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Libre propos

Saisine de la CPI par le Gabon : la mise au point de Séraphin Moundounga


Analyse
  • Saisine de la CPI par le Gabon : la mise au point de Séraphin Moundounga © 2016 D.R./Info241
Publié le 23 septembre 2016 à 17h48min

L’annonce de la saisine de la Cour pénale internationale par le gouvernement gabonais hier a surpris autant qu’elle interroge. L’ancien ministre de la justice, Séraphin Moundounga désormais en exil, nous livre ici sa grille de lecture de cette éventualité judiciaire.

La requête de saisine de la Cour Pénale Internationale envisagée et annoncée par le Gouvernement gabonais m’impose de faire la mise au point suivante : premièrement, il s’agit d’une menace d’intimidation du peuple dont Mr Ali Bongo redoute l’implosion généralisée lorsque les résultats qui seront proclamés aujourd’hui seront une nouvelle négation de l’expression de la volonté souveraine du peuple ainsi contraint à une révolution populaire sans précédent et qui emportera toutes les institutions et toutes les personnes qui ignorent que la souveraineté nationale appartient au peuple qui a désormais, faute de représentants dignes, décidé d’exercer directement ladite souveraineté jusqu’à nouvel ordre.

Deuxièmement , la primauté de traitement de toute affaire pénale revient aux justifications nationales de chaque État, la Cour pénale Internationale n’ayant qu’une compétence subsidiaire c’est-à-pour suppléer les carences structurelles ou conjoncturelles de l’ordre juridique interne notamment dans des États faillis, fragiles, voyous, corrompus, non démocratiques et où les garanties d’un procès équitable ne sont pas réunies, tel que vient de l’avouer Mr Ali Bongo Ondimba en empruntant , sous contrainte, l’encre, le papier et le verbe de cette pourtant talentueuse Dame, Denise Mekame, qui l’était encore avant ma démission du Gouvernement, parce que tous ces barouds d’honneur, prévisibles depuis, sont symptomatiques d’un pouvoir agonisant, condamné à une mort collective certaine et imminente car la détermination du peuple est irréversible, au nom de la démocratie et de la paix.

Troisièmement, en sollicitant la Cour Pénale Internationale, Mr Ali Bongo Ondimba à qui la loi fondamentale confère, jusqu’au jour où il sera contraint de passer le témoin au choix du peule, les lourdes et importantes prérogatives de garantir l’indépendance de la justice et le bon fonctionnement de celle-ci, n’a t-il pas désavoué les juridictions nationales et les juges gabonais tout en avouant qu’il ne faut pas faire confiance à la justice gabonaise suite à sa démarche qui inverse le principe de subsidiarité ?

Quatrièmement, le caractère inédit de la requête et qui fait de Mr Ali Bongo un personnage qui generis parce que unique en son genre, est que c’est le peuple opprimé qui, dans tout pays, traîne les dirigeants devant la CPI pour crime de guerre ou crime contre l’humanité, eu égard aux carences des juridictions nationales souvent à la solde des régimes dictatoriaux.

Au Gabon , le monde est mis en l’envers par un désespéré qui traduit un peuple entier devant la CPI estimant de moindres les assassinats et les enlèvements dont les derniers de ce jour 23 septembre 2016 sont ceux de Robert Sonnet , du commandant de Marine nationale Agaya tous tués par des escadrons de la mort et la déportation vers un lieu inconnu de Léon Paul Ngoulakia un humble enfant de la veuve.

Enfin, et c’est la seule chose positive dans le papier qu’il convient de dénommer "Denise Ali Mekame Bongo", le pouvoir devenu tortionnaire reconnaît qu’il y a eu entre le 31 août et le jeudi 22 septembre 2016, des faits constitutifs d’un génocide au Gabon contrairement à ce qu’il a lui-même annoncé et soutenu de façon constante qu’il n’y aurait que 3 morts à la suite des émeutes populaires.

Alors pourquoi le pouvoir cache-t-il les morts si les victimes ne sont pas tombées sous les balles des mercenaires puisque les militaires gabonais refusent et continuent, à raison, de refuser de tirer sur leurs frères et sœurs qui ne demandent que le triomphe de la démocratie et de la paix par le reconnaissance de la volonté souveraine du peuple qui s’est exprimé le 27 août 2016.

Peuple gabonais, le recomptage transparent doit exiger jusqu’au bout, même par une action en révision devant la Cour Constitutionnelle, en demandant, comme je viens de le faire depuis ce jour, à la communauté internationale d’exercer sur le Gabon son droit international de protéger un peuple en danger de perde deux droits fondamentaux de la personne humaine : le droit à la vie et le droit de choisir et de révoquer librement ses dirigeants. Le peuple vaincra la terreur et le bourreau.

Seraphin Moundounga , Président de l’ONG gabonaise UNITÉ


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