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Littérature

Aujourd’hui avant demain où je mourrai de Kevin Maganga enrichit le paysage littéraire Gabonais


Culture
  • Aujourd’hui avant demain où je mourrai de Kevin Maganga enrichit le paysage littéraire Gabonais © 2015 D.R./Info241
Publié le 19 août 2015 à 14h36min

Le recueil de nouvelles « Aujourd’hui avant demain où je mourrai » de l’écrivain gabonais Kevin Maganga paru à Paris aux éditions du Panthéon le 10 avril 2015 vient enrichir le paysage littéraire gabonais. L’œuvre a été présentée à Nancy (France) autour d’une table ronde, qui a réuni des doctorants, critiques littéraires en présence de l’auteur.

Cette conférence a été organisée à Nancy en Lorraine (France) à l’occasion de la 2e édition de l’événement ’’Le Gabon, notre Histoire’’ autour du thème : « A la découverte du livre gabonais. »

Les doctorants chercheurs en littérature générale et comparée Rostano Éloge Mombo Nziengui, Hance Wilfried Otata et Laude Maïssa Ngadi ont animé ce panel de conférences autour du livre gabonais. Pour l’écrivain, Kevin Maganga, ce recueil de nouvelles « est un extrait d’un roman prochain en élaboration. Pour paraphraser le jargon musical, c’est un EP, un ‘’mini single littéraire’’ ».

Kevin Maganga posant avec son ouvrage

Présentant sa réception critique, Rostano Mombo a expliqué à l’assistance que le livre Aujourd’hui avant demain où je mourrai « s’articule autour de deux récits : l’histoire d’un enfant évoquant ses souvenirs familiaux et d’amour avec sa Mya et le récit d’une ‘’Blind girl’’ dégoûtée de la vie malgré les efforts de son tendre compagnon. C’est un hymne à l’amour au sens sentimental (l’histoire de Mya et de la Blind girl). Puis, patriotique, via l’appropriation de l’espérance du destin national. Avec en filigrane la thématique centrale du déterminisme. »

Sur le plan esthétique, M. Mombo Nziengui a relevé une « tentative de renouvellement du genre avec l’intrusion de l’écriture poétique (p.24). En exemple, l’entame des nouvelles débute par un poème où tous les pronoms personnels sont déclinés ». Mais aussi, on peut y lire explique-t-il « l’écriture de la la mémoire individuelle avec une dimension autobiographique. Et de la mémoire collective au sens que nous confère le sociologue français Maurice Halbwachs.

Poursuivant ses explications le comparatiste a fait remarquer que « la technique d’écriture de l’écrivain Kevin Maganga semble s’articuler autour de la mémoire. Avec un personnage bifide et une dualité du ‘’Je’’, le ‘’Je’’ impersonnel qui est à la fois singulier et pluriel, individuel et collectif. »

L’écrivain Kevin Maganga, natif de la Dola (Ndéndé), doctorant au Collège doctoral européen de l’Université de Strasbourg

Dans ses nouvelles relève M. Mombo, « il y a une forme d’ancrage à la culture gabonaise. Notamment, le travail autour de la langue. Avec l’usage du plurilinguisme et l’exploitation des sociolectes gabonais : parlé gabonais. Ce que l’auteur nomme par ‘’le gaboma’’. Et des néologismes, entre autres, ‘’entrecœuriste ‘’, ‘’diamenu’’ (dia : jour en espagnol et ménu : mon en langue punu (du sud du Gabon). Notons aussi, ‘’empoutré’’, ‘’brigander’’. »

Tout en faisant remarquer que « l’écrivain-critique s’emploie à manier l’intertextualité littéraire (Kristeva) avec une forte présence des textes sacrés. On peut souligner les versets de la Bible extraits du livre des Cantiques des Cantiques pour le versant chrétien. Et des sourates extraites du Coran pour le versant islamiste. Sans oublier, les influences du texte de Sembène Ousmane, Les bouts des bois de Dieu, Le Prince de Machiavel et Mémoire de mes putains tristes de Gabriel Marquez. »

Autour du table ronde modérée par le doctorant Laude Maïssa Ngadi, la présentation du recueil des nouvelles Aujourd’hui avant demain où je mourrai a permis de brosser un panorama du livre gabonais. Ce dernier a été réalisé par le doctorant chercheur Hance Wifiried Otata.

L’écrivain Kevin Maganga vêtu d’un pagne entouré des conférenciers à l’hôtel de ville de Nancy (France)

Parlant du panorama général du livre gabonais, le critique M. Otata a souligné qu’il tient sur deux axes : « le premier, que nous nommons l’identité contestée, présente toutes les critiques et les observations adressées à l’endroit de l’écriture gabonaise. En effet, on a souvent reproché au Gabon sa faible production littéraire, aussi bien sur le plan fictionnel que théorico-critique. Si l’on tient compte de l’activité camerounaise ou congolaise (R.D.C.) pour ne citer que ceux-là, le ratio gabonais parait insignifiant. »

« A cet inconvénient statistique s’ajoute un second, celui du style, c’est donc la poétique textuelle qui est mise à mal. Certaines voix critiques doutaient de la littérarité d’un ensemble de textes marquée par le vérisme. Le second point traite du temps de l’essor (1990 à nos jours). Il s’agit de mettre en exergue les volontés diverses visant à échapper à cette condition éphémère », explique-t-il.

Pour le critique littéraire, « parmi elles nous notons, une nouvelle génération d’écrivains qui vient confirmer les attentes initiés par des textes de qualité tels ‘’Paroles de vivant ‘’ (Moussirou Mouyama), ‘’Au bout du silence’’ (Laurent Owondo), « L’enfant des masques » (Ludovic Obiang), etc. Le réveil éditorial orchestré par le travail des organismes tels Odem, la Presse Universitaire Gabonaise... Et enfin, le travail des universitaires gabonais qui proposent des outils de lecture, de compréhension de ces fictions. »

Tout en concluant que le recueil de nouvelles de Kevin Maganga, participe à l’éclosion de cette littérature écrite par des critiques. Des auteurs ayant un capital culturel littéraire étant formés dans le domaine. D’où on relève dans son livre un attachement à la dimension philosophique et sociocritique. Ceci, par le biais d’une fine satire sur les comportements humains, dont l’ingratitude. Le déterminisme via les récurrences des faits hasardeux qui construisent le récit sont des fils conducteurs thématiques de l’écrivain.

La cérémonie de présentation a été achevée par une série de questions-réponses, et un moment dédicace du livre par l’auteur. Rappelons à toutes fins utiles qu’Aujourd’hui avant demain où je mourrai a déjà fait l’objet d’une présentation à Strasbourg. A l’occasion d’une invitation programmée lors des premières ‘’Rencontres Gaboma-Alsaciennes’’ organisées par le Cercle des Gabonais de Strasbourg le 26 juin dernier.


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