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Devoir de mémoire

Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé et l’épreuve de la mémoire politique nationale


Analyse
  • Bourdes Ogouliguendé autour d’autres leaders politiques des années 90 © 2018 D.R./Info241
Publié le 1er avril 2018 à 06h43min

L’ancien président de l’Assemblée nationale gabonaise Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé est mort ce 26 mars à Libreville. Une disparition d’un grand témoin de notre histoire récente, mort sans avoir révélé sa part de vérité sur ces 30 dernières années où l’ancien magistrat qui a embrassé la politique, a certainement écrit les plus belles pages politiques d’une démocratie gabonaise balbutiante. Une bibliothèque qui a ainsi brûlé sans laisser le témoignage vivant de cet acteur majeur du retour au multipartisme.

Dans la liste des livres autobiographiques et de témoignages historico-politiques, il manquera beaucoup trop de livres sur les acteurs de l’époque. Ces livres, les mémoires d’hommes politiques gabonais font tant défaut à la connaissance de notre histoire nationale. Il en manquera ceux de Jean-Marc Ekoh Ngyema, de Casimir Oye Mba, de Marcel Eloi Randy Chambrier, de Jean François Ntoutoume Emane, de Luc Bengono Nsi, Pierre-Claver Maganga-Moussavou, Paul Mba Abessole, Divungui Di Nding, Jean Eyeghe Ndong et bien d’autres. Certes, pour ces derniers encore vivants, tout n’est pas encore perdu !

Pour les acteurs-témoins déjà décédés, il manquera inexorablement ceux de Paul-Marie Gondjout, Jean-Hilaire Aubame, René Paul Sousate, Pierre-Louis Agondjo-Okawè, Jean-Pierre Nzoghe Nguema, Pierre Mamboundou. La mémoire nationale manquera incontestablement du livre-témoignage de Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé. Un de ces leaders politiques gabonais qui ont traversé l’histoire politique du Gabon de ces cinquante dernières années.

Il est évident que les historiens, les politologues et autres chercheurs publieront des biographies et des ouvrages pointus sur ces leaders politiques de premier plan. Néanmoins, ces livres ne remplaceront jamais les témoignages factuels et les anecdotes à la première personne.

Il manquera nécessairement ces petites anecdotes de la vie des petits écoliers dans les missions chrétiennes du pays. Ces anecdotes qui révèlent et restituent mieux la nature profonde des hommes politiques et qui parfois président à l’action et à l’engagement politique.

Ces anecdotes qui retracent les parcours déjà perceptibles en petites culottes des grands hommes, ceux qui font l’histoire. Ces anecdotes qui constituent la vie, la matière même de ce qui reste quand on s’en va. Celles qui relatent la vie : les amitiés, les amours, les peines et les espoirs.

Quand on a été un acteur majeur de la vie politique, bâti sa vie dans l’engagement pour des idées et des causes, graver sa vie sur papier devrait être aussi un devoir politique pour les générations futures. C’est un legs solide pour l’histoire. JABO s’en va comme beaucoup d’autres avant lui en laissant derrière lui un grand puzzle fragile d’une vie très riche et en même temps très difficile à reconstituer en l’absence de sources écrites fiables.

La célèbre formule d’Hampaté Bâ prend tout son sens dans ces cas de figures de notables politiques qui disparaissent sans avoir laissé de façon consignée par écrit leurs bibliothèques. Avec le décès de JABO c’est malheureusement une bibliothèque qui a brûlé. Et il y a à craindre que d’autres s’en aillent de la même façon …Wikipédia ne sauvera pas tout !

Les médias publics qui sont, en principe là aussi pour contribuer à la construction des grandes archives nationales ne jouent nullement ce rôle, ou très peu. Produire des documentaires, des grands entretiens et portraits des hommes politiques, fussent-ils opposants aiderait énormément à construire cette mémoire nationale encore trop embryonnaire.

Et du côté des familles de ces notables, il est souvent malheureux de constater que les guerres de succession se focalisent essentiellement sur les biens matériels et sur la revendication opportuniste de l’héritage politique des défunts. On ne s’attèle guère à reconstituer et organiser les écrits et archives de bibliothèques humaines une fois disparues.

Reste alors aux chercheurs la lourde tâche d’écrire, souvent à partir de rien (sans photos, sans documents, sans archives audio ou vidéo etc.), sur les hommes politiques, et de fait en s’exposant à des analyses et interprétations parfois infidèles ou complètement déformées. Les familles des défunts étant malheureusement peu collaboratives à cet effet.

Au final, au-delà des disparitions de nos hommes politiques, c’est la question de la retransmission et de la survie de la mémoire qui se pose. Tout l’enjeu est là : comment construire une histoire et/ou identité nationales si l’histoire de ses grands hommes n’est pas écrite et transmise ?

Heureusement que devant ce sombre tableau, certains hommes politiques ont consigné dans des livres leurs vies ou leurs idées politiques. C’est le cas de Martin Edzodzomo-Ela, Zacharie Myboto, Jean Ping, Raymond Ndong Sima, Paul Malékou ou encore Guy Nzouba Ndama pour ne citer que ceux-là.

Reste donc à espérer que la mémoire de JABO ne sombrera pas dans l’oubli.

Évivi Nguema


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