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Tribune Libre

Michaëlle Jean et la Francophonie : au bonheur de la réalpolitik ?


Analyse
  • Michaëlle Jean et la Francophonie : au bonheur de la réalpolitik ? © 2018 D.R./Info241
Publié le 27 mai 2018 à 22h19min

Nous vous livrons dans les lignes qui suivent la tribune libre de Mengue M’Eyaà, présidente du conseil exécutif du Mouvement Civique du Gabon (MCG) et présidente du Mouvement Civique des Femmes portant sur le positionnement et les postures de Michaëlel Jean SG de l’Organisation internationale de la francophonie, face à la dictature d’Ali Bongo au Gabon. Le soutien du Président Macron à Mme Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda est un camouflet pour Mme Jean, actuelle titulaire du poste de secrétaire générale de l’OIF (organisation internationale de la Francophonie, ex Agence de coopération culturelle et technique).

Du point de vue du Gabon démocratique, le moins que l’on puisse dire est qu’il nous est bien difficile de défendre Mme Jean. En pleine tourmente électorale, elle a comme la plupart des responsables français socialistes au pouvoir, ou africains, détourné le regard sur les massacres commis par le régime d’Ali Bongo après qu’il ait perdu les élections présidentielles.

Ce n’est que quelques mois plus tard que l’OIF a rendu public le rapport électoral dont les conclusions étaient semblables à celles de la mission de l’Union européenne, menée par Mariya Gabriel, et reprises par la haut commissaire aux Affaires étrangères de l’UE, Fédérica Mogherini. On ne reviendra pas non plus sur le train de vie dont on dit qu’il est dispendieux en matière de voyages mené par Mme Jean. Elle-même a choisi de le justifier partant du principe que la francophonie est étendue.

Elle a, avec une certaine facilité, donné des contrats de communication de l’OIF à la firme Attias époux de l’ex Mme Sarkosy, bien connue pour ses prestations inutiles et coûteuses auprès du clan Bongo.

Donc, exit Mme Jean. C’est probable.

Pour autant, le choix de Mme Mushikiwambo est peu mystérieux : la réalpolitik franco-rwandaise. Le génocide commis en 1994 est bien commode pour que la France se sente coupable de quelque chose en oubliant que si faute grave il y a eu de la part de la France et du Président Mitterrand, la violence des relations interethniques n’est pas en soi une nouveauté dans ce pays. Elle n’est pas de la responsabilité initiale de la France, même si l’ethnie au pouvoir actuellement entend capitaliser grandement sur son statut de victime des exactions de 1994 et le faire comprendre à la France.

Mais tout n’est pas que psychologie. Le Rwanda est un pays « sûr » comme l’affectionne la France, dès lors qu’on ne regarde pas trop. 12,5 millions d’habitants, des routes goudronnées, des exportations importantes dans de nombreux domaines, mais peu avec la France. Le pays n’est francophone qu’à 5%.La volonté politique peut tout .

Le Rwanda est en progression constante juste un peu" plombé" par un taux de natalité important, (cinq enfants par femme en moyenne) mais cela peut rapidement changer par des politiques publiques en direction des femmes . Une gestion plutôt meilleure qu’ailleurs a fait progresser l’économie et la croissance en favorisant l’accès au crédit. Bref, l’environnement est favorable aux investisseurs internationaux notamment en matière d’énergie, car seulement 5 % de la population a accès au réseau électrique. Des marges de progrès sont donc possibles et la France a ses propres entreprises à proposer.

La francophonie, est donc un outil d’influence permettant à la France de tenter d’avancer ses pions sur un sol qui ne lui est pas favorable tout en étant prometteur, comme toute l’Afrique de l’Est. Il est vrai aussi que l’Afrique centrale, zone de l’habituelle influence de la France, est dans un tel état général, qu’il est temps pour l’ancienne puissance coloniale de trouver rapidement de nouveaux marchés. Quand ce n’est pas le radicalisme islamique, les dictatures vénéneuses sur le plan économique, créent de véritables déserts économiques, comme le Gabon en 2018.

Alors, Mme Mushikiwambo ? on sait peu de choses sur elle. Les idées sur l’Afrique ? Sans doute pas différentes de Kagamé, peu intéressé par d’autres choses que par son pays. Son parcours ? Un diplôme en anglais, mais ce n’est pas grave, nous explique t-on, car elle parle français. C’est déjà cela.
On verra donc à l’œuvre,si ce grand bateau ivre qu’est l’OIF, continuera à s’endormir sur le quai de Seine et à faire semblant et à faire croire que l’Afrique et la France ont un destin commun autre que l’usage du Français.

Enfin, en termes d’apports culturels, d’autres femmes vraiment investies auraient été les bienvenues pour incarner la francophonie. Comme cela, je pense à Zara Mahamat Yacoub, réalisatrice de cinéma primée à de nombreuses reprises et Directrice d’un groupe de presse (Tchad), Marie Ndiaye, écrivaine, Prix Goncourt( France), Justine Mintsa,femme de Lettres, écrivaine gabonaise talentueuse (publiée chez Gallimard), ou même Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali. Et ce ne sont que quelques premiers noms.... Peut-être, ces femmes, sensibles au féminisme, n’auraient pas eu le soutien de leurs pays ?

Si l’on examine l’histoire de la francophonie,il faut observer qu’elle devait aussi porter des valeurs démocratiques au sein de l’espace francophone. Celles-ci avaient été écornées depuis longtemps par François Hollande, qui, un temps soutenait, Blaise Compaoré(qui n’a donné aucune explication sur la mort de Sankara) , à la tête de l’OIF. Le mécanisme de choix du secrétaire général est donc un enjeu classique d’influence internationale dans lequel la France semble maîtriser le jeu au regard des 33 Millions qu’elle verse par an pour le fonctionnement de l’OIF.

Là est peut être la vraie raison de l’immobilisme de cette institution pourtant dotée, y compris par le Président Senghor au début, d’une dimension symbolique très forte dans le monde francophone, mais qui s’étiole au fil des arrangements politico-diplomatiques.

Le Rwanda à la Présidence de l’Union africaine et à la tête de la Francophonie :qui dit mieux ?

Mengue M’Eyaà

Porte Parole de Jean Ping
Présidente du Mouvement Civique du GABON
Présidente du Mouvement Civique des femmes


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