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Christian Nkombengnondo : « les Gabonais ne doivent plus être chosifiés »

Christian Nkombengnondo : « les Gabonais ne doivent plus être chosifiés »
Christian Nkombengnondo : « les Gabonais ne doivent plus être chosifiés » © 2020 D.R./Info241

La gestion du gouvernement gabonais de la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus suscite moult réactions. Christian Nkombengnondo, ancien membre de l’équipe gabonaise de Taekwondo, homme d’affaires et homme politique gabonais livre pour les lecteurs d’Info241, sa lecture de la gestion du Covid-19 au Gabon. Analyse.

S’il y a une chose que la pandémie du COVID-19 démontre en plus de son caractère inédit et meurtrier, c’est l’aptitude ou non des gouvernements à faire face à un défi immense, inédit et surtout leur aptitude à protéger leur population notamment les plus vulnérables. Au Gabon, notre pays, les autorités dirigeantes clament haut et fort avoir pris des mesures pour lutter contre la pandémie du COVID-19 et ses nombreux impacts sur les populations les plus vulnérables. En réalité, ce qui se passe au Gabon est proprement scandaleux et indigne de notre pays.

« Gouverner, c’est prévoir » et vous n’avez rien prévu !

Bien avant le Coronavirus, la pauvreté au Gabon touchait plus de 80% de la population selon des sources et des études concordantes. Bien avant la maladie à coronavirus 2019, les avis objectifs d’experts sur le Gabon étaient unanimes sur l’inadéquation entre la qualité de vie de la majorité des Gabonais et les ressources de leur pays. Depuis 1967 - et malgré les nombreux programmes annoncés : Rénovation (1970), Rénovation de la Rénovation (1982), Le Nouvel Elan (1993), Pacte nouveau de Solidarité (1998), Des Actes pour le Gabon (2005) Le Gabon émergent (2009) - les conditions de vie des gabonais n’ont cessé de se dégrader. Actuellement, le nombre de gabonais pauvres a atteint des proportions scandaleuses. En 1990 déjà, 80% du produit intérieur brut était entre les mais de seulement 2% de la population du Gabon. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, le ratio des gabonais exclus de la richesse de leur pays s’est encore accru. Un nombre forcément écœurant des gabonais vit au jour le jour, ne dispose pas d’un accès direct à l’eau potable, ni d’accès direct à l’électricité.

Avant le COVID -19, la politique sociale du Gabon n’était qu’un ersatz. Les allocations familiales étaient bien dérisoires sans parler des handicapés qui ne reçoivent que 75.000 Francs CFA par an soit 6 250 FCFA par mois ! « Gouverner c’est prévoir » et bien ceux qui dirigent le Gabon n’ont rien prévu ! A la place, ils ont mis en place une « politique de dépannage » enveloppée de propagande, marque de fabrique d’un régime pendant 22 ans à Parti Unique et totalitaire.

Une propagande politique à la place d’une politique sociale

Si personne ne pouvait prévoir la pandémie du COVID-19 à fortiori les gouvernants du Gabon, les gouvernements sérieux ont mis en place des mesures d’accompagnement pour la tranche la plus vulnérable de leur population. Avec une population d’un peu moins de 2 millions d’habitants à gérer (Le Maire d’Abidjan gérant plus de personnes que le Président du Gabon) et après avoir touché en 10 ans officiellement 25.000 milliards de Francs CFA, l’Etat gabonais disposait de tous les atouts pour faire face sans que sa population la plus vulnérable ne sois touchée par la faim de cette façon.

Le Gabon a mis en place une « politique de dépannage » portée par une propagande d’Ali Bongo, de sa femme, de son fils et de ses fidèles en lieu et place d’une politique étatique réelle et efficace. Que viennent faire les slogans « On est ensemble » et « ABO avec vous » dans la distribution de « kits alimentaires » ? Le terme meme de « Kit alimentaire » sorti tout droit d’un cours de marketing ne cadre pas avec la situation. Il aurait été plus avisé de parler d’Aide alimentaire d’urgence car et j’insiste là-dessus, les mots ont un sens.

Ali Bongo a donné 2 milliards de Francs CFA à la CNAMGS, d’où vient cet argent ? Et pourquoi en fait-on la promotion ?

Ali Bongo aurait mieux fait de faire preuve de discrétion, en reversant au trésor public cet argent issu de ses « activités économique » ou de son héritage à propos duquel il y a beaucoup à dire.

Sylvia Bongo aide les Gabonais, grand bien lui fasse. Mais où sont les bons alimentaires de l’Etat Gabonais susceptibles d’etre utilisés en dehors du circuit Cecagadis pour toucher le plus grand nombre et combien sont-ils ? De quel montant global exactement ? Qui gère ces bons alimentaires de l’Etat ? Qui les distribue et comment ?

Des Gabonais chosifiés

La distribution des « kits alimentaires » démontre le manque de considération que les dirigeants gabonais ont pour leur population. Comment expliquer qu’il n’y a pas eu de recensement effectif des foyers nécessiteux dans le modèle de ce qui se fait pour le recensement général de la population et de l’habitat par exemple ? Pourquoi la distribution des vivres n’a pas été effectuée par l’armée entité organisée et discipliné au service (en principe) du Peuple et de l’Etat ?

En lieu et place de cela, on assiste à un système largement clientélisme, désordonné et laissant sur le carreau et dans la détresse un nombre trop importants de familles.
Quant au contenu des « kits » en question, que penser de ces deux boites de sardine (ou cuisse de poulet), de ces deux morceaux de savon, de deux litres d’huile et quelques kilos de riz censés nourrir toute une famille ?

Les images de ces distributions anarchiques sont choquantes et les cris de désespoir des laissés-pour-compte sont si forts qu’on ne peut ne pas ne pas les entendre. Les images de ces mères parfois du 3eme âge, humiliés, chosifiés pour une maigre pitance sont une honte pour le Gabon et une insulte à tous les Gabonais.

L’action sociale de l’Etat Gabonais doit etre dominante et rassurante

Il faut obligatoirement changer tout cela. Il ne faut pas cantonner l’armée au rôle répressif et sécuritaire. L’armée en tant qu’entité structurée, disciplinée et efficiente doit etre impliquée dans cette action sociale. Mieux, l’armée doit etre chargée de la distribution des vivres après un recensement efficace qui ne doit pas etre confié à des personnes qui n’en ont ni la volonté, ni les moyens (les chefs de quartiers par exemple). Il faut dépolitiser l’action de l’Etat et éviter de présenter le chef de l’Etat comme un mécène ou un généreux donateur dans un culte de la personnalité d’un autre âge.

Les particuliers peuvent et doivent aider mais les Gabonais doivent sentir, réaliser, que l’Etat Gabonais via ses dirigeants en tête desquels son Chef sont présents. Il faut que ceux qui voient dans cette pandémie l’occasion de battre campagne et de se livrer au culte de la personnalité pensant servir M. Ali Bongo se trompent. Car lorsqu’un gabonais ne pouvant travailler dans l’informel comme plus de 30 % des gabonais actifs exerçant dans ce domaine ne peut plus nourrir sa famille élargie qui dépend de lui reçoit comme « don » d’Ali Bongo lorsqu’il est complet, un petit sac de Riz, deux morceaux de savons, deux boites de conserves et deux litres d’huile, il associe directement Ali Bongo à ce « don » indigne d’un pays comme le nôtre. Quant aux laissés-pour-compte très nombreux ils pensent – à juste titre - qu’Ali Bongo les affame.

Une fois le COVID-19 passé, ces gabonais humiliés, chosifiés s’en souviendront et sanctionneront plus nettement qu’auparavant ce régime qui sur le plan social à lamentablement échoué.

Cette situation est indigne du Gabon un pays plus riche en ressources que le Koweït. Les gabonais ne doivent plus être chosifiés. Cette oppression par la faim doit cesser. Car même un Roi doit prendre soin de ses sujets parce que ces derniers font partie intégrante de sa Majesté et les Gabonais ne sont pas des sujets puisqu’ils ont acquis le statut de citoyens depuis le 17 aout 1960.


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