Portrait

Ogoula Iquaqua Djemba, ce héros Orungu opposé à la colonisation française au Gabon

Ogoula Iquaqua Djemba, ce héros Orungu opposé à la colonisation française au Gabon
Ogoula Iquaqua Djemba, ce héros Orungu opposé à la colonisation française au Gabon © 2020 D.R./Info241

Pendant l’occupation coloniale française au Gabon, des hommes vont s’indigner et exprimer leurs mécontentements suite aux négligences et aux souffrances dont ils sont victimes des colons. Benoît Ogoula Iquaqua Djemba (1902-1980) fut l’un de ces nombreux gabonais emprisonnés et déporté par l’administration coloniale pour avoir réclamé des « mesures » pour sortir sa communauté autochtone de la marginalisation de l’impérialisme français.

Ogoula Iquaqua Djemba voit le jour à Port-Gentil, capitale provinciale de l’Ogooué-Maritime, durant l’année 1902. Il est le deuxième des dix enfants de Joseph Iquaqua et d’Adèle Egoni.

Le décès du chef supérieur Orungu, Rébéla Ozwa, survenu le 31 décembre 1931 au village Nyolokwè va précipiter Benoît Ogoula Iquaqua Djemba dans son engagement à sortir son peuple de l’inhibition coloniale. En effet, la communauté Orungu est appelée par l’administration coloniale, à désigner son nouveau dynaste : il le devient mis en avant par les "anciens" de sa communauté.

Parcours scolaire

Il fréquente l’Ecole urbaine d’enseignement général à Libreville en 1915 avec pour instituteur Henri Caillarec. A la fin de son cycle, c’est le décès inattendu de son père qui l’empêche de regagner le Sénégal pour poursuivre des études de médecine qu’il avait à souhait de faire. Il regagne alors le cocon familial pour y assurer le rôle de nouveau patriarche. Il est par ailleurs lauréat du concours de fin d’année et détenteur, avec la prestigieuse inhabituelle mention « très bien », du diplôme de fin d’études.

Insurrection contre l’occupation coloniale

Devant le résident français de la circonscription, Benoît Ogoula Iquaqua Djemba nouveau chef supérieur des Orungu, entend bien faire asseoir les desseins qu’il a depuis nourri pour son peuple. Il dresse alors les mesures qu’il compte mettre en vigueur pour sortir sa communauté de toutes les formes de marginalisation qu’elle endure. La proposition des nouveaux aspects déterminant l’occupation impérialiste se résume dans l’appel qu’il lance via « l’Acte du 1er juillet 1932 » qui sonne le glas d’une nouvelle ère.

Cette prise de position irrite l’occupant au plus fort de l’essor de la colonisation qui a vu dans cette manœuvre une tentative de déstabilisation de ses intérêts. Il était inconcevable pour le colon qu’un autochtone déclare sans se défiler, être disposé à établir une ligne d’actions pour changer la donne. Iquaqua est considéré de ce fait comme un frondeur et est mis aux arrêts pour une décennie.

Il est déporté à Oubangui-Chari (actuelle République de Centrafrique) qui était le lieu d’emprisonnement et d’exil des prisonniers politiques de l’Afrique Equatoriale Française (AEF). Il y rencontra Léon Mba, grande figure de la résistance à cette époque. C’est ainsi que Benoît Ogoula Iquaqua Djemba devint le dernier chef supérieur Orungu choisi par les Orungu et vomi par le colon après le règne de Rébéla Ozwa.

Activités post-emprisonnement

L’administration coloniale, après avoir évincée Benoît Ogoula Iquaqua Djemba décide de procéder, en lieu et place du chef supérieur de la communauté Orungu, à l’élection d’un chef de canton, violant de facto les codes ancestraux établis. Cette situation fut dénoncée par les Orungu qui refusèrent de s’y astreindre. Durant son exil, Benoît Ogoula Iquaqua Djemba s’est attelé à transcrire ses pensées et ses aspirations de premier ordre. Il sort de prison grâce à la loi d’amnistie du gouvernement Léon Blum en 1936.

Entre 1944 à 1949, il occupe les fonctions de chef de canton (canton Orungu-Mer), sans moyens suffisants pour procéder aux changements de la circonscription qu’il administre. Face au mutisme de l’administration coloniale quant aux signaux de détresse qu’il lui envoie, il présente sa démission au gouverneur chef du territoire du Gabon le 20 mai 1949. Il reprend alors son métier d’agent de commerce jusqu’en 1962.

Militantisme pacifique

Un collectif de notables Orungu avait fait parvenir un courrier au Haut-Commissaire de la République, gouverneur général de l’AEF quant à une distribution rationnelle des profits issus du naphte sans qu’aucune réponse ne leur revienne. Pendant l’année relative à l’indépendance, Iquaqua adresse par écrit, au directeur de la Société des pétroles d’Afrique équatoriale (SPAFE), un rappel sur le droit à la propriété de sa communauté répartie sur les des terres du Cap Lopez, Pointe Apomandé, Ossèngatanga, Aloumbè, Gongouè (Etazanima), M’bilapé et Yombè. Il s’indigne aussi de la profanation et la destruction des « Ambiros » (lieux saints) produites par l’activité pétrolière et fait la demande pour que réparations s’en suivent.

Bien avant cela, alors qu’il se trouvait à Port-Gentil, Benoît Ogoula Iquaqua Djemba envoie le 23 août 1958, un télégramme au Général De Gaulle de passage à Brazzaville afin de l’accompagner dans « la voie du changement, de l’autodétermination des peuples colonisés ». C’est ainsi que le 6 octobre 1958, le général De Gaulle qui est le vainqueur au référendum de la même année, reçoit un autre télégramme de Iquaqua pour le féliciter dans l’espoir du « raffermissement de la société française et l’arrêt de la guerre en Algérie ». Cependant, durant le mois de décembre 1958, soit deux ans après la découverte du pétrole dans la ville de Port-Gentil, Iquaqua avait déjà captivé l’attention de De Gaulle alors président du conseil, sur un thématique importantissime : la répartition équitable de la manne issue de l’exploitation de l’or noir originaire de son terroir.

Fonctions administratives et devoir de mémoire

Soulignons qu’il a occupé d’illustres fonctions en lien avec son époque. Il fut le premier conseiller municipal à la commune de Port-Gentil de 1957 à 1963. Attaché au cabinet du ministère de la Justice du 12 juillet 1962 au 11 avril 1967. Aussi, il occupe la fonction de secrétaire général de la mairie de Port-Gentil du 11 avril 1967 au 25 février 1969.

Outre ses préoccupations revendicatrices, Benoît Ogoula Iquaqua Djemba se lance dans la reconstitution du passé de ses ancêtres afin de sauvegarder la mémoire de sa communauté. Bien auparavant en 1947, Jean-Rémy Ayouné, un de ses concitoyens, le sollicite pour réaliser un travail pour valoriser la cause africaine : « montrer qu’avant l’arrivée des blancs, les populations autochtones avaient elle aussi une civilisation ».

Les deux hommes collaboreront plus tard au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération de 1969 à 1971. En 1950, Benoît Ogoula Iquaqua Djemba échange longuement avec le sociologue de l’Institut d’Etudes de Brazzaville, André Hauser et lui transmet un mémoire sur l’histoire de son peuple : les Orungu. En 1954, il est en contact permanent avec l’abbé André Raponda Walker, débattant sur les épopées du peuple Orungu.

Disparition

Il tire sa révérence le 3 mars 1980 à Port-Gentil autour de ses proches, onze ans après avoir pris sa retraite. Une rue de sa ville natale porte son nom afin d’immortaliser la mémoire de ce digne fils originaire de la huitième province du Gabon.


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