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Crise post-électorale

Jean Ping, ennemi n°1 des profito-situationnistes gabonais de tous bords


Analyse
  • L’ancien président de la Commission de l’UA face à la diaspora gabonaise d’Europe à Paris © 2017 D.R./Info241
Publié le 1er août 2017 à 15h35min

La crise post-électorale gabonaise a semble-t-il permis de raviver l’exercice démocratique de la parole publique. Chaque homme politique y va de son point de vue pour tenter de proposer une solution idoine pacifique en voulant effacer l’expression du suffrage universel du 27 août 2016. L’analyste politique gabonais, Germain Ndouna pose son curseur sur la tendance actuelle à faire de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine comme ennemi numéro 1 des profito-situationnistes de tous bords. En oubliant parfois que n’eût été la témérité de Jean Ping et la clairvoyance de certains poids de l’opposition et de la société civile qui ont ficelé la candidature unique, Ali Bongo aurait pu réussir à se faire réélire sans ambages.

Par son calme, sa patience, son assurance et sa sérénité, qui ne sont pas sans rappeler les moines tibétains, Jean Ping n’en finit pas de faire des victimes et des ennemis parmi les profito-situationnistes des deux principaux bords politiques. D’une part, ceux de la junte au pouvoir, dont une brochette de cinq énergumènes présentant des signes apparents d’un état de stress post-traumatique et d’une crise d’angoisse schizophrénique a dernièrement fait une incursion publique dont nul n’a saisi l’objet ni perçu la portée.

D’autre part, ceux qui continuent de se réclamer de l’opposition mais s’opposent néanmoins au chef de cette opposition avec une virulence qui parfois frise l’hystérie tout en caressant celui contre qui ils sont censés s’opposer dans le sens du poil ou en observant à son égard une bienveillante neutralité. S’ils sont tous en proie à une certaine nervosité au sujet de leur avenir immédiat certains ne cachent plus leur énervement que l’accès à la mangeoire ne leur soit toujours pas ouvert ou qu’il leur semble hypothéqué. Cette deuxième espèce de profito-situationnistes issus de l’opposition comprend trois sous-espèces aux traits distinctifs parfois diffus.

1- Les opposants du dialogue

Ce sont les profito-situationnistes de tous les superlatifs. Ils sont plus « aliste » et plus anti-Ping que les Émergents eux-mêmes. Ils frétillent et piaffent d’impatience en se démenant comme de beaux diables pour qu’Ali Bongo nomme enfin le gouvernement et/ou mette en place le comité de suivi des résolutions du dialogue auxquels ils espèrent évidemment faire partie.

Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines. Aux dernières nouvelles le gouvernement ne sera pas mis en place avant quelques semaines tandis que le comité de suivi a été renvoyé aux calendes grecques.
En tout état de cause, même ceux parmi eux qui disent avoir « mouillé le maillot » ne sont plus assurés d’être récompensé à la hauteur de leur « trahison » ou même d’être récompensé tout court.

2. Les opposants façon-façon

Parmi lesquels on trouve des ténors (actuels ou anciens) de la galaxie Jean Ping restés plus longtemps que les premiers dans l’indécision ou l’hésitation à rejoindre le camp des « dialoguistes » avant de finalement se démarquer (plus ou moins officiellement) du leader de l’opposition, pour se mettre à la disposition d’Ali Bongo devant l’imminence de la formation d’un nouveau gouvernement.

Leur silence jusqu’ici assourdissant est de temps en temps brisé par la voix de leurs partisans ou d’activistes enragés systématiquement pour conspuer ou attaquer Jean Ping, comme dernièrement à propos de la prétendue injure que celui-ci aurait fait à la mémoire d’AMO.

3. Les opposants du Ni-Ni

En mal de reconnaissance et à l’avenir politique et professionnel en pointillés, ils sont conscients que leur fameuse (et fumeuse) troisième voie est parfaitement irréalisable mais pensent décourager et démobiliser les soutiens de Jean Ping en laissant entendre qu’il n’accédera pas au pouvoir sans toutefois fournir d’éléments pour étayer leur assertion.

Leur posture révèle, bien sûr, qu’ils sont en rupture de ban avec Jean Ping mais aussi qu’un rapprochement avec Ali Bongo n’est pas envisageable vu leurs antécédents avec le chef de la junte dont la rancune est proverbiale. Faute de pouvoir s’adresser directement à Ali Bongo qui les ignore superbement ils croient voir en Jean Ping et dans les figures emblématiques de la diaspora une cible à leur portée.

Bien que se gardant encore d’attaques frontales, leur agressivité à l’égard de celui dont ils reconnaissent qu’il est le president élu et qu’ils ont, du reste, contribué à faire élire découle vraisemblablement d’une déception et d’un dépit dus au fait que Jean Ping ne leur a pas accordé l’importance et la place auxquelles ils avaient « droit » ou qu’ils espéraient, qui sur la base d’une auto-(sur)estimation, qui pour être payé en retour d’un engagement « historique » "courageux" dans l’opposition et pour avoir mis les pieds à l’étrier à l’ancien président de la Commission de l’UA à son retour au Gabon.

Qu’à cela ne tienne le ni-ni est voué à faire long feu et à rejoindre la DTE dont il est le clone au cimetière des chimères et des vraies fausses idées. En attendant que ses promoteurs le remettent au goût du jour sous une autre appellation. Décidément Jean Ping est un empêcheur de tourner en rond. C’est lui qui empêche les profito-situationnistes, l’espèce la plus représentative de la race du politicien gabonais, d’exercer leurs talents d’opportunistes eux qui sont entraînés à flairer les situations avantageuses, d’où qu’elles viennent, et à leur courir après. Presque un an après l’élection présidentielle l’horizon du pouvoir émergent reste désespérément incertain et le ciel des opportunités de postes ne s’éclaircit toujours pas.

Tout cela à cause de Jean Ping qui, à défaut de prendre le pouvoir, reste intransigeant face à Ali Bongo qui, lui, a officiellement le pouvoir de nomination mais peine à l’exercer avec la générosité que l’on attend d’un président en exercice.
Conscient que son dialogue n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau et qu’un nouveau gouvernement ne le tirera pas d’affaire (surtout s’il faut y intégrer une meute d’opportunistes affamés dont il n’a plus aucun besoin) Ali Bongo a le moral en berne et semble être dans une quête désespérée d’un second souffle. Sinon d’une porte de sortie.

Terrorisés à l’idée que le sort d’Ali Bongo n’ait été scellé ou ne soit en passe de l’être, les durs à cuire de son régime ne savent plus à quel saint se vouer. Ils sont conscients des conséquences qu’une telle éventualité augure pour eux, notamment et non des moindres la colère des Gabonais qui, tels des charognards qui salivent en attendant l’instant inéluctable où leur proie va trébucher pour fondre sur elle. Chose pour le moins comique c’est Jean Ping, qui n’est ni chef suprême des armées ni chef du gouvernement, qu’ils accusent de préparer un carnage et de vouloir affamer les Gabonais.

Tout aussi comique est cette opposition unique en son genre qui s’illustre par son opposition à l’opposition et non au pouvoir en place, lequel est pourtant toujours le maître officiel de l’agenda institutionnel, économique, social et culturel. Le charivari qui agite actuellement le microcosme gabonais traduit la recomposition du paysage, le renouvellement de la classe et l’assainissement des mœurs politiques qui sont actuellement en cours et que les Gabonais devront incontestablement à Jean Ping. Il était vraiment temps.

Germain Ndouna


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