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Délinquance financière

Delta Synergie : le règne du conflit d’intérêt et du délit d’initié perpétué par la famille d’Ali Bongo


Economie
  • Le président gabonais et Pascaline Mferri Bongo les deux principaux bénéficiaires de Delta synergie © 2016 D.R./Info241
Publié le 2 août 2016 à 13h59min

Après avoir pointé l’omnipotence illégale de la holding familiale des Bongo, Delta Synergie, sur tous les pans de l’activité économique gabonaise, dans cette tribune, Info241 passe en revue des cas de conflits d’intérêt, des délités d’initié, des prises illégales d’intérêts perpétués par Ali Bongo durant tout son septennat. L’apôtre de ’’légalité des chances’’ semble omettre que la corruption abusive, les détournements des deniers publics et l’enrichissement illicite sont la marque de fabrique de son mandat présidentiel.

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La loi n°1/96 du 13 février 1996 sert de cadre juridique et institutionnel au processus de privatisation. Ce texte de loi est applicable aux établissements publics, aux sociétés d’économie mixte et aux sociétés à participation financière publique. Ce qui a permis au gouvernement gabonais sous la triple action - restructuration, liquidation et privatisation - de privatiser les entreprises publiques et parapubliques retenues. Mais quand on analyse de prêt ce processus de privatisation on peut se rendre compte sans prendre de loupes ni de lorgnons l’imbrication insidieuse de la holding familiale des Bongo Ondimba.

Le cadre juridique susmentionné est souvent bafoué par un partage des parts dans l’ensemble des sociétés industrielles qui ont pignon sur rue au Gabon. Au nom de quelle loi ou disposition juridique la famille du président Ali Bongo se taille-t-elle les parts belles du marché économique gabonais ? Et ce avec la complicité de plusieurs hauts cadres de l’administration gabonaise, des ministres qui bénéficient également de cette captation illégale des richesses du pays. En se mettant hors la loi à travers la recrudescence depuis Omar Bongo, d’un conflit d’intérêt et d’un délit d’initié permanents.

Quid de l’orthodoxie de la bonne gouvernance financière made in Ali Bongo !

Rappelant que la privatisation est une déclinaison des politiques économiques conduites par l’État au milieu des années 90. Les résultats de nos investigations ressortent que les privatisations des entreprises publiques et parapubliques ont favorisé la concentration des capitaux entre les mains des multinationales étrangères et de quelques entreprises locales érigées en mastodonte dont la plus influente est la célèbre holding familiale Delta Synergie d’Omar Bongo Ondimba. Cette dernière est le fruit d’un adoubement économique perpétré depuis la chute du mur de Berlin vers la fin des années 80.

Ainsi, la privatisation serait, de ce fait, un des moyens importants qui a érigé la famille Bongo dont Ali Bongo est le prince héritier, en véritable dictature économique. Cette situation crée une forme d’emprise économique inédite que redoutaient les États africains après les indépendances, comme le souligne Armand Bizaguet : « […] autre effet de l’ouverture du capital, les gouvernements peuvent difficilement accepter, sous peine de compromettre l’indépendance nationale, une éventuelle mainmise des grandes entreprises . »

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Privatisation ou revirement des situations au profit d’Ali Bongo Ondimba et de la Holding familiale Delta synergie pilotée des mains de maîtres par Pascaline Mferri Bongo Ondimba sa sœur aînée, la trésorière et génie des pillages financiers du Gabon ? Depuis le processus de privatisation entamé dans les années 1990, Delta synergie a indiscutablement pris des parts, au mépris de loi et des autres entreprises locales de très petites tailles, dans les entreprises publiques et para publique soumises à ce processus.

Parmi ces entreprises, il y a la SEEG dont elle détient 7 % de parts ; la SOMIVA, filiale de la Setrag avec près de 2,68% soit une participation de 22 850 752 FCFA ; l’UGB (5,20 % soit à peu près 384 800 000FCFA de valeur de participation) et, la SMAG, quant à elle, Delta synergie détient un capital de 1,75% soit un total de participation de 35 000 000 FCFA. Cette situation ne laisse pas indifférent les Gabonais et encore moins les principaux acteurs du processus de privatisation quand on sait l’impact d’une telle marchandisation des capitaux publics à titre gratuite alors qu’elle est censée apporter une plus-value dans l’économie gabonaise.

Cet accaparement des capitaux des entreprises publiques et parapubliques par l’influente holding fondée sur l’argent du contribuable gabonais remet en cause les fondements d’un État libre et démocratique qui, jusqu’à présent, était associé à la structuration d’un tissu économique national et à la maîtrise du système économique à travers la création d’un réseau d’entreprises publiques et parapubliques.

Ce qui jetterait un doute quant à la capacité d’Ali Bongo à mettre en pratique l’« égalité des chances » dont il prône, aujourd’hui, à tort ou à raison. De quelle égalité des chances parle-t-il quand on sait la suprématie et l’accaparement des richesses du Gabon dans les mains d’une seule famille au détriment du peuple gabonais tout entier, accroupi dans la misère et la pauvreté. Dans le cinquième axe de son ’’Programme pour l’Egalité des Chances’’ Ali Bongo affirme qu’il doit combattre l’injustice et les privilèges indus, pour promouvoir la méritocratie et la performance. Concrètement, cela revient à combattre les privilèges non mérités, les passe-droits, les marchés truqués, la cooptation sur des critères d’appartenance ethnique, politique, religieux ou familial. Nous devons faire en sorte que chaque citoyen ait accès aux opportunités offertes par la République, en fonction de ses mérites personnels."

Et pourtant Ali Bongo est lui-même le premier exemple de l’accès aux privilèges indus à travers Afrijet dont il détient 60% des part de l’actionnariat. Il il obtient les marchés publics avec celui qu’il appelle désormais ’’Tonton’’, le tristement célèbre Corse Michel Tomi, au mépris de la loi sur les marchés publics en vigueur eu Gabon. Un autre fait de corruption aggravée est sa relation privilégiée avec Roberto Tomasini, patron de Vamed Engineering, qui est en même temps son conseiller avec bureau à la présidence de la République. Depuis le ministère de la Défense, cette société autrichienne dite privée dont le PCA n’est autre que le directeur de cabinet de la présidence gabonaise, Maixent Accrombessi obtient tous les grands marchés de construction infrastructures hospitalières en terre gabonaise.

Mais aussi, Ali Bongo a régulièrement violé l’article 14 de la Constitution gabonaise en étant président du conseil d’administration (PCA) de l’Agence Nationale des Grands Travaux (ANGT), avec respectivement 8.8 et 7.8 milliards FCFA courant l’année 2013. Tandis que l’agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF) présidée par Alex Bongo, petit frère du président gabonais et l’agence nationale des parcs nationaux (ANPN) dirigée par son proche colistier, Lee White jouissent des subventions parmi les plus élevées inscrites au budget de la nation. L’agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) ferme le top 6 des agences les mieux subventionnées du pays avec une dotation de 2 milliards FCFA.

L’analyste économiste Mays Mouissi faisait déjà remarquer que du point de vue budgétaire, il n’y a pas eu de réduction du train de vie de l’Etat. A titre d’exemple, les dépenses de fonctionnement de l’Etat sont passées de 753 milliards FCFA dans le budget rectificatif 2009 à 1 052 milliards FCFA dans la loi de finances initiale 2016. De façon plus détaillée, avec 30 milliards FCFA de subvention sur la seule année 2013, l’agence nationale des grands travaux (ANGT) est de loin la mieux dotée. L’ANUTTC, créé par le Décret 1500/PR/MHUEDD du 29 décembre 2011 et en charge de l’aménagement des espaces constructibles et de la délivrance des titres fonciers a disposé de 9.7 milliards FCFA de subvention en 2013. Toutes ces dépenses ont des actifs énormes pour Delta Synergie comme on peut lire dans l’audit de cette pieuvre financière.

Lire à cette occasion le rapport d’audit réalisé par le cabinet Fénéon & Delabrière Associés :

En effet, il y a lieu, à la veille de l’élection présidentielle 2016, de s’interroger sur la capacité réelle d’Ali Bongo, candidat à sa propre succession, à changer subitement de posture et à restituer le capital volé pendant près de 50 ans à l’État gabonais. Véritable propriétaire du sol et sous-sol gabonais. Sous l’égide du prince héritier, Ali Bongo Ondimba, la holding Delta Synergie, à elle seule, détient directement ou indirectement des capitaux dans les entreprises les plus importantes du Gabon. Tous secteurs confondus. On en dénombre près d’une cinquantaine d’entreprises selon le rapport d’audit réalisé par le cabinet Fénéon & Delabrière dont Info241 a reçu une copie intégrale.

Ainsi, pas un secteur de l’économie gabonaise n’est épargné par le système Delta Synergie : assurance, banque, agroalimentaire, sécurité, transport, médicament, BTP, agriculture, matière premières, immobilier, aviation d’affaires, textile, média, vente de gaz et de pétrole, bois (…) au total, ce sont 35 sociétés majeures de l’économie gabonaise au capital desquelles Delta Synergie est partie prenante, à des degrés divers.

Comme décrit dans le tableau ci-après  : source : maysmouissi.com

Aux sources de la malversation financière : si la loi n°8/83 du 31 décembre 1983 modifiée par la loi n°24/84 approuve que le budget de l’exercice 1985 portant code des participations oblige toutes les sociétés de capitaux de droit gabonais à ouvrir leur capital aux intérêts publics et privés nationaux. Les entreprises qui souhaitent s’installer au Gabon devront également céder à titre onéreux 10 % de leur capital à l’État.

Or, dans la pratique, le système Bongo, au travers de la société familiale Delta synergie, ont fini par confondre les intérêts étatiques avec les intérêts privés entre autre familiale. D’où, la part de capitaux que devait légalement léguer les entreprises créées et/ou installées à l’État gabonais sont malhonnêtement transférées à Delta synergie. Les intérêts de l’État sont-ils devenus les intérêts d’une famille ? La loi serait de ce fait au Gabon au service d’une famille et ceci depuis près de 50 ans déjà.

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Cette confusion de genre entre un pouvoir, une famille et une économie méritent d’être analysée dès lors que l’opinion nationale se questionne sur la capacité d’une famille de s’acheter des telles parts de capitaux dans la quasi-totalité des grandes entreprises gabonaises. Des parts qui se lèvent à plus de 25 786 633 117 milliards de francs CFA. Une situation inédite dans le cadre de participation d’un pouvoir Omar Bongo qui prendra une dimension inquiétante avec la prise de pouvoir de son fils Ali Bongo Ondimba en 2009. Ce dernier devient le chef de file d’une mafia familiale. Il a poussé à l’extrême la déchéance économique de l’État (avec une dette de plus de 3 000 milliards de francs CFA) en faisant de Delta synergie un empire économique à son service personnel. 25 786 633 117

Même si, la privatisation par essence traduit l’expansion et le triomphe des théories néolibérales, consacré au sein des institutions financières internationales. Et que celle-ci marque l’aboutissement d’un long processus de mise en œuvre des politiques néolibérales, à travers le cycle des programmes d’ajustement structurel ouvert à partir du milieu des années 1980. Il n’en demeure pas moins qu’elle caractérise la prédation économique de la famille Bongo, en chef de file Ali Bongo Ondimba, sur l’ensemble des richesses nationales.

Alors que la constitution gabonaise en son article 14 stipule que « les fonctions du président de la République sont incompatibles avec l’exercice de toute […] activité à caractère lucratif ». Or, depuis qu’Ali Bongo est porté à la magistrature suprême en 2009, il est désormais au cœur de l’activité économique de Delta synergie dont les parts d’actions sont portées à plus de 30 %. Faisant de lui et sa sœur Pascaline Mferri Ondimba, les deux principaux héritiers de l’œuvre d’Omar Bongo Ondimba.

Cela dit, la prédation farouchement orchestrée par la famille Bongo au travers de la holding Delta Synergie représente la plus grande mafia économique que la Françafrique n’a jamais connue. Grâce à cette manœuvre d’enrichissement illicite, une poignée de membres du clan au pouvoir, au premier rang l’actuel président gabonais Ali Bongo, tirent des bénéfices personnels de toute l’activité économique du pays.


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