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Bilan présidentiel

Gouvernance économique : rétrospective des grands axes du mandat présidentiel d’Ali Bongo


Economie
  • Gouvernance économique : rétrospective des grands axes du mandat présidentiel d’Ali Bongo © 2016 D.R./Info241
Publié le 26 juillet 2016 à 10h02min

A moins d’un mois de la présidentielle 2016 au Gabon, les tensions politiques autour de la candidature d’Ali Bongo, la suspicion du faux en écriture publique et faux usage de faux du président gabonais ont éclipsé le véritable sujet du moment, qui n’est autre que le bilan de sa mandature. Dans cette gouvernance, l’examen du bilan économique du numéro 1 gabonais laisse percevoir un échec cuisant, notamment par le surendettement du pays, le manque d’orthodoxie financière dans la gestion des fonds alloués pour la réalisation des projets prioritaires : l’éducation, le logement, la santé, des infrastructures et l’emploi. Quid d’une rétrospective qui gagnerait à occuper une place prépondérante dans le débat public actuel.

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Ả l’heure, où les contre-performances du régime actuel rendent prégnante la nécessité de tourner la page du système Bongo-PDG, rappelons que tout programme de transformation doit, pour réussir, s’ancrer dans la compréhension du fonctionnement des processus économiques dans le cadre des institutions existantes.

Un surendettement du Gabon après la présidence d’Ali Bongo

Le Gabon est confronté à une dette publique qui représente 42% de son PIB en 2016 selon la COFACE, 50.1% selon le FMI, le Gabon pour l’avenir doit chercher des solutions urgentes pour réduire le poids de la dette sur son économie. Alors que le contexte économique marqué par un recul des recettes budgétaires exige plutôt une réduction urgente du train de vie l’Etat, les autorités gabonaises maintiennent le cap du rééchelonnement de la dette.

Les interventions de prêts en dernier ressort qui masquent la défaillance économique et politique d’Ali Bongo Ondimba sont devenues presque quotidiennes depuis 2009. Ce qui mérite de dresser une cartographie du bilan des grands axes du président Ali Bongo Ondimba, pour enfin situer le niveau actuel du développement du Gabon à la veille de la prochaine élection présidentielle dont il est, lui-même, candidat à sa propre succession.

Selon l’analyste économiste Mays Mouissi, "la charge de la dette du Gabon devient difficilement supportable pour les finances publiques du pays. En augmentation de 144% à 3 334 milliards FCFA selon les projections de la COFACE (ou de 190% à 3 969 milliards FCFA selon les projections du FMI), le remboursement de la dette et des charges financières inhérentes absorbe désormais une part importante des ressources publiques."

Et ce, avec un budget annuel de 3000 milliards en 7 an, soit 21000 milliards et aucune école primaire, primaire, collège lycée et université n’ont pu être construites. Ali Bongo s’invente d’une croissance exponentielle de 5.5% soit la meilleurs en zone CEMAC, en omettant de mentionner une baisse significative de la fiscalité et une augmentation vertigineuse du taux de chômage qui est de 35% de la population Gabonaise soit 60% ages de - 35 ans au chômage. Donc toute une génération sacrifiée par un pouvoir viscéralement plongée dans la gabegie. Alors que notre dette publique approche dangereusement du seuil de tolérance fixe par les bailleurs de fond à savoir 60% du PIB,or que la dette publique actuelle tourne autour de 45% soit une augmentation de 15% par rapport au taux fixer par l’Etat gabonais qui est de 35%. Comment le président gabonais sortant peut t-il défendre devant le Congrès (Parlement et Sénat), au regard de cette réalité implacable, que son septennat a été d’un succès à saluer ?

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Pourtant, une fois arrivé à la tête de l’État gabonais, en 2009, Ali Bongo Ondimba a promis faire du Gabon un pays émergent à l’orée 2025 c’est-à-dire en 16 ans. Mais est-ce possible aujourd’hui d’affirmer ou de continuer à rêver d’une telle vision 7 ans après ? Ne sommes-nous pas devant une utopie politicienne, caractéristique d’un nouveau genre d’une politique d’enfumage et de mauvaise gouvernance ? Quels sont les indicateurs réels et visibles à l’heure actuelle (7 ans après) qui permettent au Gabon d’aboutir à un tel niveau de développement, c’est-à-dire : le Gabon émergent à l’horizon de 2025 ?

La théorie nous enseigne qu’un pays dit émergent est caractérisé par le niveau de son PIB par habitant qui serait, certes, inférieur à celui des pays développés, mais connaît une rapide croissance économique qui aurait des répercussions sur le niveau de vie et les structures économiques et sociales du pays concerné. Ces différents indicateurs devront converger vers ceux des pays développés à l’instar des pays des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), du BRICS intégrant l’Afrique du sud, des BRICM en comprenant le Mexique ou du BRICI qui intègre l’Indonésie.

Il s’agit entre autres du décollage des activités productrices de la diversification de l’économie, de la société en rupture avec l’ancien modèle et de l’apparition de nouvelles caractéristiques correspondant à la notion d’émergence appliquée à l’économie. Ce qui pourrait correspondre au pseudo émergence envisagée par Ali Bongo Ondimba dans son Plan Stratégique Gabon Émergent (PSGE).

Rappelant que le budget de l’État est formé à près de 60% par les recettes pétrolières qui en même temps constituent 40% du PIB national. Le reste du budget est formé par les recettes issues du secteur minier (Comilog), forestières et diverses. Cependant, depuis l’accroissement du train de vie du gouvernement depuis 2009 et la chute du prix de baril de pétrole en 2015, le recours aux prêts internationaux devient la voie royale de financement des activités de l’État. Ce qui pointe ainsi la dette de l’État à plus de 3 343 milliards de francs CFA contre 1 368 milliards de francs CFA, en 2009. Ce qui devrait susciter des interrogations et exiger un bilan du septennat.

On peut donc se demander de quelle manière et avec quels arguments les émergents prétendraient défendre la hausse de la dette publique gabonaise dès lors que tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge ?

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Dans le domaine social

Ali Bongo Ondimba met à son crédit le niveau de couverture actuelle de la CNAMGS ; le développement du secteur sanitaire à travers la création/restructuration des centres hospitaliers et la construction des logements sociaux. Étonnamment, Ali Bongo, dans son bilan, oublie souvent de mentionner la création du Fonds National d’Aide Sociale (FNAS) qui est une œuvre de son mandat et non la CNAMGS dont il se réclame le principal acteur.

Pourquoi le FNAS n’est pas suffisamment médiatisé par les soutiens d’Ali Bongo comme c’est le cas avec la CNAMGS ? La question est simple de réponse : selon des sources proches de ce dossier, cet organisme n’a pas une politique de base conséquente capable de tenir aussi longtemps que possible. Ce qui justifie le changement perpétuel de politique, de ses missions et de ses orientations. Ả en croire, cet organisme comme les autres agences, ainsi créées, sert à faciliter les détournements des fonds publics.

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Ainsi, donc, le peuple gabonais attend des éclaircissements et un bilan détaillé (voire un audit) de cet organisme public. Cependant, malgré le bilan élogieux que prétend défendre Ali Bongo Ondimba au travers de la CNAMGS, cet organisme para étatique a un passif de 200 milliards de francs CFA due au non-paiement des prestataires de santé. Ả titre de rappel, la CNAMGS est créée en 2007, par Omar Bongo Ondimba, dont l’objectif à terme est de faire profiter à toute la population de la couverture santé. Ce qui sous-entend que le stade actuel de la CNAMGS correspond bien à l’évolution normale telle que prévue lors de sa création et non le fruit de l’œuvre d’Ali Bongo Ondimba.

Au plan sanitaire, le volet de l’habitat et du logement

En dehors du centre hospitalier universitaire d’Angondjé et la reconstruction de l’hôpital Jeanne Ebori, la restructuration du CHL devenue CHUL et de l’hôpital pédiatrique d’Owendo et la construction des centres hospitaliers régionaux (selon le principe des fêtes tournantes) sont des œuvres d’Omar Bongo Ondimba qui avait le souci de moderniser le système sanitaire du Gabon. Or, le bilan d’Ali Bongo dans ce secteur est marqué par les grèves à répétition du corps soignant. L’État affiche une incapacité absolue à trouver des solutions pérennes dans ce secteur qui est vital pour un pays promis à une émergence très proche.

Sur le plan de l’habitat, un des axes les plus médiatisés de la campagne 2009. Ali Bongo Ondimba avait fait la promesse de construire 5 000 logements sociaux par an, soit environ 35 000 logements au terme de son mandat. Qu’en résulte-t-il au final 7 après ? Reconnu par lui-même et ses acolytes, comme un échec criard, sur 7 ans passés à la tête du Gabon, Ali Bongo Ondimba n’a construit que 800 logements et parcelles viabilisées soit 100 logements par an. Ce bilan accablant du logement social suscite moult interrogations quant à la destination finale des budgets alloués à ce secteur chaque année depuis 7 ans.

Le Gabon un le déficit de logement qui s’élève pour l’économiste gabonais Mays Mouissi à 259 579 unités, la construction annoncée de 3 762 logements en 7 ans soit à peine 537 logements par an ne permettrait de résorber le déficit en logement que dans 483 ans … Et cela en considérant que les besoins nationaux en logement demeurent constants. L’épineux problème du logement au Gabon est devenu une gangrène criarde qui paralyse toute l’étendue du territoire national. Dès lors, le nombre de personnes mal logées n’a été aussi élevé. Selon, le dernier Recensement général de la population et des logements de 2013 (RGPL 2013) a entre autre permis d’actualiser les données relatives au mal logement en République gabonaise.

Ainsi, 345 468 personnes sont en manque de logement. 289 704 d’entre elles (soit 84%) résident en milieu urbain tandis que 55 764 (soit 16%) demeurent en milieu rural. De ce fait, nous apprend M. Mouissi Kinga, "elle seule la province de l’Estuaire concentre 53% des résidents en manque de logements. La première province du Gabon compte ainsi 181 695 personnes mal logées, loin devant le Haut-Ogooué qui compte 39 815 mal logés (12%) et le Woleu-Ntem qui lui compte 34 425 personnes en manque de logement (10%)." On peut mieux comprendre cette inefficacité à la lecture du rapport de Transparency international publié en décembre 2014, portant sur la corruption et la bonne gouvernance dans le monde, qui indiquait que de 2011 à 2014 ce serait la somme colossale de 700 milliards de FCA qui aurait été détournée par l’État gabonais sous le magistère d’Ali Bongo Ondimba.

Dans le domaine des infrastructures routières, comme le souligne le document « L’avenir en confiance », Ali Bongo Ondimba envisageait de désenclaver l’ensemble du troussons routier national d’ici 2016. Or, dans les faits, il n’a bitumé qu’à peu près, 700 kilomètres de route sur 7 ans soient, 100 kilomètres environ par an. En observateur averti, l’on peut se demander si ce projet n’était pas surréaliste ou ne relèverait-il pas de ce qu’il appelle, lui-même, l’« effet de publicité » ? Et donc d’une communication de matraquage médiatique sans fondement réel.

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Concernant le secteur de l’éducation

Secteur qui fait partie des grands axes du développement inscrit dans le plan stratégique Gabon émergent (PSGE) ; il était mentionné l’amélioration du système éducatif national. Pour Ali Bongo Ondimba, il fallait améliorer la qualité de l’éducation au Gabon en favorisant l’accroissement d’une ressource humaine de qualité, une réforme du système LMD des universités, l’adoption de l’informatique comme outil pédagogique, l’amélioration de la qualité de vie éducative en mettant à niveau les services offerts aux élèves et aux étudiants du Gabon.

Il s’agissait entre autres de la construction de nouveaux logements, des internats dans les collèges et lycées, de nouvelles résidences universitaires et d’ouverture de cantines scolaires. Mais qu’en est-il dans les faits 7 ans après ? En analysant la Loi des finances on observe que l’inscription budgétaire la bagatelle somme de 20,17 milliards dilapidés aurait dû financer les dépenses suivantes : 60 nouveaux lycées et leur équipement (7.6 milliards FCFA) ; 10 nouveaux internats et leur équipement (2.5 milliards FCFliA) ; 5 rénovations d’internats (781 millions FCFA) ; 1 lycée scientifique à Koulamoutou (4 milliards FCFA) ; 1 Collège d’enseignement secondaire à Mpaga (300 milons FCFA) ; l’extension et l’équipement du CES de Cocobeach (1.15 milliards FCFA) ; l’achèvement des autres travaux en cours (3.8 milliards FCFA).

Ả la place de la construction de 400 salles de classe avant la rentrée scolaire 2013, Ali Bongo a préféré transformer le stade de l’amitié sino-gabonais en salle de classe ; zéro salle de classe de construites pendant qu’elles étaient inscrites dans les différentes lois de finances ; des grèves à répétition depuis 2009. Ce qui a conduit la Banque mondiale, dans son rapport de 2015 a souligné que le taux de redoublement au Gabon a atteint de proportion inquiétante estimée à 90 % soit, le double de la moyenne africaine. Dans l’enseignement supérieur, les projets de création des universités à Port-Gentil, à Boué, à Oyem et à Mouila n’ont pas vu le jour.

Résultat des courses : 100 à 200 élèves par Classe. Un sureffectif au paroxysme, un manque d’infrastructure adapté. Le taux de réussite au bac qui était de 18,5% en 2015 s’élève désormais à 14,75% en 2016. Selon le rapport de la banque mondiale de 2013, le taux national de redoublement constitue donc le plus élevé pour tous les pays du monde pour lesquels cette statistique existe. C’est ainsi, que 89% des femmes et 91% des hommes sont alphabétisés. Seulement 10% des femmes atteignent ou achèvent les études supérieures contre 15% des hommes. 35,7% des jeunes sont au chômage au Gabon. Or, 62% de la population gabonaise à moins de 25 ans.

Par contre, on assiste à une stratégie de contournement au travers de ce qu’Ali Bongo Ondimba appelle un don à l’endroit de la jeunesse gabonaise : la résidence privée communément appelée Oyo octroyé injustement à l’État gabonais pour faire office d’université (quand et comment ? le Gabonais impatient ignore l’avenir de cet édifice construit avec l’argent du contribuable à des fins familiales à l’ère d’Omar Bongo Ondimba père). Voici le vrai bilan de l’émergent en chef dans le secteur éducatif dont les jeunes représentent plus de 60 % de la population nationale d’après le dernier recensement de la population.

Sous un tout autre plan que nous qualifions de politique d’accaparement

Ali Bongo Ondimba s’approprie les réalisations du secteur privé à l’instar de la construction du Centre Métallurgique de Moanda qui a permis la création de 432 emplois, de la création de l’école de mine de Moanda, de l’école du pétrole, de la rénovation de l’aéroport international de Port-Gentil qui porte désormais son nom, du barrage du grand Poubara (Poubara III) qui est une œuvre d’Omar Bongo Ondimba avant sa mort depuis et les réalisations de la SEEG. Sur cette dernière, on peut observer les nombreuses apparitions des membres du gouvernement au côté de la SEEG afin de procéder à l’inauguration de réalisation de cette dernière.

Comme nous venons de l’analyser, tous les indicateurs sociaux sont au rouge, après le septennat d’Ali Bongo. En effet, selon le dernier « Rapport Stratégie d’Investissement Humain du Gabon » mené curieusement sous les auspices de Sylvia Bongo Ondimba, première dame du Gabon, aidée comme à l’accoutumée, par un cabinet occidental, le cabinet réputé McKinsey & Company. Ce rapport indiquait que seuls 33% de la population a accès à des installations d’assainissement, 60% des départements sont en dérochage en termes d’accès aux minima sociaux et aux infrastructures.

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Et 30% des foyers sont économiquement faibles ; 70% des villages sont enclavés. La télévision et la radio couvre moins de 70% du territoire. Et qu’il y a un besoin annuel de 110 milliards francs CFA pour éradiquer la pauvreté au Gabon.Et pourtant, sa faible population, de seulement 1. 672 million (s), avec un PIB de $19.34 milliard (s), une croissance du PIB qui atteint en 2014 les 5.9% et une inflation de 0.5% selon les dernières statistiques de la Banque Mondiale datant de 2013, devait faire du Gabon l’un des émirats africains le plus envié au monde. Mais raison gardée, c’est loin d’être le cas.

Au final, l’on peut noter qu’il existe un paradoxe entre l’évolution du budget de l’État et les dépenses encourues même si, le Parlement gabonais, composé en majorité des PDGistes, a toujours validé les budgets et les dépenses publiques. Mais il n’en demeure pas moins que depuis 2009, aucun des comptes de l’État n’a été approuvé par la Cour des comptes. Ce qui pourrait poser des doutes sur la capacité d’Ali Bongo Ondimba à défendre valablement ses réalisations sur 7 ans à défaut de se lancer dans une lecture subjective de celles-ci. Dès lors que ses réalisations, le niveau de la dette et l’évolution du budget de l’État depuis sa prise de fonctions, en 2009, penchent à sa défaveur. Comment et pourquoi avec un tel bilan bien que réalisé à 30% Ali Bongo gagnerait-t-il un suffrage universel favorable pour rempiler à la tête du sommet de l’Etat ?


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