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Entretien

Dr Adrien Mougougou : « Le Gabon n’est pas suffisamment équipé contre le Covid-19 »

Dr Adrien Mougougou : « Le Gabon n’est pas suffisamment équipé contre le Covid-19 »
Dr Adrien Mougougou : « Le Gabon n’est pas suffisamment équipé contre le Covid-19 » © 2020 D.R./Info241

Prenant à rebours les affirmations des autorités, le président du Syndicat des médecins fonctionnaires du Gabon (SYMEFOGA), Dr Adrien Mougougou, nous livre ses impressions sur le discours d’Ali Bongo du 21 mai dernier. En effet, Ali Bongo y avait annoncé la création d’un nouveau laboratoire et la mise en place d’une indemnité Covid-19 à l’endroit du personnel de santé. Le leader syndical reste tout de même septique quant à leur applicabilité.

Info241 : Un nouveau laboratoire de dépistage massif vient de voir le jour à Libreville, capable de faire jusqu’à 10 000 tests par jour. Que pensez vous de ça ?

Dr Adrien Mougougou : Merci à votre média de s’intéresser à nous. Par rapport au laboratoire, c’est un labo, comme je l’ai vu à la télé posé dans un gymnase. J’ose espérer que le problème du rendu des résultats dont nous nous sommes plaints va s’améliorer. Évidemment, c’est une demande constante de la part des malades que nous avons ici. Et si ça devrait emmener à améliorer le rendu des résultats et évidement le dépistage de plusieurs personnes, ce ne sera que bénéfique pour les populations et sûrement salutaire pour le professionnel de santé que je suis.

Mais seulement pour ces choses là, il faut que faisions un tout petit peu attention. Nos structures sanitaires seront elles capables de pouvoir faire face a un afflux de positifs asymptomatiques soient-ils ? Sachez que depuis longtemps, nous nous plaignons de la baisse drastique du personnel de santé. Donc dépister c’est bien, mais il va falloir que l’on s’organise pour pouvoir prendre en charge tout ceux qui seront positifs.

Lors de son discours à la nation jeudi dernier, Ali Bongo a déclaré que toutes les structures sanitaires étaient bien équipées. Partagez-vous de cette affirmation ?

Dr Adrien Mougougou : Peut-être que je vais commencer par une question que vous m’avez posé au départ, par rapport à son adresse aux encouragements et au regard bienveillant qu’il a vis-à-vis du personnel de santé. Je voudrais l’en remercier. Car ce n’est pas souvent que nous avons entendu cela de la part de l’exécutif. Maintenant quant à l’idée selon laquelle les hôpitaux seraient équipés pour faire face à toute éventualité, je dis non !

Et c’est l’interpellation que je continue à faire à son adresse et à tout le gouvernement. Nous ne sommes pas suffisamment équipés. Nous continuons à nous débrouiller avec les moyens de bord. L’équipement ce n’est pas seulement ce qu’on appel l’EPI ou l’équipement individuel, l’équipement c’est le barboteur que nous utilisons pour donner l’oxygène aux gens. Beaucoup de malades ont besoin d’oxygène. C’est ce même oxygène qui pose problème aujourd’hui au CHUL qui est en première ligne de la prise en charge des malades. Les centrales d’oxygène sont tombés en panne bien avant que le Covid-19 n’arrive.

Comment avez-vous accueilli l’annonce de la création d’une indemnité Covid-19 pour les personnels de santé ?

Dr Adrien Mougougou : Là aussi, je dis merci au président d’avoir pensé à cette prime que nous réclamons déjà. Nous courons un gros risque. Je rappelle que plusieurs personnels de santé ont été contaminés à l’hôpital. C’est donc une bonne chose d’avoir favorablement répondu à cette demande. Toutefois, moi je suis un homme qui aime le concret. J’espère que cette prime ne suivra pas le chemin de la PIP, car la PIP nous a été accordé en 2015.

Et c’est en 2020 que nous rentrons en possession de ça. Il a fallu que le coronavirus arrive pour qu’on nous la paye. Je ne dirai deux fois merci que lorsque ce sera mis en pratique. Parce-que les promesses dans ce pays nous en avons eu. Si nous ne voulons pas décourager le personnel de santé, le gouvernement a tout intérêt à ce que ça soit fait le plus rapidement possible.

Votre mot de fin ?

Dr Adrien Mougougou : Mon mot de fin c’est à l’endroit de trois entités. A l’endroit des gouvernants, j’ai envie de dire, nous somme des soldats et nous sommes là. Mais de plus en plus, qu’ils nous écoutent. Nous ne ferons face à une quelconque maladie qui plus est, à cette pandémie, qu’avec les moyens qu’ils mettront à notre disposition. Nous n’allions jamais nous transformer en oxygène, en seringue ou en barboteur. Nous n’avons que nos cerveau et nos mains.

A l’endroit des populations, le Covid-19 n’est pas une invention de nos politiques. Mais moi en tant que praticien hospitalier qui vit au quotidien avec les malades, il ne faut pas que les gens vivent dans le déni. Il faut que dès les premier signes, si le palu persiste, il faut penser au Covid-19. Le Covid-19 n’est pas mortel. Je veux dire qu’il ne tue pas d’emblée. Il tue une faible proportion des gens négligeant qui n’ont pas pris en charge leurs comorbités et les personnes fragilisées par le poids de l’âge.

Au personnel de santé, je dit nous avons commencé cette lutte sans attendre le gouvernement. Nous savons que nous n’avons pas tout ce dont nous avons besoin, mais nous devons être à la place des autres. Nous mettre au service des autres. Donc soyons courageux. Certains d’entre nous se sont fait contaminés mais nous n’avons pas le droit de baisser les armes. Plus nous serons nombreux et moins nous nous contaminerons. Soyons prêt à accueillir nos concitoyens et avec les encouragements de nos gouvernants. En espérant que ça va continuer surtout avec le matériel qu’il faut.

Propos recueillis par Sandrine Eyeng


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