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L’invité de la rédaction

Claudy Siar : « Moi, je suis à Paris. Il y a des choses que je ne sais pas »


L’invité d’Info241
  • Claudy Siar : « Moi, je suis à Paris. Il y a des choses que je ne sais pas » © 2016 D.R./Info241
Publié le 17 mars 2016 à 18h55min

L’invité de la rédaction d’Info241 est cette semaine Claudy Siar, journaliste et animateur radio notamment de « couleurs tropicales » diffusée sur Radio france internationale. Claudy Siar réagit à la polémique suscitée par l’annonce de l’enregistrement de « Couleurs tropicales » et la tenue d’une conférence-débat à l’Université Omar Bongo de Libreville. Claudy Siar donne aussi des précisions à propos de l’émission Africa Star organisée au Gabon en 2008 et nous parle de son engagement politique.

Une polémique est née suite à l’annonce de la tenue de Couleurs tropicales à l’université Omar bongo de Libreville, pouvez-vous nous en dire plus ?

Claudy Siar : Je trouve que c’est une polémique qui n’a pas lieu d’être. Simplement je comprends et je découvre que la situation des étudiants de l’UOB n’est pas réglée et que certains s’étonnent que couleurs tropicales – parceque certains n’ont vu que cela – enregistre à l’UOB où il était prévu de mettre en valeur les talents musicaux du pays.

Lorsque j’apprends que les problèmes persistent et que les étudiants sont en grève, quelle décision je prends immédiatement ? C’est celle de dire que je suis en solidarité avec les étudiants".

Mais il y avait deuxième rendez-vous qui pour moi était un rendez-vous indissociable puisque le matin à l’Université nous devions enregistrer aussi, puisque cela donnait lieu à un programme, une conférence débat « génération consciente » avec deux thèmes : « être jeune gabonais en 2016 » et « la troisième ruée vers l’Afrique, est-ce une chance pour les africains ? ».

Mais certains et les plus polémistes n’ont voulu voir que l’enregistrement de « couleurs tropicales ». Lorsque j’apprends que les problèmes persistent et que les étudiants sont en grève, quelle décision je prends immédiatement ? C’est celle de dire que je suis en solidarité avec les étudiants et que je n’enregistrerai pas l’émission et que je ne ferai pas de conférence débat à l’U.O.B. Malgré cette déclaration sur les réseaux sociaux, j’ai essuyé menaces et insultes. Je trouve cela extrêmement déplacé, surtout de la part d’étudiants qui parlent de solidarité et qui parlent de trouver des solutions aux problèmes cruciaux de ceux qui étudient et qui sont donc l’avenir du pays et de l’Afrique.

Donc vous confirmez que « Couleurs tropicales » ne sera pas enregistrée à l’Université Omar Bongo de Libreville ?

Claudy Siar : Comment puis-je enregistrer dans un lieu où il y a une telle contestation ? Je ne le peux pas. On ne peut pas à la fois être dans la dynamique de « génération consciente », prôner des choses et lorsque vous avez les jeunes à qui vous voulez justement prodiguer quelques conseils en tout cas partager votre expérience de militant leur dire : « oui vous êtes en grève mais qu’importe nous nous faisons notre programme comme si de rien n’était ».

moi je suis à Paris, je ne suis pas à Libreville, il y a des choses que je ne sais pas".

Ce n’est pas possible, je serai inconscient en faisant ça. Et puis moi je suis à Paris, je ne suis pas à Libreville, il y a des choses que je ne sais pas. Si par exemple vous êtes à Libreville, je vous invite à Paris enregistrer votre émission dans un lieu où des gens sont en grève et que vous l’apprenez alors que vous êtes encore à Libreville vous me direz : « Claudy je ne peux pas être là, je ne veux pas mettre en péril le combat d’hommes et de femmes qui défendent leurs intérêts ». C’est ce que j’ai fait.

On parle de certains liens un peu occultes politico-financiers que vous avez avec le Gabon qui auraient abouti au financement de la célèbre émission Africa star, avez-vous reçu de l’argent de l’Etat Gabonais pour organiser Africa Star ?

Claudy Siar : Je crois que je rêve ! On est en train de parler d’une situation de 2016 et on revient à une opération de 2008 ! Je vais vous expliquer quelque chose. Quel que soit les opérations importantes culturelles que vous organisez dans un pays, vous avez deux sources de financement : les annonceurs ou/et l’état parce que le ministère de la culture a envie de faire quelque chose.

Si vous organisez un grand barnum dans un pays ce n’est pas vous qui allez dépenser votre argent pour faire rayonner le pays".

Il n’y en a pas 36 autres. Moi par exemple, je ne peux pas venir dépenser de l’argent que je n’ai pas pour monter une opération. Tout comme vous par exemple, si vous organisez un grand barnum dans un pays ce n’est pas vous qui allez dépenser votre argent pour faire rayonner le pays. A un moment donné vous allez chercher des partenaires et des sponsors, c’est ce que nous avons fait.

J’ai lu ici et là que je viendrai au Gabon parce que j’ai reçu une enveloppe. Je suis payé par Radio France Internationale pour faire des émissions de radio et par personne d’autreé.

Concernant les liens occultes, politico financiers ou quoi que ce soit, je n’ai rien d’occulte, je tiens à dire que je n’ai pas de religion, je n’appartiens pas à une loge maçonnique à aucun parti politique. Il n’y a aucun organisme ou aucun cercle financier. Donc c’est n’importe quoi.

J’ai lu ici et là que je viendrai au Gabon parce que j’ai reçu une enveloppe. Je suis payé par Radio France Internationale pour faire des émissions de radio et par personne d’autre. Le Gabon n’a pas donné d’argent pour que je vienne y faire des émissions, il faut quand même réfléchir RFI n’a pas besoin de ça. Il y a des organismes privés qui sont nos partenaires, mais les salaires de toute mon équipe sont payés par RFI. A un moment donné il faut que les gens arrêtent de dire et d’écrire n’importe quoi.

Pour revenir à Arica Star nous avons eu la possibilité d’avoir de nombreux partenaires parmi lesquels Gabon Airlines qui n’existe plus, l’état gabonais a mis à notre disposition la cité de la démocratie dont nous avons par ailleurs rénové les installations électriques. Ces partenaires nous ont soutenu financièrement et en nature comme cela se fait partout. Vous trouvez cela anormal ? Est-ce que c’est un lien bizarre ?

Vous avez été délégué interministériel pour l’égalité des chances peut-on penser à un retour en politique de Claudy Siar ?

Claudy Siar : Non. Je l’ai fait parce que cela avait du sens. Alors certains y ont vu une lecture très politique parce que Nicolas Sarkozy était président. Puisque certains pensaient que le racisme en France n’existait que lorsque la droite était au pouvoir et lorsque que la gauche arrivait au pouvoir le racisme disparaissait. Je l’avais dit à l’époque d’ailleurs, j’avais dit que le racisme a toujours existé que ce soit de droite ou de gauche et que ces deux grands partis français sont responsables des politiques de discriminations en France ou en tout cas de la discrimination dont nous sommes victimes dans notre pays, dans mon pays puisque je suis africain de la caraïbe, je suis guadeloupéen.

Je me bats également pour que notre continent, ses jeunes et ses dirigeants comprennent dans quel monde on vit".

Donc je l’ai fait parce que cela avait du sens et d’ailleurs je n’ai pas hésité à écrire dans mon dernier rapport que la France traitait l’outre-mer comme les confettis de son empire colonial. Moi je vis dans un pays, qui se dit être le pays des droits de l’homme, où lorsque parle de littérature, on emploie une expression « avoir un nègre » c’est à dire quelqu’un qui écrit pour vous. Cette expression est une expression du XVIIIe siècle, à l’époque où l’esclavage était en vigueur en France et qui voulait dire avoir un esclave qui travaille pour vous.

Et bien aujourd’hui en France, en 2016, cette expression est toujours employée. Je vais me battre avec le CREFOM (Conseil Représentatif des Français d’Outre-Mer, Ndlr) pour que cette expression disparaisse du langage français, la France est le seul pays qui l’emploie. Voilà dans quel pays je vis, voilà dans quel pays je me bats.
Je me bats également pour que notre continent, ses jeunes et ses dirigeants comprennent dans quel monde on vit. Je me bats pour que l’Afrique comprenne que si elle n’a pas un média fort, si elle n’a pas un média continental et panafricain qui exprime ce qu’elle est, l’Afrique sera toujours plus faible que les autres parce que nous sommes dans un monde de l’hyper médiatisation et j’aime à dire que tant que l’Afrique ne contrôlera pas son information, son image sur la scène internationale sera toujours peu conforme à la réalité. Mais pour que cela voit le jour il faut qu’il y ait des dirigeants visionnaires et je m’adresse à tous les dirigeants d’Afrique qu’ils soient au Gabon, à Djibouti, au Sénégal, ils ont tous laissé mourir Air Afrique ! Regardez aujourd’hui la situation des africains lorsqu’ils veulent voyager et le coût des billets d’avions !

La solidarité ce n’est pas quelque chose qui se décrète, c’est une culture, c’est quelque chose qui se travaille, qui se comprend".

Dans cette polémique sur l’Université Omar Bongo, quand je vois que l’on fait rejaillir sur moi les problèmes des étudiants, je dis qu’il faut arrêter de se mettre d’accord sans jamais être d’accord. Apprenez à être ensemble. La solidarité ce n’est pas quelque chose qui se décrète, c’est une culture, c’est quelque chose qui se travaille, qui se comprend et lorsque vous vous attaquez à quelqu’un qui n’est pas votre adversaire parce que vous ne savez pas vous attaquer à ceux que vous estimez être vos adversaires, on a un problème.

Je suis très Mandela dans cette posture-là. Quelques soient les difficultés qui sont les nôtres, il y a bien un moment où il faut discuter, je pense aux étudiants mais aussi à l’état qui doit protéger cette jeunesse car c’est elle qui doit construire demain. Voilà quel est mon propos et c’est un propos que je crois est sans détours et très clair. Merci encore une fois de me permettre de m’expliquer sur tout ça et puis peut être que celles et ceux qui profèrent toutes sortes d’insultes sur les réseaux sociaux sauront raison gardé.

De toute façon je me rendrai à Libreville et puis évidement j’attends justement dans les heures à venir qu’on nous propose un autre lieu pour l’enregistrement de « couleurs tropicales » et si ce n’est pas possible nous n’enregistreront pas en public.

Propos recueillis par Jocksy Ondo Louemba


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