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Vie des partis

Congrès du PDG au Woleu-Ntem : un renouvellement à l’identique qui interroge


Analyse
  • Congrès du PDG au Woleu-Ntem : un renouvellement à l’identique qui interroge © 2017 D.R./Info241
Publié le 21 novembre 2017 à 13h05min

Le congrès organisé par le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir depuis 1967) dans la province du Woleu-Ntem les 5 et 6 novembre à Oyem, posait à l’évidence les problèmes liés au renouvellement de son élite politique provinciale, et au rajeunissement du Bureau politique. Pour rappel, après une élection présidentielle fortement remportée par l’opposition dans cette région, le parti s’est donné pour objectif de réfléchir sur les causes et les conséquences de cette défaite

A l’évidence, le renouvellement de ses acteurs à tous les niveaux de la structure s’imposait, car la défaite du parti incombe à ses acteurs. La raison est simple, il n’y a pas de parti sans acteurs, et plus encore les responsables. Loin d’être une chasse aux sorciers, ce renouvellement se présentait comme l’ultime occasion pour relancer son action et redonner au parti un nouvel espoir dans cette province jadis acquis et, depuis 2009 engagée dans l’opposition.

La force d’un parti réside non seulement dans son organisation et ses idéologies, mais aussi et surtout sur la qualité et l’efficacité des membres appelés à promouvoir son image et son action sur le terrain. Logiquement, s’il n’existe pas de parti politique sans militants, autant aussi accepter que son échec incombe entièrement à ces derniers. Manifestement, cette corrélation n’est pas bien perçue par le Bureau politique national qui, malgré les débâcles politiques de 2009 et 2016 savamment orchestrés par les responsables du PDG dans le Woleu-Ntem, accepte de valider les résultats du congrès donnant vainqueur ces mêmes acteurs. Le PDG s’accoutume-t-il à l’échec dans le Woleu-Ntem au point de valider ce renouvellement presqu’à l’identique ? Est-ce une façon de mieux offrir la province à l’opposition et les conséquences qui s’en suivent, ou un simple déni de la réalité ?

Insistons, comment justifier en raison le renouvellement presqu’à l’identique des différents membres du parti dans le Woleu-Ntem ? Le PDG serait-il pris en otage par ceux-là qui participent à son échec ? Certains ont-ils des titres fonciers au point d’en rester là ? Comme un paradoxe, le parti semble condamner à porter haut ces mêmes militants qui ternissent son image. Les mêmes acteurs, produisent les échecs.

I.Le congrès : espoirs et attentes

A quoi sert un congrès ?

Le congrès est loin d’être un paisible moment de retrouvailles entre militants, adhérents et sympathisants du parti. C’est l’occasion pour les membres d’un parti de faire le bilan de leurs activités et surtout de discuter des dysfonctionnements qui entravent le bon fonctionnement du parti. C’est ainsi qu’un congrès se donne à voir comme un véritable moment de réflexion et de méditation politique. Il épluche chaque problèmes sans taboue, dépasse les totems politiques qui le plus souvent sont décontextualisés et alourdissent l’efficacité opérationnelle du parti. Sous un angle managérial, il se présente comme l’une des stratégies politiques utilisées par l’organisation pour son management opérationnelle et stratégique.

Si le management en lui-même se donne à voir comme un processus qui consiste à définir des objectifs et coordonner les efforts des membres d’un groupe pour pouvoir atteindre ces objectifs, le management opérationnel s’intéresse uniquement à la gestion quotidienne des activités de l’organisation, en l’espèce le fonctionnement interne du parti. S’agissant du management stratégique, il consiste à gérer à la fois l’environnement externe et les ressources internes de manière à créer des avantages compétitifs durables. Dans le cadre du parti, il a pour but de redorer l’image du parti pour attirer davantage de nouveaux adhérents. Le congrès organisé dans le Woleu-Ntem semble s’inscrire aux antipodes de cette logique pour consacrer aux logiques de mangement qui transforment le parti, dans cette région, en une mangeoire.

2. Du moment de la méditation en instance de placements politiques : quelle ironie que le papier toilette soit blanc !

Comment expliquer le fait que le parti soit en perte de vitesse au Woleu-Ntem ?
Quelles leçons tirées des échecs successifs, flagrants et grossiers de 2009 et 2017 ?
Quelles stratégies mettre en place pour redorer l’image du parti au Woleu-Ntem et attirer davantage de nouveaux adhérents, de préférence des jeunes « espoir » de demain ?

Le congrès ne s’est pas intéressé à ces questions constitutives de la vie du parti. Moins de réflexion, plus de passion, de confirmation et de séduction entre membres du bureau provincial, département et cantonal. Ils se connaissent entre eux, veuillent à leurs intérêts et se soutiennent mutuellement quitte à mettre le parti en danger. Résultat, le congrès organisé au Woleu-Ntem a conduit au renouvellement presqu’à l’identique des membres, à tous les niveaux.

Ces reconductions non motivées au regard des pires résultats que le parti enregistre au niveau de la province, posent en filigrane les problèmes de renouvellement des titres fonciers de fonction au sein du PDG et de ce fameux droit d’aînesse infructueux au parti. Outre ces problèmes, les magouilles et la lutte contre l’émergence d’une nouvelle génération soucieuse de l’avenir du parti outil de démocratisation et du développement de la Nation.

Certains responsables provinciaux, départementaux et cantonaux justifient leurs longévités au sein desdits bureaux par les fonctions administratives qu’ils occupent dans la haute administration. Ils confondent ainsi l’Etat et le parti. D’autres vendent l’illusion d’être des amis intimes d’Ali Bongo auprès de qui ils négocieront et bénéficieront facilement des avantages nécessaires susceptibles de développer leurs localités respectives. Ils font rêver la base convaincue que l’arrivée d’un nouveau militant n’apportera rien au canton, au département et à la province. Les choix de la base sont ainsi conditionnés par ces confusions, trafics d’influence et mensonges qui s’arc-boutent les illusions entretenues par ces militants convaincus de faire l’humanité lors du choix des futurs candidats appelés à représenter le parti aux élections législatives à venir.

Une question s’impose : comment expliquer les victoires successives et programmées de ces derniers dans leurs circonscriptions politiques respectives sachant que les mêmes circonscriptions sont acquises pour l’opposition et le manifestent par le vote censure contre le candidat du PDG en 2009 et plus encore en 2016 ? Un candidat investi par un parti politique n’a pas une autre identité que celle du parti. S’il échoue, il échoue au nom du parti, et s’il gagne il gagne au nom du parti. Nos élus et futurs élus programmés du Woleu-Ntem estiment qu’Ali Bongo échoue au Woleu-Ntem à cause du vote ethnique, et que leurs victoires seraient assurées par les mêmes raisons. Si tel est que ce n’est pas le parti qui participe à la victoire, pourquoi resté collé à ce dernier ? Le même argument laisse entendre qu’Ali Bongo ne peut gagner que chez lui, et pas ailleurs. Est-ce fondé dans un contexte démocratique ?

Pour rappel : Le vote ethnique est une réalité indéniable, il n’est pas l’apanage de l’environnement politique comme le prétendent certains. Même dans les pus veilles démocraties, on retrouve le vote ethnique. Ainsi, en France par exemple, les brettons ont tendance à voter un breton, ect…Ce qui n’est pas totalement dénué de bon sens, car chaque région à ses spécificité lesquelles semblent mieux maîtrisées par un fils terroir.

Elu à la tête du pays il développera ces spécificités pour une meilleure visibilité de la région et partant la Nation toute entière. Au fond, ce n’est pas l’individu en tant que tel qui est plébiscité, mais le patrimoine régional susceptible de contribuer au développement de la Nation. En Europe, il n’est ni un danger, ni une malédiction démocratique, encore moins un obstacle au développement de la Nation.

En Afrique en général et au Gabon en particulier, le vote ethnique que certains acteurs estiment être l’origine de l’échec du parti aux différentes élections présidentielles (cas du Nord), est pris dans un contexte où, finalement, il devient comme un prétexte et pire encore un argument de légitimer pour justifier leurs turpitudes politiques. A dire vrai, ce n’est pas la personne d’Ali Bongo qui est refusée au Woleu-Ntem, loin delà, mais le PDG que le peuple considère comme un énorme marteau spécialisé dans la brisure des destins, de carrières et même des liens familiaux. Une image construite sur la base des rapports tumultueux et de l’abus de pouvoir dont font montre certains responsables politiques, figures de proue du parti. Si le PDG échoue au Nord, c’est parce que le peuple courbé se refuse de faire la promotion de ces montres humains en votant le parti qui assure leur pouvoir et garantit leur longévité cruelle.

Les insoumis du congrès politique qui vient de se dérouler au Woleu-Ntem estiment que cet aspect de la question liée à l’échec du parti dans le septentrion, n’a pas été pris compte. Ce seul aspect remet en cause la reproduction presqu’à l’identique des différents bureaux ayant conduit le parti au désastre. Ce moment de méditation (le Congrès) a été transformé en moment de placement politique. Le partage des responsabilités qui conduisent à l’échec a encore emboité le pas sur les motivations réelles au cœur de ce congrès. De manière apocalyptique, nous disons que le PDG est encore mal parti au Woleu –Ntem, car les mêmes acteurs conduiront aux mêmes échecs.

3.Un dernier espoir est possible

Il nous faut maintenant faire apparaître quelque chose que nous avons, le temps d’un éclair, entrevu dans notre analyse, lorsque nous avons parlé de la nécessité de renouveler les hommes, pour que la victoire soit possible. C’était une indication en passant. Notre analyse consiste à articuler le développement de notre province partant celui de l’Etat et la qualité des appareils idéologiques de l’Etat.
IL y a plus de trente ans, le philosophe français Louis Althusser publiait un article consacré aux « appareils idéologiques d’État », qui eut un grand impact sur le débat politique de l’époque, fortement marqué par l’idéologie de gauche.

L’école, l’université et d’autres institutions d’État ou quasi-étatiques jouaient d’après Althusser un rôle essentiel pour assurer la reproduction de la reproduction de la société bourgeoise de classe. Cette analyse fait date aujourd’hui au regard de l’évolution bien réelle de la société, ses débats et enjeux. Le mur de Berlin est tombé (1989) et la Guerre Froide est terminée en 1991. La force d’un Etat ne se mesure plus aujourd’hui à l’aune de la puissance de ses idéologies, mais plutôt de sa capacité à produire les biens et services qui participent au bonheur des peuples. Dans ce sens, les Etats les plus forts, sont ceux ayant transformé leurs appareils idéologiques en appareils de production des savoirs et connaissances utiles au développement. Finalement, les appareils idéologiques d’Althusser deviennent comme des outils de production des connaissances, des savoirs et savoirs-faires au regard des exigences liées au nouveau contexte post-guerre.

A coté des écoles et des universités, les partis politiques considérés comme outils de production de savoirs indispensables à la formation du citoyen, à la démocratisation de la société et par conséquent au développement de la Nation, sont indispensables pour l’Etat. Depuis leur apparition au début du XIXème siècle, ils sont des appareils de médiation, de diffusion et de conception des modèles politiques qui influencent la vie politique et de l’Etat. Dans ce sens, l’émergence prônée par le président Ali Bongo ne pourra se faire sans l’apport indispensable des partis politiques, en l’espèce le PDG.

Or, cette invitation faite au parti perçu comme acteur de développement de l’Etat, pose en amont le problème d’une main d’œuvre qualifiée. Loin de préparer le lit d’une démocratie élitiste, ce nouveau rôle assigné au parti et notamment au PDG invite ce dernier à revoir les CV de ses représentants, de ses élus et de ses futurs candidats aux élections législatives à venir.

Nombreux sont ceux-là coptés par leur engagement militantiste, quand d’autres justifient leur position par les responsabilités politiques qu’ils occupent. Pour rappel : Conseiller du président n’est pas un diplôme encore moins une expérience politique, Ministre n’est pas un diplôme, Directeur non plus, SG encore moins…Le développement d’une Nation ne se fait pas les titres parfois pompeux, mais la qualité et surtout l’intelligence des hommes associés à la chose publique.

C’est donc ainsi que le parti se devrait de fonder et justifier en raison, les futures investitures non plus sur la base d’un simple engagement militantiste folklorique, encore moins des titres politiques et administratifs parfois électoralistes, mais sur la base d’un CV alliant diplômes et expérience politique. La politique n’est pas une affaire scientifique certes, encore faudrait-il reconnaitre qu’elle est une affaire de génération et plus encore des militants ayant une vision politique émergente et capables d’apporter au système auquel ils appartiennent et à l’Etat un rendement meilleur.

Le dernier espoir du PDG dans le Woleu-Ntem repose sur la qualité des différents membres qui seront investis pour défendre son image pendant les élections législatives et sénatoriales à venir. Etre membre d’un bureau, d’un comité ou d’une section ne doit plus de facto donner droit à une investiture désinvolte ou parachutée. La jeunesse du Woleu-Ntem non prise en compte par ces renouvellements et placements paternalistes, attend le moment venu pour exprimer son indignation au Grand Camarade et au numéro 2 du parti tous informés que le Congrès tenu du 5 au 6 novembre à Oyem a été un moment de placements politiques malgré le respect de façade des différentes procédures mises en place par le parti.

Un dernier exemple pour illustrer la crise du parti au Woleu-Ntem et ses déboires, à peine le bureau mis en place, le Parti s’est vu laminé par la liste des indépendants à l’élection sénatoriale partielle (55% contre 45%). Et si les mêmes acteurs conduisaient aux mêmes échecs, quel avenir politique pour le PDG dans le Woleu-Ntem ? Le hibou ravi jubile, l’homme ravi sourit, mais derrière ces masques d’ironie se cachent des âmes meurtries.

Par Fack-Biyeng


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