Violences policières

La force, seule réponse du gouvernement gabonais aux revendications des travailleurs ?

La force, seule réponse du gouvernement gabonais aux revendications des travailleurs ?
La force, seule réponse du gouvernement gabonais aux revendications des travailleurs ? © 2020 D.R./Info241

La quasi totalité des secteurs d’activités de l’économie et de l’administration gabonaise sont au rouge. Beaucoup trop de couacs plombent leur fonctionnement optimal. Face aux grèves multisectorielles à répétition auxquelles fait face le gouvernement, l’usage abusif et systématique des forces de l’ordre semble être devenu l’unique « dialogue » brandi pour leur étouffement plutôt que leur résolution réelle. C’était encore le cas ce matin au ministère du Budget.



La gouvernance du Gabon pose de plus en plus problème. Nombreux sont ceux des observateurs qui regrettent amèrement l’ère Omar Bongo Ondimba. Du seul fait de son sens profond du dialogue y compris avec son pire ennemi, le sens du compromis était la colonne vertébrale de son pouvoir. Ce qui amène d’ailleurs certains à dire qu’il n’a dû son long magistère qu’à cette qualité exceptionnelle.

La méthode Ali Bongo

Depuis l’intrusion d’Ali Bongo au pouvoir, le tableau de bord du Gabon s’est soudainement obscurci. Mais curieusement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, les gouvernants n’ont jamais autant martelé que le Gabon est un État de droit. Or, au moindre mouvement d’humeur, à la moindre grogne des travailleurs, tous secteurs confondus, telle une épée de Damoclès suspendue au dessus d’une tête, la force publique est automatiquement envoyée sur le champ.

Un des véhicules de l’important dispositif policier utilisé contre les grévistes

Là où il est demandé un échange cordial entre les parties en conflit, le salarié gabonais se voit régulièrement opposé une escouade de policiers vêtus de leur arsenal anti émeute. Si la sommation faite aux syndicalistes n’est pas suivie par ces derniers, des bombes lacrymogènes vont pleuvoir. Sans laisser aucun choix à des personnes inoffensives qui ne revendiquent que la simple application de mesures et traitements pourtant écrits noir sur blanc soit dans le Code du travail, soit dans plusieurs conventions et engagements pris librement par le gouvernement. Quand ce n’est pas le cas, les leaders syndicaux sont convoqués de façon arbitraire par les services de renseignement pour y subir des intimidations qui n’ont pour unique objectif, la suspension, voir la levée pure et simple de la grève.

Au tour des régies financières

Ce matin, les agents des régies financières ont investi le hall du ministère du Budget, dans la barrière encadrant lesdits locaux. Sans obstruer la voie publique ni y occasionner le moindre désagrément aux passants et voisins de l’immeuble, c’est un contingent de policiers flanqués d’officiers qui ont atterri pour venir les dissuader de poursuivre leur mouvement, enclenché depuis cinq mois sans que le gouvernement s’engage sincèrement à résoudre ne serait-ce que le tiers de leurs revendications.

Il y a quelques temps, ce fût la même méthode qui sera appliqué sans sourciller aux agents du ministère des Eaux et forêts. Là-bas, au piquet de grève, l’usage de la force avait été si disproportionnée que certains grévistes durent s’en tirer avec de graves lésions. Des exemples comme celui-là sont légions au Gabon.

Quid de l’avenir syndicale au Gabon ?

Devant de telles violations permanentes qu’on ne vit que dans les pays les plus fermés en terme de déficit démocratique et de libre expression, il est à craindre l’avenir des luttes syndicales au Gabon. Comment avec un arsenal juridique aussi étoffé et qui plus, consacre tous les principes d’un État démocratique, le Gabon en vienne aussi gravement à pratiquer aussi régulièrement le contraire sur son propre peuple ?

À force de réprimer, voilà comment, sans le réaliser, un gouvernement a fini lui-même, par élever Jean Rémy Yama, Patrick Mombo, Pierre Mintsa, Erisco Mvou Ossialas, Marcel Libama et bien d’autres au rang de héros. Tant ils sont réfractaires à ces multiples tentatives de bâillonnement de la lutte syndicale au Gabon depuis des années.

Là où sagesse recommanderait au gouvernement d’attaquer les problèmes qui se posent à eux à la racine, les membres des différentes équipes gouvernementales brillent par des descentes sur le terrain, à des tours du propriétaires qui, au finish, n’apportent aucune amélioration notable au-delà des suspensions de grèves dont il est connu qu’elles s’obtiennent parfois aux moyens de soudoiements de quelques leaders véreux.

À beau chasser le naturel, il revient au galop. C’est certainement ce qui a amené les agents grévistes des régies financières à adopter pour slogan le « Plus jamais ça ! ». Une posture qui a sans doute interpellé Ali Bongo qui, dit-on, aurait instruit sa Première ministre Rose Ossouka Raponda de traiter urgemment ce dossier. Wait and see !


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