Portrait

Jean-Robert Etoh Anda, ce premier patron de police de l’ère coloniale française au Gabon

Jean-Robert Etoh Anda, ce premier patron de police de l’ère coloniale française au Gabon
Jean-Robert Etoh Anda, ce premier patron de police de l’ère coloniale française au Gabon © 2020 D.R./Info241

Alors que l’implantation coloniale européenne est profonde en Afrique, les administrations française, espagnole et allemande décident de renforcer leurs troupes militaires en recrutant massivement des populations autochtones des pays qu’ils contrôlent notamment le Gabon. Parmi ces hommes regagnant les rangs de l’armée d’abord coloniale puis gabonaise, un seul était instruit : Jean-Robert Etoh Anda.



La rencontre d’Anda Obame et de Nno Mekoulou donnera lieu à la naissance de Jean-Robert Etoh Anda le 6 décembre 1907. Anda Obame était un chef indigène camerounais dont les terres étaient sous occupation allemande. La mère d’Etoh venait elle de Minvoul, bourgade du Gabon située dans le septentrion. Nno Mekoulou donne vie à son enfant, Jean-Robert Etoh, à proximité de Bitam au village Endone, localisé dans la région du sud du Cameroun dans la commune d’Oveng.

 Enfance et arrivée au Gabon

Jean-Robert Etoh Anda débute son enfance au village Endone, faisant partie de la commune d’Oveng au Cameroun. Suite aux nombreux déplacements de ses géniteurs, ils rejoignent Ebolowa qui est la terre natale de son père. Mais « la faucheuse » lui prendra ses parents à la fin de l’année 1910. En 1925, le jeune Etoh termine son premier cycle scolaire et décide de travailler pour différentes sociétés européennes d’origine anglaise, française ou encore allemande. Mais la perte de ses parents continuait à le ronger. Surtout celle de sa mère pour qui il avait un attachement profond et ressentait un amour inconditionnel. Le jeune Etoh décide alors de regagner le pays d’origine de sa mère pour rejoindre les frères de celle-ci à Minvoul.

 Intégration dans la police

Par voie pédestre, il arrive à Libreville après plusieurs jours de chemin. Il a alors en tête, l’idée de se fondre dans la masse afin de réussir son intégration. Ici et là, il exerce plusieurs petites bricoles et occupe quelques postes, ce qui accroît son expérience professionnelle. La chance finit par le sourire lorsqu’il rencontre Nazaire Boulingui Koumba dont le destin fera de lui, un puissant et craint chef d’état-major, général et commandant en chef des armées.

Il faut dire qu’au fil du temps, les deux hommes tisseront une relation sincère et intarissable. En 1933 au Gabon, l’administration coloniale française met en place une vaste campagne de recrutement d’hommes issus du pays pour renforcer ses troupes militaires. Deux corps de sécurité et de défense sont alors créés au sein de la capitale gabonaise : un s’occupant exclusivement de la défense dont Nazaire Boulingui Koumba fait partie et, un autre dont la mission était le maintien de la paix qui avait dans ses effectifs Jean-Robert Etoh Anda.

Des années passent et des améliorations importantes ont lieu au sein de la police du pays. Dès 1946, elle est réorganisée et est séparée comme suit : une police civile regroupant des agents pour assurer le maintien de l’ordre et une police communale donc municipale, assignée aux interpellations et aux investigations de tout type. Mais cette deuxième unité de police était considérablement moins lotie que la première citée, sans système de formation et avec des agents qui ne possédaient même pas une tenue de travail analogue.

De plus, Jean-Robert connaît l’importance et l’influence que peut avoir un policier en uniforme. Il avait déjà vécu pareille expérience au Cameroun, les civils camerounais craignaient énormément les officiers en tenue. Ne pouvant s’en procurer, il demande alors de l’aide à son compagnon Nazaire Boulingui Koumba qui lui offrira quelques-uns de ses habits d’officier. Il est alors en ces temps, le seul policier de sa troupe à être alphabétisé, maîtrisant donc la lecture et l’écriture.

En effet, il faut rappeler que la date de création de la police gabonaise n’est pas 1946. La création de la police gabonaise date du règlement local du 1er juillet 1890 portant organisation et sécurité des territoires africains de l’empire français par la mise en place d’une « police coloniale » officiellement appelée « milice du Congo-Français ». Sa mission principale était l’inhibition de toute forme de résistance à l’implantation et à la présence française. Elle devient en 1897, la « Garde Régionale » après d’importants changements.

Le 30 novembre de la même année, elle se fait désormais appelée le « Corps des Gardes Régionaux à Pieds ». C’est par le canal d’un arrêté promulgué le 10 septembre 1906 que le règlement local du 1er juillet 1890 devient désuet. Ledit arrêté porte sur l’organisation d’un service de police sur l’ensemble des territoires du Congo-Français.

Mais l’ancêtre de la police telle qu’on la connaît naît en 1946, soit une année après la Seconde Guerre Mondiale, à la suite de profondes mutations. Le « Corps des Gardes Régionaux à Pieds » ou « troupe indigène du Gabon » devient un corps de police municipale dirigé par un gendarme français, membre du Service de documentation, d’espionnage et de contre-espionnage (SDECE), M. Diraud. Le premier gabonais à occuper le poste de commissaire principal de police est Léon Mebiame, le 7 novembre 1963 nommé par l’arrêté n°370/MFP.

 Consécration

En 1948, l’administration coloniale décide alors de former ses agents de sécurités et de défense en créant une école de police à Brazzaville. Elle veut pour l’occasion, redorer l’image des armées des colonies de l’AEF qui n’étaient point estimés par quantité de civils, les taxant d’être à la solde de l’occupant dont les missions inavouées étaient de martyriser les populations autochtones en mâtant avec force et fracas tous les mouvements de résistance luttant contre la domination de l’homme blanc.

C’est ainsi que plusieurs policiers et gendarmes quittent le Gabon pour Brazzaville, capitale de l’AEF, pour y recevoir l’instruction « du blanc » et avoir les qualifications requises pour atteindre certains grades de l’armée. Disposant déjà d’une formation de premier cycle, c’est sans étonnement que Jean-Robert Etoh Anda gagne le concours d’entrée à la toute nouvelle école de police et sort major de sa promotion. Il est respecté par plusieurs de ses collègues et par ses supérieurs qui reconnaissent en lui, le charisme d’un homme lettré et professionnel.

Afin de dénoncer les mauvaises conditions de travail et la faiblesse des rémunérations des policiers, un syndicat voit le jour en 1953 sous l’égide de Jean-Jacques Délicat ; Jean-Robert Etoh Anda y rentre mais sans faire grand bruit. L’année suivante, des avancées sont constatées pour atténuer la gronde des policiers.

Ceux-ci s’appellent désormais « gardiens de la paix » et reçoivent un traitement très attendu : leurs uniformes de travail sont fournis pour contenter leur revendication relative à leur aspect vestimentaire. Après plusieurs formations et stages pour garantir son avancement au sein de la police, il est promu commandant de police devenant le premier africain à occuper cette haute fonction dans l’armée de l’AEF. C’est promotion vient récompenser un travail bien fait et une assiduité dans l’exercice de ses fonctions, depuis deux décennies.

 Affectation à Port-Gentil

A l’approche de l’indépendance, l’administration coloniale de concert avec l’administration territoriale gabonaise implantent des stations de police à l’intérieur du pays, pour veiller efficacement à la sécurité des personnes et des biens. Durant l’année de l’indépendance, c’est au sein de la capitale économique du pays qu’est érigé un nouveau commissariat de police. Il faut reconnaître que la ville attire du monde et des investisseurs de divers horizons, il faut donc avoir un regard particulier sur ce qui s’y passe. Mais cette vague de fluctuations de personnes favorise aussi l’arrivée de quelques badauds qu’il faut mettre hors d’état de nuire pour ne pas entraver la bonne marche de l’économie du pays ainsi que la quiétude des concitoyens et des ressortissants étrangers.

Jean-Robert Etoh Anda arrive à dans la ville de Port-Gentil en 1960 pour y ramener de la sérénité et éradiquer le désordre. Il diligente des enquêtes pour neutraliser hâtivement les coupables de méfaits. L’objectif étant de veiller au bon fonctionnement des affaires de la communauté blanche y vivant ; les africains issus d’autres régions et/ou pays doivent aussi être sécurisés car ils participent énormément dans la formation des jeunes gabonais, d’autres renforcent les unités de santé quand d’autres ne sont là que pour le business, fleurissant dans ce nouvel Eldorado d’Afrique nouvellement autonome.

 Vie post-retraite au Cameroun

Ayant pris sa retraite après avoir passé deux années de service dans la commune de Port-Gentil, Jean-Robert Etoh Anda décide de repartir au Cameroun pour continuer sa carrière politique entamer un an plus tôt. Il décide de vivre alors à Oveng. En effet, il avait rejoint les rangs de l’Union Nationale Camerounaise (UNC) en 1964 avec à la tête de cette formation politique, André-Marie Mbida qui fut premier ministre du Cameroun de mai 1957 à juin 1958. Par ailleurs, il a été député de l’assemblée nationale camerounaise de 1965 à 1985 avec l’appui de Ahmadou Ahidjo qui, devenu président, avait peser de tout son poids pour que Etoh conserve son fauteuil d’élu local dans l’hémicycle camerounais.

Il se lance entre temps dans l’agriculture en cultivant de la banane avec des plantations s’étendant à plus de 300 hectares. Il offre de l’emploi non pas à des saisonniers mais à des travailleurs locaux exerçant à plein temps.

 Décès et postérité

Revenant à intervalles réguliers à Libreville surtout après qu’il se soit retiré de la vie politique au Cameroun en 1986, il décide de se lancer cette fois-ci dans l’aquaculture au Gabon. Trois ans après avoir pris sa retraite parlementaire, Jean-Robert Etoh Anda octogénaire (82 ans) meurt lors d’un de ses séjours dans la capitale gabonaise notamment en 1989. Il sera inhumé au village Andone, lieu où il vit le jour pour la première fois.

Il a eu deux enfants avec son épouse Véronique Onouveghe Nguéma, Médard Etoh disparu prématurément et Thérèse Etoh né en 1947. Avec sa seconde épouse, Gabrielle Minkoué Mi Etoughe, il n’aura qu’un seul enfant de sexe féminin dont le nom est Lucienne Etoh.


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