’ère de la caravane de l’émergence tropicale qui avance à reculons.

Redevance télé : une taxe de trop pour les Gabonais

Refusant d’opter pour la réduction du train de vie de l’Etat, de la masse salariale et les frais d’intendance de la Présidence de la République, de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, des ministères, des agences-doublons ou de rééchelonner la dette publique, d’intégrer une orthodoxie de gestion du budget de l’Etat, le gouvernement d’Ali Bongo a trouvé une nouvelle recette pour plumer les Gabonais sous les auspices de son ministre de la Communication. Tenez-vous bien, « A compter de la fin du mois de septembre, la redevance audiovisuelle sera récoltée et reversée à l’Etat », avait déclaré sans sourciller Alain-Claude Bilie By Nze s’exprimant ainsi mardi 29 août au cours d’une rencontre avec les opérateurs économiques du secteur de la câblo-distribution en activité au Gabon.

Ainsi, conformément au nouveau Code de la communication liberticide, ces derniers devront prélever pour le compte de l’Etat cette taxe auprès des fonctionnaires gabonais et des ménages recevant leur signal. D’un montant oscillant entre 1 000 et 1 500 francs CFA, cette manne servira au développement des contenus des médias publics en permanence critiqués par le public. « S’agissant de la redevance audiovisuelle, les opérateurs qui ne la paieraient pas s’exposent à plusieurs risques, allant de 10% de ce qui est dû pendant les trois premiers mois », a prévenu le chef d’orchestre de la propagande à la gloire d’Ali Bongo et son régime despotique.

Alain-Claude Bilie By Nze sous un ton menaçant, avait invité ses hôtes à se procurer impérativement l’agrément technique, une sorte d’autorisation délivrée aux entreprises du secteur visant à combattre l’anarchie. Le « non-respect entraîne des sanctions », a-t-il averti. Mais il convient en toute urgence d’enseigner au curieux ministre d’Etat d’Ali Bongo qu’une chaîne publique n’est pas un outil de propagande politique. Les chaînes publiques sont certes contrôlées par l’Etat, car financées par l’argent du contribuable, mais étant dépendantes de l’Etat, elles sont censées être tournées vers l’intérêt général et non au service d’une oligarchie, d’un clan politique, ni d’un régime. A titre d’exemple, Gabon Télévision (rebaptisée par les gabonais, RTPDG) est centrée sur les injonctions du système Bongo-PDG. C’est pourquoi ce média d’Etat canalise toute son activité autour de cette oligarchie politique, d’un unique parti et de ses alliés alors que le budget utilisé pour son fonctionnement provient des caisses de l’Etat et non celles privées des tenanciers du régime.

La chaîne publique n’est pas dans une logique de recherche du profit ni de propagande politique, comme c’est le cas pour certaines chaînes privées (c’est la différence entre une entreprise publique, qui est là pour satisfaire les besoins de l’usager avec les fonds de l’Etat et une entreprise privée qui cherche à maximiser ses bénéfices). C’est pourquoi les missions des chaînes publiques sont d’informer, de divertir et d’éduquer les masses populaires. C’est ainsi que sur d’autres cieux, il y a généralement des émissions plus tournées vers la culture, le divertissement sain, l’éducation intellectuelle, des émissions d’analyses politiques équilibrées et non de propagandes politiques comme c’est le cas dans toutes les chaînes du groupe Gabon Télévison.

Des chaînes publiques, outils de propagande pour forcer la présidence contestée d’Ali Bongo

A titre de rappel, tous les téléspectateurs confondus le regrettent, Gabon 24, la chaîne d’information en continu, Gabon Télévision, la chaîne généraliste, (inévitablement Gabon nature culture, opérationnelle dès janvier 2018), et tout récemment Kanal 7, constituent le groupe Gabon télévision qui bénéficiait jusque-là d’une subvention annuelle de 1,5 milliard de francs CFA, ne sont pas toutes au service de l’intérêt général de la nation gabonaise. Les programmes télés sont soporifiques, anesthésiques, narcotiques et non attrayants. La plupart des pseudos journalistes et animateurs qui y travaillent sont quasiment à la solde du régime en place et ne pratiquent guère avec déontologie ce cher métier.

A y scruter de prêt, eu égard la coloration propagandiste de ces chaînes d’Etat, expertes d’une apologie du régime d’Ali Bongo et ses exceptionnels contemplateurs, c’est une désillusion d’exiger aux citoyens gabonais une redevance télé. Surtout que le public gabonais s’est détourné depuis des décennies, des programmes ennuyeux de ces chaines publiques. Notamment, à cause du traitement de l’actualité dicté depuis le ministère de tutelle et la Présidence gabonaise au profit des bouquets étrangers. Bien qu’on peut observer notamment un rajeunissement des hommes de médias gabonais et que certains jeunes usent d’audace, du courage et du professionnalisme dans quelques rares programmes siffusés. C’est le cas notamment de l’émission "Le Mbandja" sur Gabon Télévision.

Qu’à cela ne tienne, Bilie By Nze en personne a officialisé face aux administrateurs et agents de ces chaines publiques, la privatisation politique de ces médias d’Etat. En refusant le pluralisme, l’ouverture des antennes télés publiques à l’opposition à la société civile et à toute personne qui ne reconnaîtrait pas l’élection controversée entachée de fraudes grossières de son président contesté. Ce, en violation des libertés publiques et individuelles, aux droits fondamentaux promulgués par la Constitution gabonaise qui consacre dans son sacro saint, le pluralisme politique, la liberté d’opinions et d’expressions en règles d’or du vivre-ensemble.

La privatisation politique par Ali Bongo et ses sbires du groupe Gabon Télévision

En méconnaissance flagrante du rôle d’un ministre d’Etat au service du peuple, de la nation tout entière et non d’un clan ou de son gourou, le célèbre repris de justice a martelé aux journalistes ce qui suit : « Je le répète encore une fois : il est hors de question, sur les chaînes publiques, de donner la parole à quelqu’un qui ne reconnaît pas les autorités en place. Il ira s’exprimer ailleurs que sur les chaînes publiques  ». Une annonce hallucinante qui explicite que la directive avait été donnée auparavant mais qu’il n’était plus question d’y déroger à l’avenir. Ce, en violation flagrante de la liberté de la presse, d’expression et d’opinions. La presse publique gabonaise a acté son musellement et donc sa propre mort.

A demi-mots, le ministre de la Communication a dicté sans sourciller le rôle que doivent jouer les médias d’Etat qui sont tous financés par l’argent du Trésor public gabonais. Et qui plus est, par une redevance qui sera prélevée au contribuable gabonais dès ce mois de septembre. Les gabonais doivent accepter de financer des chaînes publiques monocolores. Car elles sont toutes au service du régime ou encore, à ses acteurs de l’opposition modérée, prompts à faire les dithyrambes de la gouvernance controversée d’Ali Bongo. Ce dernier étant honni et banni de toute part, comme dans les années soviétiques et staliniennes, le système despotique Bongo-PDG utilise la propagande médiatique pour faire imposer une élection présidentielle dont la crédibilité, la légalité et la légitimité ont été décriées par la communauté internationale à travers des institutions telles que l’Union africaine, l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie.

Rappelons à toutes fins utiles que le 21 mai 2015, à Libreville, a eu lieu le vote d’une proposition de loi portant création du Fonds national pour le développement de la presse et de l’audiovisuel. Contrairement au programme de subvention d’aide à la presse écrite privée mis en place en 2003, l’aide ne se limite plus seulement aux journaux et à la presse en ligne. Elle s’étend désormais aux médias audiovisuels et agences d’information. Doté d’une enveloppe de 2 milliards de FCFA, soit une dotation 4 fois supérieure à celle principalement prévue en 2003, le fonds est alimenté par une subvention publique. Quid de l’utilisation de ce fonds. Quels sont les résultats deux ans plus tard ? Cette enveloppe est-elle utilisée à bon escient ? Pour quelle incidence dans le développement des médias publics gabonais ?


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