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Enrichissement illicite

Sinohydro : Mediapart met à nu les commissions de marchés publics perçues par le clan Bongo


Economie
  • Sinohydro : Mediapart met à nu les commissions de marchés publics perçues par le clan Bongo © 2016 D.R./Info241
Publié le 25 juin 2016 à 07h59min

De nouvelles révélations sur la gestion du Gabon sous Omar Bongo. Selon le journal français Mediapart, Pascaline Mferri Bongo et Franck Ping auraient empochés des grosses commissions de marchés publics obtenus au Gabon par l’entreprise chinoise Sinohydro. Une énième exploration des ramifications exceptionnelles de la holding familiale des Bongo sur les grands chantiers de l’Etat Gabonais.

Après avoir révélé le 12 mars 2015, l’existence en sourdine de la holding familiale des Bongo, Delta Synergie, Mediapart a livré jeudi de nouvelles informations concernant la sœur aînée d’Ali Bongo (Pascaline Mferri Bongo) et le fils de l’opposant Jean Ping (Frank Ping). De nouvelles révélations qui illustrent surtout les méthodes et les mécanismes illégaux d’enrichissement du clan Bongo au pouvoir au Gabon depuis un demi-siècle.

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Rappels des commissions évoquées par Médiapart

Par le biais de Fabrice Arfi, on apprend qu’à travers des marchés et des contrats onéreux avec l’Etat gabonais, l’ancien clan Bongo percevait de grosses commissions financières. Le journal français l’illustre avec le cas de l’entreprise de de construction chinoise Synohydro, spécialisée en construction de barrages.

La sœur aînée d’Ali Bongo, Pascaline Bongo alors directrice de cabinet présidentiel aurait à travers une société offshore de Sift Hong Kong Limited basée à Hong-Kong, perçu plusieurs milliards de F.CFA en commission pour avoir faciliter l’octroi de marchés publics de l’Etat gabonais à la société chinoise de construction.

Selon Médiapart, citant des documents officiels de la police française anti-corruption et le temoignage de François Meyer, l’avocat historique du clan Bongo, Pascaline Bongo et Franck Ping, ont bénéficié d’un grand pactole provenant de l’Etat gabonais. Ces commissions ont porté sur les marchés suivants :
- construction de la centrale hydroélectrique de Grand Poubara, 398 millions de dollars (soit 4 millions de FCFA environ),
- la construction des routes La Leyou-Lastourville (118 millions de dollars), Akiéni-Okondja 91 millions de dollars (soit près de 1,25 milliard de francs), Koumameyong-Ovan (12 millions de dollars) et Mikouyi-Carrefour Leroy (200 millions de dollars).

De plus, sur le compte bancaire suisse de Pascaline Bongo à la HSBC, c’est la bagatelle somme de 10 millions de dollars (soit environ 5 milliards de francs) de commissions qui ont été versés par le Trésor public gabonais. Par ailleurs, concernant Franck Ping, conseiller d’entreprises reconnu en Afrique, il aurait empoché à travers son cabinet privé Fiex, des commissions pour son consulting au bénéfice du gouvernement et de l’Assemblée nationale, la colossale somme de 17 millions de dollars (environ 8,5 milliards de francs) nets grâce à Sinohydro.

Selon Médiapart, l’avocat de la famille Bongo François Meyer, a affirmé qu’une première fois, Frank Ping a perçu environs 3,33 milliards de francs CFA (5 millions d’euros) de sa société hongkongaise Fiex, pour le contrat de la route Akiéni-Okondja, ensuite environ 4 milliards de francs (8 millions de dollars) pour le compte d’un contrat dénommé « Hydropower », suite à la rénovation du réseau électrique de Libreville, en 2008. Le Gabon est-t-il réellement engagé à combattre la corruption ?

Coups bas pour la présidentielle ou véritable lutte contre la corruption ?

Au vu de ces nouvelles révélations qui mettent à nu la corruption au sommet de l’Etat et les organisations mafieuses du clan Bongo, aucune enquête n’a été diligentée par les parties gabonaises. On sait pourtant que de nombreux organismes telle que la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLEI) existe, mais aucune lumière n’est faite sur ces agissements qui ont bonifié la puissance financière du clan Bongo qui règne sans partage sur le pays pétrolier d’Afrique centrale.

En surfant sur la désinformation tout en s’inspirant de l’article de Médiapart, nous assistons depuis jeudi à un partage accru des messages véhiculés sur les réseaux sociaux, par une presse proche du palais présidentiel, soutenant qu’Ali Bongo serait résolument engagé à stopper les manigances attribuées malicieusement à Jean Ping, et que ce dernier serait blanc bonnet, bonnet blanc avec le système des privilèges, ce que plusieurs sources proches dossiers interrogées par Info241 contredisent fondamentalement.

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Interrogé par Info241, un universitaire gabonaise s’interroge : « ne serait-t-il pas urgent que le président gabonais lève le voile sur Delta Synergie et sur l’héritage d’Omar Bongo ou sur les biens mal acquis ? Dont il se taille la plus grosse part ? Nous avons scruté tous les documents mis à notre disposition par ce même Mediapart, Jean Ping n’a aucunement d’actions dans Delta Synergie. Qu’Ali Bongo s’atèle à endiguer les méfaits cinquantenaires de cette pieuvre qui capte illégalement tous les bénéficies de l’économie gabonaise. Voici un exemple patent de mélanges des genres et prise illégale d’intérêt en violation de l’article 14 de la Constitution gabonaise, entretenu par le pouvoir présidentiel gabonais. »

Pour un économiste gabonais, « pendant que le pouvoir concentre toute son énergie à mener ces diversions médiatiques qui s’appuient sur des ragots, le chômage, les licenciements des salariés, la cherté des produits de premières nécessités, le non paiement des entreprises privées, voici les véritables problèmes rencontrés au quotidien par les gabonais. Ainsi, à quand un audit et une enquête diligentés par le président du Conseil de la magistrature suprême que mèneraient la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) et la Cour des comptes sur les colossales commissions depuis 1999, par le biais d’une mainmise totale sur les marchés chers payés par le contribuable gabonais, pour toutes les constructions et rénovations des centres hospitaliers de Vamed ? »

Dans la même perspective, selon les explications d’un technicien du ministère en charge des marchés publics, et la Lettre du continent certifiait ces informations, « tous les chantiers des hôpitaux au Gabon sont attribués chaque année à Vamed Engineering dont le patron n’est autre que le conseiller spécial, avec bureau à la présidence, ami de longue dates d’Ali Bongo, le magna autrichien Roberto Tomasini Grinover. De plus, le président du conseil d’administration de Vamed, n’est autre que Maixant Accrombessi, l’omnipotent directeur de cabinet de la présidence de la république, fidèle du président gabonais. Et ce, depuis 1999, à l’ère où il fût ministre de la Défense nationale. Ce fait est incontestablement marqué du saut d’un mélange de genres et d’un conflit d’intérêt. »

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Pour rappel des faits, selon les explications d’un proche de Jean Ping, « après son passage à l’Union africaine, Jean Ping avait annoncé publiquement qu’il devait arrêter la politique pour s’investir dans les affaires par le biais d’un cabinet. Afin, disait-t-il à cette époque, de faire bénéficier au Gabon et à l’Afrique toute entière son riche carnet d’adresses et sa riche expérience internationale. Ce n’est un secret pour personne et ce n’est pas typique à M. Ping, en France et partout ailleurs, des exemples pleuvent à l’exemple de Michel Roussin, ancien ministre de la coopération sous Jacques Chirac, devenu directeur Afrique de Véolia. »

D’ailleurs, ajoute-t-il, « son fils Franck Ping est reconnu au Gabon et même dans la sous-région de l’Afrique centrale pour ses compétences de business consulting. C’est un dynamique professionnel qui a fait ses preuves, c’est un apporteur d’affaires qui exerce en toute légalité son métier par le biais de son cabinet. Les contrats évoqués par Mediapart sont signés en toute légalité. Il a été à la manette et a aidé le Gabon pour la construction de plusieurs édifices publics comme l’Assemblée nationale. Nous ne comprenons donc pas l’argument de mélanges des genres et de prises illégales d’intérêts à son encontre. Mais ce n’est pas étonnant en cette période de fièvre électorale présidentielle. »

Tout en martelant ce qui suit : « trouvez-vous acceptable qu’un gabonais soit interdit par Ali Bongo et sa cohorte de légion étrangère qui s’enrichissent des deniers publics gabonais, de poursuivre ses affaires au Gabon simplement parce qu’il porte le nom de Ping ? Un gabonais né de Jean Ping n’a plus la liberté d’apporter son savoir-faire parce qu’il ne partage pas les mêmes convictions mortifères du pouvoir en place. C’est un secret de polichinelle Franck Ping a récemment été sommé de quitter son poste de consul honoraire du Tchad, nommé par le président Idriss Deby, sous la pression du palais du Bord de mer. Trouvez-vous raisonnable que dans un état dit républicain et démocratique, on assiste depuis 2009 à l’utilisation des méthodes staliniennes, autoritaires et despotiques ? », s’est-t-il interrogé.

Affaire à suivre donc...


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