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Interview exclusive

Capryce Beang Owono : « Pourquoi n’a-t-on pas une loi qui sanctionne ceux qui spolient les veuves ? »

Capryce Beang Owono : « Pourquoi n’a-t-on pas une loi qui sanctionne ceux qui spolient les veuves ? »
Capryce Beang Owono : « Pourquoi n’a-t-on pas une loi qui sanctionne ceux qui spolient les veuves ? » © 2020 D.R./Info241

Cinq mois après le drame qui a coûté la vie à son compagnon au large de Libreville, la rédaction d’Info241 a rencontré pour vous à Port-Gentil, Capryce Joseana Beang Owono. La veuve du commandant Aymar Mboumba Mbina - tué sur son navire par des pirates des mers - nous livre ses derniers instants avec son époux avant de revenir sur la spoliation dont elle est victime de sa belle-famille, parce que mariés qu’à la coutume. Une incongruité de notre société dite moderne où le Code civil ne reconnait toujours pas le mariage traditionnel pourtant imposé à de nombreux couples avant celui à l’état-civil. D’où son interrogation : « Pourquoi nous ne pouvons pas aussi légaliser le mariage coutumier pour respecter nos traditions ? »

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Info241 : Vous avez été frappée par la disparition de votre compagnon au cours de la nuit tragique du 21 au 22 décembre 2019. Votre dernière discussion a porté sur quel sujet ?

Capryce Joseana Beang Owono : Dans la nuit du 21 au 22 décembre 2019 aux environs de 2h-2h47, il m’a appelé et a voulu que je puisse me connecter sur WhatsApp pour qu’on discute par appel vidéo. Je me suis connectée puis on a parlé de nos histoires ! Il m’a dit qu’il venait d’appareiller et devait reprendre le quart à 6h. Il m’a dit qu’il avait commandé la biche avec son collègue pour le réveillon. Il faisait notre programme des fêtes et je lui ai dit qu’il se faisait tard. On a un peu rigolé et je lui ai dit « bonne nuit à demain, bisou ».

Une photo du couple marié à la coutume

Vous avez été chassée du domicile conjugal par votre belle-famille. Qu’est-ce qui explique cette situation ? Quel recours avez-vous introduit ? De quelle aide avez-vous pu bénéficier ?

Capryce Joseana Beang Owono : Pour eux, malgré le mariage coutumier, nos efforts de construction et tout ce que j’ai pu faire avec lui, je n’avais droit à rien car nous n’étions pas mariés à l’état civil et que nous n’avions pas eu d’enfant.

J’ai été au tribunal de Première instance de Port-Gentil munie de mon certificat de concubinage qui n’a aucune valeur en pareille circonstance, selon la loi qui ne reconnaît pas le mariage coutumier. On m’a fait comprendre qu’il fallait au moins qu’on ait un enfant ou qu’on soit marié légalement, malgré le fait qu’on ait bâtît plusieurs choses avec mon époux.

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Dieu merci, monsieur le député Jean Fidèle Otandault a pris l’engagement de payer mon loyer jusqu’à ce que je trouve une situation plus stable.

Quelles difficultés rencontrez-vous depuis la perte de votre époux ?

Capryce Joseana Beang Owono : Le plus dur pour moi, c’est de me retrouver locataire, du jour au lendemain tel un cauchemar. Et d’être à la charge de tous ceux qui m’accompagnent au quotidien.

Quel regard portez-vous sur la condition des veuves dans notre pays, trop souvent victimes de leurs belles-familles ? Avez-vous des conseils à donner aux autres femmes qui pourraient être amenées à vivre votre situation ?

Capryce Joseana Beang Owono : Je tiens d’abord à saluer toutes les femmes victimes de spoliation. C’est triste pour toutes ces femmes car personne ne construit son avenir avec son mari pour se retrouver à la merci des membres de sa belle-famille parce qu’ils n’ont pas été à la mairie ou parce qu’ils n’ont pas eu d’enfants. Les enfants, c’est Dieu qui les donne ! Quand deux personnes se mettent ensemble, construisent ensemble, c’est pour leur progéniture. J’ai mal pour les femmes stériles qui sont dans des foyers, je vous laisse imaginer la suite !

Je ne parlerai pas seulement aux femmes mais aussi aux hommes. Car nous avons aussi des hommes spoliés et pire, des hommes qui épousent des corps car ils ont vécu des années avec les filles d’autrui. Si la coutume n’est pas juste, sur quelles lois certaines ethnies se basent-elles pour le faire ? Comment la loi de notre pays ne respecte pas sa coutume mais trouve mieux de respecter celle des Occidentaux qui est faite selon leur façon de vivre. Quelle tristesse ! Allez donc dans les mairies pour sécuriser vos conjointes. Si vous n’êtes pas prêts, faites un testament pour les couvrir !

Un mot de fin ? Avez-vous un message particulier à adresser aux pouvoirs publics ?

Capryce Joseana Beang Owono : Le Gabon est un pays africain et nous avons nos lois et nos coutumes sur lesquelles nous nous basons lors de l’union entre deux personnes. Pourquoi selon notre mode de vie, nous ne pouvons pas aussi légaliser le mariage coutumier pour le respect de nos traditions ?

Ce mariage est tellement cher pour être tout d’un coup ignoré à la perte d’un conjoint. Continuons à aimer, à respecter nos coutumes et à exiger leur application dans nos différentes sociétés africaines. Pourquoi la fille qui vit avec un Occidental doit venir prendre la bénédiction du père, des oncles et des grands-parents ? Alors qu’on dit que ce mariage coutumier n’est pas reconnu par les textes de loi.

Devrais-je dire que c’est de l’hypocrisie et de l’escroquerie ? Pourquoi n’a-t-on pas une loi qui sanctionne les membres de famille qui spolient afin que ça s’arrête dans notre pays ? Le Gabon a des coutumes et certaines sont très difficiles à respecter. Mais il y a aussi de belles cultures à découvrir, alors valorisons-les !

Propos recueillis par James Koyo


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