Faux papiers

La brigade centre d’Oyem démantèle un vaste réseau de faussaires dirigé par un maire

La brigade centre d’Oyem démantèle un vaste réseau de faussaires dirigé par un maire
Les locaux de la brigade centre de gendarmerie d’Oyem, au cœur de cette enquête © 2021 D.R./Info241

L’administration gabonaise est depuis toujours victime de réseaux mafieux qui mettent davantage à mal la fiabilité tant recherchée et souhaitée d’un fichier d’état civil approximatif. Heureusement que les fins limiers de la gendarmerie nationale veillent au grain. C’est ce qui vient de se produire à Oyem, avec le démantèlement d’un vaste réseau de faussaires disséminés à travers plusieurs sous-préfectures et agissant sous les ordres d’Aboubakar Adamou, le jeune 3e maire adjoint de la commune d’Oyem (Woleu-Ntem, nord du Gabon).

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Tous placés sous mandat de dépôt depuis le mardi 16 février, avant-hier, à Oyem, le 3e maire adjoint de la commune éponyme et ses complices méditent sur leurs agissements de faussaires présumés. Aboubakar Adamou a été écroué pour “instigation d’établissement de faux” et ses complices pour “établissement de faux”. Il faut dire que les officiers de police judiciaire de la brigade centre d’Oyem viennent de réaliser un super coup de filet.

Les faits

Tout remonte les 7 et 8 février derniers. Alors qu’ils sont en poste de régulation de la circulation routière au niveau de Bibasse, les agents de la gendarmerie interpellent le sieur Ella Angoué Jason Parker. La carte professionnelle que ce dernier leur présente ne leur suffit pas visiblement à l’identifier. Sommé de sortir un autre document au cas où il en aurait sur lui, il va alors présenter un acte de naissance agrafé à une copie d’extrait de casier judiciaire délivré naturellement par le tribunal d’Oyem.

Le maire aux arrêts

Seulement, à cet instant, les gendarmes vont trouver curieux que la souche de l’acte de naissance que brandit leur “client” ait été légalisé par le sous-préfet du district d’Akam-Essatouk, alors que ce dernier n’en a pas qualité. C’est alors que va s’engager un interrogatoire qui aboutira à un aveu d’Ella Angoué. Il déclarera séance tenante avoir obtenu ledit document à la sous-préfecture susmentionnée, grâce à un certain Lambert avec l’appui du 3e maire adjoint de la commune d’Oyem, Aboubakar Adamou.

Des faux actes de naissance

Le lendemain, 8 février, le tour est revenu à Alexandra Ntsame Essone elle aussi suspectée de détenir un faux acte de naissance de passer à table. Presque de manière identique au premier suspect, cet acte dont le numéro est le 87 du 11/08/1995 est lui aussi signé du même sous-préfet d’Akam-Essatouk. Une procédure est alors lancée. Les déclarations et aveux des mis en cause vont, sans surprise, conduire à l’audition du sous-préfet cité par les deux usagers interpellés.

Par l’entremise du préfet du Woleu, Elie Nziengui lui-même, son sous-préfet Gaspard Ella Ndong s’est présenté à la brigade. À son arrivée sur les lieux, il identifiera sans aucune peine ceux qui détiennent les documents signés de lui. Ella Angoué va d’ailleurs révéler ce qui suit : “Je suis gabonais. Né ici et ancien élève du lycée privé Dominique Savio. Je suis à la recherche d’un emploi. Chose qui n’est pas du tout facile pour moi sans ma nationalité gabonaise”.

Lui qui, vérification faîte, serait en principe sujet Camerounais. En contrepartie duquel service, il aurait remis une somme de 50.000 FCFA au maire Aboubakar Adamou qui n’avait plus qu’à contacter les sous-préfets et autres secrétaires cantonaux en charge de la gestion directe d’actes de naissance frauduleux avec lesquels il travaillait déjà ainsi en réseau.

Outre les actes de naissances, le même vaste réseau établissait des certificats de résidence aux expatriés moyennant la modique somme de 10.000 FCFA. Pour ce qui est de la jeune fille arrêtée le 8 février, la nommée Alexandra Ntsame Essone, celle-ci se trouvait également en possession d’un passeport Équatoguinéen...

Un vaste réseau aux mains du maire

Procédure judiciaire engagée avec autant d’éléments compromettants, la procureure de la République près le tribunal d’Oyem, Perrine Ada Obiang et son adjoint, flanqués d’officiers de police judiciaire firent une descente musclée à la sous-préfecture du district d’Akam-Essatouk. La perquisition des lieux a permis de saisir plusieurs registres de naissance non répertoriés et un cachet estampillé « Département du Woleu - Le Préfet ». Avant de se rendre à l’évidence que le sous-préfet incriminé s’adjugeait lui-même une prérogative qui ne lui était pas attribué en lieu et place du préfet titulaire Elie Nziengui qui rejetait systématiquement la légalisation de tout acte d’état civil qu’il soupçonnait faux.

Avec autant d’éléments et aveux compromettants, tous les membres du réseau étendu ont été facilement démantelés. Il comprenait entre autres, Be Ondo (secrétaire cantonal du sous-préfet d’Akam-Essatouk), Mebale Josiane (secrétaire particulière), André Marcel Ndoutoume Ayi (chef de bureau d’Akam-Essatouk), Andeme Ndong epouse Nvono, (madame le sous-préfet), Raoul Nzué Obame (secrétaire cantonal de Bissok), Sima Eyi Wolgfang Séverin (secrétaire cantonal d’Ellelem), Geovann Eyeghe Obaghe (secrétaire cantonal Kyé) et enfin, Aboubakar Adamou (3è maire adjoint de la commune d’Oyem). Tout ce beau monde disait agir pour ces faux et usages de faux sous les ordres de l’indélicat maire.


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